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20/03/2007

Français Votez pour moi

Difficile en ce moment d'échapper aux émissions politiques. C'est ainsi qu'hier soir je me retrouve, un peu par hasard, au milieu de "Français votez pour moi" .

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Un court reportage était consacré aux fonds d'investissement à travers l'exemple de Monsieur Gilles Roland. Monsieur Gilles Roland est le Président Fondateur de Fin'Active, un fond d'investissement spécialisé dans l'achat, le redressement et la revente d'entreprises en difficulté. A suivre ce reportage, pas de doute sur la victime désignée de cette soirée. Tout accuse Monsieur Gilles Roland comme le "salaud" de service qui dépèce les entreprises pour en sucer le sang au plus vite avant de tout revendre avec une belle plus-value au passage.  Mais Monsieur Roland était là, et jamais je n'ai été aussi frappé par le déplacement des certitudes.

Il y avait aussi Marie-Georges Buffet dont le Parti fut naguère le représentant et le seul interprète autorisé d'autres certitudes. Ah ! la belle époque où l'on était certain du sens de l'histoire, où l'on pouvait décrypter le dessous des cartes avec cette bonne vieille grille de lecture hegelo-marxiste. Comme il était simple d'interpréter les guerres à la lumière des conflits d'intérêts capitalistes. Tout était clair alors, pourvu que l'on ait le bon code et les bonnes clés de déchiffrement des contradictions du capitalisme. Certes on se vivait exploité, mais avec la certitude d'être dans le sens d'une inéluctable Histoire qui verrait un jour le triomphe de ses idées, avec la certitude de faire partie de cette avant-garde qui avait les moyens de comprendre et d'agir, pour accélérer le mouvement vers la libération révolutionnaire. Le vrai pouvoir finirait par revenir aux mains des travailleurs, l'avenir était, sinon radieux, en tous cas écrit et de toutes façons meilleur que le passé et le présent.

Mais non, Madame Buffet représente un parti qui n'ose même plus dire son nom. Et c'est toute intimidée qu'elle interrogea Monsieur Roland sur le rôle de l'entreprise et si vraiment il n'y avait pas moyen de traiter les salariés (on n'ose plus parler de travailleur) comme une "variable d'ajustement".

Les certitudes ont changé de camp.  C'est en effet mon métier répond tranquillement Monsieur Gilles Roland. J'investis dans des entreprises en difficulté, je prends donc des risques et j'en attends un retour légitime  en terme de bénéfices.

- Mais vous détruisez de l'emploi au passage. C'est toujours l'emploi qui est la variable d'ajustement.

- Je peux en supprimer à court terme et en créer à long terme, mais de toutes façons ces entreprises étaient condamnées et je les sauve de la disparition.

On comprend bien que le monde de Monsieur Roland est un monde où le travail salarié est une charge comme une autre. Ni plus ni moins importante qu'une autre, mais sans aucune connotation sentimentale.

Ce n'est tout simplement pas le sujet, ni le métier de Monsieur Roland.

Le dialogue s'arrête là. Mais quel contraste entre cette tranquille assurance de Monsieur Gilles Roland qui a les clés et le pouvoir permettant d'agir sur notre économie capitaliste et le désarroi des anciens maîtres de LA solution qui ne peuvent plus que faire appel à la compassion, faute d'outils d'analyse et d'action sur un monde qui leur échappe. C'est bien le drame de la gauche "alternative". Elle n'a plus pour programme que d'interdire les licenciements et de revenir à un équilibre capital/travail des années 70. L'avenir de l'extrême gauche est dans le retour aux années Giscard ! C'est dire sa défaite totale dans la bataille des idées. La gauche n'a jamais eu le pouvoir économique, elle a parfois eu le pouvoir politique et pendant très longtemps elle avait le monopole du pouvoir culturel. Elle a tout perdu, et elle n'a  même pas le début d'une proposition alternative. Ce n'est une bonne nouvelle pour personne. 

14/03/2007

Les parkings votent Bayrou. Pas moi

Ah, ces déplacements en province. Les levers à 5h30 pour l'avion ou le train du matin et le retour tard quand les enfants dorment déjà.  Le plus dur de la journée c'est le parking. Encore engourdi à 7h du matin, arriver dans celui de la Gare du Nord et cette odeur d'urine mêlée au gaz d'échappement. Vous qui débarquez de l'Eurostar, Welcome in France. Hier j'étais en déplacement à Lille, TGV de 7h28. Quel miracle ! Dans le parking Vinci de la Gare du Nord, on diffuse des enregistrements d'oiseaux. Voilà qui me rappelle ce disque 45 tours de mon enfance qui nous faisait passer une journée avec leurs chants, depuis l'alouette du matin jusqu'au rossignol du soir. L'aigle trompette, l'alouette turlute et la cigogne craquette. Le commentaire un peu pédant de ce vieux disque me revient pendant que je traverse le parking. Autre miracle, l'odeur a disparu et ça sent  le printemps. C'est la campagne idéalisée telle qu'on nous la diffuse, que l'on entend et que l'on sent dans les parkings de la Gare du Nord. 

De retour le soir, c'est la queue habituelle ! Seule la caisse du milieu fonctionne et permet de payer son tribut, 22 Euros  la journée. Dans le parking, les mêmes chants vous  accueillent. L'enregistrement a dû tourner en boucle toute la journée pour saluer ce printemps précoce. Soudain, couvrant les oiseaux : ding dong, les cloches du village. Le message, est là, évident, c'est la force tranquille qui revient encore dans cette campagne. Même les parkings votent pour lui. Ce paysage bucolique, ce clocher, cet homme enraciné dans sa terre, le plus rural de nos candidats, aujourd'hui c'est Bayrou évidemment. Je l'annonçais déjà le 15 décembre !!  il a le meilleur slogan  "Nombreux sont ceux qui disent : nous aimons la France de toutes nos forces. Aujourd'hui elle a besoin de toutes nos forces"

Jacques Chirac, qui garde son sens politique, a bien senti le vent et réussit son meilleur discours en nous avouant, enfin, son amour. Les autres candidats ont également suivi mes conseils, ils ont laissé tomber la "rupture tranquille" et "l'ordre juste" . Mais il leur manque encore ce côté terrien qui va faire la différence cette année. Sarkozy a bien tenté un recentrage. Après avoir avoué qu'il ne buvait jamais de vin, il s'est mis à plafonner dans les sondages. Du coup il a tenté le Sancerre, mais il le supporte  mal et commence à dire beaucoup de bêtises. Ségolène Royal qui a pourtant des références, n'exploite pas son long combat en faveur du chabichou.  Et c'est François Bayrou - le seul candidat qui sait conduire un tracteur - (avec José Bové sans doute ) qui devient le chouchou des sondages et des commentateurs. Une fois de plus les Français auront déjoué les pronostics en le plaçant en position d'être au second tour.

Je déteste ce faux bon sens, toujours qualifié de paysan. Bayrou parle beaucoup de la dette. La dette est une contrainte, ce n'est pas un programme. Bayrou ne fait pas de promesses, "qui nous ont fait tant de mal", il nous dit des contes de fées. C'est l'alliance de l'épée et du bouclier. On prend le meilleur de chaque camp, et miraculeusement tout le monde s'entend pour se rassembler sous sa houlette. "Si je suis élu président de la République, le peuple français aura donné un mandat impératif aux forces politiques du pays"  affirme-t-il. François Bayrou se trompe d'élection, on ne vote pas pour les forces politiques du pays, on vote pour un candidat. La parcours de celui-là ne plaide pas pour ses qualités d'écoute. Bayrou est le seul "rassembleur" qui ait  vidé son parti. N'y restent plus que ceux  veulent bien se dévouer au service exclusif de son ambition personnelle. Comment nous faire croire qu'en un mois, ce parti vide se transformera en un parti de gouvernement. Une base de 29 députés ne devient pas une majorité. Bayrou devra cohabiter avec le vainqueur des élections législatives qui serait probablement le Parti Socialiste. Voter Bayrou, c'est l'immobilisme assuré qui fut sa politique au ministère de l'Education nationale. C'est un non-choix et c'est repousser pour 5 ans de plus les réformes nécessaires à ce pays. Je ne voterai pas pour lui. 

25/01/2007

Une réunion de l'UMP

 

A lire le pilonnage anti-sego qui se déchaîne sur tous les médias, traditionnels ou bloguesques, on se demande comment elle pourra se sortir de cette mauvaise passe. Mais après tout, ça fait partie du parcours normal de tout candidat, et qui pleure en janvier peut triompher en mai, ou l'inverse. Madame Royal est en grande difficulté, on pourra juger de son caractère et de son aptitude à surmonter les épeuves. Je ne suis pas de ceux qui la sous-estiment.  Elle a pulvérisé ses rivaux socialistes, ils ne lui pardonnent pas, et ses difficultés actuelles viennent de là, car elle n'a pas d'équipe et elle n'est pas préparée.

Hier soir, Patrick Devedjian était l'invité d'une réunion à La Celle Saint-Cloud, c'était l'occasion d'aller voir si l'on sonne déjà  la curée du côté de l'UMP.

Après les remerciements d'usage, voici la vedette du meeting qui s'avance au pupitre. Les applaudissements sont polis, la salle a besoin d'être chauffée, mais ce ne sera pas pour ce soir. Patrick Devedjian est un bon orateur, il parle sans notes pendant trois quarts d'heure. C'est pour nous expliquer pourquoi l'UMP a choisi la bonne stratégie pour propulser "Nicolas" (tout le monde l'appelle Nicolas) à l'Elysée.

Pour les valeurs comme le pouvoir d'achat ou le travail, ils ont su récupérer des thèmes traditionnels de la gauche en évitant l'erreur de faire une campagne libérale vouée au même échec qu'Alain Madelin en 2002. Quand au  déroulement de cette campagne, ils ont choisi un congrès de désignation du candidat après celui des socialistes. De cette manière, nous profitons au mieux de "l'effet congrès" assure-t-il. Les événements lui donnent raison pour l'instant, mais le ton comme le fond de son discours ne sont pas triomphalistes. C'est tout juste s'il s'autorise à évoquer la bravitude, et les gaffes d'Arnaud Montebourg.

"Tout le monde dit des bêtises, ou fait des gaffes. Moi aussi, bien sûr. Mais quand j'en fais, j'essaie de ne pas en faire un événement. Alors que là, on met Arnaud Montebourg au piquet, du coup tout le monde en parle. Quel amateurisme ! "

Dans ce genre de réunion, on s'attend à un tir de barrage, et aux effets de manche faciles. Patrick Devedjian a trop d'expérience pour taper aussi fort en début de campagne. Il a plutôt refroidi la salle en n'accordant pas tant d'importance aux sondages qui sont  bons pour Nicolas. "La semaine dernière, on était battu, aujourd'hui c'est mieux, et je préfère quand les chiffres sont bons, mais la situation peut encore se retourner". Patrick Devedjian ne crie pas victoire, il a raison. "On n'est jamais à l'abri d'un événement imprévu, ou même d'une faute".

Vient le tour de la salle, elle est presque pleine, et il reste encore quelques dizaines de places sur les 500  disponibles. Beaucoup de sexagénaires, Monsieur et Madame, 4 ou 5 étudiants, et quelques autres  qui ne sont plus l'un et pas encore l'autre.

Ca commence fort en réclamant que l'on arrête de taper sur les riches. On continue par les droits des propriétaires et les 34 Milliards d'Euros pour l'aide au logement. Patrick Devedjian a des réponses plus raisonnables que les questions, et il propose de redéployer ces sommes pour aider à l'accession à la propriété. Visiblement, il connait le sujet, il cite le Danemark et la nécessité de créer un marché hypothécaire.

Tout ça risque de tourner à la réunion de co-propriétaires, et je commence déjà à ronchonner. Je réussis à récupérer le micro pour demander ce qu'ils comptent faire pour l'éducation nationale. Ma question ne porte pas sur le diagnostic, que tout le monde admet, ni même sur le projet qui est connu, mais bien sur les moyens de réussir une réforme qui ne se termine pas, comme d'habitude, par une capitulation devant la rue. Il répond par la suppression des ZEP et de la carte scolaire, et propose la création de campus, "à l'américaine", pour de grands pôles universitaires régionaux. Quant aux moyens, il compte sur la persuasion auprès des enseignants, la prochaine cible de Nicolas, qui connaissent bien les mauvais chiffres d'un système qu'ils continuent pourtant à défendre.

En France, on a longtemps nié les problèmes. Après de nombreux rapports et commissions, on a enfin accepté un diagnostic, on commence à se mettre d'accord sur certains remèdes, on en n'est pas encore aux moyens politiques de faire accepter un traitement qui puisse réussir.

Et pourtant sur d'autres sujets, comme l'Europe, Nicolas propose une stratégie. Si vous m'élisez, vous acceptez le principe d'une ratification parlementaire d'éléments institutionnels européens (Ministre des affaires étrangères, vote à la majorité qualifiée).  C'est tiré par les cheveux, mais au moins on est renseigné sur les moyens.

La réunion se termine avec une dame qui évoque ses jeunes années à Neuilly et les mérites municipaux de Nicolas Sarkozy. Mais plus personne n'écoute, c'est l'heure de la galette et du "verre de l'amitié".