16.04.2008

Les années 2020 vues par Microsoft

Ca s'appelait IHM ou Interface Homme Machine, Microsoft Research préfère maintenant parler de HCI ou Human Computer Interaction. Le terme interaction est en effet bien meilleur pour décrire la relation Homme-Machine telle qu'elle commence à se dessiner pour les années 2020. C'est cette relation qui fait l'objet de cette étude disponible sur le site de Microsoft (.pdf).

Les chercheurs de Microsoft décrivent le basculement d'un modèle de type GUI ( Graphical User Interface ), basée sur les actions du clavier, de la souris et de la navigation dans des menus plus ou moins standardisés vers une interaction beaucoup plus variée entre LES hommes et DES ordinateurs. Ce qu'on appelle ici ordinateurs, faute de mieux, est la famille d'équipements de tous ordres qui constituent et constitueront notre environnement numérique :

  • L'ordinateur lui-même, le PC pour faire simple, qui ne devient qu'un outil parmi d'autres de notre environnement numérique
  • Le téléphone portable
  • Les équipements de localisation ( GPS, caméra de surveillance)
  • Numérique embarqué dans les vêtements
  • Numérique embarqué dans le corps humain
  • Consoles de jeux
  • Robots de tous ordres
  • ...

Ce ne sont que quelques exemples de ce qui est disponible aujourd'hui, sans préjuger des équipements à venir dans les dix prochaines années.

Mais c'est surtout le fait qu'il faut désormais se préoccuper de la relation entre DES hommes et DES machines. Le Personnal Computer, ordinateur personnel en relation avec un seul utilisateur est un modèle qui disparait. Il s'agit maintenant d'un environnement multiple : on vient de le voir. Il s'agit surtout de prendre en compte la dimension multiple et  sociale de cette relation.

Prenons l'exemple de la santé et de l'électronique qui sera de plus en plus finement intégré à notre corps pour s'assurer de son bon fonctionnement et pallier certaines de ses défaillances

  • La frontière devient floue entre l'homme biologique et les équipements électroniques de mesure, de surveillance, de traitement qui lui sont greffés.
  • Parmi toutes ces informations, lesquelles doit-on rendre disponible et pour qui : le corps médical, la famille, le "patient"
  • Ces équipements permettent de localiser et s'assurer du bien-être des enfants ou des personnes agées. Où est la frontière entre l'attention et la surveillance ?
  • Aurons-nous le droit, d'un point de vue de la norme sociale, de nous débrancher et de se retirer du circuit d'informations qui nous immerge ?

Toutes ces questions sont le signe d'un changement radical de la manière dont on aborde l'interaction homme-machine. Il ne s'agit plus du tout d'un problème technique d'ergonomie mais d'un ensemble de sujets qui débordent de beaucoup une discipline où l'aspect technique est devenu mineur face à l'ampleur des problèmes philosophiques et sociologiques qui sont en jeu.

Un autre changement radical est dans le style et le ton extrêmement méfiant de ce rapport. Il faut se souvenir des prestations pas si anciennes de Bill Gates, ou de n'importe quel dirigeant informatique d'ailleurs, pour mesurer l'écart. Ce n'étaient que prospectives enthousiastes décrivant l'explosion bienfaitrice des technologies informatiques, un PC par habitant de la planète, tout le monde connecté partageant des valeurs communes en abaissant les frontières entre les hommes.

Tout dans cette étude  est interrogation inquiète :

  • L'intégration à notre corps d'équipement de surveillance de notre santé est-elle acceptable seulement en cas de maladie ou sera-t-elle généralisée ? Qui aura accès et contrôlera cette information ?
  • Comment allons-nous prendre en compte la complexite de l'interaction homme-machine et se prémunir contre ses effets parasites ?
  • SI nous sommes constamment assistés par des calculateurs électroniques, que deviennent nos facultés natives de calcul, de mémoire ?
  • La mémoire quitte son support biologique individuel, fugace et imparfait. Elle migre sur un réseau collectif, persistant et sans erreurs.

Le passé ne s'efface plus. C'est la fin de l'éphémère.

On peut lire aussi les commentaires d'Hubert Guillaud sur Internetactu

04.06.2007

Petite histoire (personnelle) de l'éthanol

    L'agriculture n'est plus seulement une source d'alimentation. Une alimentation à destination des animaux comme des hommes. C'est aussi, et depuis longtemps, une source de matière première pour l'industrie. Mais cette autre destination, même ancienne, est restée très longtemps marginale. Il s'agit des plantes à fibres comme le chanvre ou le lin, dont la récolte est destinée à l'industrie textile et papetière.

    Aujourd'hui on a pris conscience de la nécessité de compléter l'approvisionnement énergétique à base de pétrole, avec la production de biocarburants. Ce sont principalement l'éthanol, que l'on fabrique à partir de l'amidon des céréales (blé ou maïs), ou directement à partir du sucre de betteraves ou de canne. On utilise aussi le diester issu d'oléagineux comme le colza et le tournesol. Il reste enfin une autre source d'énergie, aujourd'hui quasiment pas exploitée, à base de sous-produits des céréales : la paille.

    L'éthanol ou bioethanol est tout simplement l'alcool éthylique que l'on trouve dans toutes les boissons alcoolisées et que l'on obtient à partir de la fermentation du sucre. Ce procédé est connu depuis la nuit des temps. Le sucre est présent naturellement dans la betterave et dans la canne à sucre. Pour fabriquer de l'éthanol à partir de céréales (blé ou maïs), il faut "casser" la molécule d'amidon contenue elle aussi naturellement dans ces céréales. Un grain de blé contient 2/3 d'amidon et 1/3 de protéines.

    Une tonne de blé donne 370 litres d'éthanol et 350 kg de drêches. Les drêches sont ici considérées comme des déchets, même si elles constituent une excellente alimentation protéinée pour les animaux. Calculé à l'hectare cela donne  3200 litres d'éthanol et 3,1 tonnes de drêches. 

    Pour la betterave, une tonne donne 7500 litres d’éthanol. Un hectare produit 7500 litres et 3,5 tonnes de pulpes ( en matière sèche)

 

    Voici le processus d'obtention du bioéthanol :

 

medium_ethanol-fabrication.2.jpg

     

 

C'est en ce moment, en 2007, que le prix du blé explose et que l'on se met à construire des unités de production. C'est ainsi que la société Tereos  a construit cette année deux unités de production. A Origny dans l'Aisne pour une capacité de 240 000 tonnes à partir de betteraves et à Lillebonne en Seine Maritime pour la même capacité à partir de blé.

    Parfois les bonnes idées mettent du temps à se réaliser. Dans une autre vie, comme on dit, j'étais agriculteur. La production d'éthanol était déjà discutée à la fin des années 80. J'étais responsable de la section "Grandes Cultures" pour ma région de Basse Normandie au sein du C.N.J.A (Centre National des Jeunes Agriculteurs). La crise de l'énergie était déjà là, la surproduction agricole aussi. Nous fondions de grands espoirs dans ces nouveaux débouchés industriels. J'ai eu l'occasion de participer à de nombreuses études sur la chimie du blé. Car l'éthanol n'est pas la seule utilisation possible. Déjà à cette époque, la société Roquette était  très active en fabricant de nombreux produits à haute valeur ajoutée pour les industries alimentaires, pharmaceutiques ou cosmétologiques. Comme quoi l'action syndicale ne se résume pas toujours à des revendications catégorielles un peu bornées...

    La production d'énergie à partir de l'agriculture n'est donc pas une idée nouvelle. Il y a vingt ans, que la filière qui se met en place aujourd'hui, aurait pu démarrer. Mais il n'y avait pas encore assez d'urgence, et beaucoup de progrès restent à accomplir, en particulier pour le bilan énergétique :  une étude plus complète est disponible ici (pdf).

En résumé :

"- le rendement énergétique (énergie restituée / énergie non renouvelable mobilisée) pour les filières de production d’éthanol de blé et betterave est de 2 à comparer avec le rendement pour la filière essence de 0,87.
- Le rendement énergétique des filières ETBE de blé et betterave est voisin de 1 contre un rendement de la filière MTBE de 0,76.
- Enfin, les filières huiles végétales présentent un fort rendement énergétique de 4,7 pour l’ huile de colza et 5,5 pour l’ huile de tournesol, et proche de 3 pour les filières EMHV à comparer avec le rendement du gazole de 0,9."

     Ce bilan est calculé en prenant en compte toute l'énergie non-renouvelable nécessaire à la fabrication du produit final. En ce qui concerne l'essence, c'est l'énergie nécessaire à l'extraction, le raffinage et le transport. Pour le bio-éthanol, on compte la culture (consommation des engins agricoles, engrais) et, de la même manière, la fabrication, le transport et la distribution. Ce rendement de l'éthanol est actuellement de 2. Des projections permettent d'espérer un rendement supérieur à 3 dès 2009.

    Pour cela, et en ce qui concerne le blé, l'agriculteur devra prendre en compte l'aspect énergétique de sa pratique culturale :

- Choisir les variétés les plus riches en amidon et les plus énergétiques. Ce ne seront pas les mêmes que les variétés boulangères
- Moins d'engrais azotés, coûteux en énergie et qui renforce le taux de protéines. C'est l'inverse du résultat recherché dans la culture du blé boulanger. Deux pratiques culturales vont cohabiter.
- Eviter le plus possible le labour. C'est la technique culturale la plus consommatrice d'énergie ( et de temps ). Les techniques de semis direct sont de plus en plus répandues. Elles ont aussi l'avantage de favoriser le stockage de carbone dans le sol ( jusqu'à 200 kg par ha et par an). Par là, elles contribuent aussi à la lutte contre l'effet de serre.

    C'est le deuxième avantage du bio-éthanol, et sans doute le plus décisif. En plus d'être une énergie renouvelable, c'est aussi une énergie propre. C'est la conjonction de cet avantage écologique et de la hausse irréversible des prix du pétrole qui font décoller une technologie prête depuis 20 ans, mais à des conditions économiques alors inacceptables.

- Aujourd'hui, le bio-éthanol et l'essence ont le même prix de revient hors taxes à 70$ le baril
- On considère que le CO2 émis lors de la combustion de l'éthanol est équivalent au CO2 consommé par la photosynthèse de la plante. Le bilan est donc nul, sauf à compter les émissions intermédiaires lors des processus de fabrication-transport et distribution de l'éthanol.
- Dans ces conditions, on considère que l'éthanol réduit les émissions de CO2 des 4/5 par rapport à l'essence

    C'est une belle idée que l'on étudiait à la fin des années 80 dans les commissions syndicales du C.N.J.A. Je retrouve aujourd'hui cette industrie de l'éthanol dans mon métier de l'informatique et de SAP. Voilà une boucle un peu originale mais assez savoureuse.