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22/07/2009

Nous n'irons pas sur Mars

On a marché sur la lune, "là où la main de l'homme n'a jamais mis le pied" comme dirait les Dupondt. 40 ans déjà depuis cet exploit, et rien depuis. Mais pourquoi ?

Ce n'est pas une question d'argent ; si vraiment l'homme avait besoin et envie de poursuivre la conquête spatiale, on trouverait les ressources nécessaires. Mais on n'en a pas besoin. La conquête de la lune est avant tout un exploit technique et organisationnelle. D'un point de vue scientifique cela fait appel à des notions physiques et à des connaissances en astronomie que l'on avait depuis longtemps. L'exploit fut de construire cette série de fusées capables d'envoyer l'homme sur la lune et de le faire revenir. Il tient surtout dans la formidable organisation que fut la NASA de l'époque, capable de faire travailler quelques 500 000 personnes - sous-traitants compris - avec un même objectif.

On n'a alors rien découvert  que l'on ne savait déjà. De toutes façons, il n'y a pas besoin d'envoyer l'homme pour récupérer ou analyser les roches lunaires. Les russes l'on fait sans assistance humaine. On sait envoyer des sondes sur Mars et analyser à distance ce qu'elles y trouvent : roches inertes et éléments chimiques que l'on sait identifier de loin.

On compare souvent la conquête de la lune à la découverte de l'Amérique. La différence est dans les mots. La lune est une conquête, l'Amérique fut une découverte, suivie d'une conquête. Mais en 1492, on ne savait pas que ce continent existait. Certains doutaient encore que la terre fût ronde, on ignorait l'existence d'autres peuples. La découverte de l'Amérique change l'image que l'homme a de lui-même. A la même époque, la révolution galiléenne montre aussi que, non seulement l'Europe n'est pas le centre de la Terre, mais que cette même Terre n'est qu'une planète banale dans un système stellaire tout aussi banal, lui aussi dans une galaxie ordinaire, etc.. Bref, depuis cette époque nous avons définitivement perdu nos illusions par rapport à notre importance dans l'univers.

Aller sur la lune n'y a rien changé. Notre place dans l'univers et la perception que nous avons de nous-mêmes n'ont pas évolué depuis 1969. On n'y a rien trouvé et l'on ne sait quoi faire de cet exploit. Ce n'est pas pour rien que les vols se sont très vite arrêtés.

Alors maintenant, pour relancer le "rêve", les anciens d'Apollo XI lance un nouveau défi : Il faut aller sur Mars. D'après eux : «Apollo 11 était un symbole de ce qu'un grand pays et un grand peuple peuvent réaliser en travaillant dur et en travaillant ensemble». Nous y voilà : c'est juste un défi que l'on se lance pour prouver que l'on est capable de le relever.

Il y en a sûrement d'autres plus vitaux, et qui nous concernent au premier chef. Assurer une vie décente à nos enfants, par exemple, en pouvant se passer des énergies fossiles en voie d'épuisement, trouver un modèle économique moins prédateur et un peu plus juste, relancer la recherche fondamentale sur la structure de la matière et de l'univers. Tout ça se passe sur terre. Et puis quoi, à l'heure de la dématérialisation, a-t-on vraiment besoin de TOUCHER Mars pour en prendre connaissance. Toucher, c'est symboliquement en prendre possession, c'est justement cette vision de l'homme qui est en train de changer. Ce serait un contre-sens historique que d'engager cette aventure. Mais il y a peu de chances que quiconque s'y lance vraiment.

Nous ne marcherons pas sur Mars.

04/03/2009

Une découverte étonnante

Le Figaro nous l'apprend : L'alcool à l'écran nous incite à boire.

Ils s'y sont mis à deux équipes : des chercheurs hollandais et des chercheurs canadiens. Prenons quatre groupes d'étudiants (pourquoi des étudiants ?) et soumettons-les à différentes projections.

Deux groupes regardent un fim au cours duquel les acteurs boivent à dix-huit reprises de l'alcool. L'un des deux groupes aura droit, en plus, à une coupure publicitaire pour une boisson alcoolisée.

Les deux autres groupes regardent un autre film, pendant lequel on ne boit que trois fois. De la même manière, l'un des groupes aura la coupure publicitaire.

Devinez les résultats : c'est évidemment le groupe, qui regarde le film buveur et la publicité, qui consomme le plus de boisson alcoolisée mis à disposition dans le frigo. Etonnant, non :

«Notre étude montre clairement que les films et les publicités ont un effet incitatif sur les comportements de consommation d'alcool dans la société, pour les non-dépendants mais aussi pour les alcooliques, estime Rutger Engels, auteur principal de l'article et ­professeur de psychopathologie à l'université Radboud de Nimègue, aux Pays-Bas. Cela pourrait impliquer qu'en regardant une publicité pour une marque de bière donnée, vous allez plus souvent acheter cette marque ensuite au supermarché.»

Eh oui !! la publicité nous influence. Quelle découverte, bravo professeur !! Le professeur Engels devrait compléter son étude en étudiant les effets d'un film fumeur sur la consommation de tabac, ou d'un film érotique sur l'excitation des spectateurs. Sans oublier si la vision d'un documentaire sur la vie paradisiaque (??) à Tahiti, projetée pendant ce mois de février maussade, ne nous fait pas rêver à un ciel un peu plus riant. N'oublions pas les enquêtes sur la vie des "people" - amour, argent, gloire et beauté - qui parfois nous rendent envieux. Faisons un autre test : projetons la série des films Taxi (1, 2 , 3, 4), et vérifions l'effet sur le mode de conduite de nos étudiants (mais pourquoi des étudiants ?). Je parie que tous les radars de la République vont chauffer au rouge.

Il faut donc agir : après avoir supprimer la cigarette de Lucky Luke, arracher la clope du bec de Jean-Paul Sartre (c'est fait : post mortem), la bague de Rachida Dati (on l'a fait : à la une du Figaro) il faut interdire le whisky au capitaine Haddock, couper toutes les séquences d'ivresse dans "Un singe en hiver" (avec Gabin et Belmondo), flouter "La traversée de Paris" pour cause de transport de cochonaille, et donc de cholestérol (encore Gabin). En fait il faut retirer de la circulation tous les fims de Gabin, Bogart et consorts. Il faut interdire tous les spectacles, ils représentent la vie, et la vie est dangereuse, la vie est une maladie sexuellement transmissible constamment mortelle.

Tout ça fait penser à cette petite histoire. Aux USA, un mineur (encore un étudiant peut-être) arrive dans un supermarché : "Je voudrais un revolver et cinq boîtes de cartouches, et puis un paquet de cigarettes". Et le vendeur répond : "Tes parents ne t'ont pas dit que c'est dangereux de fumer ?"

17:46 Publié dans Humeur, Science | Lien permanent | Commentaires (2)

26/02/2009

Plus on en sait, plus on est pareil

Notre ancêtre avait peur. Peur des phénomènes naturels qu'il ne comprenait pas, peur d'animaux féroces beaucoup plus forts que lui. Pourtant notre ancêtre prit conscience de sa différence et proclamât sa radicale différence avec le monde, avec l'animal, avec d'autres membres de l'espèce humaine : les femmes, les esclaves, les étrangers. Tout ce qui n'était pas lui.

Et puis l'homme prit le pouvoir et devint maître du monde en le comprenant de mieux en mieux, en le mettant à son service. Nous sommes aujourd'hui les maîtres du monde, sans concurrence aucune, et n'avons plus peur de rien que de nous-mêmes.

Dans le même temps, les indices s'accumulent d'une certaine continuité dans le règne animal dont nous faisons partie intégrante. Si rupture il y a entre l'homme et l'animal, elle est de moins en moins nette, de moins en moins visible. Elle est de plus en plus une question de quantité et non de qualité. Les animaux souffrent, ont des émotions, des joies, des peines. On peut trouver des traces de sentiments vis à vis de la mort de leurs congénères. Certains singes bonobos peuvent apprendre plus de 500 mots et en transmettre à leurs descendants.

Freud racontait déjà cette histoire de l'homme, qui se découvre de moins en moins unique :

"Dans le cours des siècles, la science a infligé à l'égoïsme naïf de l'humanité deux graves démentis. La première fois, ce fut lorsqu'elle a montré que la terre, loin d'être le centre de l'univers, ne forme qu'une parcelle insignifiante du système cosmique dont nous pouvons à peine nous représenter la grandeur. Cette première démonstration se rattache pour nous au nom de Copernic, bien que la science alexandrine ait déjà annoncé quelque chose de semblable. Le second démenti fut infligé à l'humanité par la recherche biologique, lorsqu'elle a réduit à rien les prétentions de l'homme à une place privilégiée dans l'ordre de la création, en établissant sa descendance du règne animal et en montrant l'indestructibilité de sa nature animale. Cette dernière révolution s'est accomplie de nos jours, à la suite des travaux de Ch. Darwin, de Wallace et de leurs prédécesseurs, travaux qui ont provoqué la résistance la plus acharnée des contemporains. Un troisième démenti sera infligé à la mégalomanie humaine par la recherche psychologique de nos jours qui se propose de montrer au moi qu'il n'est seulement pas maître dans sa propre maison, qu'il en est réduit à se contenter de renseignements rares et fragmentaires sur ce qui se passe, en dehors de sa conscience, dans sa vie psychique."

Pour se rassurer, on rédéfinit de manière toujours plus fine le domaine exclusif de l'homme. Nous seuls serions capables d'exprimer des idées et pas seulement des besoins, de nous projeter vers l'avenir, d'avoir conscience de nous-mêmes et de notre mort certaine.

L'homme prit le pouvoir et devint maître du monde. C'est à ce moment où il devrait jouir de sa connaissance tellement plus étendue et de sa toute puissance, qu'il prend conscience qu'il n'est pas si différent de l'environnement qu'il a mis en esclavage. L'ADN est partout et joue le même rôle, de la bactérie jusqu'à l'homme. Et pourquoi jusqu'à ? Il joue le même rôle pour la bactérie comme pour l'homme et le puceron.

Toute puissance de l'homme et de son savoir, et retour de l'homme à sa banalité d'animal, peut-être de système biologique identique aux autres. Plus on en sait, plus on est pareil. La concomitance  historique est frappante. Mais je n'arrive pas à y voir qu'une coïncidence, sans pourtant discerner le lien entre les deux.

18:26 Publié dans Philo, Science | Lien permanent | Commentaires (1)

26/01/2009

Branchez vous sur l'électricité du Sahara

 

Sahara_satellite.jpg

Le Sahara, c'est très grand, il n'y a pas grand monde et il y fait très chaud. Et puis ce n'est pas si loin. Voilà qui en fait peut être un bon candidat pour une centrale solaire gigantesque. 8,6 millions de Km², c'est plus de 15 fois la superfice de la France,  grillée par le soleil qui ne chauffe que les scorpions et les caravanes qui passent. On pourrait peut-être en tirer partie pour nous. Inépuisable, renouvelable et propre, c'est le soleil du Sahara. De savants calculs le prouvent : En théorie, un  morceau du Sahara de 90 000 Km², plus petit que le Portugal et un peu plus de 1% de sa superficie totale,  pourrait donner la même quantité d'électricité que les centrales électriques  du monde réunis. Un petit carré de 15500 km ² pourrait fournir de l'électricité pour l'Europe de 500 millions de personnes. C'est ce qu'affirme cet article de Time Magazine.

L'énergie est là. Il ne reste plus qu'à l'exploiter. Ce qui n'est pas simple. Il semblerait que le meilleur système, toujours d'après Time, serait un processus intitulé CSP (Concentrating Solar Power) qui concentre la chaleur du soleil pour faire bouillir de l'eau et fonctionner des turbines électriques. De l'eau en plein Sahara, pas de problèmes !! Il suffit d'utiliser des zones du désert sous le niveau de la mer et d'amener l'eau de la mer dans ces dépressions pour les faire bouillir. Ca sent le projet fumeux (c'est le cas de le dire) d'un ingénieur survolté. Passons, et..

Supposons que l'on ait résolu le problème de la fabrication d'électricité, il faut encore le transporter vers l'Europe. Tout ça coûterait très cher, sans doute à un prix de revient supérieur aux systèmes actuels. 465 Milliards de dollars dans les prochains 40 ans, nous dit-on. En fait, on n'en sait rien évidemment. Plus cher aujourd'hui, sans doute, mais propre, inépuisable et couvrant largement nos besoins. Ce qui en fait un sujet d'étude plus qu'intéressant. Comme le dit, l'un des promoteurs de cette idée : Il faut commencer, utiliser la méthode du Lego, pièce par pièce et montrer que cela peut être rentable.

 

10/10/2008

Karl Popper, Socrate et le fondamentalisme

La recherche de l'erreur est le moteur du progrès scientifique. Une expérience réussie, qui confirme une théorie, n'apporte rien à cette théorie qui existait déjà précédemment. Elle a de la valeur à titre de preuve et de consolidation, mais elle n'apporte rien de plus à nos connaissances. L'expérience positive consolide la position acquise, mais ne conquiert pas de nouveaux territoires. L'expérience qui démontre la fausseté d'une assertion ouvre de nouvelles questions. On ne sait pas encore, à ce moment, la portée de cette expérience et il faudra de nombreux travaux pour savoir si elle a une valeur dans le cadre de la théorie, si elle amène à des corrections de détail, ou si elle est le prémisse à la construction d'une nouvelle et meilleure théorie. De toutes façons, elle amène des questions, démontre que l'on n'a pas atteint la vérité et que le progrès n'a pas atteint sa fin.

C'est pour cette raison que Karl Popper mettra l'accent sur la notion de falsifiabilité. Une assertion, nous dit-il, doit être suffisamment précise pour que l'on puisse la falsifier, c'est à dire la réfuter, sinon elle n'a pas de valeur scientifique. Autrement dit, à l'assertion "p" il doit être possible de concevoir la proposition opposée "non-p" qui ait un sens, et qui doit pouvoir être expérimentée dans le domaine considéré.

Les XVIIIème et surtout XIXéme siécles ont été des âges de la croyance en la vertu morale, sociale et politique du progrès scientifique. Le XXème siècle aura vu cette croyance s'écrouler sous les coups de la technique d'Hiroshima. Il verra aussi, de manière moins aveuglante, mais tout aussi destructrice de ses fondements religieux, la science dépouillée de sa prétention à un accès possible à la vérité.

Il ne nous reste plus que le doute, l'approximation et l'inconfort de la recherche de l'erreur, moteur du progrès scientifique. Le progrès scientifique reste possible, mais il a changé de nature.

Comment ne pas voir que la science retrouve l'enseignement de Socrate. "Tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien". La science au début du XXème siècle croyait avoir résolu tous les problèmes.  Elle croyait tout savoir, elle a compris que non. Elle croyait pouvoir accéder à la vérité, elle sait maintenant que c'est impossible. Elle croyait à un modèle simple, à une grande Loi qui résumerait tout, et d'où toute sa connaissance découlerait. La mécanique quantique a balayé cette croyance, de nature religieuse. Il ne lui reste plus que l'incertitude.

Socrate laissait ses interlocuteurs insatisfaits, agacés. Ils n'avaient pas trouvé de réponse, et Socrate ne voulait pas, ne prétendait pas leur en donner. Il les mettait en face de notre ignorance. C'est le chemin parcouru qui représente l'enseignement de Socrate, ce n'est pas le résultat. C'est aujourd'hui aussi le constat auquel la science doit faire face avec lucidité.

Dans ces conditions, et si la science ne peut plus être une certitude, quelle en est la valeur ? D'autre type de recherche, essentiellement religieuse, que l'on qualifie aujourd'hui de fondamentalisme, se retrouve en position d'interroger la science. Après avoir été rejeté comme bavardage et superstition par le scientisme triomphant, le fondamentalisme peut à son tour dénoncer la science comme recherche illusoire d'une vérité qui ne vaut pas mieux que la sienne, puisqu'elle avoue son impuissance, alors que lui ne doute pas de la vérité de sa révélation. Ce ne sont plus les conséquences techniques de la science qui sont alors rejetées mais trois siècles de progrès scientifique.

14:33 Publié dans Philo, Science | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : popper, socrate

30/06/2008

Que connait-on de l'Univers ? 0,4%

Lu, dans cet entretien  avecAndré Brahic dans Le Point

"Il y a un siècle, on ne savait pas pourquoi les étoiles brillaient, on ignorait l'existence des galaxies et la nature des planètes. Aujourd'hui, je peux vous décrire de façon relativement fiable ce qui s'est passé au cours des 13,7derniers milliards d'années ! Mais, au moment même où l'observation de toutes les lumières nous a révélé une multitude d'astres nouveaux et un Univers beaucoup plus vaste que prévu, nous réalisons que beaucoup reste à faire. Einstein a montré que l'énergie est une forme condensée de matière. Eh bien, 73 % de tout ce qui existe dans l'Univers est sous forme d'une énergie noire dont nous ignorons la nature, 23 % est sous forme de matière noire de type inconnu et que nous ne pouvons pas voir. Les 4 % restants sont composés d'atomes et de molécules comme vous et moi, ou cette chaise. Et, en mobilisant tous nos instruments, nous sommes capables de « voir » un dixième de cette matière, soit 0,4 % du tout ! C'est un peu comme si on écrivait un roman policier dont on sait qu'on ne connaîtra jamais la fin de son vivant. Mais l'enquête progresse..."

 

Le grand collisionneur de hadrons (LHC) va coûter plus de 6 milliards d'Euros. Peut-être lèvera-t-il  le voile sur cette énergie et cette matière noire. Vu l'énormité de ce qu'on ne sait pas et les moyens gigantesques à déployer pour combler notre ignorance, arrivera-t-on un jour où l'homme découragé et les gouvernements ruinés arrêteront la recherche fondamentale ? On dirait parfois que ce jour n'est pas loin et qui constituerait une rupture fondamentale dont je ne mesure pas bien les conséquences.

16/04/2008

Les années 2020 vues par Microsoft

Ca s'appelait IHM ou Interface Homme Machine, Microsoft Research préfère maintenant parler de HCI ou Human Computer Interaction. Le terme interaction est en effet bien meilleur pour décrire la relation Homme-Machine telle qu'elle commence à se dessiner pour les années 2020. C'est cette relation qui fait l'objet de cette étude disponible sur le site de Microsoft (.pdf).

Les chercheurs de Microsoft décrivent le basculement d'un modèle de type GUI ( Graphical User Interface ), basée sur les actions du clavier, de la souris et de la navigation dans des menus plus ou moins standardisés vers une interaction beaucoup plus variée entre LES hommes et DES ordinateurs. Ce qu'on appelle ici ordinateurs, faute de mieux, est la famille d'équipements de tous ordres qui constituent et constitueront notre environnement numérique :

  • L'ordinateur lui-même, le PC pour faire simple, qui ne devient qu'un outil parmi d'autres de notre environnement numérique
  • Le téléphone portable
  • Les équipements de localisation ( GPS, caméra de surveillance)
  • Numérique embarqué dans les vêtements
  • Numérique embarqué dans le corps humain
  • Consoles de jeux
  • Robots de tous ordres
  • ...

Ce ne sont que quelques exemples de ce qui est disponible aujourd'hui, sans préjuger des équipements à venir dans les dix prochaines années.

Mais c'est surtout le fait qu'il faut désormais se préoccuper de la relation entre DES hommes et DES machines. Le Personnal Computer, ordinateur personnel en relation avec un seul utilisateur est un modèle qui disparait. Il s'agit maintenant d'un environnement multiple : on vient de le voir. Il s'agit surtout de prendre en compte la dimension multiple et  sociale de cette relation.

Prenons l'exemple de la santé et de l'électronique qui sera de plus en plus finement intégré à notre corps pour s'assurer de son bon fonctionnement et pallier certaines de ses défaillances

  • La frontière devient floue entre l'homme biologique et les équipements électroniques de mesure, de surveillance, de traitement qui lui sont greffés.
  • Parmi toutes ces informations, lesquelles doit-on rendre disponible et pour qui : le corps médical, la famille, le "patient"
  • Ces équipements permettent de localiser et s'assurer du bien-être des enfants ou des personnes agées. Où est la frontière entre l'attention et la surveillance ?
  • Aurons-nous le droit, d'un point de vue de la norme sociale, de nous débrancher et de se retirer du circuit d'informations qui nous immerge ?

Toutes ces questions sont le signe d'un changement radical de la manière dont on aborde l'interaction homme-machine. Il ne s'agit plus du tout d'un problème technique d'ergonomie mais d'un ensemble de sujets qui débordent de beaucoup une discipline où l'aspect technique est devenu mineur face à l'ampleur des problèmes philosophiques et sociologiques qui sont en jeu.

Un autre changement radical est dans le style et le ton extrêmement méfiant de ce rapport. Il faut se souvenir des prestations pas si anciennes de Bill Gates, ou de n'importe quel dirigeant informatique d'ailleurs, pour mesurer l'écart. Ce n'étaient que prospectives enthousiastes décrivant l'explosion bienfaitrice des technologies informatiques, un PC par habitant de la planète, tout le monde connecté partageant des valeurs communes en abaissant les frontières entre les hommes.

Tout dans cette étude  est interrogation inquiète :

  • L'intégration à notre corps d'équipement de surveillance de notre santé est-elle acceptable seulement en cas de maladie ou sera-t-elle généralisée ? Qui aura accès et contrôlera cette information ?
  • Comment allons-nous prendre en compte la complexite de l'interaction homme-machine et se prémunir contre ses effets parasites ?
  • SI nous sommes constamment assistés par des calculateurs électroniques, que deviennent nos facultés natives de calcul, de mémoire ?
  • La mémoire quitte son support biologique individuel, fugace et imparfait. Elle migre sur un réseau collectif, persistant et sans erreurs.

Le passé ne s'efface plus. C'est la fin de l'éphémère.

On peut lire aussi les commentaires d'Hubert Guillaud sur Internetactu

04/06/2007

Petite histoire (personnelle) de l'éthanol

    L'agriculture n'est plus seulement une source d'alimentation. Une alimentation à destination des animaux comme des hommes. C'est aussi, et depuis longtemps, une source de matière première pour l'industrie. Mais cette autre destination, même ancienne, est restée très longtemps marginale. Il s'agit des plantes à fibres comme le chanvre ou le lin, dont la récolte est destinée à l'industrie textile et papetière.

    Aujourd'hui on a pris conscience de la nécessité de compléter l'approvisionnement énergétique à base de pétrole, avec la production de biocarburants. Ce sont principalement l'éthanol, que l'on fabrique à partir de l'amidon des céréales (blé ou maïs), ou directement à partir du sucre de betteraves ou de canne. On utilise aussi le diester issu d'oléagineux comme le colza et le tournesol. Il reste enfin une autre source d'énergie, aujourd'hui quasiment pas exploitée, à base de sous-produits des céréales : la paille.

    L'éthanol ou bioethanol est tout simplement l'alcool éthylique que l'on trouve dans toutes les boissons alcoolisées et que l'on obtient à partir de la fermentation du sucre. Ce procédé est connu depuis la nuit des temps. Le sucre est présent naturellement dans la betterave et dans la canne à sucre. Pour fabriquer de l'éthanol à partir de céréales (blé ou maïs), il faut "casser" la molécule d'amidon contenue elle aussi naturellement dans ces céréales. Un grain de blé contient 2/3 d'amidon et 1/3 de protéines.

    Une tonne de blé donne 370 litres d'éthanol et 350 kg de drêches. Les drêches sont ici considérées comme des déchets, même si elles constituent une excellente alimentation protéinée pour les animaux. Calculé à l'hectare cela donne  3200 litres d'éthanol et 3,1 tonnes de drêches. 

    Pour la betterave, une tonne donne 7500 litres d’éthanol. Un hectare produit 7500 litres et 3,5 tonnes de pulpes ( en matière sèche)

 

    Voici le processus d'obtention du bioéthanol :

 

medium_ethanol-fabrication.2.jpg

     

 

C'est en ce moment, en 2007, que le prix du blé explose et que l'on se met à construire des unités de production. C'est ainsi que la société Tereos  a construit cette année deux unités de production. A Origny dans l'Aisne pour une capacité de 240 000 tonnes à partir de betteraves et à Lillebonne en Seine Maritime pour la même capacité à partir de blé.

    Parfois les bonnes idées mettent du temps à se réaliser. Dans une autre vie, comme on dit, j'étais agriculteur. La production d'éthanol était déjà discutée à la fin des années 80. J'étais responsable de la section "Grandes Cultures" pour ma région de Basse Normandie au sein du C.N.J.A (Centre National des Jeunes Agriculteurs). La crise de l'énergie était déjà là, la surproduction agricole aussi. Nous fondions de grands espoirs dans ces nouveaux débouchés industriels. J'ai eu l'occasion de participer à de nombreuses études sur la chimie du blé. Car l'éthanol n'est pas la seule utilisation possible. Déjà à cette époque, la société Roquette était  très active en fabricant de nombreux produits à haute valeur ajoutée pour les industries alimentaires, pharmaceutiques ou cosmétologiques. Comme quoi l'action syndicale ne se résume pas toujours à des revendications catégorielles un peu bornées...

    La production d'énergie à partir de l'agriculture n'est donc pas une idée nouvelle. Il y a vingt ans, que la filière qui se met en place aujourd'hui, aurait pu démarrer. Mais il n'y avait pas encore assez d'urgence, et beaucoup de progrès restent à accomplir, en particulier pour le bilan énergétique :  une étude plus complète est disponible ici (pdf).

En résumé :

"- le rendement énergétique (énergie restituée / énergie non renouvelable mobilisée) pour les filières de production d’éthanol de blé et betterave est de 2 à comparer avec le rendement pour la filière essence de 0,87.
- Le rendement énergétique des filières ETBE de blé et betterave est voisin de 1 contre un rendement de la filière MTBE de 0,76.
- Enfin, les filières huiles végétales présentent un fort rendement énergétique de 4,7 pour l’ huile de colza et 5,5 pour l’ huile de tournesol, et proche de 3 pour les filières EMHV à comparer avec le rendement du gazole de 0,9."

     Ce bilan est calculé en prenant en compte toute l'énergie non-renouvelable nécessaire à la fabrication du produit final. En ce qui concerne l'essence, c'est l'énergie nécessaire à l'extraction, le raffinage et le transport. Pour le bio-éthanol, on compte la culture (consommation des engins agricoles, engrais) et, de la même manière, la fabrication, le transport et la distribution. Ce rendement de l'éthanol est actuellement de 2. Des projections permettent d'espérer un rendement supérieur à 3 dès 2009.

    Pour cela, et en ce qui concerne le blé, l'agriculteur devra prendre en compte l'aspect énergétique de sa pratique culturale :

- Choisir les variétés les plus riches en amidon et les plus énergétiques. Ce ne seront pas les mêmes que les variétés boulangères
- Moins d'engrais azotés, coûteux en énergie et qui renforce le taux de protéines. C'est l'inverse du résultat recherché dans la culture du blé boulanger. Deux pratiques culturales vont cohabiter.
- Eviter le plus possible le labour. C'est la technique culturale la plus consommatrice d'énergie ( et de temps ). Les techniques de semis direct sont de plus en plus répandues. Elles ont aussi l'avantage de favoriser le stockage de carbone dans le sol ( jusqu'à 200 kg par ha et par an). Par là, elles contribuent aussi à la lutte contre l'effet de serre.

    C'est le deuxième avantage du bio-éthanol, et sans doute le plus décisif. En plus d'être une énergie renouvelable, c'est aussi une énergie propre. C'est la conjonction de cet avantage écologique et de la hausse irréversible des prix du pétrole qui font décoller une technologie prête depuis 20 ans, mais à des conditions économiques alors inacceptables.

- Aujourd'hui, le bio-éthanol et l'essence ont le même prix de revient hors taxes à 70$ le baril
- On considère que le CO2 émis lors de la combustion de l'éthanol est équivalent au CO2 consommé par la photosynthèse de la plante. Le bilan est donc nul, sauf à compter les émissions intermédiaires lors des processus de fabrication-transport et distribution de l'éthanol.
- Dans ces conditions, on considère que l'éthanol réduit les émissions de CO2 des 4/5 par rapport à l'essence

    C'est une belle idée que l'on étudiait à la fin des années 80 dans les commissions syndicales du C.N.J.A. Je retrouve aujourd'hui cette industrie de l'éthanol dans mon métier de l'informatique et de SAP. Voilà une boucle un peu originale mais assez savoureuse.