09.05.2008

Quand Bobo-Psy commente l'affaire Fritzl

 

C'est dans Le Point et chez Karim Sarroub que l'inénarrable Jacques-Alain Miller, héritier du non moins inénarrable Jacques Lacan, livre son analyse sur l'abominable affaire Fritzl.

Extraits de la péroraison de Diafoirus Miller:

"Le Point : Qu’est-ce qui peut conduire un individu à un tel degré de perversion ?
Jacques-Alain Miller : Une bonne éducation, à l’ancienne, de hautes vertus morales... Je m’explique. Par quels traits Das Inzest-Monster, comme l’appellent les Autrichiens, restera- t-il dans les annales cliniques et policières ? Vous pensez bien qu’il ne le devra pas au seul fait de l’inceste, pratique fort répandue, ni non plus au nombre de ses victimes. S’il est exceptionnel, c’est par la ténacité, la constance, l’endurance. Ce qui sort de l’ordinaire, c’est la régularité invariable d’un acte immonde, la méthode, la minutie et l’esprit de sérieux investis dans l’accomplissement solitaire d’un forfait unique s’étendant sur un quart de siècle. Pas une erreur, pas un faux pas, pas un acte manqué. Total quality. Ce sont là autant de qualités éminentes traditionnellement attribuées au caractère germanique. Mises au service de la science et de l’industrie, elles ont fait la réputation des pays de langue allemande. D’ailleurs, c’était un ingénieur en électricité, et il disait à sa femme qu’il descendait dans sa cave pour dessiner des plans de machines.
Si Gilles de Rais en France, Erzsebeth Bathory en Hongrie, grands féodaux des XVe et XVIe siècles, restent dans les mémoires, c’est au contraire pour le désordre de leur conduite, leurs viols et assassinats innombrables. L’Autrichien, petit notable provincial, lui aussi est un tyran, mais purement domestique. Il mène une existence parfaitement « popote », mais dédoublée. Il est fidèle à sa fille Elizabeth, unique objet de sa jouissance, dont il fait en quelque sorte une seconde épouse. Il lui donne sept enfants, le même nombre qu’à son épouse légitime. Il semble que l’on ne puisse lui reprocher ni avortement ni contraception : c’est un bon catholique. Il opère dans la plus grande discrétion, sa conduite n’est l’occasion d’aucun scandale, d’autant que cette seconde famille, il la fait vivre sous terre, dans des cagibis aveugles où l’on ne peut se tenir debout, à la Louis XI."

Comme l'affaire de Bruay en Artois en son temps, comme Marguerite Duras en extase ( coupable , forcément coupable ) à l'époque de l'affaire Grégory, le bobolandais psy se doit de délivrer sa vision.

Vie bourgeoise, éducation catholique, rigueur allemande : Kinder, Küche, Kirche sont les trois mamelles de l'abomination pour ne pas dire du nazisme. "La maison natale de Hitler est à une heure et demie d’Amstetten par la route, Mauthausen plus proche encore"  remarque encore le pontife. On n'échappera pas non plus au fameux "père sévère" dans l'ignominie.

La psychanalalyse, qui garde son intérêt théorique, se meure des Trissotins qui l'incarnent. A force de haine d'une vie bourgeoise dont ils partagent en rougissant les avantages matériels, ils finissent par y voir la racine de pulsions qu'ils dominent par leur savoir quand d'autres y succomberaient de leur aliénation.

De Hitler lui-même, et Beria, en passant par Dutroux jusqu'à Fourniret, il ne manque pas d'exemples de vie de bohême associée à l'ignoble. On en trouvera autant derrière l'apparence d'une vie bien rangée, chez Goebbels jusquà ce Fritzl. Le Mal ne se laisse pas réduire à un mode de vie.

28.04.2008

Elkabbach devrait lire Bossuet

Il y a l'information financière et boursière. Quelques minutes ou même quelques secondes d'avance peuvent faire la différence. On peut comprendre l'importance d'être le premier et des investissements que cela nécessite. Des décisions sont prises à partir de ces informations, des décisions qui peuvent engager plusieurs milliards.

Il y a des informations stratégiques qui alimentent les gouvernements. Chaque pays entretient des services de renseignement pour ça. Avoir la bonne information au bon moment est évidemment un avantage qui peut être décisif.

Et puis il y a l'information qui nous arrive tous les jours, et maintenant de façon continue. Une information liquide pour sa capacité à prendre toutes les formes qui la portent et surtout pour parce qu'elle s'écoule comme un flot au passage duquel peu de sédiments survivent, déjà noyées par la vague suivante. C'est l'information ordinaire, que l'on trouve partout, sans valeur intrinsèque car disponible en mille endroits.

Il y avait naguère une culture du scoop que l'on peut sans doute comprendre. Si vous êtes un journal quotidien et que vous "sortez une info" que n'ont pas les autres, vous gardez un avantage pendant toute une journée. A l'heure des radios et des télévisions d'information continue, à l'heure d'Internet, cet avantage n'est plus que de quelques minutes. Autrement dit, il n'existe plus. Quand on cherche une information sur Internet, elle n'est pas classée par ordre d'apparition dans le temps, mais par ordre d'influence et de popularité de celui qui l'émet.

Le vrai scoop c'est d'avoir en direct telle personnalité qui s'exprimera sur votre média. Cette personnalité n'étant pas douée d'ubiquité ne pourra être que sur votre média à ce moment-là, et pas ailleurs. Vous avez une exclusivité qui ne peut pas être cassée.

Jean-Pierre Elkabbach croit encore qu'annoncer la mort de Pascal Sevran cinq minutes avant les autres lui donnera un avantage. Il aurait du penser que :

  • Si j'écoute Europe1 à ce moment-là, je n'écoute pas RTL et je ne sais donc pas qu'il est le premier à l'annoncer. Une primauté qui d'ailleurs m'indiffère.
  • Si l'information est vraie, j'aurais la même partout ailleurs dans les minutes qui suivent
  • Comme l'information est fausse, mon degré de confiance envers Europe1 va être sérieusement écorné

Tout à perdre et rien à gagner pour une radio généraliste comme Europe1 dans ce type de faux scoop :

  • Le principal atout des médias institutionnels réside dans le savoir-faire et l'expérience accumulée par leur rédaction face à l'amateurisme supposé, au manque de temps et de ressources matérielles des internautes et des bloggeurs
  • Ces médias auraient donc tout intérêt à jouer la carte de la qualité, de la réflexion et de l'analyse, portées par des signatures qui restent connues et souvent respectées
  • La course au people sera toujours perdu par plus trash que vous

Le summum est atteint quand le même Elkabbach donne une interview à La Croix le 11 avril, pour enjoindre 10 jours après ses journalistes d'Europe1 d'annoncer cette pseudo mort de Pascal Sevran.

Extrait de cette interview titrée : Face à la peopolisation de la presse, Jean-Pierre Elkabbach contre-attaque en créant un comité d'éthique à Europe1:

La Croix : Pourquoi voulez-vous créer un comité d’éthique au sein d’Europe 1 ?

Jean-Pierre Elkabbach : Il ne s’agit pas pour nous de donner des leçons, de nous opposer au progrès, mais de nous interroger : les nouvelles technologies posent des problèmes inédits à notre métier. Si elles permettent d’élargir l’offre à la planète et de favoriser comme jamais l’accès à l’information pour tous, elles s’accompagnent par ailleurs d’une suspicion : quelle est la part du vrai et du faux, de l’annonce et du ragot, du savoir et de l’opinion ?
Une information lancée sur le Net peut être reprise par tous les médias hexagonaux, voire internationaux. À l’ère de l’immédiateté, de l’apparence, de la dictature de l’émotion, la contagion est générale.

La Croix : Et qui, selon vous, empoisonne le système ?

Jean-Pierre Elkabbach : Des sites qui, pour exister, pour faire un coup, pour nuire à un adversaire, lancent des rumeurs, des fausses informations, des ragots, des nouvelles non vérifiées.

La revue Commentaire fête ses 30 ans. Elle se porte bien, merci pour elle, visant le haut de gamme et surtout la différence. Voici ce qu'en dit Jean-Claude Casanova dans une interview à Nonfiction.fr :

"Vous m’avez demandé au début : qu’est-ce qui distingue une revue ? La presse ne peut pas fournir ce que nous proposons. La page du Monde, c’est environ 10 000 signes, or nous proposons des articles plus longs, entre 25 000 et 50 000 signes. D’autre part, on ne trouve pas en France, de magazines à haut niveau intellectuel comme ceux qui existent depuis longtemps dans le monde anglo-américain"

Et plus loin, parlant de son goût des citations, celle-ci de Bossuet : "Dieu se moque de ceux qui se plaignent tous les jours des effets dont ils sont les causes"

Jean-Pierre Elkabbach devrait lire Commentaire, et Bossuet !

23.04.2008

Retour des 24 Heures du Mans

Ils reviennent de l'enfer nous dit Ouest-France :

"Des carcasses noircies de voitures découpées. Des moteurs posés sur des châssis qui crachent des flammes. Des centaines de personnes ivres et souvent couvertes de boue. Une ambiance "fin du monde" s'est emparée des campings des 24 Heures du Mans où un homme a été grièvement blessé d'un coup de couteau, samedi soir".

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Au Mans, on annonce au micro : "Nous vous rappelons qu'il est interdit d'introduire dans l'enceinte des tronçonneuses, des haches, des masses.." Un médecin témoigne : "Quelques personnes victimes de surdose d'exctasy. Mais moins de gens ivre mort. Il faut dire qu'il y avait moins d'Anglais"

C'est pourtant un spectacle bien paisible dimanche dernier à Alençon pour qui passait aux alentours de la route du Mans. C'est le retour des motards après les 24 Heures. On se presse sur les trottoirs pour les applaudir, les photographier et les saluer. Eux répondent aux applaudissements et ravissent les badauds par des démarrages vrombissants sur une roue au passage du feu vert. D'autres s'arrêtent au bord du trottoir fumer une cigarette ou manger un sandwich. Les badauds s'approchent alors pour admirer et toucher la moto. C'est tout juste s'ils ne demandent pas des autographes. Tout ça sous le regard débonnaire de quelques gendarmes qui se contentent de rester dans leur camionnette.

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Ce ne sont pourtant pas des vedettes de la course que l'on vient applaudir mais juste des spectateurs qui ont eu la chance d'aller au Mans. Il est vrai qu'on peut les confondre, et que pour un oeil non exercé il n'y a pas de différence visible entre les motos de compétition, leur pilote et ces motards qui rentrent tranquillement chez eux. Le spectacle n'est pas si différent entre la course et le grondement des moteurs dans les rues d'Alençon. Le motard partage le même prestige sur la route comme sur le circuit.

Je me prends au jeu de rester là quelques instants, moi aussi à regarder le défilé, et surtout ses spectateurs. Comme moi, comme ces motards peut-être, ils ont l'air d'ignorer tout des rites barbares qui se déroulent aux alentours du circuit du Mans.

16.04.2008

Les années 2020 vues par Microsoft

Ca s'appelait IHM ou Interface Homme Machine, Microsoft Research préfère maintenant parler de HCI ou Human Computer Interaction. Le terme interaction est en effet bien meilleur pour décrire la relation Homme-Machine telle qu'elle commence à se dessiner pour les années 2020. C'est cette relation qui fait l'objet de cette étude disponible sur le site de Microsoft (.pdf).

Les chercheurs de Microsoft décrivent le basculement d'un modèle de type GUI ( Graphical User Interface ), basée sur les actions du clavier, de la souris et de la navigation dans des menus plus ou moins standardisés vers une interaction beaucoup plus variée entre LES hommes et DES ordinateurs. Ce qu'on appelle ici ordinateurs, faute de mieux, est la famille d'équipements de tous ordres qui constituent et constitueront notre environnement numérique :

  • L'ordinateur lui-même, le PC pour faire simple, qui ne devient qu'un outil parmi d'autres de notre environnement numérique
  • Le téléphone portable
  • Les équipements de localisation ( GPS, caméra de surveillance)
  • Numérique embarqué dans les vêtements
  • Numérique embarqué dans le corps humain
  • Consoles de jeux
  • Robots de tous ordres
  • ...

Ce ne sont que quelques exemples de ce qui est disponible aujourd'hui, sans préjuger des équipements à venir dans les dix prochaines années.

Mais c'est surtout le fait qu'il faut désormais se préoccuper de la relation entre DES hommes et DES machines. Le Personnal Computer, ordinateur personnel en relation avec un seul utilisateur est un modèle qui disparait. Il s'agit maintenant d'un environnement multiple : on vient de le voir. Il s'agit surtout de prendre en compte la dimension multiple et  sociale de cette relation.

Prenons l'exemple de la santé et de l'électronique qui sera de plus en plus finement intégré à notre corps pour s'assurer de son bon fonctionnement et pallier certaines de ses défaillances

  • La frontière devient floue entre l'homme biologique et les équipements électroniques de mesure, de surveillance, de traitement qui lui sont greffés.
  • Parmi toutes ces informations, lesquelles doit-on rendre disponible et pour qui : le corps médical, la famille, le "patient"
  • Ces équipements permettent de localiser et s'assurer du bien-être des enfants ou des personnes agées. Où est la frontière entre l'attention et la surveillance ?
  • Aurons-nous le droit, d'un point de vue de la norme sociale, de nous débrancher et de se retirer du circuit d'informations qui nous immerge ?

Toutes ces questions sont le signe d'un changement radical de la manière dont on aborde l'interaction homme-machine. Il ne s'agit plus du tout d'un problème technique d'ergonomie mais d'un ensemble de sujets qui débordent de beaucoup une discipline où l'aspect technique est devenu mineur face à l'ampleur des problèmes philosophiques et sociologiques qui sont en jeu.

Un autre changement radical est dans le style et le ton extrêmement méfiant de ce rapport. Il faut se souvenir des prestations pas si anciennes de Bill Gates, ou de n'importe quel dirigeant informatique d'ailleurs, pour mesurer l'écart. Ce n'étaient que prospectives enthousiastes décrivant l'explosion bienfaitrice des technologies informatiques, un PC par habitant de la planète, tout le monde connecté partageant des valeurs communes en abaissant les frontières entre les hommes.

Tout dans cette étude  est interrogation inquiète :

  • L'intégration à notre corps d'équipement de surveillance de notre santé est-elle acceptable seulement en cas de maladie ou sera-t-elle généralisée ? Qui aura accès et contrôlera cette information ?
  • Comment allons-nous prendre en compte la complexite de l'interaction homme-machine et se prémunir contre ses effets parasites ?
  • SI nous sommes constamment assistés par des calculateurs électroniques, que deviennent nos facultés natives de calcul, de mémoire ?
  • La mémoire quitte son support biologique individuel, fugace et imparfait. Elle migre sur un réseau collectif, persistant et sans erreurs.

Le passé ne s'efface plus. C'est la fin de l'éphémère.

On peut lire aussi les commentaires d'Hubert Guillaud sur Internetactu

11.04.2008

La représentation démocratique peut-elle être fidèle ?

1 - Où l'on apprend chez DirtyDenys que les ennuis de Nathalie Kosciusko-Morizet dans l'affaire des OGM trouvent sans doute leurs racines dans un Grenelle de l'Environnement auquel les députés n'ont pas été conviés. Quand ces mêmes députés sont sommés de voter un texte à la préparation duquel ils n'ont pas participé, on ne s'étonnera pas qu'ils se révoltent. Surtout qu'ils estiment être tout aussi légitimes pour ce prononcer sur cette affaire, que n'importe quelle association issue de la "société civile".

Débat entre deux formes de représentation.

 

2 - Quand un bloggeur irresponsable (c'est moi) appelle au sabotage des Jeux Olympiques de Pékin, il illustre bien cette irresponsabilité dans le sens où le bloggeur en question sait très bien que son appel n'aura aucun effet. Il peut donc se réjouir innocemment du joyeux monôme qui a ridiculisé l'hypocrisie pompeuse de la cérémonie olympique. N'importe qui dans une situation de responsabilité serait bien obligé de se préoccuper des conséquences politiques d'un tel appel.

Il y a là une illustration classique des différents niveaux de compromis entre une éthique de conviction et une éthique de responsabilité. Ca devient moins banal si l'on observe que l'élection des représentants politiques se fait à partir de l'expression des opinions et des idées, quand la pratique quotidienne de ces représentants élus va se frotter aux faits et aux conséquences des décisions qu'ils vont prendre. L'élection est une coupure, que certains ont pu qualifier de trahison, entre un mode de fonctionnement et une expertise après l'élection qui reposent sur d'autres principes que ceux qui ont présidé au choix de l'élu en amont de cette élection.

 

3 - Enfin et pour rester sur le terrain de la manifestation, on a raison de souligner que l'élection ne fait pas tout. On ne délègue pas tous les pouvoirs à une majorité dictatoriale contre une minorité qui n'aurait le droit de s'exprimer que cinq ans plus tard. Toute décision du pouvoir politique peut être contestée directement par le peuple ou n'importe quelle association de citoyens qui s'estime en droit ou en situation de devoir s'y opposer. Il ne manque pas d'exemple de projets de réforme, ou même de textes de lois qui, contestés par l'expression citoyenne directe, se soient vus retirer par le même gouvernement qui venait de les promulguer. Mais ce droit à la protestation reste une tolérance qui se traduit par une épreuve de force entre le pouvoir élu et ceux qui contestent, sans aucune procédure d'arbitrage prévue pour trancher le conflit. Ce n'est pas un droit positif qui compléterait par une expression citoyenne directe la représentation démocratique élue.

 

Ces trois anecdotes peuvent servir d'apéritif à la lecture du texte de Bruno Bernardi paru sur la vie des idées et dont voici la présentation :

"L’opposition entre représentation et participation est commune dans la pensée politique. Mais est-elle bien formée ? Pour B. Bernardi, il y de fortes raisons d’en douter. L’histoire conceptuelle de la notion de représentation montre qu’on en a abusivement réduit la signification à la seule constitution de l’assemblée des représentants."

Bruno Bernardi y expose les différents aspects de l'opposition entre la représentation démocratique  et la participation réelle de chacun à la prise de décision. Un débat que la diffusion massive de l'Internet rend de plus en plus présent. 17 pages qui méritent l'effort de s'arrêter un peu plus longuement que le temps moyen de butinage.

Bon week-end.

08.04.2008

Ah, quel beau bordel !

 

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Malgré ce dispositif abracadabrantesque ce fut un vrai bordel. La flamme qui s'éteint, les relais ne se font pas, panique chez les flics. On imagine les ordres et contre-ordres, les coups de téléphone paniqués, l'ambassadeur de Chine en apoplexie, Alliot-Marie qui se cache, Sarkozy qui se terre.

Le bide monumental, un gigantesque fiasco, un cauchemar de flic, j'en trépigne de joie en regardant les "Marx Brothers à Olympie", "Maciste perd la flamme", "Mr Bean est médaille d'or".

32 cars de CRS, 160 hommes, la flamme encadrée par des policiers en rollers ! des pompiers joggers ! Pompier, que dire de mieux ? Tout est en toc dans ce cérémonial grotesque qui commence à Olympie avec de fausses prêtresses sorties d'un film de Cecil B. DeMille. Car a qui doit-on cette course de la flamme qui symbolise la fraternité entre les peuples ? A ce bon Docteur Goebbels en personne pour les JO de Berlin en 1936.

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C'est dire que de voir tomber le décor dans un ridicule aussi complet a de de quoi réjouir. On ne pouvait mieux célébrer la mort de Charlton Heston, cet acteur de peplum qui finit en représentant de marchands d'armes. Du peplum il y en a, on ne lésine pas sur le carton pâte, les sonneries de trompette, les serments pompeux que l'on scande à grand coup sur une poitrine d'airain. L'homme important s'étend s'enfle et se travaille mais les enfants conspuent Matamore et sifflent l'imposteur en criant au Guignol. C'est donc hier où l'on a vu que l'olympisme est nu. Tué par la politique, le dopage, le chauvinisme, ce n'est plus qu'un gigantesque business. Pourquoi pas d'ailleurs, mais qu'on arrête de nous bassiner avec les grands sentiments et la fraternité entre les peuples.

 

 

Il paraît que le CIO vient de se réveiller. J'attends avec impatience le spectacle de leur solennité rubiconde et vexée que l'on dérange leurs petites affaires. Son Président se dit préoccupé ; on aura droit à un communiqué à l'eau de rose appelant à préserver un idéal qui a été trahi tant de fois.

Ce n'est plus de boycott qu'il faut parler c'est de sabotage. C'est facile, il suffit de ne pas regarder les retransmissions. En plus avec le décalage horaire on aura pas beaucoup d'efforts à faire.

07.03.2008

Caissière, ça mène à tout à condition d'en sortir

Acrimed, observatoire des médias, publie une étude formidable sur la manière dont les médias traitent de Anna Sam. Anna est caissière, et son blog : Les tribulations d'une caissière, s'est retrouvé propulsé en tête des classements.

« Une caissière fait recette grâce à un blog à succès » (20 minutes.fr, le 6 janvier)." C'est tout ce qui intéresse les médias, de la vie d'Anna. C'est le fait d'être devenue connue, presque une star, qui va publier un livre : une caissière qui sait écrire, et qui n'est plus caissière. Elle s'en est sortie, ce qui n'est pas le cas des 170 000 autres, dont le blog d'Anna décrit la vie quotidienne.

On s'intéresse à Anna pour ce qu'elle n'est plus. Le fond de ce qu'elle a vécu, ce qu'elle raconte n'a pas d'intérêt. Ce qui est intéressant, c'est l'ascension médiatique et sociale qu'elle symbolise.

On ne l'interroge pas sur les conditions de vie de toute une profession. Les salaires, les horaires, les petits chefs, les clients : bon d'accord, mais ce qui fait rêver c'est la belle histoire de celle qui aura eu le talent et sans doute un peu de chance pour en sortir. Car il s'agit d'en sortir et sûrement pas de se préoccuper des 170 000 autres qui n'ont pas cette belle histoire à raconter.

Mine de rien, l'histoire d'Anna en dit long sur les médias. Mais ils ne font que refléter la disparition de toute analyse sociale au profit de la montée en épingle de quelques réussites individuelles visibles.

10.02.2008

Outreau sur Sarthe : L'affaire Leprince

9a9c93e60e826372c2394eb0c97f8e99.jpgLa justice, quand elle a trouvé un coupable, ne cherche plus la vérité. C'est Outreau, et c'est l'affaire Leprince.

Il y A 13 ans que Dany Leprince s'est accusé du meurtre de son frère Christian.

La femme de celui-ci Brigitte et leurs deux filles, Audrey et Sandra seront également assassinées. Seule la dernière, Solène, échappera au carnage. Dany Leprince est aussi accusé par sa femme Martine et sa fille Celia. Ca fait beaucoup. Sauf que sa femme comme sa fille ne l'ont pas accusé lors de leur première déposition et racontent d'abord une soirée ordinaire. La mémoire leur revient et elles affirment avoir vu Dany frapper son frère, mais jamais Brigitte ni ses deux filles.

Les deux frères habitent deux maisons voisines de quinze mètre à Thorigné-sur-Dué, dans la Sarthe. Dany est agriculteur. C'est un travailleur acharné, mais les affaires ne marchent pas très bien. C'est pour ça qu'il a un deuxième travail à l'abattoir de la Socopa à Cherré à quelques kilomètres de là. Il se lève tous les jours à 2h30 du matin pour travailler à l'abattoir, puis il continue sa journée à la ferme. Son frère Christian est aussi un gros travailleur, mais il est dans un meilleur secteur. Il est carossier. Il a réussi, il n'a pas besoin d'un deuxième emploi ni de travailler le dimanche.

Les deux frères s'entendent bien. Christian a même prêté 10 000 francs à Dany. La reconnaissance de dettes a été retrouvée, bien en évidence, au milieu des corps ensanglantés, pour mieux accuser Dany. Sauf que personne n'a jamais entendu dire ni affirmé que Christian ait réclamé le remboursement de cette dette. Et d'ailleurs, si Dany avait des difficultés financières, il n'était pas pour autant au bord de la banqueroute.

Le 4 septembre 1994, c'est un carnage innommable dans la maison de Christian. Christian, sa femme Brigitte et deux de leurs filles Audrey et Sandra sont littéralement déchiquetés par une arme de boucher : une feuille, mais aussi un couteau à désosser.

Le 5 septembre, Martine, la femme de Dany, raconte une soirée ordinaire. Son mari Dany est rentré des champs vers 21 heures, a dîné et s'est couché pour se réveiller le lendemain à 2h30 pour aller à son travail à la Soopa. Elle-même s'est couchée à 23h sans avoir rien remarqué. Sa fille Celia raconte la même histoire.

Le 9 septembre à 22h 55, Martine affirme avoir vu son mari frapper Christian avec un objet brillant. Elle crie : "arrête, arrête !" rentre dans la maison de Christian pour y trouver Brigitte, Audrey et Sandra mortes. Elle ne cherche pas la dernière fille Solène. Puis elle rentre chez elle regarder la télé ( Culture Pub ) et va se coucher. Son mari était déjà endormi.

Pendant ce temps, depuis le 7 septembre, Dany est en garde à vue. Il avoue la meurtre de Christian à la 46ème heure de garde à vue, le 9 septembre également. Avant, après l'accusation de sa femme que les gendarmes lui auraient assénée ? Les horaires ne sont pas clairs. En tous cas, il n'avoue pas et n'avouera jamais le meurtre de Brigitte et de ses deux filles.

C'est fini. Il y a eu aveu, accusation. On ne cherche plus. Et pourtant :

  • On ne trouvera jamais aucune trace de Dany dans la maison de Christian
  • On ne trouvera jamais aucune trace de sang sur les vêtements dont on est certain qu'il les portait ce soir-là
  • On trouvera des traces de chaussures Dr Martens qui ne lui appartiennent pas
  • Des empreintes marquent le passage de 2, peut-être trois personnes
  • 24 scellés sont restés non analysés
  • Personne ne comprend comment Solène a pu échapper au massacre. Martine affirme l'avoir emmenée chez la grand-mère puis ramenée chez elle. La grand-mère nie ces faits
  • Dany affirme avoir pris la fameuse feuille le 4 septembre au soir, alors que sa femme dit qu'elle l'a prêté deux jours auparavant

Aucun fait matériel n'accuse Dany Leprince. Il a été condamné sur ses aveux, qu'il a rétractés, et sur les accusations de sa femme et de sa fille. Jugé en décembre 1997, il est condamné à perpétuité assortie de 22 ans de sûreté. Dix ans plus tard, sa mère s'est suicidée.

A la suite d'un reportage réalisé par Nicolas Poincaré qui cosigne ce livre avec Roland Agret, un complément d'enquête a été ordonné par la Cour de cassation. On attend toujours les résultats.

Pas de mobile, pas de faits, pas de preuves matérielles, un dossier baclé. Dany Leprince doit être rejugé.

Pour plus d'informations, allez sur Le site de l'affaire Leprince ou procurez vous le livre de Roland Agret et Nicolas Poincaré

 

Correction : Cette note du 10 février a été corrigée le 2 avril pour prendre en compte les remarques d'Audrey du 1er avril que l'on peut lire en commentaire de cette note :

Le premier texte était :

"Il y A 13 ans que Dany Leprince s'est accusé du meurtre de son frère Christian, de la femme de celui-ci Brigitte et de leurs deux filles, Audrey et Sandra. " (...) "Il avoue la meurtre de Christian à la 46ème heure de garde à vue, le 9 septembre également. Avant, après l'accusation de sa femme que les gendarmes lui auraient assénée ? Les horaires ne sont pas clairs. En tous cas, il n'avoue pas et n'avouera jamais le meurtre de Brigitte et de ses deux filles"

Il y avait donc contradiction sur la nature des aveux de Dany Leprince. Celui-ci n'a bien avoué que le meurtre de Christian. Aveu qu'il a rétracté par la suite. Quant à sa femme Martine, elle ne l'a également accusé que de ce meutre là et pas des autres. Du fait ce cette première accusation, les gendarmes ont imputé à Dany Leprince la responsabilité de tout le massacre, mais aucun aveu, ni accusation de témoins ne fait état des autres victimes. 

05.11.2007

La mondialisation de Facebook ( et de Google )

 

Facebook a tout d'un projet Open Source

Reprenant, de manière plus sérieuse, cette définition du graphe social d'après Mark Zuckerberg :

“C’est l’ensemble des relations de toutes les personnes dans le monde. Il y en a un seul et il comprend tout le monde. Personne ne le possède. Ce que nous essayons de faire c’est de le modeler modéliser, de représenter exactement le monde réel en en dressant la carte (to mirror the real world by mapping it out).”

Et si l'on considérait Facebook en tant que réseau social, sous l'angle du développement, dans le sens de développer une application, écrire du code. On parle ici de la comparaison avec des projets "Open Source" basés sur la contribution de volontaires à la création, l'amélioration et l'ajout de fonctionnalités à un programme ou un ensemble de programmes. Et si j'ai bien compris, Facebook doit son succès à la multitude d'applications qui peuvent être construites au-dessus de son API. Et si j'ai bien compris aussi, la nouveauté de Facebook était d'insuffler de la vie là où les autres ( LinkedIn, Viadeo, ..) se contentent de cartographier un ensemble de relations statiques.

Vous avez compris : d'un point de vue développeur, les LinkedIn, Viadeo et consorts sont juste des plates-formes déclaratives, tandis que Facebook vous offre la possibilité d'écrire votre propre code à travers ses API. La déclaration de Zuckerberg est assez surprenante de ce point de vue, car sa description du graphe social est une description purement statique qui, justement, peut s'appliquer aux réseaux sociaux "traditionnels", alors que l'originalité de Facebook est d'offrir une plate-forme dynamique. Il ne s'agit pas uniquement de répertorier ses amis ou relations, mais à tout instant de faire vivre ce réseau en y intégrant ses activités : un nouveau billet sur son blog, des photos sur Flickr que je viens de déposer, etc..

Si l'on considère Facebook comme une application, c'est une application en perpétuel mouvement, comme la vie, écrite par des millions de développeurs, et en langage naturel, qui plus est. On n'est pas loin d'avoir modélisé une partie du monde réel ( soyons moins mégalo que Mark Zuckerberg ) dans une application informatique écrite en langage naturel. On n'est pas loin du Graal de l'informatique.

Sauf qu'il y a un MAIS

De manière comparable à n'importe quel projet Open Source, les contributeurs sont guidés par une double motivation

  • Se rendre visible en démontrant ses capacités de tous ordres : sociales,  professionnelles, artistiques, ..
  • En tirer bénéfice sur le plan professionnel

Là où ça se gâte, c'est quand on lit les conditions d'utilisation ( traduites par Jean-Marie le Ray )  :

"En transférant votre Contenu utilisateur où que ce soit sur le site, automatiquement vous accordez, déclarez et garantissez que vous avez le droit d'accorder à la Société ( the company ) une licence - irrévocable, perpétuelle, non exclusive, transférable, libre de droits, mondiale (assortie du droit de sous-licencier) - d'utiliser, de copier, d'exécuter et d'afficher publiquement, de reformater, de traduire, d'extraire (en tout ou en partie) et de distribuer ce Contenu utilisateur à quelque fin que ce soit, en relation avec le site ou avec sa promotion, ainsi que de mettre au point des produits dérivés et d'incorporer tel Contenu dans d'autres produits, de même que vous accordez et autorisez l'exploitation de sous-licences sur lesdits produits. À tout moment, vous pouvez retirer votre Contenu utilisateur du site. Si vous choisissez de le faire, la licence accordée ci-dessus s'éteindra automatiquement, même si vous reconnaissez que la Société peut archiver et conserver des copies de votre Contenu utilisateur."

Utiliser, copier, modifier, redistribuer : tout ça rappelle furieusement le mode de fonctionnement de type GPL. J'ai le droit d'utiliser le logiciel. En échange de quoi, mes modifications sont mises à disposition de la communauté. Sauf que ce n'est pas de la communauté dont parle Facebook dans ses conditions d'utilisation, mais bien de la société, ( the company ) c'est-à-dire de l'entité capitalistique qu'elle incarne. Il s'agit là d'un détournement caractérisé de l'esprit de l'Open Source. Les contributions volontaires sont mises, tout aussi volontairement que dans le modèle "Open Source", à la disposition d'une structure capitalistique en tout point comparable à l'ogre Microsoft. Mais Facebook, comme Google a compris qu'il était vain de chercher à reproduire un modèle périmé de logiciel sous licence, développé par des équipes internes. La dimension mondiale, dynamique et en perpétuel mouvement de ces logiciels impose de recourir à la participation de tous les contributeurs. Le logiciel "fait maison", à la Microsoft, ne peut plus lutter contre la contribution sans cesse renouvelée des développeurs de projet de type "Open Source". Ce n'est même plus un modèle économique, ni la volonté de tirer partie d'une force gratuite, volontaire, potentiellement infinie qui fait la supériorité du modèle. C'est que ce logiciel est représentatif d'une portion du monde réel en perpétuel construction, qu'une entreprise - de quelque puissance qu'elle puisse être - est structurellement incapable de modéliser.

Pour la mondialisation de Facebook ( et de Google )

Facebook, comme Google d'ailleurs, s'arroge le droit de monopoliser les droits d'utilisation commerciale de toutes ces contributions. Car c'est nous qui fournissons l'information. Facebook comme Google ne fournissent que des plates-formes qui permettent de les exploiter ( pas grand chose, finalement ). C'est déjà pas mal, mais surement pas suffisant pour se donner le droit de capturer toute cette propriété intellectuelle et sociale au profit de quelques Km² de la Silicon Valley. Je ne sais pas si l'on a déjà vu un tel accaparement de la contribution de millions d'individus au profit de si peu . Autant le dire, je ne suis pas de ceux qui admirent cet exploit capitalistique. Et si je me réjouis de l'inventivité de ces entreprises, je m'effraie de la société de surveillance qui est en train de se mettre en place devant nos yeux admiratifs dans le pays du "Patriot Act". Les services rendus ont tout des caractéristiques d'un service public à la française au niveau mondial. Je sais bien que cette notion de service public a été tellement détournée au profit d'intérêts catégoriels qu'elle a peu de chance de séduire dans sa version française. Je sais bien que les intérêts financiers et surtout politiques sont tellement énormes que cette notion de Software As A Service PUBLIC n'est pas prête de s'imposer. Et puis, de toutes façons, on ne va pas reproduire les tentatives pathétiques et vouées à l'échec comme le Géoportail. Il s'agit plutôt de réfléchir à une nationalisation mondialisation de ces services. Dans le même esprit que ce qui a été fait à la Libération, il s'agirait de rendre à la communauté mondiale ce qui lui appartient de fait. Pas de pub, mais des services financés par la communauté au profit de tous. Qui aurait parié sur l'avenir des projets "Open Source" face à la logique capitalistique des entreprises de type Microsoft. Et pourtant le modèle a démontré sa capacité d'innovation et de résistance. Nous sommes aujourd'hui dans la même situation. Les alternatives sont comparables, à l'échelle mondiale. Et le combat dépasse de beaucoup la simple évolution de logiciels informatiques. Il s'agit de toute la connaissance du monde, de la carte dynamique des relations sociales et d'autres services que nous n'imaginons pas encore.

Dans cette bataille des réseaux sociaux, Google vient de répliquer avec son initiative " Open Social". On comprendra que je ne m'intéresse pas du tout à ce combat de prédateurs. En revanche, via Olivier Ertzscheid, je trouve cette idée :

"if Google proposes an OpenSocial API, it will get adopted in seconds, if some unknown entity propose the very same API, nobody will notice it. What is happening is that Google is quickly becoming the globally recognized entity in charge or defining the evolution of the Web: Google is quickly taking the role of W3C that, according to Wikipedia, is “the main international standards organization for the World Wide Web (abbreviated WWW or W3).”

Il faut aller plus loin. Que ce rôle, de facto, de normalisation de Google comme de Facebook, soit reconnu et que donc, ces entreprise deviennent la propriété de tous et non pas de quelques individus de la Silicon Valley. Jamais autant de vrai pouvoir n'a été concentré aux mains de si peu de persoonnes vivant en consanguinité sur une portion de territoire aussi exigüe. Quel que soit leur talent, il est grand, ces entreprises sont guidées par une culture et un environnement beaucoup trop fermée pour être capable de servir les aspirations d'une population beaucoup plus multiforme. Cette situation n'est donc  pas tenable à moyen terme. Faute de nouveau vocabulaire, on est bien obligé d'employer l'ancien. Et qu'on se rassure si nécessaire, je n'oublie rien des méfaits des diverses expériences collectivistes. La véritable mondialisation devra pourtant passer par l'appropriation collective des ces moyens d'information, au niveau mondial. Je ne sais pas si le W3C, ou l'ONU ou l'UNESCO est la bonne structure pour cela. Il est probable qu'il faudra inventer un modèle nouveau qui ne stérilise pas toute la souplesse et l'inventivité dont font preuve les structures capitalistiques. Ce combat est de même nature que celui qui a été mené par Richard Stallman en son temps, avec le succès que l'on sait. Il est tout aussi utopique, tout aussi nécessaire et tout aussi réalisable.

18.10.2007

La nouvelle laïcité

Suivant les conseils de mon ami Olivier lors d'une soirée, triste comme une défaite en demi-finale, puis joyeuse comme un anniversaire, je poursuis notre lecture du livre de Benoît XVI : Jésus de Nazareth

b254d165cf2f5f902bd08b8444c08240.jpgLe Sermon sur la montagne est au centre de la prédication du Christ. C'est à cette occasion que Jésus prononce ses célèbres béatitudes : " Bienheureux les pauvres de coeur, ils connaîtront le Royaume de Dieu, .." . Mais c'est à propos d'un autre sujet, qui peut nous paraître mineur à nous autres occidentaux, que ce livre m'a une fois encore passioné.

Une querelle entre Jésus et les juifs de son temps concerne ce qui est autorisé ou non pendant le Sabbat. A ce propos, Benoît XVI nous présente le livre d'un savant juif Jacob Neusner : "A Rabbi talks with Jesus. An Intermillenian Interfaith Exchange". Et c'est l'occasion d'un autre dialogue avec ce Rabbin, qui donne à cette querelle une portée tout à fait considérable et à ma connaissance très nouvelle, dans la position de l'Eglise par rapport à la laïcité.

"Rendez à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César" est devenu presque un proverbe qui est censé fonder la laïcité. Il ne l'interdit pas en tous cas. Mais Jésus, le personnage historique, ne pouvait pas prévoir que César s'appelerait bientôt Constantin. Martyrisée puis tolérée, ce sera bientôt la religion chrétienne qui tolèrera les autres, pendant une courte période, avant de devenir la religion officielle et non tolérante de l'Empire, sous Théodose. Pendant de longs siècles, pouvoir politique et pouvoir religieux se sont presque confondus. En France, le Roi très chrétien est Roi " par la grâce de Dieu ". Si elle maintient toujours son autonomie politique par rapport à Rome et à son propre clergé, la monarchie ne se conçoit pas en dehors de l'autorité morale de l'Eglise qui fonde l'organisation sociale et juridique.

La séparation de l'Eglise et de l'Etat, de la sphère religieuse et de la sphère publique, ne date que d'un siècle. Elle fut imposée par les circonstances politiques à une Eglise qui n'en voulait pas. Certains la soupçonnent toujours de vouloir revenir dessus.

C'est là où la méditation de Benoît XVI à propos de la querelle du Sabbat donne un éclairage nouveau à cette affaire de la laïcité. 19 siècles d'histoire de l'Eglise laissent la place à une vision complètement renouvelée d'une question qui se pose à toutes les religions, et de la manière la plus brûlante en terre d'Islam.

L'interprétation courante de la querelle du Sabbat est de donner à Jésus une posture libérale par rapport à une conception rigoriste, fixiste et pour tout dire un peu bornée de ses règles. " Le Sabbat a été fait pour l'homme et non l'homme pour le Sabbat " : cette interprétation ne va pas encore au coeur de la question. Le vrai scandale pour le Rabbin Neusner, la clé de la nouvelle Torah pour Benoît XVI, est dans l'affirmation que " Le fils de l'homme est le maître du Sabbat " . Le fils de l'homme, c'est Jésus lui-même, qui prend la place de la Torah. Et le rabbin de citer un extrait du Talmud babylonien :

"Rabbi Shimlaï rapporta 613 préceptes qui ont été transmis par Moïse ; 365 préceptes négatifs correspondant aux jours de l'année solaire, et 248 correspondent aux parties du corps humain. Sur quoi David vint et en réduisit le nombre à 11. Sur quoi Isaïe vint et en réduisit le nombre à 6. Sur quoi Isaïe vint une seconde fois et en réduisit le nombre à 2". Dans le libre de Neusner, vient immédiatement après le dialogue suivant : Est-ce cela que Jésus le sage avait à dire ? demande le Maître. Pas exactement, mais à peu près. Qu'a-t-il omis. Rien. Qu'a-t-il ajouté alors ? Lui-même ( c'est moi qui accentue ). Tel est le point central de l'effroi causé par le message de Jésus aux yeux du juif croyant. Le caractère central  du je de Jésus dans son message qui donne une nouvelle direction à toute chose."

C'est toute la fonction sociale du Sabbat, et de la Torah qui est en jeu ici. Elle est en jeu pour la religion juive, comme elle pourrait l'être pour l'Islam ou pour la Chrétienté. Le Christ en s'affirmant maître de la Torah ne se situe plus au niveau d'un simple prophète qui interprète, mais au niveau de Dieu qui est au dessus de toute Loi. Comme le dit Benoît XVI :

"La Torah avait pour tâche de fournir à Israël un régime juridique et social concret à ce peuple particulier, qui est d'une part un peuple bien déterminé, dont la cohésion interne est assurée par la filiation et la succession des générations, mais qui est, d'autre part, d'emblée et par nature porteur d'une promesse universelle. Dans la nouvelle famille de Jésus, que l'on appellera plus tard l'Eglise, ces différents dispositifs juridiques et sociaux ne peuvent avoir de validité générale dans leur littéralité historique. C'était bien là le problème au début de "l'Eglise des Nations" et l'objet de la controverse entre Paul et les "judaïsants". Reporter l'ordre social d'Israël tel quel sur tous les hommes de tous les peuples aurait constitué, de fait, la négation même de l'universalité de la communaute de Dieu en train de se constituer."

Je ne sais pas si l'on voit bien l'importance de ce dialogue qui s'établit entre le rabin Neusner et Benoît XVI. Benoît XVI abandonne toute prétention de l'Eglise à fixer des règles sociales et juridiques. Celles-ci sont laissées à la liberté des hommes de se fixer leurs propres règles. Reprenant ses propres termes :

" L'absence de toute dimension sociale dans la prédication de Jésus, que Neusner critique avec beaucoup de discernement d'un point de vue juif, cache un événément d'une portée historique universelle, sans équivalent dans toute autre culture : les dispositifs politiques et sociaux concrets sont renvoyés de la sphère immédiate du sacré, de la législation du droit divin, à la liberté de l'homme, qui à travers Jésus, est enracinée dans la volonté du Père et qui, partant de lui, apprend à discerner ce qui est juste et bon. "

La laïcité qui, historiquement, a été un accomodement, une reculade sur laquelle certains fondamentalistes voudraient revenir, est maintenant placée au coeur de la singularité de la prédication de Jésus. C'est le caractère divin de la personne de Jésus qui redonne aux hommes la maîtrise de leur organisation sociale. La laïcité n'est plus une concession, elle est maintenant revendiquée, elle témoigne de la divinité du Christ, elle est donc au coeur de la Chrétienté et l'Eglise ne cherchera pas à reprendre un pouvoir social qu'elle a exercé pendant si longtemps.

Le livre de Benoît XVI est signé Joseph Ratzinger et la préface précise qu'il s'agit de réflexions personnelles, qu'il ne fait pas oeuvre de magistère. Ce n'est donc pas l'Eglise toute entière qui s'exprime ainsi. Mais Benoît XVI sait bien qu'il n'est pas un auteur catholique comme les autres, que sa parole pèse du poids de son autorité de Pape même si la fonction pontificale n'est pas engagée en tant que telle. On peut néanmoins penser que la nouvelle laïcité ne sera pas remise en cause.

Pas besoin d'être extra-lucide pour voir dans le "sans équivalent dans toute autre culture" une allusion à l'Islam. Dans sa position, Benoît XVI ne peut pas se permettre d'être plus précis. Il se contente de souligner le caractère unique de la prétention de Jésus à être Dieu incarné sur terre. Pour l'Islam, il n'y a Dieu que Dieu et Mahomet est son prophète. Beaucoup, en Occident, souhaite voir l'Islam suivre le même chemin de sécularisation que le christianisme, en resituant la Charia dans son contexte historique qui n'est plus le nôtre : autrement dit l'adoucir et l'édulcorer.

La laïcité chrétienne refondée par Benoït XVI sur le caractère divin du Christ - qui n'est pas un prophète - montre que l'on parle ici du coeur d'une religion, et non pas d'une simple interprétation libre de règles provisoires.

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