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07/02/2007

Un programme ne se construit pas comme Wikipedia

Entre un référendum et une élection présidentielle, on est en train de s'apercevoir qu'il y a une différence de nature profonde. Le pari de Ségolène Royal était de prolonger la victoire du Non au référendum européen, par une stratégie d'encouragement d'un mouvement citoyen contre la coalition bien pensante des médias et des élites.

Son initiative a surpris tout le monde et son désir d'avenir a été reçu avec beaucoup de bienveillance et de sympathie. Les internautes ne pouvaient que s'intéresser à la construction d'un programme, dont la méthode apparaît copié sur le fonctionnement de Wikipedia. Elle a donc gagné avec aisance la première manche contre des éléphants balourds qui n'ont jamais pu remonter leur handicap de départ.

Dans l'euphorie de cette première victoire, Ségolène Royal a oublié qu'elle avait également bénéficié de l'appui constant des médias traditionnels à l'affût d'une nouvelle star et de l'intérêt de certaines élites ravies d'accompagner un phénomène qu'elles pensaient pouvoir récupérer.

Mais elle n'a pas renvoyé l'ascenseur ! Elle n'a pas su flatter les intellectuels et les médias en leur laissant leur place habituelle. L'apport de Jack Lang s'est avéré nul de ce point de vue. Face à un Nicolas Sarkozy archi-préparé, qui contrôle une bonne partie des médias traditionnels et qui bénéficie de multiples sympathies dans la blogosphère, la partie est trop inégale. Cette deuxième manche est donc un échec total.

Entre un référendum et une élection présidentielle il y a  la même différence qu'entre un commentaire de texte et une authentique création littéraire. Le texte est donné, il ne sera plus modifié et son contour est fini. Les candidats sont des êtres humains au discours variable. Pour un référendum l'incertitude n'est due qu'au jugement sur le contenu  d'un texte figé. Il y a bien longtemps que les responsables politiques ne mettent plus en jeu leur charge, suivant le résultat d'un référendum. 
Lors  d'une élection, l'incertitude est entretenue par le mouvement des candidats qui adaptent constamment leur comportement et leur discours au déroulement de la campagne. On vote autant, sans doute plus pour une personnalité, que pour un programme. Elle sera  plus fidèle à elle-même, qu'à un programme toujours trop optimiste et très vite inadapté aux circonstances de l'histoire.


Le texte du référendum est connu, c'est la base commune du débat. Les programmes doivent être créés et ils sont différents. A l'antithèse d'un Lionel Jospin, le pari de Ségolène Royal repose sur cette croyance en la possibilité d'une création collective. Le parallèle avec Wikipedia est frappant et l'a certainement inspirée. Elle n'a pas étudié assez cette encyclopédie. Quelles que soient les discussions sur la qualité et la pertinence des articles de Wikipedia, son ambition se limite au recensement de connaissances acquises. Ses principes fondateurs précisent bien que :

"Ce n'est pas non plus l'endroit où faire part de vos opinions, expériences ou débats — tous nos éditeurs se doivent de respecter l'interdiction du travail original et de rechercher une exactitude aussi poussée que possible"

Elle aurait du tenir compte de l'expérience de Wikipedia. Sans l'appui des médias qui lui sont devenues hostiles, en méprisant les apports  des experts officiels, pour parier sur ce surgissement populaire, l'ambition de Ségolène Royal paraît démesurée. La création collective est une vieille chimère.  "La poésie doit être faite par tous. Non par un" écrivait Lautréamont. Il a inspiré les surréalistes qui ont laissé quelques oeuvres écrites à plusieurs mains.  Très vite, chacun suivit son propre chemin. Et puis on ne croise pas tous les jours un Eluard ou un René Char.

Pour une fois, soyons un peu cruel. On peut faire un tour sur les blogs de soutien à sa candidature, chez "centpenséespourvous" on apprend que :

"La lutte, c'est donc du "Seule contre tous". Et pourtant, faut gagner le match sinon peut-être pas nous, mais nos enfants et petits-enfants étoufferont à cause de l'effet de serre...et connaîtront ... un remake de l'engloutissement de l'Atlantide. Hausse du niveau des océans de 6 mètres prévue scientifiquement avant 2050 par les scientifiques, dans l'état actuel des choses..."

La troisième manche commence la semaine prochaine avec ce genre de contribution...

La belle n'est pas jouée, mais il faudrait beaucoup d'erreurs dans les autres camps et une personnalité qui se révèle soudain exceptionnelle pour que Ségolène Royal puisse revenir dans le jeu.

03/10/2006

Blogs et Wikis: La CIA aussi!

Une étrange rencontre

En me promenant sur le blog de Francis Pisani, je tombe sur cette étrange nouvelle. La CIA s'intéresse aux technologies de partage de l'information. Quelques stars américaines du Web2.0 ont fait le déplacement. Voici un compte-rendu par un des participants. Ces personnalités du Web n'hésitent pas à rencontrer et à partager des idées avec des analystes de la CIA. Comme le dit l'un d'entre eux (Jay Cross) « Support the Agency. You don’t have to like the people they report to »; ce qu'on pourrait traduire par « Aider la CIA, vous n'êtes pas obligés d'apprécier les personnes qui la commande ».


Cette rencontre est en soi un petit événement. On n'imagine pas la même chose, ici en France. Quoi de commun entre cette culture de l'ouverture et un service secret? Vu d'ici, et sans doute de Californie, tout ce qui ressemble à un organisme gouvernemental, ou pire encore à une centrale de renseignement, ne peut rien avoir à partager avec des personnalités toutes issues de l'open source.

En ce qui me concerne, c'est cette rencontre elle-même et les sujets traités qui m'intéressent. La CIA en tant que telle, et la question de la torture ne sont pas le sujet de cette publication.


L'un des participants à cette rencontre, Eugene Kim explique bien comment les attentats du 11 septembre ont secoué les différentes agences de renseignement. Après un échec aussi catastrophique, il apparaissait vital de repenser leur fonctionnement à la lumière de ces événements et des nouvelles techniques terroristes. En parallèle, l'émergence des blogs et des wikis rend presque naturel l'intérêt de la CIA pour ce type d'outils. Après tout, la plupart des blogs, y compris celui-ci, ne sont que la compilation et de l'assemblage d'informations, avec un brin d'analyse personnelle. On peut également alimenter un wiki, spécialisé dans les questions du renseignement. A la CIA ils ont un wiki nommé Intellipedia. La CIA, dans ses activités de renseignement, n'est que du pur traitement de l'information. A partir de la presse, d'informations collectées par ses agents, de tout ce qui a été récupéré par ses moyens d'écoute, il s'agit de trier, analyser et si possible d'anticiper. Dans le monde de l'informatique, on appellerait cela de la veille technologique, et dans le monde du renseignement, de la veille tout court. A l'évidence, ces deux activités sont très proches sinon semblables. Il n'est donc pas étonnant qu'une agence comme la CIA s'intéresse à nos outils favoris.


On blogue à la CIA

Calvin Andrus est membre de la CIA. Dans cette étude publique, il décrit bien la nécessité pour l'ensemble de la communauté du renseignement de s'adapter et de se ré-inventer sans arrêt face à des menaces de moins en moins prédictibles. Sa démonstration pourrait être reprise mot à mot pour n'importe quelle organisation:

  • Les agents doivent être plus autonomes

  • Ils doivent être experts en échange d'information

  • Ils doivent échanger plus d'informations

  • Ils doivent être à l'écoute du monde extérieur

  • Ils doivent mieux connaître leurs objectifs globaux


Afin d'atteindre ces objectifs, Calvin Andrus recommande une utilisation massive des blogs et Wikis. Son papier date de 2004. Il semblerait qu'il ait été entendu. Le Wiki Intellipedia existe, un certain nombre de blogs sont rédigés (y compris dans les couches dirigeantes). Cette rencontre de fin septembre 2006 montre que l'intérêt ne faiblit pas au sein de l'agence.


Echanges et jeux de pouvoir

Sans être un expert de ces questions, on imagine bien les différents problèmes que l'utilisation de ces outils peut amener.

  • Que peut-on échanger et avec qui?

  • Les résistances culturelles sont probablement encore plus fortes dans ce type d'administration


Pour que les techniques d'échange d'informations atteignent tout leur potentiel, une certaine masse critique doit être atteinte. Différents points de vue et différentes cultures doivent pouvoir dialoguer. Les différentes agences de renseignement devraient donc faire partie d'une même communauté où l'on échangerait rapidement et sans contraintes ses propres informations. Par ailleurs, tout pouvoir politique a besoin de ses services de renseignement, tout en s'en méfiant. Les différents services ne sont jamais regroupés, et l'on tend à les mettre en concurrence et même en position de surveillance réciproque. Aucune autorité politique ne saurait tolérer d'être à la merci d'une seule agence de renseignement qui ne tarderait pas à disposer d'un pouvoir incontrôlable. Il y a là une contradiction de fond qui est encore plus exacerbée dans ce type d'activité que dans une entreprise ordinaire.


Posséder des informations est une source de pouvoir personnel. Partager des informations est une voie vers des sociétés (ou des agences de renseignement) du savoir. On n'en saura sans doute pas beaucoup plus sur l'efficacité des outils Web2.0 au sein de la CIA. Le fait même qu'une entité si marquée par la culture du secret puisse s'y intéresser démontre en tous cas la puissance de ces concepts et des outils associés.

20/09/2006

L'avenir de la wikipédie : Suite

Dans la série wikipédique, Larry Sanger, le co-fondateur avec Jimmy Wales de Wikipedia, lance un nouveau projet : le Citizendium. Pour résumer cette longue déclaration liminaire, en voici les points clé, qui commencent par une critique de l'évolution de Wikipedia:

  • Wikipedia devient une communauté enfermée dans des conflits de personnes

  • En n'intégrant pas de manière plus volontariste les contributions d'experts reconnus, Wikipedia se condamne à un amateurisme définitif

  • Larry Sanger ne croit pas que la communauté ait la volonté de lutter contre ces dérives

En conséquence, Larry Sanger propose de créer une nouveau projet : le Citizendium. Ce projet se bâtira par l'import du contenu de Wikipedia, et par la mise en oeuvre d'une nouvelle politique éditoriale plus « professionnelle »:

  • Une définition claire du rôle d'éditeur, qui arbitre les contributions des différents auteurs

  • Des auteurs identifiés par leur vrai nom (pas de pseudonymes ni de faux-nez)

  • Une réglementation beaucoup plus stricte contre les parasites et perturbateurs, gérée par une police interne (les constables) : « Constables will rapidly eject the project's inevitable, tiresome trolls, without going through a long, painful process of the sort Wikipedia suffers under--which it euphemistically calls its "arbitration" process »

  • Une simplification et une épuration du contenu. La non-inclusion de recherches originales, sans références reconnues, continuera à être la règle.

Il n'y a pas besoin d'être grand psychologue, pour lire entre les lignes le dépit de Larry Sanger par rapport au projet Wikipedia, qui lui a échappé, et dont toute la renommée profite à son ex-associé Jimmy Wales. Il lance donc un nouveau projet dont il entend bien rester l'inspirateur. La politique éditoriale qu'il propose a bien des côtés séduisants. Il suffit d'aller voir les comptes-rendus d'arbitrage comme celui-ci entre Descartes et JB. En voici un court extrait:

  • Votes suspects: Le vote de Schtong sur la PaS à de très fortes présomptions d'être un double-vote.

  • Requête en faux-nez: J'ai déposé une requête en vérification d'IP concernant JB et Schtong.

Le double vote de Schtong et les requête en faux-nez... on comprend que Larry Sanger veuille mettre un peu d'authenticité dans cette ménagerie de « Brejnev », « Le Gorille », ou « La Cigale », tous pseudos que l'on peut trouver au hasard dans la wikipédie française. La manie du pseudo est d'ailleurs un des virus les plus imbéciles de la communication sans visage.


En tant qu'inclusionniste, voir mon article précédent, je regrette que Larry Sanger préconise une politique aussi stricte de qualification des sujets. Il ne me paraît pas contradictoire de concilier la politique éditoriale qu'il propose, avec une ouverture vers un contenu toujours plus large.


Ce projet mériterait d'être tenté parce qu'il est devenu possible. Par nature, les encyclopédies anciennes se trouvaient limitées par leur support papier, et par leurs coûts de fabrication. Aujourd'hui une wikipédie peut techniquement supporter une extension sans limites de son contenu. La longue traîne a montré toute la fécondité de ces petits marchés non exploitées auparavant.

Pourquoi ne pas tenter un encyclopédie sans limite, interminable par nature, toujours enrichie, où mon grand-père a sa place à côté du Général De Gaulle. Je suspecte et j'espère des effets inattendus de cet énorme agglomérat de connaissances où l'expertise la plus pointue serait mêlée à la connaissance du « vulgaire ».

12:56 Publié dans Wikipedia | Lien permanent | Commentaires (0)

18/09/2006

L'avenir de la wikipédie

Depuis que l'on parle de Web 2.0, Wikipedia est régulièrement cité comme emblème de la sagesse des foules. Le fameux article de Nature comparant Wikipedia et l'Encyclopaedia Britannica a démontré les qualités de ce travail collaboratif.

Les enjeux autour d'une encyclopédie ou d'un dictionnaire sont loin d'être anodins. Il suffit de penser à la récente polémique autour de la définition de la colonisation. entre le CRAN et le Petit Robert. Le CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires) demandant carrément le retrait à la vente du dictionnaire.

Chez Wikipedia, l'affaire est liée au concept d'Enterprise 2.0 qui est entré, puis sorti de Wikipedia. Il est re-rentré de nouveau; tout l'historique est sur le blog d'Andrew MacAfee, qui est le créateur du concept . L'affaire est maintenant devenue plus globale et marque le moment où des choix devront être faits quant à l'orientation de cette encyclopédie.

Suivant ses principes fondateurs, Wikipedia n'est pas un lieu de publication pour des travaux inédits. Autrement dit, Wikipedia n'accepte de nouveaux concepts comme Enterprise 2.0 que s'ils peuvent être considérés comme étant déjà bien reconnus. La question de la reconnaissance renvoie à la notion de compétences acceptées et établies. Elle renvoie aussi à un critère d'importance, et de ce qui peut rentrer dans Wikipedia, contre ce qui n'a rien à y faire.

Toujours suivant ces principes fondateurs, le point de vue doit être neutre et s'appuyer sur des sources vérifiables qui font autorité. Cet idéal d'objectivisme est combattu par les inclusionnistes qui considèrent que toute information peut avoir son intérêt dans une encyclopédie de ce type, et que si Paris y a sa place, pourquoi pas mon village natal : Valframbert. Les exclusionnistes veulent conserver l'esprit fondateur et refuse de transformer Wikipedia en un fourre-tout sans aucune notion de priorité ou d'importance.

Voilà un vieux débat qui resurgit, où les choix ne se limitent pas au contenu, mais aussi à la dimension, en taille et nombre de lignes des entrées, et bien sûr aux critères d'inclusion.

Alors Wikipedia, est-il vraiment l'emblème du Web 2.0, celui où tout le monde participe et tout le monde a sa place? La participation est clairement assurée jusqu'à générer des vives polémiques. Le contenu est pour l'instant réglementé. Pourtant si l'on considère toute la puissance du concept de Long Tail, il y aurait tout intérêt à considérer une politique clairement inclusionniste, et si j'ai la bonne idée de vouloir passer mes vacances à Valframbert., j'aimerais trouver une entrée wikipédique tout autant que pour n'importe quel site plus réputé.