04.05.2009
Quand Oracle rachète Sun
Après les discussions avortées avec IBM, c'est donc Oracle qui remporte la mise pour 7,4 milliards de dollars. En tant qu'employé de Sun, je n'ai pas de commentaires particuliers à faire, et d'ailleurs nous n'avons pas plus d'informations que ce qui peut circuler sur le Web. Comme beaucoup, on se demande ce que va devenir l'activité matérielle. On parle beaucoup de Solaris, de Java de MySql qui sont le logiciels les plus visibles et les plus connus de Sun, mais ce ne sont pas ces activités qui font le chiffre d'affaires. Celui-ci est très largement lié à la vente de matériels (serveurs et stockage) et au support associé. Sun n'a pas réussi à enrayer le déclin de cette activité par une offre logicielle attrayante mais dont il n'a jamais pu tirer un chiffre d'affaires capable d'en prendre le relais.
Au delà des divers commentaires, il est sans doute intéressant de s'informer à la source, comme sur ce communiqué officiel déposé auprès des autorités boursières
Ce communiqué résume les principaux aspects du rachat :
- Product Overview and strategy
- Customers and partners
- Business Continuity
On a pensé à tout : les produits, les clients, les partenaires, la continuité de l'activité, tout ce qui fait la vie d'une entreprise. C'est sans doute un oubli s'il n'y a pas de chapitre concernant les employés.
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05.09.2008
Rentrée "on the cloud"
J'aime bien Nicholas Carr qui ne s'est jamais laissé prendre à certaines naïvetés Web 2.0 tout en sachant souvent y déceler les mouvements de fond qui expliquent les vagues. Voir par exemple son analyse à propos de Chrome.
La thèse de son dernier livre "The big switch" porte sur une évolution de l'informatique vers un modèle centralisé, "on the cloud" comparable à la disparition de la production locale et privée d'électricité au profit d'entreprises spécialisées. L'électricité devient alors moins chère et de meilleure qualité se tranforme alors en simple commodité, disponible pour tous, avec les avantages dont nous disposons encore aujourd'hui.
Le livre est déjà paru depuis plusieurs mois, et Francis Pisani y consacre quelques notes. En guise de rentrée sur le Web, j'y ai laissé un commentaire qui peut également servir de rentrée sur ce blog :
La comparaison entre l’énergie électrique et “l’énergie informatique” est tentante et stimulante. Les évolutions actuelles (the cloud) semblent aller dans le sens décrit par N. Carr. Et pourquoi continuer à - mal - utiliser une informatique en local quand des professionnels le font mieux et pour moins cher.
Il y a pourtant une différence de taille : L’énergie électrique se transporte et ne se stocke pas. L’énergie informatique ne se tranporte pas, ce sont les données qui se tranportent. J’utilise des CPUs, mémoires et dispositifs informatiques à distance avec des données que je leur envoie et que j’exploite une fois transformées. Mes données pourront être stockées en local ou à distance ; dans la pratique elles sont souvent répliquées sur les deux sites.
L’électricité est un simple flux qui ne porte rien d’autre que lui-même au service de la production d’autre chose. Les TIC sont un flux, mais surtout un stock dont la valeur ne se mesure pas qu’en pur volume. Tous les Go ne se valent pas, et si l’on peut bien imaginer un Go banalisé, ouvert et disponible à tous “on the cloud”, je doute que le Go à vraie valeur ajoutée pour celui qui le possède soit confié aux opérateurs du nuage.
Tout commentaire, de rentrée également, est bienvenu sur ce sujet, comme sur d'autres...
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06.05.2008
Ecrire ou maniper, il faut choisir
Mes charmants collègues soldent leurs jours de congé. Eux.
Du coup me voilà le seul disponible pour faire des manipes techniques chez un client :
- Recopier une instance SAP sur un nouveau serveur
- A partir de cette copie, exécuter un "upgrade" Oracle9 vers Oracle10g
- Enfin exécuter un autre upgrade de la version SAP d'origine (4.6C) vers ECC6
Tout ce jargon ne passionnera pas mes lecteurs habituels qui n'ont qu'un faible aperçu de mes activités professionnelles. Normalement, je ne fais plus ce type d'intervention exclusivement technique, ayant maintenant un rôle d'avant-vente et de direction de projet lors de la phase de "delivery". Mais voilà, il me reste encore quelques compétences qui m'ont fait accepter cette mission.
J'avais oublié à quel point ces procédures sont ardues et surtout extrêmement minutieuses.
Difficile dans ces conditions de prendre un peu de temps pour suivre les blogs et alimenter le sien.
Je serais sans doute un peu moins actif dans les jours à venir.
17:45 Publié dans Humeur, Systèmes d'Information | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
16.04.2008
Les années 2020 vues par Microsoft
Ca s'appelait IHM ou Interface Homme Machine, Microsoft Research préfère maintenant parler de HCI ou Human Computer Interaction. Le terme interaction est en effet bien meilleur pour décrire la relation Homme-Machine telle qu'elle commence à se dessiner pour les années 2020. C'est cette relation qui fait l'objet de cette étude disponible sur le site de Microsoft (.pdf).
Les chercheurs de Microsoft décrivent le basculement d'un modèle de type GUI ( Graphical User Interface ), basée sur les actions du clavier, de la souris et de la navigation dans des menus plus ou moins standardisés vers une interaction beaucoup plus variée entre LES hommes et DES ordinateurs. Ce qu'on appelle ici ordinateurs, faute de mieux, est la famille d'équipements de tous ordres qui constituent et constitueront notre environnement numérique :
- L'ordinateur lui-même, le PC pour faire simple, qui ne devient qu'un outil parmi d'autres de notre environnement numérique
- Le téléphone portable
- Les équipements de localisation ( GPS, caméra de surveillance)
- Numérique embarqué dans les vêtements
- Numérique embarqué dans le corps humain
- Consoles de jeux
- Robots de tous ordres
- ...
Ce ne sont que quelques exemples de ce qui est disponible aujourd'hui, sans préjuger des équipements à venir dans les dix prochaines années.
Mais c'est surtout le fait qu'il faut désormais se préoccuper de la relation entre DES hommes et DES machines. Le Personnal Computer, ordinateur personnel en relation avec un seul utilisateur est un modèle qui disparait. Il s'agit maintenant d'un environnement multiple : on vient de le voir. Il s'agit surtout de prendre en compte la dimension multiple et sociale de cette relation.
Prenons l'exemple de la santé et de l'électronique qui sera de plus en plus finement intégré à notre corps pour s'assurer de son bon fonctionnement et pallier certaines de ses défaillances
- La frontière devient floue entre l'homme biologique et les équipements électroniques de mesure, de surveillance, de traitement qui lui sont greffés.
- Parmi toutes ces informations, lesquelles doit-on rendre disponible et pour qui : le corps médical, la famille, le "patient"
- Ces équipements permettent de localiser et s'assurer du bien-être des enfants ou des personnes agées. Où est la frontière entre l'attention et la surveillance ?
- Aurons-nous le droit, d'un point de vue de la norme sociale, de nous débrancher et de se retirer du circuit d'informations qui nous immerge ?
Toutes ces questions sont le signe d'un changement radical de la manière dont on aborde l'interaction homme-machine. Il ne s'agit plus du tout d'un problème technique d'ergonomie mais d'un ensemble de sujets qui débordent de beaucoup une discipline où l'aspect technique est devenu mineur face à l'ampleur des problèmes philosophiques et sociologiques qui sont en jeu.
Un autre changement radical est dans le style et le ton extrêmement méfiant de ce rapport. Il faut se souvenir des prestations pas si anciennes de Bill Gates, ou de n'importe quel dirigeant informatique d'ailleurs, pour mesurer l'écart. Ce n'étaient que prospectives enthousiastes décrivant l'explosion bienfaitrice des technologies informatiques, un PC par habitant de la planète, tout le monde connecté partageant des valeurs communes en abaissant les frontières entre les hommes.
Tout dans cette étude est interrogation inquiète :
- L'intégration à notre corps d'équipement de surveillance de notre santé est-elle acceptable seulement en cas de maladie ou sera-t-elle généralisée ? Qui aura accès et contrôlera cette information ?
- Comment allons-nous prendre en compte la complexite de l'interaction homme-machine et se prémunir contre ses effets parasites ?
- SI nous sommes constamment assistés par des calculateurs électroniques, que deviennent nos facultés natives de calcul, de mémoire ?
- La mémoire quitte son support biologique individuel, fugace et imparfait. Elle migre sur un réseau collectif, persistant et sans erreurs.
Le passé ne s'efface plus. C'est la fin de l'éphémère.
On peut lire aussi les commentaires d'Hubert Guillaud sur Internetactu
13:00 Publié dans Actualités, Philo, Science, Société, Systèmes d'Information | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
03.04.2008
D'une utopie 2.0
Quand chacun contribue suivant ses moyens et que tous en profitent suivant ses besoins, ça s'appelle la Sécurité Sociale, un modèle de communisme réussi dans le domaine de la santé. En plus ce n'est pas l'égalité d'un médiocre niveau de soin qui est visé, mais bien le meilleur de la thérapeutique disponible pour chacun, quelle que soit sa situation.
Chacun selon ses capacités est ici calculé très simplement, à partir du revenu qui sert de base au calcul de la cotisation. Il reste à savoir si le revenu est bien mérité et quels sont les critères de distribution du revenu.
Le talent est inégalement réparti chez les hommes. Toute politique est à la recherche d'un compromis acceptable entre la nécessaire récompense des talents et la non moins nécessaire redistribution des revenus. Le système libéral pur laisse faire les forces du marché qui calcule la valeur de chacun, en regard de l'offre et de la demande de la personne, considérée ici comme une marchandise, à laquelle est attribuée un prix. Si l'on refuse ce système de marché, on nous dit que nous sommes condamnés à un système à la soviétique injuste lui aussi, sclérosant et inefficace par surcroît.
Il n'y aurait de choix qu'entre la brutalité du marché qui ne raisonne que par valeur argent, coûts et profits, et le jugement d'un ministère lointain qui finit toujours par fonctionner en cercle fermé, ayant perdu contact avec la réalité. Dans ce dernier monde de type soviétique, les évaluations sont à la merci d'une administration qui aura souvent la tentation de favoriser une carrière suivant des critères qui n'ont rien à voir avec la compétence et le talent, mais plutôt avec le copinage ou la docilité du promu.
En France on a la Sécurité Sociale et son communisme réussi. On se distingue aussi par le modèle d'administration le plus ingérable du monde, longtemps au deuxième rang mondial par le nombre de fonctionnaires, juste derrière l'Armée rouge : c'est l'Education Nationale.
Heureusement Web deux-points-Zorro est arrivé. Sur Ebay, sur Digg, sur Tripadvisor c'est le système de notation non biaisée qui crée la confiance que l'on n'a plus dans un marché incontrôlé, une administration ou des intérêts qui ne le sont que trop. La présentation de Digg et de Tripadvisor dans Wikipedia est caractéristique de cet état d'esprit.
"Digg est un site Internet communautaire, typique du phénomène « Web 2.0 », qui a pour but de faire voter les utilisateurs pour une page Internet intéressante et proposée par un utilisateur. Il dispose de plusieurs catégories, telles Politique, Divertissement, Vidéos, Technologie...Il combine « social bookmarking », blog et syndication.Les nouveaux articles et les sites Web soumis par les utilisateurs sont notés par d'autres utilisateurs et s'ils remportent le succès nécessaire, ils sont affichés en page d'accueil."
"TripAdvisor.com est un site Web de guide de voyages gratuit et de recherches sur les voyages qui offre des opinions non biaisées vous aidant à planifier des vacances."
Comme tout se note et tout s'évalue, on ne s'étonne pas de voir des sites de notations des profs, ( note2be ) ou des flics. C'est d'ailleurs chez Francis Pisani que j'ai trouvé cette information. Francis continue :
"Des sites de ce genre existent déjà pour noter, entre autres, les articles de la grande presse et donc les journalistes qui les ont écrits (Newstrust , une entreprise remarquable), les médecins (RateMDs ) ou les professeurs (RateMyProfessors ) qui d’ailleurs se sont maintenant dotés des moyens de répondre (ProfessorsStrikeBack )."
Et de poursuivre :
"au lieu qu’un seul gardien de prison puisse observer un grand nombre de détenus comme l’avait rappelé Michel Foucault, les gens peuvent observer en permanence ceux qui les surveillent et ceux qui les punissent"
Michel Foucault décrivait ainsi le panoptique : "Faire que la surveillance soit permanente dans ses effets, même si elle est discontinue dans son action ; que la perfection du pouvoir tende à rendre inutile l'actualité de son exercice".
De la notation qui aide au choix, à la surveillance qui contrôle l'individu, on sent bien que le pas est facile à franchir et d'ailleurs il l'est souvent. Sans parler des réputations mises au pilori comme Sylvie Noachovitch, Nicolas Princen ou Olivier Martinez.
Il est presque obligatoire qu'un système aussi transparent aboutisse au conformisme des apparences, et au lissage des différences. C'est Luc Fayard qui nous annonce avec de bons arguments que le maoïsme flotte sur le Web 2.0. C'est aussi l'étonnante analogie entre le panoptique et la cité d'Icarie, les deux utopies qui nous préoccupent aujourd'hui.
Wikipedia est toujours notre source pour ces définitions :
"Le panoptique est un type d'architecture carcérale imaginée par le philosophe Jeremy Bentham. L'objectif de la structure panoptique est de permettre à un individu d'observer tous les prisonniers sans que ceux-ci ne puissent savoir s'ils sont observés, créant ainsi un « sentiment d'omniscience invisible » chez les détenus." ( Illustration ci-jointe de Wikipedia )
"Icara, la capitale de la communauté d’Icarie comptant un million d’habitants, est une ville circulaire à l’architecture géométrique. La traverse un fleuve absolument rectiligne. Également tracées au cordeau, les rues sont bordées de 16 maisons de chaque côté avec un édicule public au milieu et à chacune des extrémités. Impeccablement propre, la cité ne comporte ni café ni hôtel particulier, mais seulement des bâtiments à usage collectif, dont une bibliothèque aux ouvrages soigneusement choisis."
Icarie est la cité imaginaire qui connut un début de réalisation dans les années 1850. Etienne Cabet imagina cette utopie communiste d'un autre type, et qui finit mal. Cest à lui et non à Karl Marx que l'on doit ce slogan : "À chacun suivant ses besoins. De chacun suivant ses forces" .
Revenant à notre Sécurité Sociale, utopie communiste réussie, il était finalement très étonnant que ce système ait vécu plus de 50 ans sans aucun contrôle sérieux sur le comportement sanitaire des assurés sociaux. Qu'on se rassure, c'est en train de changer grâce aux campagnes anti-alcooliques et la restriction des lieux autorisés aux fumeurs.
Supposons encore une utopie globalement réussie où chacun vit en communauté à la hauteur de ses besoins en occupant une place à la mesure de son mérite et de son talent. Qu'on suppose donc un système de répartition parfait, juste, reconnu et accepté par tout le monde. C'est la justice elle-même qui transforme ce paradis en enfer de la frustration. Car quiconque occupe une place médiocre ne peut sans prendre qu'à lui-même. Ce n'est plus une société injuste contre laquelle il est légitime de se révolter qui explique ma mauvaise place, c'est bien l'inégalité des talents qui a rendu public la pauvreté du mien par une évaluation incontestable et publique.
Il y a peu d'hommes prêts à admettre que l'on affiche ainsi les différences. En admettant encore que l'on puisse le supporter, nous voici dans une société figée, faute de l'énergie vitale de ceux qui, à tort ou à raison, rêvent de la changer.
18:55 Publié dans Philo, Systèmes d'Information, Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
26.01.2008
Au coeur de l'informatique financière
5 milliards ou plus, partis en fumée
. Au delà de la folie du système financier, où tout le monde est dépassé, je vous propose un petit aperçu de l'informatique qui régit les transactions financières.
Lustre : un Cluster File System
Le coeur de ces systèmes est formé de grilles de calcul qui utilise la plupart du temps un FileSystem spécifique : Lustre ( racheté récemment par SunMicroSystems : mon employeur )
Un File System est un dispositif logiciel qui permet à l'ordinateur de traiter les fichiers. Accéder, ouvrir, modifier, sauvegarder, déplacer les fichiers : toutes ces opérations finissent par se traduire par des lectures/écritures sur les moyens de stockage : un ou une série de disques durs dans la plupart des cas. Sachant que la très grande partie de l'activité informatique se réduit à des manipulations de fichiers, on voit l'importance du File System. Faisant l'interface entre le logiciel applicatif et le matériel, le File System est au coeur du système d'exploitation. Dans la vie courante, un File System n'est géré que par un seul ordinateur qui accède à ses propres fichiers.
La mise en réseau a fait naître des systèmes de fichiers partagés, dont le plus célèbre, et encore très largement utilisée est NFS ( Network File System ). NFS est bâti sur un serveur de fichiers qui s'occupent des accès physiques en lecture/écriture. Ce serveur répond aux requêtes de ses clients qui délègue les opérations physiques au seul et unique serveur NFS. Il ne peut y avoir qu'un seul serveur NFS par système de fichiers ( ou par répertoire ). NFS reste populaire, mais trouve vite sa limite au delà d'une centaine de clients où les performances s'écroulent.
Beaucoup d'autres File Systems existent, qu'ils soient de type réseau ( AFS, NFS, Parallel NFS ) ou mono serveurs ( VxFS, EXT4, NTFS ) ou partagés ( Shared QFS ) et Lustre qui nous intéresse ici.
Lustre a été conçu dès le départ pour gérer des très grands nombres :
- Des milliers de clients
- Des milliards de fichiers
- Des tailles gigantesques ( au delà du Po = 1 million de GigaOctets )
- Au lieu d'un unique serveur, Lustre est architecturé autour d'un grand nombre de serveurs de données ( Object Storage Servers OSS ou Object Storage Targets OST ) qui gèrent l'accès aux données physiques répartis sur des systèmes de disques attachés à ces serveurs. Aujourd'hui, le seul FIle System supporté pour ces OST est EXT4, dans l'avenir, une migration est prévu sur ZFS ( encore un autre système de fichiers ). Attention à ne pas confondre ce système de fichiers "local" qui donne accès aux données pour les OST avec le système de fichiers global qui permet l'accès à ces données pour les milliers de clients. Les données des fichiers sont réparties sur l'ensemble de ces OST. L'information concernant la localisation des fichiers est contenu dans le Metadata Server.
- Lustre utilise un ou plusieurs serveurs de métadonnées : le Metadata Server ( MDS ). Qu'est ce qu'une métadonnée dans ce contexte ? Il s'agit de l'ensemble des informations qui caractérisent un fichier : Propriétaire, droits d'accès, localisation, access time, et diverses informations de gestion qui permettent au système d'accéder aux données.
- Sachant qu'il y a des milliers de noeuds qui peuvent travailler sur un même fichier, il faut utiliser un "distributed lock manager" efficace. Au lieu de verrouiller le fichier entier, Lustre ne pose de lock que sur la partie du fichier qui est manipulé par le client. Cela permet de poser des milliers de locks sur le même fichier sans avoir à gérer trop d'accès concurrentiels sur le même objet.
- Grâce à cette architecture, Lustre autorise des performances démesurées : Des tailles de File System supérieures au PetaByte, 5000 ou plus create/sec sur un seul File System, un débit global de plusieurs centaines de GigaBytes/seconde.
Ci-dessous un schéma de principe d'une architecture Lustre.
Dans la mesure, où il permet à des milliers, voire à des dizaines de milliers de serveurs de se partager les mêmes ressources fichier, Lustre est très utilisé dans les applications de Grid Computing. Un seul serveur, si puissant soit-il, ne peut plus délivrer la puissance nécessaire pour des applications comme la prévision météo, la recherche sismique ou génomique et aussi les applications financières comme les simulations de type Monte Carlo. Ce sont des applications de type Redshift, dont j'ai déjà parlé ici. Très gourmandes en CPUs, en moyens de stockage et en réseau rapide comme le protocole Infiniband.
Les entreprises financières ouvrent largement leur budget pour ces applications sophistiquées s'exécutant sur des infrastructures gigantesques. C'est un représentant de la Deutsche Bank qui s'exclamait ainsi à propos d'Infiniband :
"For every ten milliseconds for latency we reduce in our automated trading infrastructure, we can bring in an additional $200 Million in revenue per annum."
Chaque milliseconde vaut 20 millions de dollars... Il manque peut-être un système de contrôle pour éviter une catastrophe à 5 milliards.
16:20 Publié dans Actualités, Systèmes d'Information | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
16.01.2008
Sun rachète MySQL
Après StorageTek et Lustre ( Cluster File System utilisé dans le monde HPC ) Sun ( mon employeur ) rachète MySQL.
Tous les détails de cet investissement de 1 milliard de dollars, dans le blog de Jonathan Schwartz, le CEO de Sun.
15:50 Publié dans Systèmes d'Information | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
14.12.2007
Faire de l'audience avec les ERP
Impossible, répond Robert Scoble qui se demande pourquoi le logiciel d'entrepise n'est pas sexy. Michael Krigsman, Dan Farber, Dennis Howlett, Anshu Sharma, Sadagopan, Craig Cmehil, et d'autres lui répondent que l'objectif de ce type de logiciel n'est pas d'être attirant mais efficace et fiable. Nick Carr ne voit pas pourquoi un ERP devrait être rébarbatif sous prétexte qu'il traite de processus d'entreprise et n'est pas orienté grand public.
A vrai dire, il y a peu de chances que la gestion de la logistique et des finances deviennent quelque chose d'un peu sexy. Ce sont juste des process d'entreprise complexes. Là où Nick Carr a raison, c'est quand il dit qu'un processus complexe peut être habillé et présenté de manière un peu plus conviviale. C'est d'ailleurs ce que tente de faire SAP, en intégrant dans son portail des règles de navigation issues du Web grand public. Néanmoins, il n'y a aucun moyen de rendre convivial un calcul de besoins ou une balance comptable, rébarbatifs quel que soit l'habillage que l'on puisse y mettre.
Cette discussion n'est pas neuve, entre la pratique des outils grand public qur tout le monde utilise chez soi par plaisir, et les outils professionnels que l'on subit dans l'entreprise par nécessité. Et le débat fait rage sur les blogs anglophones ( rien en France à ma connaissance ). Sauf que ce n'est pas exactement ce que dit Robert Scoble. Voici ses propos :
"let’s look at the business of journalism or even of blogging. We’re paid to deliver page views. Advertisers call it “CPM” (cost per thousand viewers). Now, what’s going to get more of you interested? Consumer software that you actually have a role in adopting or purchasing or enterprise software where some CIO somewhere else in your organization decides on? I know that when I talk about enterprise software the numbers of viewers just don’t show up. So, tech bloggers quickly learn that if they talk about enterprise software they aren’t going to get many advertising impressions."
"Regardons les revenus du journalisme ou même des blogs. Nous sommes payés pour être vus. Les annonceurs appelent ça le CPM ( coût par milliers de visiteurs ). Qu'est-ce qui va vous intéresser le plus ? Du logiciel grand public pour lequel vous avez réellement un rôle, dans l'adoption ou l'achat, ou du logiciel d'entreprise pour lequel c'est le CIO ou n'importe qui d'autre dans l'entreprise qui décide ? Je sais que lorsque je parle de logiciels d'entreprise, le nombre de lecteurs ne va pas augmenter. Ainsi, les bloggers qui parlent de technologie apprennent vite que si l'on parle de logiciels d'entreprise, ils ne vont pas avoir beaucoup de publicité ".
Ce qui est bien avec les Américains, c'est qu'ils ne se cachent pas derrière leur petit doigt. L'ERP c'est chiant, nous dit Scoble. A chaque fois que j'en parle j'ai une baisse d'audience, donc de pubs, donc de revenus, donc j'en parle le moins possible. Ou alors pour créer une bonne polémique comme celle-ci qui va m'attirer des lecteurs. Je ne sais pas si vous vous intéressez au design des ERP ( sans doute pas beaucoup ). Mais si vous vous intéressez à la question de la gratuité, de la publicité et de l'indépendance d'Internet, cette petite anecdote est bien éclairante. Il faut faire de l'audience. Donc, vus des blogs, Internet et l'informatique en général se réduisent aux outils grand public. On ignore ce qui se passe derrière le rideau, qui représente quand même largement autant de milliards et façonne nos vies de manière aussi décisive.
Je continuerai à en parler de temps en temps. Tant pis pour le bloguimat. De toutes façons, je n'ai pas de pub et je suis gratuit. Je suis libre.
14:48 Publié dans ERP, Systèmes d'Information, Web | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
09.12.2007
Marché des serveurs : Le Redshift

En 25 ans, le prix du MIPS a été divisé par 1 million ; et ça va continuer. Tous les chiffres qui suivent sont basés sur des serveurs Sun. Les proportions sont évidemment les mêmes chez les autres constructeurs. J'utiliserai aussi la notion de SAPS ( SAP Application Performance Standard ) défini par 100 SAPs = 2000 lignes de commandes par heure ( 2,000 fully business processed order line items per hour ). Cette mesure à l'avantage de s'appuyer sur l'exécution d'un logiciel important et donc de bien représenter le service rendu au niveau des utilisateurs finaux. Tous les chiffres de performances SAP sont disponibles sur le site de benchmark SAP.

En 1997, un serveur Sun Enterprise 10 000 à 64 CPUs délivrait 150 000 TPM dans un rack entier de 42 Rack Unit ( RU ) ( 1,86m de haut pour un poids approchant la tonne ). En 2007 un serveur de type Niagara tient dans un RU ( 4,5 cm ). Il est également capable d'exécuter 64 programmes en parallèle avec le double de puissance. Si l'on compte en SAPs, un Enterprise 10 000 dans son rack d'une tonne avec ses 64 CPUs cadencées à 250 Mhz fournissait 2746 SAPs. Un modèle Niagara1, avec une seule CPU 6 cores cadencé à 1000 Mhz , fournit 2474 SAPs. Le nouveau Niagara 2 disponible aujourd'hui fournit 9522 SAPs.

En terme de prix, la première station de travail Sun1 valait 40 000 dollars en 1985 pour une puissance de 1 MIPS. Un serveur E10000 plein en 1997 valait au moins 5 millions de dollars ( suivant les options ) pour 10 000 Mips. Ce serveur Niagara1 vaut 4300 dollars et fournit également 10 000 Mips. Entre le E10000 et le Niagara, le prix a été divisé par 1000 et la taille par 36. En 10 ans, la loi de Moore prévoit que le nombre de transistors des CPUs est multiplié par 2 à la puissance 5 , soit 32, ce qui est cohérent avec les chiffres précédents.
On peut résumer tout ça avec le tableau suivant :
| Année | 1985 | 1997 | 2005 |
| Type de serveur | SUN1 | E10000 | Niagara |
| Mips | 1 | 10000 | 10000 |
| Taille en cm | Station de travail | 180 | 5 |
| Prix en $ | 40000 | 5 millions | 4300 |
Dans ces conditions, comment se fait-il que le marché du serveur se maintienne et même continue de croître ? Greg Papadopoulos, le CTO de Sun, a théorisé cette évolution sous le nom de Redshift. Redshift comme le décalage vers le rouge, d'ondes émises par certaines galaxies, qui prouverait l'expansion de l'univers. Redshift par une demande de puissance de calcul qui va plus vite que la loi de Moore pour certaines applications. Il nomme Blueshift les autres familles d'application qui paraissent devenir moins gourmandes et dont la demande s'accroît moins vite que la loi de Moore.
Que certaines applications soient moins gourmandes que d'autres n'a rien de nouveau. Ce qui l'est, c'est que nous assistons à une divergence très marquée entre des applications naguère gourmandes aujourd'hui rassasiées et de nouvelles applications dont l'appétit paraît insatiable.
Parmi les applications traditionnellement gourmandes, qui constituent encore une grosse masse de serveurs, le cas des ERP est significatif. Si l'on prend le cas de SAP, les configurations de la fin des années 1990 jusqu'au début des années 2000 qui s'exécutaient sur des serveurs de type E10000 n'ont pas tellement grossi et peuvent s'exécuter maintenant sur des serveurs beaucoup plus petits en taille et en prix. Un E10000 peut quasiment se remplacer par un Niagara, pour un prix divisé par 1000 et une taille divisée par 36. A l'époque des années 1997-2002, chaque changement de version SAP demandait une puissance de 30 à 40% supérieure, et la montée en puissance des CPUs n'arrivait pas à couvrir cette demande aussi rapidement. Aujourd'hui, c'est l'inverse et l'on assiste à un downsizing général des configurations SAP. Par ailleurs, SAP s'est massivement imposée dans le secteur du manufacting. Le manufacturing souffre d'une concurrence extrêmement dure des pays émergents. Il est presque complètement équipé d'ERP et n'en tire plus d'avantages compétitifs par rapport à des concurrents qui disposent de la même infrastructure. En réalité tous les gains de productivité dûs aux ERP ont été transférés aux acheteurs. Ceux-ci y ont gagné en termes de délais de livraison, de qualité et de traçabilité qui deviennent le minimum vital pour exister sur le marché, mais qui ne donnent plus d'avantages compétitifs. C'est le sens du fameux article de Nicholas Carr : "Does IT Matter? Information Technology and the Corrosion of Competitive Advantage". Tout le monde est équipé des mêmes types de technologie ; il n'y a plus d'avantages à en espérer. Ce qu'on oublie parfois, c'est que si vous ne les avez pas, vous êtes déjà mort. Quoi qu'il en soit, les entreprises de manufacturing considèrent aujourd'hui leur IT comme une charge à compresser au maximum et non plus comme une arme leur permettant de faire la différence. En résumé, la demande informztique de ce type d'applications croît à la vitesse du PIB, parfois moins vite. L'architecture SOA changera peut-être ceci, mais nous n'en sommes pas là. Une charge ou une arme, des besoins stabilisés ou une demande exponentielle, nous voilà du côté rouge, des applications de type Redshift qui croissent beaucoup plus vite que le PIB.
Greg Papadopoulos identifie 3 types d'applications de ce type :
Les applications de type Internet (BandWidth), ou Web ( X.0 ) à la Google, Yahoo!, MSN ou Facebook qui nécessitent une bande passante réseau gigantesque, des puissances de calcul phénoménales, pour Google et bientôt Facebook qui veulent tout savoir sur tout. On ne dispose pas de chiffres sur l'infrastructure serveurs de Google. Son esprit Web 2.0 s'arrête là, et le secret est aussi bien gardé que les données de la CIA ; les deux n'étant pas sans rapport, comme chacun le pressent. Tout ça s'accompagne aussi d'une demande de capacité de stockage en proportion. Les industries du media sont aussi dans cette catégorie. Jonathan Schwartz, le patron de Sun affirme dans son blog que : " L'avènement des caméras numériques très haute résolution, dont les meilleures et les plus recherchées, couramment appelées « 4K », offrent une résolution de 4 096 x 3 112 pixels (!) par image. (...)
Un réalisateur cherchait un moyen de conserver toutes les images d'un de ses longs métrages dont la sortie était imminente. Il souhaitait récupérer tous les rushes (ou outtakes) afin éventuellement de monter un making-of ou de sortir une version « Director's Cut » de son film. En moyenne, la copie numérique originale d'un film tourné à l'aide d'une 4k est de 9 téraoctets, et ce uniquement pour la version sortie en salles.En revanche, le total des archives de ce film, comprenant les rushes et les scènes tournées sous des angles différents (les octets sont bien moins chers qu'un film, alors pourquoi ne pas utiliser trois ou quatre caméras pour tourner chaque scène ?), atteignait (roulement de tambour)... 1 PÉTAOCTET (soit un millier de téraoctets ou la capacité de stockage d'environ 500 000 iPods), ce qui équivaut à des centaines de milliers de mètres de pellicule 35 mm. "
- Le HPC ( High Performance Computing ) pour des applications essentiellement scientifiques ( mais aussi les moteurs de rechecrhe ) de calcul de météo, de recherche sismique ou génomique comme "23 and me"
- Les applications *Prise de type SAAS qui peuvent dans certains cas remplacer des solutions de type ERP hébergées à l'intérieur des entreprises contre un modèle entièrement sous forme de services payables à l'usage. Salesforce est l'exemple le plus emblématique de ce type de solutions.
- On y ajoutera les applications financières et du monde de l'assurance, que ne cite pas Greg Papadopoulos, mais qui constituent elles aussi une demande informatique beaucoup plus importante aujourd'hui que les industries du manufacturing, à la mesure de l'évoultion de l'économie vers toujours plus d'immatériel.
Toutes ces applications considèrent la puissance et la qualité de leur IT comme une arme essentielle au service de leur compétitivité. Elles n'hésitent pas à investir massivement dans ce secteur et leur demande croît plkus vite que la loi de Moore. C'est aujourd'hui, et plus encore demain, le marché privilégié de la vente de serveurs. C'est là où il trouve sa croissance malgré la baisse continuelle des prix pour une puissance sans cess accrue.
Au delà de leur typage applicatif, on est frappé de constater combien ces applications nous ramènent à un modèle ultra centralisé d'énormes "data centers" dont la plupart sont localisés aux USA. Les ERP sont répartis dans les entreprises, les services software sont destinés au monde entier et s'exécutent dans des centres informatiques très peu nombreux, pour un faible nombre de vendeurs de services, dont les plus importants ont une puissance de calcul et une capacité de stockage sans commune mesure avec n'importe quel entreprise de type Dow Jones ou CAC40. Pour revenir dans le monde SAP, les plus grosses instances gèrent quelques dizaines de Téraoctets, à comparer au Pétaoctet ( 1000 fois plus ) des films de Jonathan Schwartz.
Une autre conséquence de cette évolution concerne l'aspect énergétique. Toujours, d'après Jonathan Schwartz, l'émission ce CO2 nécessaire au fonctionnement énergétique de l'ensemble des serveurs, équivaut à celle de l'ensemble du parc automobile chinois (6 millions de voitures vendues en 2005, au moins 30 millions en circulation).
Cette prise de conscience est extrêmement récente, mais les données s'accumulent:
- "For the most aggressive scenario (50 percent annual growth rates), power costs by the end of the decade would dwarf server prices" affime Luiz André Barroso de Google, dans cette étude.
- Michelle Bailey d'IDC "says U.S. companies spent approximately $5.8 billion powering servers in 2005 and another $3.5 billion or more keeping them cool. That compares with approximately $20.5 billion spent purchasing the equipment" dans cette autre étude.
Nick Carr cite également l'inquiétude d'un ingénieur de Sun concernant une panne d'un de ces gigantesques Data Centers. On parle aujourd'hui de centre de 500 000 Square Feet soit 4,6 ha de serveurs empilés les uns sur les autres. Le tout pour une puissance électrique de 50 000 Kw. Sachant que la puissance moyenne consommée par un français est de 940 watts, on a là l'équivalent d'une ville de plus de 50 000 habitants. On peut évoquer aussi un petit calcul déjà cité ici :
- "La mécanique quantique impose quelques limites fondamentales sur les vitesses de calcul et les capacités de stockage de n'importe quel objet physique. En particulier, il a été montré qu'un kilogramme de matière contenue dans un volume d'un litre pouvait effectuer au maximum 1051 opérations par secondes sur au maximum 1031 bits d'information. Un espace de stockage 128 bits entièrement rempli contiendrait 2128 blocs = 2137 octets = 2140 bits ; d'où la masse minimum nécessaire pour contenir les bits serait de (2140 bits) / (1031 bits/kg) = 138 milliards de kg.
- Cependant, pour pouvoir fonctionner à cette limite de 1031 bits/kg, la totalité de la masse de l'ordinateur devrait être composée d'énergie pure. Selon E=mc2, l'énergie au repos d'un milliard de kg est de 1,2×1028 Joules. La masse des océans est d'environ 1,4×1021 kg. Il faut environ 4000 J pour élever la température d'un kg d'eau d'un degré Celsius, soit 400 000 J pour réchauffer de l'état gelé à l'ébullition. La chaleur latente de vaporisation ajoute encore 2 millions J/kg. Ainsi l'énergie nécessaire pour porter à ébullition les océans est d'environ (2,4×106 J/kg) × (1,4×1021 kg) = 3,4×1027 J. Ainsi, remplir en totalité un espace de stockage 128 bits consommerait, littéralement, plus d'énergie que de faire bouillir les océans."
Les limites de la physique ne sont pas encore atteintes, la loi de Moore devrait rester valable jusqu'en 2015 ( c'est demain ). Peut-être atteindrons-nous un seuil avant cela, en butant tout simplement sur des barrières énergétiques.
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05.11.2007
La mondialisation de Facebook ( et de Google )
Facebook a tout d'un projet Open Source
Reprenant, de manière plus sérieuse, cette définition du graphe social d'après Mark Zuckerberg :
“C’est l’ensemble des relations de toutes les personnes dans le monde. Il y en a un seul et il comprend tout le monde. Personne ne le possède. Ce que nous essayons de faire c’est de le
modelermodéliser, de représenter exactement le monde réel en en dressant la carte (to mirror the real world by mapping it out).”
Et si l'on considérait Facebook en tant que réseau social, sous l'angle du développement, dans le sens de développer une application, écrire du code. On parle ici de la comparaison avec des projets "Open Source" basés sur la contribution de volontaires à la création, l'amélioration et l'ajout de fonctionnalités à un programme ou un ensemble de programmes. Et si j'ai bien compris, Facebook doit son succès à la multitude d'applications qui peuvent être construites au-dessus de son API. Et si j'ai bien compris aussi, la nouveauté de Facebook était d'insuffler de la vie là où les autres ( LinkedIn, Viadeo, ..) se contentent de cartographier un ensemble de relations statiques.
Vous avez compris : d'un point de vue développeur, les LinkedIn, Viadeo et consorts sont juste des plates-formes déclaratives, tandis que Facebook vous offre la possibilité d'écrire votre propre code à travers ses API. La déclaration de Zuckerberg est assez surprenante de ce point de vue, car sa description du graphe social est une description purement statique qui, justement, peut s'appliquer aux réseaux sociaux "traditionnels", alors que l'originalité de Facebook est d'offrir une plate-forme dynamique. Il ne s'agit pas uniquement de répertorier ses amis ou relations, mais à tout instant de faire vivre ce réseau en y intégrant ses activités : un nouveau billet sur son blog, des photos sur Flickr que je viens de déposer, etc..
Si l'on considère Facebook comme une application, c'est une application en perpétuel mouvement, comme la vie, écrite par des millions de développeurs, et en langage naturel, qui plus est. On n'est pas loin d'avoir modélisé une partie du monde réel ( soyons moins mégalo que Mark Zuckerberg ) dans une application informatique écrite en langage naturel. On n'est pas loin du Graal de l'informatique.
Sauf qu'il y a un MAIS
De manière comparable à n'importe quel projet Open Source, les contributeurs sont guidés par une double motivation
- Se rendre visible en démontrant ses capacités de tous ordres : sociales, professionnelles, artistiques, ..
- En tirer bénéfice sur le plan professionnel
Là où ça se gâte, c'est quand on lit les conditions d'utilisation ( traduites par Jean-Marie le Ray ) :
"En transférant votre Contenu utilisateur où que ce soit sur le site, automatiquement vous accordez, déclarez et garantissez que vous avez le droit d'accorder à la Société ( the company ) une licence - irrévocable, perpétuelle, non exclusive, transférable, libre de droits, mondiale (assortie du droit de sous-licencier) - d'utiliser, de copier, d'exécuter et d'afficher publiquement, de reformater, de traduire, d'extraire (en tout ou en partie) et de distribuer ce Contenu utilisateur à quelque fin que ce soit, en relation avec le site ou avec sa promotion, ainsi que de mettre au point des produits dérivés et d'incorporer tel Contenu dans d'autres produits, de même que vous accordez et autorisez l'exploitation de sous-licences sur lesdits produits. À tout moment, vous pouvez retirer votre Contenu utilisateur du site. Si vous choisissez de le faire, la licence accordée ci-dessus s'éteindra automatiquement, même si vous reconnaissez que la Société peut archiver et conserver des copies de votre Contenu utilisateur."
Utiliser, copier, modifier, redistribuer : tout ça rappelle furieusement le mode de fonctionnement de type GPL. J'ai le droit d'utiliser le logiciel. En échange de quoi, mes modifications sont mises à disposition de la communauté. Sauf que ce n'est pas de la communauté dont parle Facebook dans ses conditions d'utilisation, mais bien de la société, ( the company ) c'est-à-dire de l'entité capitalistique qu'elle incarne. Il s'agit là d'un détournement caractérisé de l'esprit de l'Open Source. Les contributions volontaires sont mises, tout aussi volontairement que dans le modèle "Open Source", à la disposition d'une structure capitalistique en tout point comparable à l'ogre Microsoft. Mais Facebook, comme Google a compris qu'il était vain de chercher à reproduire un modèle périmé de logiciel sous licence, développé par des équipes internes. La dimension mondiale, dynamique et en perpétuel mouvement de ces logiciels impose de recourir à la participation de tous les contributeurs. Le logiciel "fait maison", à la Microsoft, ne peut plus lutter contre la contribution sans cesse renouvelée des développeurs de projet de type "Open Source". Ce n'est même plus un modèle économique, ni la volonté de tirer partie d'une force gratuite, volontaire, potentiellement infinie qui fait la supériorité du modèle. C'est que ce logiciel est représentatif d'une portion du monde réel en perpétuel construction, qu'une entreprise - de quelque puissance qu'elle puisse être - est structurellement incapable de modéliser.
Pour la mondialisation de Facebook ( et de Google )
Facebook, comme Google d'ailleurs, s'arroge le droit de monopoliser les droits d'utilisation commerciale de toutes ces contributions. Car c'est nous qui fournissons l'information. Facebook comme Google ne fournissent que des plates-formes qui permettent de les exploiter ( pas grand chose, finalement ). C'est déjà pas mal, mais surement pas suffisant pour se donner le droit de capturer toute cette propriété intellectuelle et sociale au profit de quelques Km² de la Silicon Valley. Je ne sais pas si l'on a déjà vu un tel accaparement de la contribution de millions d'individus au profit de si peu . Autant le dire, je ne suis pas de ceux qui admirent cet exploit capitalistique. Et si je me réjouis de l'inventivité de ces entreprises, je m'effraie de la société de surveillance qui est en train de se mettre en place devant nos yeux admiratifs dans le pays du "Patriot Act". Les services rendus ont tout des caractéristiques d'un service public à la française au niveau mondial. Je sais bien que cette notion de service public a été tellement détournée au profit d'intérêts catégoriels qu'elle a peu de chance de séduire dans sa version française. Je sais bien que les intérêts financiers et surtout politiques sont tellement énormes que cette notion de Software As A Service PUBLIC n'est pas prête de s'imposer. Et puis, de toutes façons, on ne va pas reproduire les tentatives pathétiques et vouées à l'échec comme le Géoportail. Il s'agit plutôt de réfléchir à une nationalisation mondialisation de ces services. Dans le même esprit que ce qui a été fait à la Libération, il s'agirait de rendre à la communauté mondiale ce qui lui appartient de fait. Pas de pub, mais des services financés par la communauté au profit de tous. Qui aurait parié sur l'avenir des projets "Open Source" face à la logique capitalistique des entreprises de type Microsoft. Et pourtant le modèle a démontré sa capacité d'innovation et de résistance. Nous sommes aujourd'hui dans la même situation. Les alternatives sont comparables, à l'échelle mondiale. Et le combat dépasse de beaucoup la simple évolution de logiciels informatiques. Il s'agit de toute la connaissance du monde, de la carte dynamique des relations sociales et d'autres services que nous n'imaginons pas encore.
Dans cette bataille des réseaux sociaux, Google vient de répliquer avec son initiative " Open Social". On comprendra que je ne m'intéresse pas du tout à ce combat de prédateurs. En revanche, via Olivier Ertzscheid, je trouve cette idée :
"if Google proposes an OpenSocial API, it will get adopted in seconds, if some unknown entity propose the very same API, nobody will notice it. What is happening is that Google is quickly becoming the globally recognized entity in charge or defining the evolution of the Web: Google is quickly taking the role of W3C that, according to Wikipedia, is “the main international standards organization for the World Wide Web (abbreviated WWW or W3).”
Il faut aller plus loin. Que ce rôle, de facto, de normalisation de Google comme de Facebook, soit reconnu et que donc, ces entreprise deviennent la propriété de tous et non pas de quelques individus de la Silicon Valley. Jamais autant de vrai pouvoir n'a été concentré aux mains de si peu de persoonnes vivant en consanguinité sur une portion de territoire aussi exigüe. Quel que soit leur talent, il est grand, ces entreprises sont guidées par une culture et un environnement beaucoup trop fermée pour être capable de servir les aspirations d'une population beaucoup plus multiforme. Cette situation n'est donc pas tenable à moyen terme. Faute de nouveau vocabulaire, on est bien obligé d'employer l'ancien. Et qu'on se rassure si nécessaire, je n'oublie rien des méfaits des diverses expériences collectivistes. La véritable mondialisation devra pourtant passer par l'appropriation collective des ces moyens d'information, au niveau mondial. Je ne sais pas si le W3C, ou l'ONU ou l'UNESCO est la bonne structure pour cela. Il est probable qu'il faudra inventer un modèle nouveau qui ne stérilise pas toute la souplesse et l'inventivité dont font preuve les structures capitalistiques. Ce combat est de même nature que celui qui a été mené par Richard Stallman en son temps, avec le succès que l'on sait. Il est tout aussi utopique, tout aussi nécessaire et tout aussi réalisable.
21:40 Publié dans Actualités, Société, Systèmes d'Information | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : Facebook, Mondialisation



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