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René de Beauregard - Page 8

  • La représentation démocratique peut-elle être fidèle ?

    1 - Où l'on apprend chez DirtyDenys que les ennuis de Nathalie Kosciusko-Morizet dans l'affaire des OGM trouvent sans doute leurs racines dans un Grenelle de l'Environnement auquel les députés n'ont pas été conviés. Quand ces mêmes députés sont sommés de voter un texte à la préparation duquel ils n'ont pas participé, on ne s'étonnera pas qu'ils se révoltent. Surtout qu'ils estiment être tout aussi légitimes pour ce prononcer sur cette affaire, que n'importe quelle association issue de la "société civile".

    Débat entre deux formes de représentation.

     

    2 - Quand un bloggeur irresponsable (c'est moi) appelle au sabotage des Jeux Olympiques de Pékin, il illustre bien cette irresponsabilité dans le sens où le bloggeur en question sait très bien que son appel n'aura aucun effet. Il peut donc se réjouir innocemment du joyeux monôme qui a ridiculisé l'hypocrisie pompeuse de la cérémonie olympique. N'importe qui dans une situation de responsabilité serait bien obligé de se préoccuper des conséquences politiques d'un tel appel.

    Il y a là une illustration classique des différents niveaux de compromis entre une éthique de conviction et une éthique de responsabilité. Ca devient moins banal si l'on observe que l'élection des représentants politiques se fait à partir de l'expression des opinions et des idées, quand la pratique quotidienne de ces représentants élus va se frotter aux faits et aux conséquences des décisions qu'ils vont prendre. L'élection est une coupure, que certains ont pu qualifier de trahison, entre un mode de fonctionnement et une expertise après l'élection qui reposent sur d'autres principes que ceux qui ont présidé au choix de l'élu en amont de cette élection.

     

    3 - Enfin et pour rester sur le terrain de la manifestation, on a raison de souligner que l'élection ne fait pas tout. On ne délègue pas tous les pouvoirs à une majorité dictatoriale contre une minorité qui n'aurait le droit de s'exprimer que cinq ans plus tard. Toute décision du pouvoir politique peut être contestée directement par le peuple ou n'importe quelle association de citoyens qui s'estime en droit ou en situation de devoir s'y opposer. Il ne manque pas d'exemple de projets de réforme, ou même de textes de lois qui, contestés par l'expression citoyenne directe, se soient vus retirer par le même gouvernement qui venait de les promulguer. Mais ce droit à la protestation reste une tolérance qui se traduit par une épreuve de force entre le pouvoir élu et ceux qui contestent, sans aucune procédure d'arbitrage prévue pour trancher le conflit. Ce n'est pas un droit positif qui compléterait par une expression citoyenne directe la représentation démocratique élue.

     

    Ces trois anecdotes peuvent servir d'apéritif à la lecture du texte de Bruno Bernardi paru sur la vie des idées et dont voici la présentation :

    "L’opposition entre représentation et participation est commune dans la pensée politique. Mais est-elle bien formée ? Pour B. Bernardi, il y de fortes raisons d’en douter. L’histoire conceptuelle de la notion de représentation montre qu’on en a abusivement réduit la signification à la seule constitution de l’assemblée des représentants."

    Bruno Bernardi y expose les différents aspects de l'opposition entre la représentation démocratique  et la participation réelle de chacun à la prise de décision. Un débat que la diffusion massive de l'Internet rend de plus en plus présent. 17 pages qui méritent l'effort de s'arrêter un peu plus longuement que le temps moyen de butinage.

    Bon week-end.

  • Ah, quel beau bordel !

     

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    Malgré ce dispositif abracadabrantesque ce fut un vrai bordel. La flamme qui s'éteint, les relais ne se font pas, panique chez les flics. On imagine les ordres et contre-ordres, les coups de téléphone paniqués, l'ambassadeur de Chine en apoplexie, Alliot-Marie qui se cache, Sarkozy qui se terre.

    Le bide monumental, un gigantesque fiasco, un cauchemar de flic, j'en trépigne de joie en regardant les "Marx Brothers à Olympie", "Maciste perd la flamme", "Mr Bean est médaille d'or".

    32 cars de CRS, 160 hommes, la flamme encadrée par des policiers en rollers ! des pompiers joggers ! Pompier, que dire de mieux ? Tout est en toc dans ce cérémonial grotesque qui commence à Olympie avec de fausses prêtresses sorties d'un film de Cecil B. DeMille. Car a qui doit-on cette course de la flamme qui symbolise la fraternité entre les peuples ? A ce bon Docteur Goebbels en personne pour les JO de Berlin en 1936.

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    C'est dire que de voir tomber le décor dans un ridicule aussi complet a de de quoi réjouir. On ne pouvait mieux célébrer la mort de Charlton Heston, cet acteur de peplum qui finit en représentant de marchands d'armes. Du peplum il y en a, on ne lésine pas sur le carton pâte, les sonneries de trompette, les serments pompeux que l'on scande à grand coup sur une poitrine d'airain. L'homme important s'étend s'enfle et se travaille mais les enfants conspuent Matamore et sifflent l'imposteur en criant au Guignol. C'est donc hier où l'on a vu que l'olympisme est nu. Tué par la politique, le dopage, le chauvinisme, ce n'est plus qu'un gigantesque business. Pourquoi pas d'ailleurs, mais qu'on arrête de nous bassiner avec les grands sentiments et la fraternité entre les peuples.

     

     

    Il paraît que le CIO vient de se réveiller. J'attends avec impatience le spectacle de leur solennité rubiconde et vexée que l'on dérange leurs petites affaires. Son Président se dit préoccupé ; on aura droit à un communiqué à l'eau de rose appelant à préserver un idéal qui a été trahi tant de fois.

    Ce n'est plus de boycott qu'il faut parler c'est de sabotage. C'est facile, il suffit de ne pas regarder les retransmissions. En plus avec le décalage horaire on aura pas beaucoup d'efforts à faire.

  • Du côté de chez Saint-Simon

    Prenez la Nationale 12 qui vous emmène de Paris à Rennes et même au delà, jusqu'à Brest. Après une centaine de kilomètres, c'est là, un peu à l'écart de la Nationale, entre Verneuil Sur Avre et Mortagne au Perche que Saint-Simon écrivait ses Mémoires, à la Ferté-Vidame. Ca fait des années que je prends cette route, sans jamais avoir fait le détour, ayant toujours entendu parler de ruines sans intérêt.

    81681a71134a31664b5833d82b613550.jpgLes voilà ces ruines. De loin en venant de la forêt, on aperçoit un énorme Colisée, mais ce n'est plus qu'une façade, et ce n'est pas le château de Saint-Simon.

    Son château fut détruit pour être remplacé par un autre bâtiment dont il ne reste que ces ruines. Un nouveau château que l'on doit à Jean-Joseph de Laborde, bourgeois richissime qui aspirait à la noblesse. Mauvais choix puisqu'il finit guillotiné en 1794. Entre les deux, il avait du revendre La Ferté-Vidame au Duc de Penthièvre, petit fils de Louis XIV et de Madame de Montespan par son père le Comte de Toulouse 

    Que d'humiliations posthumes pour Saint-Simon de voir sa demeure abattue pour être reprise par un financier. Et surtout la rage que ce Duc de Penthièvre, un descendant de la bâtardise tant abhorrée vienne occuper les lieux. C'est la passion de la pureté de son sang, de la défense des privilèges de son duché pairie qui est le carburant de ses Mémoires. S'il n'y avait que cela, on s'y ennuierait plutôt mais heureusement il y a aussi cette autre passion de l'observation des caractères, des manoeuvres, de la "carte" de la cour de Louis XIV. Et la haine de ses ennemis, les usurpateurs, les bâtards, qui prennent toutes les places jusqu'à s'approcher du pouvoir et même de la couronne.

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    Tout cela est oublié, ruiné définitivement lorsque la Révolution arrive et que le château de la Ferté-Vidame est saccagé. Il ne reste plus rien alors de Saint-Simon : pas de descendant, son château reconstruit puis ruiné, sa tombe profanée. Personne n'a connaissance de ses Mémoires.

     

    Il ne faudra pourtant plus très longtemps pour qu'on y reconnaisse celui qui sous l'apparat de Versailles a capturé pour toujours un fond du caractère français. La Cour ! Le Roi ! Monsieur le Président de la République ! son aristocratie toujours vivante ( ce n'est plus la même ), ses manoeuvres, ses intrigues, ses favoris, ses disgrâces, ses coteries. Rien de plus français, tout ça, et pas prêt de tomber en ruines.

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     Photos de l'auteur ( Nokia 6280 )

  • D'une utopie 2.0

    Quand chacun contribue suivant ses moyens et que tous en profitent suivant ses besoins, ça s'appelle la Sécurité Sociale, un modèle de communisme réussi dans le domaine de la santé. En plus ce n'est pas l'égalité d'un médiocre niveau de soin  qui est visé, mais bien le meilleur de la thérapeutique disponible pour chacun, quelle que soit sa situation.

    Chacun selon ses capacités est ici calculé très simplement, à partir du revenu qui sert de base au calcul de la cotisation. Il reste à savoir si le revenu est bien mérité et quels sont les critères de distribution du revenu.

    Le talent est inégalement réparti chez les hommes. Toute politique est à la recherche d'un compromis acceptable entre la nécessaire récompense des talents et la non moins nécessaire redistribution des revenus. Le système libéral pur laisse faire les forces du marché qui calcule la valeur de chacun, en regard de l'offre et de la demande de la personne, considérée ici comme une marchandise, à laquelle est attribuée un prix. Si l'on refuse ce système de marché, on nous dit que nous sommes condamnés à un système à la soviétique injuste lui aussi, sclérosant et inefficace par surcroît.

    Il n'y aurait de choix qu'entre la brutalité du marché qui ne raisonne que par valeur argent, coûts et profits, et le jugement d'un ministère lointain qui finit toujours par fonctionner en cercle fermé, ayant perdu contact avec la réalité.  Dans ce dernier monde de type soviétique, les évaluations sont à la merci d'une administration qui aura souvent la tentation de favoriser une carrière suivant des critères qui n'ont rien à voir avec la compétence et le talent, mais plutôt avec le copinage ou la docilité du promu. 

    En France on a la Sécurité Sociale et son communisme réussi. On se distingue aussi par le modèle d'administration le plus ingérable du monde, longtemps au deuxième rang mondial par le nombre de fonctionnaires, juste derrière l'Armée rouge : c'est l'Education Nationale.

    Heureusement Web deux-points-Zorro est arrivé. Sur Ebay, sur Digg, sur Tripadvisor c'est le système de notation non biaisée qui crée la confiance que l'on n'a plus dans un marché incontrôlé,  une administration ou des intérêts qui ne le sont que trop.  La présentation de Digg et de Tripadvisor dans Wikipedia est caractéristique de cet état d'esprit.

    "Digg est un site Internet communautaire, typique du phénomène « Web 2.0 », qui a pour but de faire voter les utilisateurs pour une page Internet intéressante et proposée par un utilisateur. Il dispose de plusieurs catégories, telles Politique, Divertissement, Vidéos, Technologie...Il combine « social bookmarking », blog et syndication.Les nouveaux articles et les sites Web soumis par les utilisateurs sont notés par d'autres utilisateurs et s'ils remportent le succès nécessaire, ils sont affichés en page d'accueil."

    "TripAdvisor.com est un site Web de guide de voyages gratuit et de recherches sur les voyages qui offre des opinions non biaisées vous aidant à planifier des vacances."

    Comme tout se note et tout s'évalue, on ne s'étonne pas de voir des sites de notations des profs, ( note2be ) ou des flics. C'est d'ailleurs chez Francis Pisani que j'ai trouvé cette information. Francis continue :

    "Des sites de ce genre existent déjà pour noter, entre autres, les articles de la grande presse et donc les journalistes qui les ont écrits (Newstrust , une entreprise remarquable), les médecins (RateMDs ) ou les professeurs (RateMyProfessors ) qui d’ailleurs se sont maintenant dotés des moyens de répondre (ProfessorsStrikeBack )."

    Et de poursuivre :

    "au lieu qu’un seul gardien de prison puisse observer un grand nombre de détenus comme l’avait rappelé Michel Foucault, les gens peuvent observer en permanence ceux qui les surveillent et ceux qui les punissent"

    Michel Foucault décrivait ainsi le panoptique : "Faire que la surveillance soit permanente dans ses effets, même si elle est discontinue dans son action ; que la perfection du pouvoir tende à rendre inutile l'actualité de son exercice".

    De la notation qui aide au choix, à la surveillance qui contrôle l'individu, on sent bien que le pas est facile à franchir et d'ailleurs il l'est souvent. Sans parler des réputations mises au pilori comme Sylvie Noachovitch, Nicolas Princen ou Olivier Martinez.

    Il est presque obligatoire qu'un système aussi transparent aboutisse au conformisme des apparences, et au lissage des différences. C'est Luc Fayard qui nous annonce avec de bons arguments que le maoïsme flotte sur le Web 2.0. C'est aussi l'étonnante analogie entre le panoptique et la cité d'Icarie, les deux utopies qui nous préoccupent aujourd'hui.

    Wikipedia est toujours notre source pour ces définitions :

    3fd0a78e4c4f29ff97b4a3eff1a42d83.jpg"Le panoptique est un type d'architecture carcérale imaginée par le philosophe Jeremy Bentham. L'objectif de la structure panoptique est de permettre à un individu d'observer tous les prisonniers sans que ceux-ci ne puissent savoir s'ils sont observés, créant ainsi un « sentiment d'omniscience invisible » chez les détenus." ( Illustration ci-jointe de Wikipedia )

     

    "Icara, la capitale de la communauté d’Icarie comptant un million d’habitants, est une ville circulaire à l’architecture géométrique. La traverse un fleuve absolument rectiligne. Également tracées au cordeau, les rues sont bordées de 16 maisons de chaque côté avec un édicule public au milieu et à chacune des extrémités. Impeccablement propre, la cité ne comporte ni café ni hôtel particulier, mais seulement des bâtiments à usage collectif, dont une bibliothèque aux ouvrages soigneusement choisis."

     

    Icarie est la cité imaginaire qui connut un début de réalisation dans les années 1850. Etienne Cabet  imagina cette utopie communiste d'un autre type, et qui finit mal. Cest à lui et non à Karl Marx que l'on doit ce slogan : "À chacun suivant ses besoins. De chacun suivant ses forces" .

    Revenant à notre Sécurité Sociale, utopie communiste réussie, il était finalement très étonnant que ce système ait vécu plus de 50 ans sans aucun contrôle sérieux sur le comportement sanitaire des assurés sociaux. Qu'on se rassure, c'est en train de changer grâce aux campagnes anti-alcooliques et la restriction des lieux autorisés aux fumeurs. 

    Supposons encore une utopie globalement réussie où chacun vit en communauté à la hauteur de ses besoins en occupant une place à la mesure de son mérite et de son talent. Qu'on suppose donc un système de répartition parfait, juste, reconnu et accepté par tout le monde. C'est la justice elle-même qui transforme ce paradis en enfer de la frustration. Car quiconque occupe une place médiocre ne peut sans prendre qu'à  lui-même. Ce n'est plus une société injuste contre laquelle il est légitime de se révolter qui explique ma mauvaise place, c'est bien l'inégalité des talents qui a rendu public la pauvreté du mien par une évaluation incontestable et publique.

    Il y a peu d'hommes prêts à admettre que l'on affiche ainsi les différences. En admettant encore que l'on puisse le supporter, nous voici dans une société figée, faute de l'énergie vitale de ceux qui, à tort ou à raison, rêvent de la changer.

  • Sonnet cafardeux

    C'est par l'entremise de Scheiro qui commente mon exercice de metablogging que je me prête à à cette entreprise. Rien dans ce sonnet ne correspond à mon état d'esprit actuel qui n'a rien de cafardeux. Mais le premier alexandrin est imposé par Albertine ; il n'engage pas à l'optimisme : Hier dans ma baignoire un cafard s'est pendu.

    Il s'agit de continuer en respectant les règles du sonnet ; c'est à dire deux quatrains en rime ABBA ABBA et deux tercets CCD EDE ou CCD EED.

    Après les cadavres exquis de Cath l'argonaute, c'est la saison des jeux littéraires. Voici donc ma contribution :

     

    Hier dans ma baignoire un cafard s'est pendu
    J'aime le compagnon qui seul supporte encor'
    Le vent de mes humeurs, le noir de mon décor.
    Après ce visiteur personne n'est venu

    Dans cette cage aux barreaux luisants, aux murs nus
    La vue du nouvel ami n'est pas sans rapport
    Avec l'absence de mes anciens. Ils ont tort !
    Inconstance et fidélité, j'ai tout connu

    Adieu projets, je n'ai plus que des souvenirs
    Mais Cafard me déprit qu'il est temps d'en finir
    De l'insecte au moins je repris quelque confiance

    Le cerveau, la baignoire lavons jusqu'à l'émail
    L'ivresse et le propre ont laissé ce détail
    Le poil noir collé qui lui servit de potence

     

     

  • Max Weber à l'Elysée

    Sur Internet, il faut nager à contre courant, c'est une question d'hygiène. Comme Nicolas Sarkozy va remonter la vague des sondages, grâce à - sublime, forcément sublime – Carla, il est urgent de rappeler ce qu'en disait Max Weber ( 1864-1920 ). Le célèbre sociologue allemand était aussi prophète à sa façon.

    "En effet, bien que, ou plutôt parce que la puissance est le moyen inévitable de la politique, et qu'en conséquence le désir de pouvoir est une de ses forces motrices, il ne peut y avoir de caricature plus ruineuse de la politique que celle du matamore qui joue avec le pouvoir à la manière d'un parvenu, ou encore Narcisse vaniteux de son pouvoir, bref tout adorateur du pouvoir comme tel. Certes le simple politicien de la puissance, à qui l'on porte aussi chez nous un culte plein de ferveur, peut faire grand effet, mais tout cela se perd dans le vide et dans l'absurde. Ceux qui critiquent la « politique de puissance » ont entièrement raison sur ce point. Le soudain effondrement moral de certains représentants typiques de cette attitude nous a permis d'être les témoins de la faiblesse et de l'impuissance qui se dissimulent derrière certains gestes pleins d'arrogance, mais parfaitement vides. Une pareille politique n'est jamais que le produit d'un esprit blasé, souverainement superficiel et médiocre, fermé à toute signification de la vie humaine ; rien n'est d'ailleurs plus éloigné de la conscience du tragique qu'on trouve dans toute action et tout particulièrement dans l'action politique que cette mentalité" ( Politische Schriften )

    C'est en prenant le sillage de DirtyDenys que je cite Max Weber pour faire le point sur notre Président. La très brillante note de Denys nous montre que la pensée de Max Weber irrigue au delà du domaine traditionnel de la sociologie, en nous peignant un Philippe Lucas (ex-entraîneur de Laure Manaudou), naguère seul maître à bord de son centre d'entraînement, mais n'ayant plus barre sur sa nageuse vedette, et devenuchef charismatique qui perd la tête.

  • La donna é mobile

    De Raphael à Picasso, de Titien à Dali, 90 portraits de femmes qui n'en font qu'une. Ca n'a pas l'air très connu en France, mais beaucoup vu par ailleurs.

    Le titre de l'oeuvre, le nom de l'artiste pour chaque portrait est ici.

    L'oeuvre video, car c'en est une, est

     

     

  • A vos masques

    Le pseudonyme a toujours été utilisé en littérature. De Stendhal à Julien Gracq en passant par Aragon, il ne masque rien, puisque tout le monde sait de qui il s'agit. Le plus souvent, c'est un apprêtement pour un nom dissonant ou par trop prosaïque quand on s'occupe de style. Julien Gracq a quand même plus de gueule que Louis Poirier.

    fbff2a0a517b00286ed2aa4a16d217d8.jpgA la limite du pseudonyme et de l'anonyme, on trouve  l'auteur d'Histoire d'O. Voilà un roman érotique signé Pauline Réage qui a longtemps soulevé l'excitation. On aurait bien aimé, que derrière ce prénom féminin, se cache un auteur respectable de l'Académie Française, un François Mauriac par exemple, qui aurait jeté sa gourme et ses principes. Double mystère puisque derrière la simple lettre qui désigne l'héroïne, il y a peut-être encore un personnage connu. Ou alors cet O tout nu pourrait symboliser quelque orifice féminin et le plaisir de s'y fondre. Le héros s'appelle René, comme moi ; un prénom guère porteur de fantasmes. C'est en tous cas comme ça que je le vis. Mais c'est le privilège de l'âge de s'accepter, y compris par le prénom d'un arrière-grand père dont on m'a affublé.

    Pauline Réage est un pseudonyme qui resta longtemps anonyme. Il aura fallu 40 ans pour que l'on sache avec certitude qui se cachait derrière. C'était donc Dominique Aury qui cotoyait Jean Paulhan à la NRF et lui adressait ce roman en guise de déclaration. Ca se savait depuis longtemps dans les cercles littéraires. On rêvait encore d'un nom plus croustillant dans les milieux moins informés.

    L'histoire d'O a perdu beaucoup de son pouvoir de fascination depuis qu'on en connait les secrets. C'est souvent comme ça quand le mystère se révèle après une trop longue attente. La réponse est moins excitante que la question. C'est aussi la clé du succès de certaines sociétés plus ou moins fermées comme les francs-maçons. Ca fait vendre les hebdomadaires qui révèlent deux fois par an "le pouvoir secret des francs-maçons". Quant à moi, j'imagine qu'on s'y ennuie aussi solennellement que dans n'importe quelle réunion de service d'une entreprise française, avec les mêmes jeux de pouvoir qui se cachent derrière le prétexte des sujets à traiter.

    Madame Solario est moins connue que O. Curieux roman que je n'ai jamais fini faute de pouvoir incarner les personnages, y accrocher un pays, une époque. On ne sait toujours pas qui en est l'auteur, qui semble définitivement inaccessible comme le livre, qu'on dirait écrit d'un autre monde.

    Romain Gary avait du succès avec des ouvrages jugés populaires et faciles par la critique. Il voulut être lu pour un genre littéraire nouveau pour lui, sans les préjugés à la fois politiques et littéraires qu'on lui collait. Sa "Vie devant soi" sous le nom d'Emile Ajar lui valut un deuxième prix Goncourt. Elle ne dura que 5 ans avant l'unique mort de toutes ses identités.

    Il y a encore le pseudonyme utilisé par un auteur qui veut distinguer son activité littéraire d'une image déjà connue pour d'autres raisons. Soit qu'il ne veuille pas mélanger les genres, soit qu'il tienne à être apprécié par son oeuvre uniquement, sans que la célébrité acquise par ailleurs biaise le jugement. On se souvient peut-être d'Edgard Faure qui signait ses romans policiers Edgar Sanday ( sans "d" ). Il aimait  raconter ses souvenirs de la IVème République quand, Premier Ministre, il faisait porter sa serviette et son chapeau par un jeune attaché de cabinet nommé Valéry Giscard d'Estaing. Lui aussi s'est piqué de littérature. Il aurait été plus sage de prendre un pseudonyme pour signer son roman "Le Passage". Il eut le courage de le signer ; ce qui lui valut d'être humilié deux fois, à la sortie du livre, et lors de ce discours de "réception"  à  l'Académie française :

    "Votre roman, Le Passage, est d’une nature plus déroutante. Par son genre même qui n’est pas coutumier aux puissants du monde. Certes, Disraeli, en Angleterre, l’avait pratiqué avant d’être hissé à la première place. Ce roman montre, là encore, votre goût d’être un homme comme les autres, qui chante sa chansonnette si cela lui plaît. Mais, là encore, vous ne serez pas épargné. Dans Le Figaro littéraire — décidément, ce journal ne vous aura pas délivré beaucoup de douceurs —, un article jugeait votre livre sans indulgence. Renaud Matignon comparait irrespectueusement son auteur à « un Maupassant qui aurait fait la connaissance de la comtesse de Ségur, ou à un Grand Meaulnes qui aurait croisé Bécassine ».

    Rassurez-vous, Monsieur, vous n’êtes pas le premier de nos protecteurs à avoir reçu de la critique des volées de bois vert. Richelieu lui-même, pour sa tragédie de Mirame, et Bonaparte, pour son roman Clisson et Eugénie, furent descendus en flammes. Quant à nous, Dieu sait que nous avons eu notre part d’éreintements. Aussi notre compassion vous est-elle acquise. L’Académie est douce aux grands blessés de la critique."

    Et sur Internet alors ? Il y aurait beaucoup de choses à dire. Ca tombe bien, d'autres le font, comme cette étude de Dominique Cardon que l'on trouve sur Internetactu. L'identité, désormais numérique, multiplie les combinaisons. Dominique Cardon en identifie cinq :

    "Le paravent. Les participants ne sont visibles aux autres qu’à travers un moteur de recherche fonctionnant sur des critères objectifs. Ils restent “cachés” derrière des catégories qui les décrivent et ne se dévoilent réellement qu’au cas par cas dans l’interaction avec la personne de leur choix.

    Le clair-obscur. Les participants rendent visibles leur intimité, leur quotidien et leur vie sociale, mais ils s’adressent principalement à un réseau social de proches et sont difficilement accessibles pour les autres.

    Le phare. Les participants rendent visibles de nombreux traits de leur identité, leurs goûts et leurs productions et sont facilement accessibles à tous.

    Le post-it. Les participants rendent visibles leur disponibilité et leur présence en multipliant les indices contextuels, mais ils réservent cet accès à un cercle relationnel restreint (Twitter, Dodgeball).

    La lanterna magica. Les participants prennent la forme d’avatars qu’ils personnalisent en découplant leur identité réelle de celle qu’ils endossent dans le monde virtuel (Second Life)."

    Sur Internet, le plus étrange est ce désir de reconnaissance qui se combine souvent avec les anonymats. En général, se cachent des vedettes qui ne supportent plus la célébrité, ou qui veulent être reconnus à des moments choisis par eux, comme un phare que l'on voit par intermittence. Sauf qu'ils n'éclairent pas d'eux-mêmes, ils sont éclairés par d'autres qui contrôlent le mécanisme. 

    Sur Internet se cachent des inconnus qui veulent être reconnus sans être identifiés. Je ne sais plus quel blogueur célèbre se vantait d'être le seul à contrôler son image, le seul à connaître toutes ses identités. J'ai eu envie de lui répondre que c'est le moins qu'on puisse attendre d'une personnalité pas complètement schizophrène.  Mais il explique aussi qu'il défend autant d'idées contradictoires qu'il a d'identités différentes. Ne sachant plus à qui répondre, j'ai préféré rester muet.

  • Sylvie Noachovitch, Nicolas Princen, Olivier Martinez : A qui le tour ?

    Quoi de commun entre ces trois personnages ?  A des titres divers, ils excitent la blogosphère.

    Sylvie Noachovitch, s'estimant diffamée par une accusation de propos racistes qu'elle aurait tenus lors d'un dîner a enjoint un bloggeur de retirer une note rapportant cet écho.

    Nicolas Princen a été chargé par l'Elysée d'observer tout ce qui se dit sur la Toile, de traquer les fausses rumeurs et de déjouer toute désinformation à l'encontre du Président.

    Suivant les termes d'Eric de Presse Citron, "Olivier Martinez, attaque systématiquement tous les sites qui diffusent ce "scoop" disant en substance qu'il serait de nouveau (ou pas) avec une chanteuse australienne connue avec laquelle il fut, puis ne fut plus, etc..."

     

    En ce qui me concerne, j'ai eu l'occasion de défendre Sylvie Noachovitch dans la protection de sa vie privée. Je ne vois rien de choquant à ce que Nicolas Sarkozy s'intéresse à ce qu'on dit de lui sur Internet et à y défendre son point de vue si besoin. Je trouve la réaction d'Olivier Martinez tout à fait disproportionnée et scandaleuse s'agissant "de la publication d'un lien dans Fuzz, (il n'y a même pas un extrait de l'article) renvoyant sur une rumeur publiée dans un blog people."

     

    Quoi de commun entre ces trois personnages ? Ils ont couverts d'injures et de crachats par une partie trop visible de cette même blogosphère.

    L'acteur qui se plaint de Fuzz fait l'objet d'une chaîne débile consistant à affirmer qu'on ne l'aime pas : je m'exprime en périphrase pour ne pas citer le texte de cette chaîne et y participer, même en la dénonçant. Comme le dit Delphine Dumont : "Ces névrosés qui ont trouvé une super tête de Turc, c'est pitoyable et je devrais y rester indifférente, mais ça salit Internet, mon Internet que j'aime tellement, qui est si riche potentiellement, si porteur d'espoirs..."

    Ou encore ( via Olivier Schmidt-Chevalier ) ces injures de type raciste adressées à Nicolas Princen, trouvées chez Pierre Chantelois ( qui cite le commentaire, ce n'est pas ce qu'écrit Pierre Chantelois ) :

    « Admirons le rebondi pré-turgescent des bajoues, l’ovale prognate du menton chauve, le lobe étriqué des esgourdes, le pif en pied de porc, l’œil torve à la vinaigrette rancie, la coupe de douilles version légion étrangère, le col noué comme celui d’un pendu cherchant sa corde, la denture reniflant le signal, la glotte en crotte de peanshire, la béatitude vidocquienne HEC en +…Heureusement sur le Net, nous n’en avons pas l’odeur. Il y a fort à parier que les remugles exhalant du personnage forceraient une ouverture prolongée des portes et fenêtres; ce qui n’est pas, aujourd’hui, de saison ».

    On parle parfois de l'ubiquité du Web. Je ne sais pas, mais ce genre de propos me rappelle plutôt une certaine presse des années 30 et 40 et son plus célèbre titre : Je suis partout, ou encore certains éditoriaux de la presse communiste des années 50. Ce qui me désole dans cette course au People, au ragot, au Web poubelle c'est que je n'en comprends pas les motivations. Il y a toujours eu et il y aura toujours une presse poubelle, une télé poubelle. Ils ont des contraintes économiques, ils ont besoin de pub. Comme l'a si brillamment dit Patrick Le Lay, c'est même sa raison d'être. Pour ces blogs, ces commentaires, il n'y a pas de revenu, pas de contrainte économique pour nous en tant qu'amateur qui ne vivons pas de cette activité. En revanche, il n'y a plus dans la presse écrite ces tombereaux d'injures que l'on pouvait lire avant guerre. Que ceci réaparaisse sur un média comme le Web est désolant, et de plus totalement irresponsable. Ce sont des gens dignes comme Eric qui risquent de payer pour ces dérives.

    A propos de la mission de Nicolas Princen, Versac affirme que "surveiller tout le Web est impossible". S'agissant d'une expression publique et libre, il ne s'agit pas de surveiller, ce qui sous-entend une activité cachée, mais juste d'observer. Mais en plus, Versac a tort. C'est TRES FACILE d'observer ce Web là. Par nature, il se répète, dit la même chose et s'en vante. C'est donc l'image consternante que risque d'en rapporter Nicolas Princen. C'est l'image qu'en donne quotidiennement la presse dite sérieuse. C'est l'image qu'on donne à d'autres qui se réjouissent encore de pouvoir s'exprimer sans contrainte d'aucune sorte, si ce n'est le respect du droit et de l'image des personnes.

  • George Bush légalise la torture

    Tout le monde se passionne pour les élections américaines. George Bush fait déjà partie de l'histoire, il n'intéresse plus personne. On ne comprend pas l'Amérique qui a voté Bush et on déteste le personnage. Sans illusion aucune, c'est à peine si l'on parle du veto qu'il vient d'opposer à une loi votée par le Congrès américain interdisant les "interrogatoires poussés".

    Tout vient du 11 septembre, bien sûr. En tant que Français, j'ai du mal à comprendre le traumatisme consécutif à l'attentat contre les tours. Le dialogue avec mon ami Nicolas de Rauglaudre à propos du livre de René Girard : Achever Clausewitz m'a donné une piste.

    Clausewitz et la première guerre mondiale

    L'envers de la fameuse formule "La guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens" est représentée par la théorie de la montée aux extrêmes. Selon Clausewitz, la guerre "parfaite" visant à la mise hors de combat de l'adversaire, voire à son anéantissement, se caractérise par la mobilisation croissante de tous les moyens pour parvenir à l'objectif. L'adversaire est obligé de réagir à cette montée en puissance s'il ne veut pas être vaincu. Il répondra donc par un accroissement similaire de ses moyens, franchira un palier supplémentaire, s'il veut reprendre l'avantage. Et ainsi de suite. L'archétype de la guerre ne peut que monter aux extrêmes des moyens de chaque combattant. Cette violence pure, Clausewitz souligne qu'elle peut et d'ailleurs qu'elle doit rester contrôler par le pouvoir politique qui, seul, décide et tente de réaliser ses buts de guerre.

    La première guerre mondiale a représenté l'archétype de cette montée aux extrêmes sans contrôle politique réel. A l'évidence, du côté français, les buts de guerre n'étaient pas en proportion du gigantesque massacre. Joffre ne rendait plus compte au gouvernement. Il finît par être écarté, mais c'était trop tard, et la logique de la violence extrême était devenue inarrêtable. Du côté allemand, c'est le Grand Etat Major qui avait pris le pouvoir politique par une interprétation falsifiée des théories de Clausewitz.

    Raymon Aron qui observait la guerre froide la décrivait comme "paix impossible, guerre improbable". L'arme atomique par ses capacités d'anéantissement définitif et réciproque rendait impossible une montée aux extrêmes. C'est d'ailleurs ce qui s'est passé, mais il n'était plus là pour le voir puisqu'il disparut en 1983, six ans avant la chute du mur de Berlin. Il n'est plus là non plus pour penser le terrorisme et le 11 septembre. Après lui, René Girard cherche à achever Clausewitz.

     

    Le 11 septembre

    René Girard est français, mais il vit en Amérique. Il peut mieux comprendre leurs sentiments. Et si le 11 septembre était comparable au coup de pistolet de Sarajevo : un événement mineur au regard de la survie d'une nation mais qui a dégénéré. L'attitude de Bush est finalement assez comparable à l'escalade aveugle des gouvernements de 1914. Mais lui n'a pas trouvé en face, une entité nationale bien identifiée. D'où la mythification d'Al Quaida auquel on a associé un territoire : l'Afghanistan ( c'est en partie vrai ) et même des alliés : l'Irak ( c'est une imposture ).


    L'Amérique de Bush était prête à monter aux extrêmes, mais cet ennemi insaisissable n'est pas de nature à entrer en résonance avec ce type de violence. Ces guerres d'Afghanistan et d'Irak finiront par une retraite déguisée, car elle ne peuvent pas être gagnées contre un ennemi qui n'est pas là.

     

    L'Amérique torture

    Il est une autre guerre beaucoup plus inquiétante. C'est la chasse mondiale à tout individu qui peut avoir des liens avec Al Quaida. Dans cette guerre de nature policière, mais qui utilise des moyens militaires, c'est le Patriot Act, c'est le recours "légalisé" à la torture, qui font tomber l'Amérique dans le piège pourtant bien connu du couple terrorisme-répression policière. C'est ce recours qui illustre l'escalade de la violence : Aux attentats suicide, on oppose la torture.


    Que Al Quaida est réussi à faire de la plus grande démocratie du monde, un état où l'on revendique la torture, passe presque inaperçu. C'est pourtant là à mon avis que se situe le plus grand danger. D'une part on sait que ça ne sert à rien, mais surtout George Bush aura été le Président de la torture. Il n'avait pas besoin de cela pour ternir encore son mandat. Pendant un temps, il a sans doute représenté fidèlement une certaine Amérique traumatisée. Il ne représente plus rien, et les trois candidats à la Présidence, d'autres encore comme le sénateur Ted Kennedy  ont condamné "l'un des actes les plus honteux" de la présidence de George Bush.

     

    Nouvelles violences

    On n'en a pas fini avec la violence. D'après René Girard :

    "Il semble que nous ne parvenions pas à penser le pire et c’est à cela que peut nous aider Clausewitz. Il y a aujourd’hui trois questions terrifiantes : l’écologique avec la raréfaction des ressources naturelles, la militaire avec l’accroissement des forces de destruction nucléaire et celle des manipulations biologiques. Aux États-Unis, l’écologie est sous-estimée par les républicains qui la considèrent comme une manoeuvre contre la liberté économique. La fin du communisme a déchaîné le capitalisme. Si la concurrence économique est positive, elle peut aussi se transformer en guerre. La vie économique n’est pas libérable totalement. Par exemple, aux États-Unis, les meilleurs spécialistes de l’industrie atomique sont susceptibles de mettre leur talent au service d’officines privées au nom de la libre entreprise, alors qu’en France l’État et son administration sont encore un facteur de sécurité de par le contrôle qu’ils exercent sur ce type d’activité."

  • Le Père Desbois et la Shoah par balles

    Le Père Desbois consacre sa vie à recueillir les derniers témoignages de la Shoah par balles. Pendant l'occupation nazie, en Pologne, en Ukraine, en Biélorussie et dans les pays baltes, les Einsatzgruppen fusillèrent plus d'un million de juifs. A cela il faut ajouter les tziganes, membres du Komintern ou toute autre population devant être anéantie.

    Les victimes étaient rassemblées par train ou camion. Elles creusaient leur propre fosse avant d'être fusillées. Les cadavres étaient ensuite recouverts de terre. Cela se passait en 1941-1942, dans les territoires de l'Union Soviétique occupés, principalement en Ukraine. Les derniers témoins ont maintenant 80 ans. C'étaient des enfants à l'époque du massacre.

    Le Père Desbois va voir sur place ces témoins. Il les interroge sur ce qu'ils ont vu. En retrait, il écoute les récits de cette vieille dame. C'était une enfant de 10 ans. Elle "tassait" les cadavres dans la fosse. Quant tout était recouvert, le sang continuait à suinter du charnier pendant des jours entiers.

    Depuis plus de 60 ans, les gens ne parlent pas. Ils ne parlent pas parce que personne ne les interroge. Dans ces pays, le communisme a fermé les bouches. On craint encore le retour du KGB. Ils parlent au Père Desbois parce que c'est un prêtre catholique étranger qui recueille cette parole qui ne sera bientôt plus.

    Le Père Desbois écoute sans émotion apparente, il ne met pas en scène son indignation. Il n'est pas là pour le devoir de mémoire : une expression qu'il n'aime pas, tout comme Simone Veil. C'est aujourd'hui que les fosses communes sont aux portes des villages ukrainiens. On s'en approche, des os et des crânes sont visibles ça et là : on est parfois pouchassé par un chien qui en a fait son repère. Certains recherchent encore les dents en or qui auraient pu ne pas être arrachées. Il n'y a plus de signes de la présence des juifs dans ces régions anéanties par les bourreaux nazis. On ne peut rien bâtir dans ces confins de l'Europe tant que ces cadavres ne reposeront pas en paix, nous dit le Père Desbois.

    C'était mercredi soir sur FR3.

    P.S. si vous cherchez dans Google : "Desbois Shoah" 

    La première entrée est un site négationniste : Tout sauf Sarkozy : Association nationale pour la défense des valeurs républicaines.

    Le Père Desbois y ait traité de "pronocrate mémoriel". Peut-on faire quelque chose pour que Google ne référence plus ce site ?

  • Caissière, ça mène à tout à condition d'en sortir

    Acrimed, observatoire des médias, publie une étude formidable sur la manière dont les médias traitent de Anna Sam. Anna est caissière, et son blog : Les tribulations d'une caissière, s'est retrouvé propulsé en tête des classements.

    « Une caissière fait recette grâce à un blog à succès » (20 minutes.fr, le 6 janvier)." C'est tout ce qui intéresse les médias, de la vie d'Anna. C'est le fait d'être devenue connue, presque une star, qui va publier un livre : une caissière qui sait écrire, et qui n'est plus caissière. Elle s'en est sortie, ce qui n'est pas le cas des 170 000 autres, dont le blog d'Anna décrit la vie quotidienne.

    On s'intéresse à Anna pour ce qu'elle n'est plus. Le fond de ce qu'elle a vécu, ce qu'elle raconte n'a pas d'intérêt. Ce qui est intéressant, c'est l'ascension médiatique et sociale qu'elle symbolise.

    On ne l'interroge pas sur les conditions de vie de toute une profession. Les salaires, les horaires, les petits chefs, les clients : bon d'accord, mais ce qui fait rêver c'est la belle histoire de celle qui aura eu le talent et sans doute un peu de chance pour en sortir. Car il s'agit d'en sortir et sûrement pas de se préoccuper des 170 000 autres qui n'ont pas cette belle histoire à raconter.

    Mine de rien, l'histoire d'Anna en dit long sur les médias. Mais ils ne font que refléter la disparition de toute analyse sociale au profit de la montée en épingle de quelques réussites individuelles visibles.

  • To rock or not to rock : Keith Richards pose pour Vuitton

    Le vieux forban fait de la pub maintenant. Voilà le genre de nouvelles qui me réjouit. J'imagine son rire carnassier quand il a été approché pour cette campagne. Après Catherine Deneuve, classique, Gorbatchev, pas tellement vendeur, Vuitton va rimer avec Satisfaction.

    Il paraît que David Bowie a fait de la pub pour Vittel. Du rock à l'eau plate, c'est vraiment n'importe quoi. La campagne est passée inaperçue, évidemment. Celle-là sera forcément un succès. Tous les ex-fans des sixties au portefeuille et au ventre rembourré ( ce n'est mon cas ni pour l'un ni pour l'autre ) vont pouvoir réconcilier les goûts de leur jeunesse avec leur nouveau statut social.

    Keith Richards a toujours eu le cynisme en bandoulière, il pourra le mettre dans son sac Vuitton et ré-interpréter "Papa's Got a brand new bag", le standard de James Brown.


    82ba753d1cc4bb2e0f2777b1cc365af5.jpgLa photo Vuitton. On distingue un crâne sur la table de nuit. To rock or not to rock ? Ca n'a jamais été une question pour Keith - Hamlet - Richards.

    La tête de mort est d'ailleurs très tendance, elle ressuscite si l'on peut dire :

    "Le crâne humain ne fait plus peur. Plusieurs marques de luxe (Dior, Fendi) l'ont utilisé dans leurs récentes collections, apposant ce sourire de mort sur des foulards, maillots de bain, sacs et bijoux.

    Chez Damien Hirst, figure incontournable de l'art conceptuel, l'image prend une tournure particulièrement provocante: l'une de ses récentes créations représente un faux crâne humain incrusté de 8'601 diamants et d'une pierre rose pâle de 55 carats de chez Bentley & Skinner. Prix: 125 millions de francs pour ce symbole ultime de la collision entre l'imagerie macabre et l'univers futile du strass et du bling-bling.
    Comment expliquer cet engouement? «Comme le tatouage, la tête de mort exprime une revendication de liberté, qui se retrouve d'ailleurs dans le regain d'intérêt pour les Harley-Davidson», relève Stefan Fraenkel, observateur de tendances
    ( quel beau métier : N.D.L.A ) à l'Ecole hôtelière de Lausanne."

    Ce crâne est-il celui de son père ? On sait que Keith Richards laisse courir la rumeur qu'il en aurait sniffé les cendres. Il n'a d'ailleurs arrêté l'héroïne qu'après s'être réconcilié avec son père qu'il n'avait pas vu pendant 25 ans. Etonnante histoire.

     

    5a7c6d4564f658bb9002965e68098f56.jpg

     

     

    Mais, revenons à la métaphysique, sujet à peine moins futile. Vous souvenez-vous de Rancé, celui de la Vie de Rancé écrite par Chateaubriand ? Armand-Jean Le Bouthillier de Rancé vivait sous Louis XIV une vie moins qu'austère comme tant d'autres religieux de l'époque. Amoureux fou de la duchesse de Montbazon, il fut le dernier de ses innombrables amants. La légende dit qu'il ne se sépara plus du crâne de sa maîtresse pour l'emporter jusqu'à la Trappe. C'est en effet là qu'il finît sa vie, à refonder l'ordre monastique dans une discipline de dépouillement extrême. On ne saura pas si le souvenir de sa maîtresse posé sur son bureau lui inspirait des sentiments de contrition ou de nostalgie.

    Des sentiments qu'on imagine mal chez le roi du riff.

  • Deux découvertes en deux bonds : Jean-Claude Michéa, un discours de Bob Kennedy

    Vagabondant sur des blogs, j'arrive chez Jean-Baptiste Rudelle qui publie peu mais bien. Il commente un livre de Jean-Claude Michéa, L'empire du moindre mal. Il y a deux heures encore, je ne connaissais pas l'auteur ni donc ce livre.

    ab3bf25c3f7df188906714065facb7f7.jpegJean-Baptiste Rudelle en dégage une idée qui éclaire l'impasse actuelle de la Gauche. Conformément à ses traditions comme à ses convictions, la droite défend une politique de défense des intérêts privés et d'une fiscalité modérée contre une gauche plus favorable au renforcement de la place de l'Etat. Jusque là tout va bien. Mais l'affaire se gâte lorqu'il s'agit des questions d'immigration et de sécurité. La gauche "généreuse" qui défend une politique d'intégration et de régularisation "(ce qui ne peut qu’encourager de nouveaux candidats à l’immigration) défend objectivement les intérêts des plus riches." De même quand il s'agit de l'insécurité qui touche d'abord les quartiers populaires où la droite est très à l'aise pour préconiser une politique répressive contraire aux valeurs traditionnelles de la gauche mais qui peut séduire les habitants de ces quartiers, exaspérés par cette insécurité.

    Bref, la Gauche est dans un cul-de-sac intellectuel. La Droite aussi d'ailleurs, mais elle s'en fiche. Droite comme Gauche sont dans la même impasse. Mais la Droite qui accepte le modèle actuel, ou s'y résigne, a l'avantage de défendre une politique d'adaptation à une réalité que chacun constate, quand la Gauche est dans l'impossibilité de choisir entre cette réalité qu'elle refuse et une alternative qu'elle n'a pas ( encore ?? ) conceptualisée.

    Jean-Baptiste Rudelle m'avait déjà mis sur la piste du livre de Valérie Charolles : Libéralisme contre Capitalisme. Je n'ai pas eu à le regretter. Il est toujours temps de  le lire.

    Je vais donc me procurer le livre de Jean-Claude Michéa qui semble éclairer quelques pistes. A la recherche d'autres références, voici une interview de Jean-Claude Michéa sur le site de Marianne, et cette citation magnifique de Bob Kennedy, extraite de L'empire du moindre mal :

     

     

    Le 18 mars 1968, quelques semaines avant son assassinat, Bob Kennedy prononçait, à l'Université du Kansas, le discours suivant : « Notre PIB prend en compte, dans ses calculs, la pollution de l'air, la publicité pour le tabac et les courses des ambulances qui ramassent les blessés sur nos routes. Il comptabilise les systèmes de sécurité que nous installons pour protéger nos habitations et le coût des prisons où nous enfermons ceux qui réussissent à les forcer. Il intègre la destruction de nos forêts de séquoias ainsi que leur remplacement par un urbanisme tentaculaire et chaotique. Il comprend la production du napalm, des armes nucléaires et des voitures blindées de la police destinées à réprimer des émeutes dans nos villes. Il comptabilise la fabrication du fusil Whitman et du couteau Speck, ainsi que les programmes de télévision qui glorifient la violence dans le but de vendre les jouets correspondants à nos enfants. En revanche, le PIB ne tient pas compte de la santé de nos enfants, de la qualité de leur instruction, ni de la gaieté de leurs jeux. Il ne mesure pas la beauté de notre poésie ou la solidité de nos mariages. Il ne songe pas à évaluer la qualité de nos débats politiques ou l'intégrité de nos représentants. Il ne prend pas en considération notre courage, notre sagesse ou notre culture. Il ne dit rien de notre sens de la compassion ou du dévouement envers notre pays. En un mot, le PIB mesure tout, sauf ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue »Quarante ans après, on aurait évidemment le plus grand mal à trouver, en France, un(e) représentant(e) de la Gauche ou de l'Extrême gauche capable de formuler une critique aussi radicale de l'idéologie de la Croissance.

    C'était ça aussi l'esprit de 1968...

    Un bond chez Jean-Baptiste, un rebond à la mémoire de Bob Kennedy, c'est Internet comme je l'aime.

  • Non, on ne peut pas tout dire sur son blog ( ou dans la presse )

    Quand Nicolas Sarkozy traite de "pauvre con" un visiteur du Salon de l'Argriculture, il est dans un endroit public et dans l'exercice de ses fonctions ( si l'on peut dire ) . C'est une information, avérée, et d'ailleurs enregistrée et filmée. Une information qui n'est pas passionnante ni fondamentale, dont on peut préférer s'amuser, c'est mon cas, mais qui nous dit des choses sur le comportement et le caractère du chef de l'état.

    Quand Nicolas Sarkozy envoit ou reçoit des SMS de son ex-épouse, c'est une conversation privée dont la teneur, quelle qu'elle soit,  n'a pas à être divulguée.

    La distinction n'est pas toujours nette, s'agissant d'un personnage public, comme Nicolas Sarkozy, qui joue avec sa vie privée ( à ses dépens ).

    En ce qui concerne Madame Noachovitch, la distinction est plus simple, c'est une personne privée, qui, à ma connaissance, n'est pas en situation de pouvoir, politique ou judiciaire. Elle a donc le droit de ne pas voir des propos privés, quels qu'ils soient, rapportés, déformés, ou faux comme elle l'affirme,  sur la place publique.

    Luc Mandret fait un copier-coller d'un autre blog ( Claude Askolovitch ) qui, lui même, se fait l'écho du Canard Enchaîné qui rapporte des propos qu'auraient tenus Madame Noachovitch lors d'un dîner privé. Tout ça au conditionnel. "Dommage pour la liberté d'expression" commente Luc Mandret à la suite de l'injonction de Madame Noachovitch lui demandant d'effacer la note en question. Il se contente de ce regret. Ce n'est pas le cas des nombreux commentateurs qui crient à la censure, aux méthodes dictatoriales, et à la menace contre la démocratie.

    Le blog de Luc Mandret vaut mieux que ce colportage de ragot non avéré, non vérifié, appartenant à la sphère privée de Madame Noachovitch. Il devrait plutôt être content d'avoir eu à effacer cette note qui fait tâche.

    On pourra apprécier diversement les actions qui sont engagés par Nicolas Sarkozy ou Madame Noachovitch. Ils ont le droit de demander à ce que leurs propos privés le restent.

    En ce qui me concerne, je revendique aussi le droit de dire des bêtises, des propos déplacés, voire des horreurs au prochain dîner ches mes amis. J'attends d'eux qu'ils ne les rapportent pas ou qu'ils les retirent s'ils sont diffusés sur la place publique. Ce que je dis dans mon blog est public. Ce que je dis en privé doit le rester.

    La dérive liberticide n'est pas du côté de Nicolas Sarkozy, en ce qui concerne le SMS, ni du côté de Madame Noachovitch pour l'affaire qui la concerne. Elle est bien du côté des flics de la pensée et de l'expression privée qui se permettent de colporter sans aucune mesure des ragots qui n'intéressent personne. Dans cette affaire, nul est le bon terme pour qualifier le match détestable entre la presse poubelle et cette note de caniveau.

  • Améliorez votre anglais avec Nicolas Sarkozy

    Ce qu'il y a de plus compliqué dans une langue, c'est d'en comprendre les histoires droles et les insultes. Heureusement notre Président est là. Pas franchement pour les histoires droles, mais bien pour les insultes. Son fameux " casse toi pauv'con" fait le tour du monde, le cauchemar ou le délice des traducteurs. Ce Salon de l'Agriculture restera comme son Waterloo ou il vient de gagner une célébrité mondiale à la hauteur de l'infortuné Général Cambronne.

    Si donc vous souhaitez améliorer votre anglais, vous pourrez vous instruire sur Mediapart ou chez Arthur Goldhammer ( un excellent blog américain qui décortique l'actualité française ). Les commentaires sont savoureux, et l'on y découvrira aussi les différentes contributions pour les hispanophones et nos amis italiens.

    Fuck off, buzz off, screw off pour casse toi ???

    asshole, jerk, dumb ass pour pauvre con ???

    Le débat est ouvert, fort complexe, dépendant du lecteur britannique, américain, voire australien. On n'a pas tous les jours cette occasion de découvrir les secrets d'une langue étrangère. Merci Président.

  • La Shoah en CM2

    C'était à la fin des années 60. Contrairement à ce que l'on affirme aujourd'hui, l'histoire de l'extermination des juifs était enseignée, même si elle n'était pas nommée comme aujourd'hui, Holocauste puis Shoah.

    J'ai lu le Journal d'Anne Frank en classe de 6ème. Je peux témoigner que beaucoup de mes camarades, si ce n'est tous, le lisait également. Pour nous, l'antisémitisme est un sentiment qui n'existait pas. Aujourd'hui encore, c'est quelque chose que je ne COMPRENDS pas dans le sens fort du terme. C'est à dire qu'il m'est tout à fait étranger et proprement incompréhensible. Si l'antisémitisme persistait sans doute chez certains adultes, il était refoulé ; et c'est  mieux ainsi. Pour autant, j'ai su dès le CM2, et sans doute avant, que cette perversion existe, ainsi que ses conséquences effroyables.

    L'antisémitisme que l'on croyait à jamais extirpé n'est pas mort. Sa renaissance a même coïncidé avec les injonctions sur le devoir de mémoire, en particulier lors de la diffusion du feuilleton Holocauste. Il est triste de constater que ce "devoir de mémoire" ne sert à rien, pire encore, est sans doute "contre-productif". Comme le dit Alain Finkielkraut : "Le temps est révolu où la mémoire de la Shoah protégeait les Juifs de l’antisémitisme. Aujourd’hui, elle les y expose. Plus on en parle et plus ça énerve". L'obsession mémorielle a même des effets pervers, à se focaliser sur un passé qui ne nous apprend pas à déchiffrer le présent.

    On répète les analyses d'Hannah Arendt sur la banalité du mal  et l'industrialisation nécessaire au massacre de masse.

    Hannah Arendt ne pouvait pas le savoir, mais depuis, le Cambodge et le Rwanda nous ont appris qu'un génocide n'avait nullement besoin d'une administration moderne ni d'un niveau de développement industriel pour être "efficace". On massacre autant et aussi vite à la machette. Qu'on pense aussi aux horreurs plus récentes encore en Guinée Bissau et au Libéria. Alors, le génocide est devenu impossible en Europe, réservé à l'Afrique ou à l'Extrême Orient ? Toujours pas, puisque le partitionnement de l'ex Yougoslavie a donné lieu à des débuts de génocide en plein coeur de l'Europe.

    Il ne s'agit pas ici de se livrer à une compétition victimaire particulièrement obscène, mais de constater que si la Shoah crée une fracture par son caractère premier, elle n'est pas restée singulière. Avec tout le respect du aux victimes du passé, ce qui nous intéresse avant tout est de pouvoir distinguer, comprendre et agir contre des agissements génocidaires du même ordre tout en étant chaque fois spécifiques.

    Je n'ai pas de réponse à ces questions, mais quelques certitudes. L'initiative de Nicolas Sarkozy pousse au paroxisme un devoir de mémoire et d'émotion dont l'histoire récente nous montre l'inefficacité si ce n'est la nocivité. Bonne conscience pour les adultes, aveuglement des enfants.

  • Outreau sur Sarthe : L'affaire Leprince

    9a9c93e60e826372c2394eb0c97f8e99.jpgLa justice, quand elle a trouvé un coupable, ne cherche plus la vérité. C'est Outreau, et c'est l'affaire Leprince.

    Il y A 13 ans que Dany Leprince s'est accusé du meurtre de son frère Christian.

    La femme de celui-ci Brigitte et leurs deux filles, Audrey et Sandra seront également assassinées. Seule la dernière, Solène, échappera au carnage. Dany Leprince est aussi accusé par sa femme Martine et sa fille Celia. Ca fait beaucoup. Sauf que sa femme comme sa fille ne l'ont pas accusé lors de leur première déposition et racontent d'abord une soirée ordinaire. La mémoire leur revient et elles affirment avoir vu Dany frapper son frère, mais jamais Brigitte ni ses deux filles.

    Les deux frères habitent deux maisons voisines de quinze mètre à Thorigné-sur-Dué, dans la Sarthe. Dany est agriculteur. C'est un travailleur acharné, mais les affaires ne marchent pas très bien. C'est pour ça qu'il a un deuxième travail à l'abattoir de la Socopa à Cherré à quelques kilomètres de là. Il se lève tous les jours à 2h30 du matin pour travailler à l'abattoir, puis il continue sa journée à la ferme. Son frère Christian est aussi un gros travailleur, mais il est dans un meilleur secteur. Il est carossier. Il a réussi, il n'a pas besoin d'un deuxième emploi ni de travailler le dimanche.

    Les deux frères s'entendent bien. Christian a même prêté 10 000 francs à Dany. La reconnaissance de dettes a été retrouvée, bien en évidence, au milieu des corps ensanglantés, pour mieux accuser Dany. Sauf que personne n'a jamais entendu dire ni affirmé que Christian ait réclamé le remboursement de cette dette. Et d'ailleurs, si Dany avait des difficultés financières, il n'était pas pour autant au bord de la banqueroute.

    Le 4 septembre 1994, c'est un carnage innommable dans la maison de Christian. Christian, sa femme Brigitte et deux de leurs filles Audrey et Sandra sont littéralement déchiquetés par une arme de boucher : une feuille, mais aussi un couteau à désosser.

    Le 5 septembre, Martine, la femme de Dany, raconte une soirée ordinaire. Son mari Dany est rentré des champs vers 21 heures, a dîné et s'est couché pour se réveiller le lendemain à 2h30 pour aller à son travail à la Soopa. Elle-même s'est couchée à 23h sans avoir rien remarqué. Sa fille Celia raconte la même histoire.

    Le 9 septembre à 22h 55, Martine affirme avoir vu son mari frapper Christian avec un objet brillant. Elle crie : "arrête, arrête !" rentre dans la maison de Christian pour y trouver Brigitte, Audrey et Sandra mortes. Elle ne cherche pas la dernière fille Solène. Puis elle rentre chez elle regarder la télé ( Culture Pub ) et va se coucher. Son mari était déjà endormi.

    Pendant ce temps, depuis le 7 septembre, Dany est en garde à vue. Il avoue la meurtre de Christian à la 46ème heure de garde à vue, le 9 septembre également. Avant, après l'accusation de sa femme que les gendarmes lui auraient assénée ? Les horaires ne sont pas clairs. En tous cas, il n'avoue pas et n'avouera jamais le meurtre de Brigitte et de ses deux filles.

    C'est fini. Il y a eu aveu, accusation. On ne cherche plus. Et pourtant :

    • On ne trouvera jamais aucune trace de Dany dans la maison de Christian
    • On ne trouvera jamais aucune trace de sang sur les vêtements dont on est certain qu'il les portait ce soir-là
    • On trouvera des traces de chaussures Dr Martens qui ne lui appartiennent pas
    • Des empreintes marquent le passage de 2, peut-être trois personnes
    • 24 scellés sont restés non analysés
    • Personne ne comprend comment Solène a pu échapper au massacre. Martine affirme l'avoir emmenée chez la grand-mère puis ramenée chez elle. La grand-mère nie ces faits
    • Dany affirme avoir pris la fameuse feuille le 4 septembre au soir, alors que sa femme dit qu'elle l'a prêté deux jours auparavant

    Aucun fait matériel n'accuse Dany Leprince. Il a été condamné sur ses aveux, qu'il a rétractés, et sur les accusations de sa femme et de sa fille. Jugé en décembre 1997, il est condamné à perpétuité assortie de 22 ans de sûreté. Dix ans plus tard, sa mère s'est suicidée.

    A la suite d'un reportage réalisé par Nicolas Poincaré qui cosigne ce livre avec Roland Agret, un complément d'enquête a été ordonné par la Cour de cassation. On attend toujours les résultats.

    Pas de mobile, pas de faits, pas de preuves matérielles, un dossier baclé. Dany Leprince doit être rejugé.

    Pour plus d'informations, allez sur Le site de l'affaire Leprince ou procurez vous le livre de Roland Agret et Nicolas Poincaré

     

    Correction : Cette note du 10 février a été corrigée le 2 avril pour prendre en compte les remarques d'Audrey du 1er avril que l'on peut lire en commentaire de cette note :

    Le premier texte était :

    "Il y A 13 ans que Dany Leprince s'est accusé du meurtre de son frère Christian, de la femme de celui-ci Brigitte et de leurs deux filles, Audrey et Sandra. " (...) "Il avoue la meurtre de Christian à la 46ème heure de garde à vue, le 9 septembre également. Avant, après l'accusation de sa femme que les gendarmes lui auraient assénée ? Les horaires ne sont pas clairs. En tous cas, il n'avoue pas et n'avouera jamais le meurtre de Brigitte et de ses deux filles"

    Il y avait donc contradiction sur la nature des aveux de Dany Leprince. Celui-ci n'a bien avoué que le meurtre de Christian. Aveu qu'il a rétracté par la suite. Quant à sa femme Martine, elle ne l'a également accusé que de ce meutre là et pas des autres. Du fait ce cette première accusation, les gendarmes ont imputé à Dany Leprince la responsabilité de tout le massacre, mais aucun aveu, ni accusation de témoins ne fait état des autres victimes. 

  • Mais quel est le problème avec Mediapart ?

    Mediapart est un projet de presse sur Internet qui se veut indépendant. Ce projet a été lancé et est animé par Edwy Plenel, ancien directeur de la rédaction du Monde.

    Avant même qu'il ne démarre ( le 16 mars ), on l'accuse :

    • d'être soutenu par Ségolène Royal ( c'est vrai )
    • d'être soutenu par François Bayrou ( c'est vrai )
    • d'être payant ( c'est vrai )
    • d'être animé par Edwy Plenel ( c'est vrai )

    Pour ma part, et ceux qui me font l'honneur de me lire le savent, je ne suis pas précisément d'extrême gauche, ni ancien trotskyste comme Edwy Plenel. J'ai même voté Sarkozy. Ce qui ne m'empêche pas de soutenir et d'avoir cotisé pour le projet Mediapart. Parce que :

    • Je m'inquiète de voir les groupes Dassault, Pinault, Bernard Arnaud, Bouygues, Bolloré, Lagardère posséder les trois quarts de la presse française, écrite ou télévisuelle privée
    • Le Monde est en pleine crise et Libération tente de survivre
    • Il y a de la place pour tout le monde sur Internet, puisque par définition l'espace est infini
    • Un modèle payant ne me scandalise pas
    • Je me réjouis donc de la naissance d'un nouveau média au projet et à l'inspiration différente de ce qui existe aujourd'hui

    Certains n'y croient pas, ne sont pas convaincus et prévoient l'échec. Jusque là, pourquoi pas ? Quoiqu'il serait plus élégant de souhaiter le succès à une aventure en gestation.

    Pour une question de nom de site, Mediapart est attaqué par le groupe belge Média-Participations. Edwy Plenel réagit à sa manière. Et Versac à la sienne : Et si le problème de Mediapart, c'était Plenel : Après avoir saluer le projet qui "reste intéressant, passionnant", il s'en prend à Edwy Plenel et à son article qualifié de "torchon odieux". Sur le fond de l'affaire, Edwy plenel est accusé d'amateurisme et d'incompétence pour n'avoir pas vérifier que le nom Mediapart n'était pas déjà utilisé, ou pouvait prêter à confusion. Accusé aussi de jouer les victimes et de se défendre avec outrance et des épithètes "incroyables"  "qui puent la haine".

    Le mieux est de juger sur pièces, mais la défense d'Edwy Plenel n'est pas aussi violente, et surtout il n'attaque pas les personnes. Ce qui n'est pas le cas de Versac qui conclue : "Tant que MediaPart sera dirigé par un bonhomme aussi odieux que Plenel[...] je ne m'abonnerai pas.

    Versac s'étonne ensuite de certains commentaires, dont le mien : "Je dois dire que je me passerais bien, actuellement, des trolls, des procès d'intention à deux balles de commentateurs à sens unique, des insultes graves sur quelques autres lieux nauséabonds et des spams à contrôler sans cesse."

    Moi je m'étonne de la vindicte dont est l'objet Edwy Plenel et son projet. La presse écrite a tendance à caricaturer les blogs. Certains blogs ont du mal à accueillir des anciens de cette presse sur Internet. L'avenir est évidemment au brassage et au dialogue entre ces deux médias.

    Encore une fois, personne n'est obligé de s'abonner à Mediapart. Personnellement je ne m'abonne pas à Arrêt sur images. Mais je n'ai pas de problèmes avec eux, et leur souhaite de réussir. Quel est le problème avec Mediapart ? Je ne comprends toujours pas.

  • Lettres de Gaza

    Rebondir de blog en blog, c'est une liberté qui reste possible dans Gaza emmuré. Quand il y a de l'électricité !

    Olivier, qui me cite régulièrement, ( merci Olivier ! ) m'a fait rebondir sur Philosophie, anachronisme et “ignorance”. Parcourant ce nouveau blog, j'arrive sur le billet : Gaza sans lumières... 

    Ca fait longtemps que je souhaite parler de Gaza. Mais qu'en dire, vu d'ici,  et des rares images qui nous parviennent ? Quel avenir pour un jeune de Gaza entre le désespoir et le terrorisme ? Bombe humaine pour porter l'enfer d'où l'on vient en échange d'un paradis que des prêcheurs sans scrupule vous ont promis.

    Heba vit à Gaza avec ses deux enfants. Elle a fait des études de Marketing en Jordanie, une époque heureuse dans les années 1997-2000 "quand les Palestiniens pensaient à la liberté, à la réforme, au développement et quand ils pensaient qu'ils pourraient construire un état palestinien"

    Aujourd'hui, la vie à Gaza assiégée, est rythmée par les coupures d'électricité, le rationnement, la vie chère. Tous  enfermés dans ce petit territoire, sans aucune perspective d'avenir.

    Voici ce qu'elle écrit en un peu plus de 40 mots décrivant "40 ans de violence dans les territoires palestiniens occupés" :

    "Sitting silently on the remains of once her home, she stared in despair at her children dusty broken toys. The picture of her brother martyr is laying on the ground grey in the dim light. She touched her swollen face in agony listening to loud sounds of factional fighting. “Are you afraid” asked her husband. “I think I got too numb to fear a thing”.

    "Assise en silence sur les vestiges de ce qui fut sa maison, elle fixait désespérément les débris poussiéreux des jouets de ses enfants. La photo de son frère martyr est posé sur le sol gris dans la faible lumière. Elle touche son visage tuméfié en écoutant les bruits du combat entre factions. "As-tu peur», demanda son mari. «Je suis vraiment trop sonnée pour craindre quoi que ce soit".

    Au delà de l'opinion que l'on peut avoir sur ce conflit interminable, la vie à Gaza est une tragédie. Pour comprendre mieux ce qui s'y passe, le blog de Heba permettra peut-être de traverser le mur qui enferme ses habitants. Nous sommes libres d'y aller quand ils ne le sont pas de sortir.