28.04.2008
Elkabbach devrait lire Bossuet
Il y a l'information financière et boursière. Quelques minutes ou même quelques secondes d'avance peuvent faire la différence. On peut comprendre l'importance d'être le premier et des investissements que cela nécessite. Des décisions sont prises à partir de ces informations, des décisions qui peuvent engager plusieurs milliards.
Il y a des informations stratégiques qui alimentent les gouvernements. Chaque pays entretient des services de renseignement pour ça. Avoir la bonne information au bon moment est évidemment un avantage qui peut être décisif.
Et puis il y a l'information qui nous arrive tous les jours, et maintenant de façon continue. Une information liquide pour sa capacité à prendre toutes les formes qui la portent et surtout pour parce qu'elle s'écoule comme un flot au passage duquel peu de sédiments survivent, déjà noyées par la vague suivante. C'est l'information ordinaire, que l'on trouve partout, sans valeur intrinsèque car disponible en mille endroits.
Il y avait naguère une culture du scoop que l'on peut sans doute comprendre. Si vous êtes un journal quotidien et que vous "sortez une info" que n'ont pas les autres, vous gardez un avantage pendant toute une journée. A l'heure des radios et des télévisions d'information continue, à l'heure d'Internet, cet avantage n'est plus que de quelques minutes. Autrement dit, il n'existe plus. Quand on cherche une information sur Internet, elle n'est pas classée par ordre d'apparition dans le temps, mais par ordre d'influence et de popularité de celui qui l'émet.
Le vrai scoop c'est d'avoir en direct telle personnalité qui s'exprimera sur votre média. Cette personnalité n'étant pas douée d'ubiquité ne pourra être que sur votre média à ce moment-là, et pas ailleurs. Vous avez une exclusivité qui ne peut pas être cassée.
Jean-Pierre Elkabbach croit encore qu'annoncer la mort de Pascal Sevran cinq minutes avant les autres lui donnera un avantage. Il aurait du penser que :
- Si j'écoute Europe1 à ce moment-là, je n'écoute pas RTL et je ne sais donc pas qu'il est le premier à l'annoncer. Une primauté qui d'ailleurs m'indiffère.
- Si l'information est vraie, j'aurais la même partout ailleurs dans les minutes qui suivent
- Comme l'information est fausse, mon degré de confiance envers Europe1 va être sérieusement écorné
Tout à perdre et rien à gagner pour une radio généraliste comme Europe1 dans ce type de faux scoop :
- Le principal atout des médias institutionnels réside dans le savoir-faire et l'expérience accumulée par leur rédaction face à l'amateurisme supposé, au manque de temps et de ressources matérielles des internautes et des bloggeurs
- Ces médias auraient donc tout intérêt à jouer la carte de la qualité, de la réflexion et de l'analyse, portées par des signatures qui restent connues et souvent respectées
- La course au people sera toujours perdu par plus trash que vous
Le summum est atteint quand le même Elkabbach donne une interview à La Croix le 11 avril, pour enjoindre 10 jours après ses journalistes d'Europe1 d'annoncer cette pseudo mort de Pascal Sevran.
Extrait de cette interview titrée : Face à la peopolisation de la presse, Jean-Pierre Elkabbach contre-attaque en créant un comité d'éthique à Europe1:
La Croix : Pourquoi voulez-vous créer un comité d’éthique au sein d’Europe 1 ?
Jean-Pierre Elkabbach : Il ne s’agit pas pour nous de donner des leçons, de nous opposer au progrès, mais de nous interroger : les nouvelles technologies posent des problèmes inédits à notre métier. Si elles permettent d’élargir l’offre à la planète et de favoriser comme jamais l’accès à l’information pour tous, elles s’accompagnent par ailleurs d’une suspicion : quelle est la part du vrai et du faux, de l’annonce et du ragot, du savoir et de l’opinion ?
Une information lancée sur le Net peut être reprise par tous les médias hexagonaux, voire internationaux. À l’ère de l’immédiateté, de l’apparence, de la dictature de l’émotion, la contagion est générale.La Croix : Et qui, selon vous, empoisonne le système ?
Jean-Pierre Elkabbach : Des sites qui, pour exister, pour faire un coup, pour nuire à un adversaire, lancent des rumeurs, des fausses informations, des ragots, des nouvelles non vérifiées.
La revue Commentaire fête ses 30 ans. Elle se porte bien, merci pour elle, visant le haut de gamme et surtout la différence. Voici ce qu'en dit Jean-Claude Casanova dans une interview à Nonfiction.fr :
"Vous m’avez demandé au début : qu’est-ce qui distingue une revue ? La presse ne peut pas fournir ce que nous proposons. La page du Monde, c’est environ 10 000 signes, or nous proposons des articles plus longs, entre 25 000 et 50 000 signes. D’autre part, on ne trouve pas en France, de magazines à haut niveau intellectuel comme ceux qui existent depuis longtemps dans le monde anglo-américain"
Et plus loin, parlant de son goût des citations, celle-ci de Bossuet : "Dieu se moque de ceux qui se plaignent tous les jours des effets dont ils sont les causes"
16:21 Publié dans Actualités, Société, Web | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
03.04.2008
D'une utopie 2.0
Quand chacun contribue suivant ses moyens et que tous en profitent suivant ses besoins, ça s'appelle la Sécurité Sociale, un modèle de communisme réussi dans le domaine de la santé. En plus ce n'est pas l'égalité d'un médiocre niveau de soin qui est visé, mais bien le meilleur de la thérapeutique disponible pour chacun, quelle que soit sa situation.
Chacun selon ses capacités est ici calculé très simplement, à partir du revenu qui sert de base au calcul de la cotisation. Il reste à savoir si le revenu est bien mérité et quels sont les critères de distribution du revenu.
Le talent est inégalement réparti chez les hommes. Toute politique est à la recherche d'un compromis acceptable entre la nécessaire récompense des talents et la non moins nécessaire redistribution des revenus. Le système libéral pur laisse faire les forces du marché qui calcule la valeur de chacun, en regard de l'offre et de la demande de la personne, considérée ici comme une marchandise, à laquelle est attribuée un prix. Si l'on refuse ce système de marché, on nous dit que nous sommes condamnés à un système à la soviétique injuste lui aussi, sclérosant et inefficace par surcroît.
Il n'y aurait de choix qu'entre la brutalité du marché qui ne raisonne que par valeur argent, coûts et profits, et le jugement d'un ministère lointain qui finit toujours par fonctionner en cercle fermé, ayant perdu contact avec la réalité. Dans ce dernier monde de type soviétique, les évaluations sont à la merci d'une administration qui aura souvent la tentation de favoriser une carrière suivant des critères qui n'ont rien à voir avec la compétence et le talent, mais plutôt avec le copinage ou la docilité du promu.
En France on a la Sécurité Sociale et son communisme réussi. On se distingue aussi par le modèle d'administration le plus ingérable du monde, longtemps au deuxième rang mondial par le nombre de fonctionnaires, juste derrière l'Armée rouge : c'est l'Education Nationale.
Heureusement Web deux-points-Zorro est arrivé. Sur Ebay, sur Digg, sur Tripadvisor c'est le système de notation non biaisée qui crée la confiance que l'on n'a plus dans un marché incontrôlé, une administration ou des intérêts qui ne le sont que trop. La présentation de Digg et de Tripadvisor dans Wikipedia est caractéristique de cet état d'esprit.
"Digg est un site Internet communautaire, typique du phénomène « Web 2.0 », qui a pour but de faire voter les utilisateurs pour une page Internet intéressante et proposée par un utilisateur. Il dispose de plusieurs catégories, telles Politique, Divertissement, Vidéos, Technologie...Il combine « social bookmarking », blog et syndication.Les nouveaux articles et les sites Web soumis par les utilisateurs sont notés par d'autres utilisateurs et s'ils remportent le succès nécessaire, ils sont affichés en page d'accueil."
"TripAdvisor.com est un site Web de guide de voyages gratuit et de recherches sur les voyages qui offre des opinions non biaisées vous aidant à planifier des vacances."
Comme tout se note et tout s'évalue, on ne s'étonne pas de voir des sites de notations des profs, ( note2be ) ou des flics. C'est d'ailleurs chez Francis Pisani que j'ai trouvé cette information. Francis continue :
"Des sites de ce genre existent déjà pour noter, entre autres, les articles de la grande presse et donc les journalistes qui les ont écrits (Newstrust , une entreprise remarquable), les médecins (RateMDs ) ou les professeurs (RateMyProfessors ) qui d’ailleurs se sont maintenant dotés des moyens de répondre (ProfessorsStrikeBack )."
Et de poursuivre :
"au lieu qu’un seul gardien de prison puisse observer un grand nombre de détenus comme l’avait rappelé Michel Foucault, les gens peuvent observer en permanence ceux qui les surveillent et ceux qui les punissent"
Michel Foucault décrivait ainsi le panoptique : "Faire que la surveillance soit permanente dans ses effets, même si elle est discontinue dans son action ; que la perfection du pouvoir tende à rendre inutile l'actualité de son exercice".
De la notation qui aide au choix, à la surveillance qui contrôle l'individu, on sent bien que le pas est facile à franchir et d'ailleurs il l'est souvent. Sans parler des réputations mises au pilori comme Sylvie Noachovitch, Nicolas Princen ou Olivier Martinez.
Il est presque obligatoire qu'un système aussi transparent aboutisse au conformisme des apparences, et au lissage des différences. C'est Luc Fayard qui nous annonce avec de bons arguments que le maoïsme flotte sur le Web 2.0. C'est aussi l'étonnante analogie entre le panoptique et la cité d'Icarie, les deux utopies qui nous préoccupent aujourd'hui.
Wikipedia est toujours notre source pour ces définitions :
"Le panoptique est un type d'architecture carcérale imaginée par le philosophe Jeremy Bentham. L'objectif de la structure panoptique est de permettre à un individu d'observer tous les prisonniers sans que ceux-ci ne puissent savoir s'ils sont observés, créant ainsi un « sentiment d'omniscience invisible » chez les détenus." ( Illustration ci-jointe de Wikipedia )
"Icara, la capitale de la communauté d’Icarie comptant un million d’habitants, est une ville circulaire à l’architecture géométrique. La traverse un fleuve absolument rectiligne. Également tracées au cordeau, les rues sont bordées de 16 maisons de chaque côté avec un édicule public au milieu et à chacune des extrémités. Impeccablement propre, la cité ne comporte ni café ni hôtel particulier, mais seulement des bâtiments à usage collectif, dont une bibliothèque aux ouvrages soigneusement choisis."
Icarie est la cité imaginaire qui connut un début de réalisation dans les années 1850. Etienne Cabet imagina cette utopie communiste d'un autre type, et qui finit mal. Cest à lui et non à Karl Marx que l'on doit ce slogan : "À chacun suivant ses besoins. De chacun suivant ses forces" .
Revenant à notre Sécurité Sociale, utopie communiste réussie, il était finalement très étonnant que ce système ait vécu plus de 50 ans sans aucun contrôle sérieux sur le comportement sanitaire des assurés sociaux. Qu'on se rassure, c'est en train de changer grâce aux campagnes anti-alcooliques et la restriction des lieux autorisés aux fumeurs.
Supposons encore une utopie globalement réussie où chacun vit en communauté à la hauteur de ses besoins en occupant une place à la mesure de son mérite et de son talent. Qu'on suppose donc un système de répartition parfait, juste, reconnu et accepté par tout le monde. C'est la justice elle-même qui transforme ce paradis en enfer de la frustration. Car quiconque occupe une place médiocre ne peut sans prendre qu'à lui-même. Ce n'est plus une société injuste contre laquelle il est légitime de se révolter qui explique ma mauvaise place, c'est bien l'inégalité des talents qui a rendu public la pauvreté du mien par une évaluation incontestable et publique.
Il y a peu d'hommes prêts à admettre que l'on affiche ainsi les différences. En admettant encore que l'on puisse le supporter, nous voici dans une société figée, faute de l'énergie vitale de ceux qui, à tort ou à raison, rêvent de la changer.
18:55 Publié dans Philo, Systèmes d'Information, Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
28.03.2008
Max Weber à l'Elysée
Sur Internet, il faut nager à contre courant, c'est une question d'hygiène. Comme Nicolas Sarkozy va remonter la vague des sondages, grâce à - sublime, forcément sublime – Carla, il est urgent de rappeler ce qu'en disait Max Weber ( 1864-1920 ). Le célèbre sociologue allemand était aussi prophète à sa façon.
"En effet, bien que, ou plutôt parce que la puissance est le moyen inévitable de la politique, et qu'en conséquence le désir de pouvoir est une de ses forces motrices, il ne peut y avoir de caricature plus ruineuse de la politique que celle du matamore qui joue avec le pouvoir à la manière d'un parvenu, ou encore Narcisse vaniteux de son pouvoir, bref tout adorateur du pouvoir comme tel. Certes le simple politicien de la puissance, à qui l'on porte aussi chez nous un culte plein de ferveur, peut faire grand effet, mais tout cela se perd dans le vide et dans l'absurde. Ceux qui critiquent la « politique de puissance » ont entièrement raison sur ce point. Le soudain effondrement moral de certains représentants typiques de cette attitude nous a permis d'être les témoins de la faiblesse et de l'impuissance qui se dissimulent derrière certains gestes pleins d'arrogance, mais parfaitement vides. Une pareille politique n'est jamais que le produit d'un esprit blasé, souverainement superficiel et médiocre, fermé à toute signification de la vie humaine ; rien n'est d'ailleurs plus éloigné de la conscience du tragique qu'on trouve dans toute action et tout particulièrement dans l'action politique que cette mentalité" ( Politische Schriften )
C'est en prenant le sillage de DirtyDenys que je cite Max Weber pour faire le point sur notre Président. La très brillante note de Denys nous montre que la pensée de Max Weber irrigue au delà du domaine traditionnel de la sociologie, en nous peignant un Philippe Lucas (ex-entraîneur de Laure Manaudou), naguère seul maître à bord de son centre d'entraînement, mais n'ayant plus barre sur sa nageuse vedette, et devenuchef charismatique qui perd la tête.
13:05 Publié dans Blog, Exercices d'admiration, Web | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
14.12.2007
Faire de l'audience avec les ERP
Impossible, répond Robert Scoble qui se demande pourquoi le logiciel d'entrepise n'est pas sexy. Michael Krigsman, Dan Farber, Dennis Howlett, Anshu Sharma, Sadagopan, Craig Cmehil, et d'autres lui répondent que l'objectif de ce type de logiciel n'est pas d'être attirant mais efficace et fiable. Nick Carr ne voit pas pourquoi un ERP devrait être rébarbatif sous prétexte qu'il traite de processus d'entreprise et n'est pas orienté grand public.
A vrai dire, il y a peu de chances que la gestion de la logistique et des finances deviennent quelque chose d'un peu sexy. Ce sont juste des process d'entreprise complexes. Là où Nick Carr a raison, c'est quand il dit qu'un processus complexe peut être habillé et présenté de manière un peu plus conviviale. C'est d'ailleurs ce que tente de faire SAP, en intégrant dans son portail des règles de navigation issues du Web grand public. Néanmoins, il n'y a aucun moyen de rendre convivial un calcul de besoins ou une balance comptable, rébarbatifs quel que soit l'habillage que l'on puisse y mettre.
Cette discussion n'est pas neuve, entre la pratique des outils grand public qur tout le monde utilise chez soi par plaisir, et les outils professionnels que l'on subit dans l'entreprise par nécessité. Et le débat fait rage sur les blogs anglophones ( rien en France à ma connaissance ). Sauf que ce n'est pas exactement ce que dit Robert Scoble. Voici ses propos :
"let’s look at the business of journalism or even of blogging. We’re paid to deliver page views. Advertisers call it “CPM” (cost per thousand viewers). Now, what’s going to get more of you interested? Consumer software that you actually have a role in adopting or purchasing or enterprise software where some CIO somewhere else in your organization decides on? I know that when I talk about enterprise software the numbers of viewers just don’t show up. So, tech bloggers quickly learn that if they talk about enterprise software they aren’t going to get many advertising impressions."
"Regardons les revenus du journalisme ou même des blogs. Nous sommes payés pour être vus. Les annonceurs appelent ça le CPM ( coût par milliers de visiteurs ). Qu'est-ce qui va vous intéresser le plus ? Du logiciel grand public pour lequel vous avez réellement un rôle, dans l'adoption ou l'achat, ou du logiciel d'entreprise pour lequel c'est le CIO ou n'importe qui d'autre dans l'entreprise qui décide ? Je sais que lorsque je parle de logiciels d'entreprise, le nombre de lecteurs ne va pas augmenter. Ainsi, les bloggers qui parlent de technologie apprennent vite que si l'on parle de logiciels d'entreprise, ils ne vont pas avoir beaucoup de publicité ".
Ce qui est bien avec les Américains, c'est qu'ils ne se cachent pas derrière leur petit doigt. L'ERP c'est chiant, nous dit Scoble. A chaque fois que j'en parle j'ai une baisse d'audience, donc de pubs, donc de revenus, donc j'en parle le moins possible. Ou alors pour créer une bonne polémique comme celle-ci qui va m'attirer des lecteurs. Je ne sais pas si vous vous intéressez au design des ERP ( sans doute pas beaucoup ). Mais si vous vous intéressez à la question de la gratuité, de la publicité et de l'indépendance d'Internet, cette petite anecdote est bien éclairante. Il faut faire de l'audience. Donc, vus des blogs, Internet et l'informatique en général se réduisent aux outils grand public. On ignore ce qui se passe derrière le rideau, qui représente quand même largement autant de milliards et façonne nos vies de manière aussi décisive.
Je continuerai à en parler de temps en temps. Tant pis pour le bloguimat. De toutes façons, je n'ai pas de pub et je suis gratuit. Je suis libre.
14:48 Publié dans ERP, Systèmes d'Information, Web | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
07.11.2007
La longue traîne de l'édition
Je suis bloggeur donc j'écris, et si j'écris j'aurais un jour ou l'autre, envie d'aller plus loin, jusqu'au livre. Ou peut-être, je ne suis pas bloggeur mais je rêve quand même d'écrire un chef d'oeuvre. Mais voilà, je n'ai peut-être pas ce talent et à coup sûr pas de piston. Pourquoi se lancer dans ce travail d'écriture alors que j'ai 0% de chances d'en voir une réalisation matérielle. C'est que la fabrication d'un livre est une industrie où il faut faire avec les coûts d'édition, de fabrication, de distribution, de publicité et même de destruction des invendus.
Alors les éditeurs trient, c'est bien normal, en prenant en compte des facteurs économiques. Ils ne trient pas beaucoup d'ailleurs : 727 romans pour la dernière rentrée littéraire : c'est beaucoup trop. Sait-on qu'un kioskier peut avoir jusqu'à 2000 titres de journaux en vente. Il ignore lui-même ce qu'il vend : c'est ridicule.
Des amis ont racheté une librairie-papeterie-point de presse à Cluny. La réception, déballage, étalage puis retour des invendus est une charge considérable.
Tout ça ne marche pas bien, est à bout de souffle.
Un éditeur est surtout un conseiller littéraire. C'est le coeur de son métier, mais qui doit composer avec les contraintes économiques. Sur Internet il n'y a plus de barrières économiques. Vous avez écrit un livre, mais comme tout écrivain, vous avez besoin de conseils, d'encouragements, de corrections et de critiques : Il faudrait supprimer ce paragraphe - au contraire développer ce chapitre - ce personnage n'a pas de consistance - ..
Vous avez écrit un livre, et c'est vous, non plus l'éditeur, qui allez le publier. Sur Internet bien sûr. Vous avez écrit un livre, et peut-être êtes vous prêt à payer 1000 Euros pour une fiche de lecture comprenant quelques conseils écrits. Peut-être êtes vous prêt à payer plus pour une aide personnalisée. L'éditeur redevient un conseiller littéraire dégagé des questions de fabrication. Il peut alors vendre un service de quelques milliers d'Euros multipliés par le très grand nombre des auteurs amateurs. Elle est pas belle ma longue traîne ?

Bloggeur ou pas bloggeur, j'ai toujours la volonté d'écrire mon livre. Je mets mon-chef-d'oeuvre.pdf sur mon site. Il sera chargé 80 fois et peut-être lu 3 fois. Peu importe, j'aurais été au bout de mon talent, aurais appris beaucoup lors de ce travail et laissé une oeuvre. Quand à mon éditeur, il a pu créer des emplois de conseiller littéraire et il est revenu à son métier d'origine. Au milieu de toutes ces oeuvres, comme avant, mais mieux qu'avant, quelques unes auront encore les honneurs de l'édition papier.
16:05 Publié dans Web | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
03.10.2007
2èmes recontres nationales du blog d'expression local
L'association zevillage :http://zevillage.org/ organise les 2èmes rencontres du blog d'expression locale. Ca se passe à Alençon dans ma région d'origine, où Zevillage regroupe une communauté de télétravailleurs.
Bien que n'étant pas installé physiquement en Normandie, j'y garde des attaches fortes et fait donc aussi partie de cette association.
Le blog est particulièrement bien adapté à l'expression locale. C'est peut-être même le seul media possible pour elle, tout comme pour les blogs, un sujet qui les démarque de manière originale. Le sujet en tous cas m'intéresse. Je serai donc à Alençon le 7 décembre pour cet événement. Merci à Xavier qui organise cette rencontre et m'envoie cette invitation que je relaie ici

Les 2e Rencontres Nationales du Blog d’Expression locale se tiendront le 7 décembre 2007, à Alençon, en Normandie.
Pour la seconde année consécutive, ces rencontres proposent aux spécialistes de la blogosphères comme aux néophytes un après-midi d’échanges sur des thèmes variés : blogs, podcasts, législation internet, multimédia, syndication RSS, rédactionnel, etc. Ces ateliers libres (avec inscription préalable) auront lieu de 14 h à 18 h.
Un grand concours national ouvert aux bloggeurs néophytes ou confirmés est également organisé autour de 5 catégories : vie locale, culture, économie locale (pour les professionnels), social et santé, et tourisme. Le vote des internautes, associé à celui du jury composé de 9 personnalités reconnues de la blogosphère élira parmi l’ensemble des inscrits le meilleur blog par catégorie. La remise des prix aura lieu à 19 h 30, à la suite de la conférence débat qui débutera à 18 h.
Ces rencontres auront lieu dans le cadre prestigieux de la Halle au Blé d’Alençon, bâtiment emblématique de la ville dorénavant dédié aux technologies numériques.
http://www.expression-locale.org
Vous êtes cordialement invités à participer ces rencontres et à inscrire votre blog au concours.17:20 Publié dans Actualités, Blog, Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
07.09.2007
Web serveurs : Microsoft IIS regagne du terrain sur Apache
C'est le genre de statisitiques que l'on a du mal à trouver, puis à croire ! Y a -t-il encore des serveurs Web qui n'utilisent pas Apache ? Oui, beaucoup et même de plus en plus sur IIS ( Microsoft Internet Information Server).
En terme de nombre de domaines, Apache est passé d'un chiffre de 71% en Novembre 2005 à 50,9 % aujourd'hui. Pendant ce temps, IIS grimpe de 22 à 34%. Voir les courbes des différents fournisseurs que l'on peut trouver sur Netcraft
Apache en bleu qui fléchit et IIS en rouge qui remonte

Unix Guardian commente et explique ce regain par l'intégration forte de IIS avec Windows. Voilà un discours complètement à rebours des meilleures pratiques d'architecture.
Mais les faits sont là, et Microsoft sait se battre sur ce terrain là aussi.
16:55 Publié dans Systèmes d'Information, Web | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
05.09.2007
Web 2.0 : L'important c'est de participer
Andrew Keen l'auteur de "The Cult of the Amateur" est un malin. Il attaque de front le Web 2.0 en vantant les mérites de la presse traditionnelle. Bien joué, la blogosphère se défend et les médias papiers lui tirent le tapis rouge.
Francis Pisani comme Xavier de Mazenod lui répondent de manière un peu plus sérieuse et argumentée que les diatribes caricaturales que l'on peut lire dans cette interview à Libération (pointée par Xavier).
Dans ce type de débat, je m'étonne toujours que l'on analyse le phénomène Web 2.0, Blogs et consorts, de la même manière que les médias traditionnels : c'est à dire du côté de l'aval, de qu'on peut y trouver en tant que lecteur, auditeur, spectateur. La nouveauté du Web 2.0 est évidemment du côté des créateurs et non des consommateurs. C'est même ce qui en fait sa caractéristique. Dans le read/write Web, c'est le write qui est intéressant et nouveau. Le read n'est pas nouveau (depuis Gutemberg à peu près) et il peut être décevant. Quoi de neuf dans cette constatation ?
L'écriture sur le Web, c'est de l'écrit traditionnel, du texte. C'est aussi de l'image, du son et tout ce que l'on pourra imaginer dans le futur en terme d'expression. Dans ce sens là, quand j'écris sur le Web, je passe forcément par une passe de lecture sur ce même Web et sur toute autre source de mon choix. Comme je lis dans le but de créer quelque chose, ma lecture n'est plus passive et inattentive, mais au contraire guidée par mon projet créatif. Quelle que soit la qualité finale de ce projet, quel que soit l'intérêt de mon billet sur mon blog, j'aurais de toutes façons, moi l'auteur, appris quelque chose au passage et souvent progressé dans mon moyen d'expression. Tout l'intérêt est donc dans cette phase de création et non dans le résultat final où il sera facile de trouver beaucoup de médiocrité, mais pas uniquement.
En critiquant l'objet, Andrew Keen passe à côté du sujet. Car c'est ce processus de création, démultiplié par le nombre des acteurs, qui fait que chacun d'entre eux y a trouvé un moyen d'épanouissement et de progression. Dans ce cas, si la création est primordiale et le résultat secondaire, pourquoi le Web et pourquoi publier cette création, si l'objet en lui-même n'est pas le plus intéressant ?
Quelques créateurs ont toujours eu suffisamment confiance dans leur talent, voire leur génie, pour se passer de public identifiable. De Saint-Simon à Lautréamont, nombreux sont les écrivains qui, volontairement ou non, n'ont pas trouvé de public de leur vivant et qui bâtirent leur oeuvre sans en recevoir le moindre écho. Aucun obstacle ne peut arrêter de telles forces créatrices et aucune aide ne leur est nécessaire. On pourra trouver leurs contemporains sur le Web 2.0 ou ailleurs. Ce n'est pas leur problème et il n'est pas fait pour eux, même s'ils peuvent s'y trouver aussi.
Comme le dit la phrase célèbre, "le blog engage des conversations". Si cette conversation n'a pas toujours lieu dans la pratique, elle est toujours présente dans l'intention. Nous, les amateurs, tels que les dénigrent Andrew Keen, avons besoin de cet aiguillon de la conversation et de la critique pour faire l'effort de construire un texte, ou toute autre forme d'expression. Je peux écrire un blog pour moi tout seul, en forme de journal, tel qu'il s'en est tenu depuis des siècles. Il se trouve que je ne le faisais pas, que ça ne m'intéresse pas et que ça risque de tourner vers une introspection stérile et "narcissique". Quelle que soit l'étendue de mon public, de quelques dizaines à plusieurs milliers pour certains, ce public me tire vers un haut que je ne ferais pas l'effort d'atteindre sans lui. On discute de la dimension du haut et de sa qualité statique, quand tout l'intérêt est dans le mouvement. Comme par ailleurs, il n'y a plus de barrières techniques, financières, éditoriales à l'expression de chacun sur ce read/write Web, n'importe qui peut désormais atteindre un public souvent minuscule mais potentiellement innombrable.
Si l'on ne veut pas participer en tant qu'acteur au Web 2.0, je ne comprends toujours pas ce qu'on peut y perdre en tant que lecteur. 727 romans pour cette rentrée littéraire, 54 de plus que l'année dernière. Comme quoi, l'édition traditionnelle n'a pas l'air de souffrir de l'arrivée d'autres moyens d'expression. Toujours dans cette interview à Libération il paraît que " L’éthique de l’amateur est si dominante que l’expertise, le talent et le savoir perdent du terrain". Il n'y a pas d'éthique de l'amateur dans le sens où il serait incompétent. Le talent et l'expertise se détectent très vite comme toujours. Ce qui est nouveau est en effet une éthique du désintéressement et de la gratuité. Certains hébergent de la publicité. C'est leur affaire, en tous cas ce n'est pas une nécessité économique comme pour les médias traditionnels.
Tout ça se résume en une discussion entre les tenants d'un système clos où ce qui s'ajoute d'un côté ne peut que se payer d'un autre. Andrew Keen c'est le Lavoisier du Web "Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme". En pire évidemment.
J'ai du mal à voir les pertes, je vois beaucoup de gains et la transformation est continuelle. FInalement c'est le Web 2.0 qui redonne une jeunesse à l'olympisme, "l'important c'est de participer"
11:45 Publié dans Blog, Web | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
22.02.2007
Google Apps : La Pyramide ou la Toile
On l'appelle Google Apps ou Google Office et c'est la nouvelle offre bureautique. Pour 50$ par an on a droit à :
- 10 Go de stockage pour Gmail ;
- Calendrier ;
- Messagerie instantanée (chat) ;
- La suite bureautique texte et tableur ;
- Logiciel de présentation type Office Impress ou Powerpoint à venir.
Tout ça est stocké sur l'infrastructure de Google : 500 000 serveurs et 25 Datacenters nous explique Louis Naugès . Et voilà l'accès à mes données de n'importe où, à n'importe quelle heure avec tout équipement capable de se connecter à Internet (pas seulement mon PC). Une des grandes forces de Google, c'est son infrastructure technique et sa qualité de services (SLA) impeccable. Fini donc, le souci du maintien des serveurs et des baies de disques, Google veille sur vous, Google vous héberge.
J'ai déjà évoqué ici et là tout le bien que je pensais de ce type d'architecture d'un point de vue purement informatique :
- Pourquoi payer 1000 Euros ou plus un PC dont on n'utilisera que 10% de la puissance ?
- Pourquoi engraisser les comptes de MicroSoft avec une suite bureautique dont on n'utilise aussi que 10% des fonctionnalités ?
- Pourquoi stocker en local plusieurs dizaines de Go toujours à la merci de la première panne disque, et quasiment jamais sauvegardés ?
Je redis aujourd'hui encore ma méfiance à l'égard de ce modèle hypercentralisé où l'on remet les clés de son informatique et surtout le contrôle de ses données à un hébergeur aussi puissant. Le moins que l'on puisse dire est que Google est loin d'être transparent sur ce qu'il fait des traces que l'on laisse chez lui. Et puis surtout, ce modèle est totalement en contradiction avec l'architecture distribuée de l'Internet. Plutôt que l'aboutissement du Web 2.0, n'est-ce pas plutôt là le retour à un système hiérarchisé en pyramide, quasiment de type Mainframe.
La hasard fait bien les choses, je viens de lire une contribution passionante de Anh-Tuan GAI sur le blog de Francis Pisani. Voici sa vision :
- "Web 1.0: Les contenus sont produits et hébergés par des entreprises.
- Web 2.0: Les contenus sont produits par les internautes et hébergés par des entreprises. (NDLR : c'est le modèle Google Apps)
- Web 3.0: Les contenus sont produits et hébergés par les internautes.
(Cela signifie ne plus héberger son mail sur Gmail, ses photos sur Flickr, etc… Les données sont reçues, stockées et accessibles sur une machine administrée par et physiquement chez l’internaute.) "
Je conseille vraiment la lecture de ce court article qui défend une vision décentralisée du Web qui y retrouve son architecture d'origine en toile.
A vrai dire, et on l'aura compris, le débat n'est pas que technique. Il s'agit bien du choix entre un modèle décentralisé et participatif, contre le confort du chèque en blanc. C'est un débat complètement politique concernant le rôle de chacun face à la puissance de ces entités.
Anh-Tuan GAI nous propose "Une autre branche pour l'arbre des possibles ". J'aime que cette branche là puisse pousser vite avec le talent de ce jeune post-doctorant. Et vous, sur quelle branche aimeriez-vous chanter ?
22:20 Publié dans Systèmes d'Information, Web | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : INTERNET, Web 2.0
16.01.2007
La grande distrib 2.0
Finalement ce Web 2.0 pousse à son paroxysme le modèle de la grande distribution. On sait que celui-ci est construit autour de la puissance des centrales d'achat qui tirent leur force de leur concentration, face aux fournisseurs désunis et dispersés. On connait aussi l'importance de l'exposition du produit et de l'effet "tête de gondole". Ces mêmes fournisseurs arrivent quand même à vendre leur production. Quelques grandes marques stars arrivent même à un tel niveau de notoriété, qu'elles peuvent négocier dans des conditions un peu moins inégales.
Pour l'économie de l'Internet, j'écrivais précédemment
" Comme chacun le sait, il s'agit maintenant d'un Web en lecture-écriture. L'utilisateur en crée le contenu, au moins à part égale avec les entreprises économiques et les institutions. Celles-ci continuent néanmoins à en tirer l'essentiel du profit économique. A terme, ce partage inégal annonce des tensions sur le modèle (...) Si l'information est un vrai pouvoir, celui-ci se ré-équilibrera, sous sa forme économique, entre les mains des usagers au détriment des entreprises capitalistiques."
Cette analyse est un voeu plus qu'une vraie prévision, et il a peu de chances de se réaliser. Quand on compare avec la grande distribution, on s'aperçoit que le modèle Web 2.0 n'est pas si nouveau que ça, en tous cas d'un point de vue de la répartition des bénéfices. Les Google, MySpace et consorts sont les Carrefour(s) - c'est le cas de le dire - de l'Internet, ils ont un rôle tout à fait similaire. Ils font même mieux, puisque le contenu créé par l'utilisateur (user generated content) l'est à titre gratuit. Encore plus fort ! La loi d'airain, qui fait du distributeur l'élément clé de la chaîne de valeur, se confirme et s'amplifie dans le monde de l'Internet. Le producteur de contenu est quand même satisfait. Il échange sa production contre une reconnaissance sociale ou professionnelle. Un excellent rapport ( en .pdf ) analyse bien cette évolution de la chaîne de valeur dans l'industrie du divertissement.
Le modèle est accepté pour la production amateure de divertissement et même pour les contenus plus ambitieux de beaucoup de blogs.
Les professionnels du divertissement et de l'information n'ont toujours pas trouvé de modèle économique qui leur permettent de s'insérer dans cette nouvelle chaîne de distribution. Les DRM ne seront pas acceptés, et Microsoft a manqué de Vista en se conformant aux diktats d'Hollywwod. Ce n'est pas si grave pour nous, il y a plein d'alternatives.
La presse quotidienne payante d'informations sur papier va mourir. Elle a bien du mal à construire son nouveau modèle à dominante Internet. C'est beaucoup plus embêtant.
19:44 Publié dans Société, Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



"Le panoptique est un type d'