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René de Beauregard - Page 5

  • La pensée unique

    La pensée unique est celle que l’on entend partout, à laquelle on ne peut pas échapper, portée par les leaders d’opinion. Quand on parle de pensée unique c’est pour la dénoncer, et pour se targuer de ne pas être du troupeau. En fait, est unique, celui qui ne pense pas comme tout le monde, qui ne pense pas comme la pensée unique. Donc il y a deux uniques, la pensée unique, et l’unique qui ne pense pas comme la pensée unique. Si bien qu’il y a au moins deux pensées uniques : la pensée unique et ma pensée, unique puisqu’elle n’est pas du troupeau de la pensée unique.

    En fait la pensée unique c’est la pensée avec laquelle on n’est pas d’accord. Quand on pense être bâillonné, persécuté, parce qu’original, on accuse les autres pensées de pensée unique. Toute pensée qui n’est pas la mienne est une pensée unique, si bien qu’il y a autant de pensées uniques que de pensées avec lesquelles je ne suis pas d’accord. Et voilà comment un adjectif finit par dire exactement le contraire de ce qu’il est censé signifier. Ce qui est la définition  d’un monde orwellien.

    Exemple de pensée unique : la doctrine libérale pro-européenne qui réclame des réformes pour assouplir le marché du travail et renforcer la compétitivité. Elle domine la scène médiatique depuis 20 ans, mais elle n’arrive pas vraiment à convaincre au-delà. C’est pour ça qu’elle se considère comme minoritaire alors qu’elle s’exprime partout. Elle enrage que sa domination médiatique ne se traduise pas dans les urnes ni surtout, dans les politiques suivies. Et c’est alors qu’elle accuse son opposé : les souverainistes, de repli sur soi, de France moisie, de populisme et de pensée unique.

    C’est donc comme ça qu’on distingue les deux pensées uniques. Il y a la pensée unique populiste et la pensée unique de l’élite.  Ce serait peut-être plus simple de ne plus les nommer unique, non ?

  • De la trahison en politique

    Et donc de François Hollande

    C’est dans Marianne, où l’on discute trahison et promesses non tenues. Bien sûr François Hollande tient la vedette avec son discours du Bourget : "Mon ennemi c’est le monde de la finance". À ne pas confondre, paraît-il, avec mon ennemi c’est la finance. Il y aurait une nuance, mais je n’ai pas compris laquelle. Toujours est-il que de grands esprits, Michel Onfray, Luc Ferry, Nicolas Baverez s’expriment à ce propos : la trahison. Et bizarrement, tous se rejoignent, ou presque.

    Pour Michel Onfray, il fallait être un demeuré pour avoir cru, si peu que ce soit aux promesses dudit Hollande. Il était évident qu’il ne ferait pas ce qu’il avait dit. C’est donc de votre faute si vous l’avez cru. Vous n’avez rien compris, vous n’avez qu’à vous en prendre à vous-même.

    Son de cloche en harmonie chez Luc Ferry pour qui on ne peut promettre la prospérité sans la production de richesses. S’appuyant sur cette évidence et sur Aristote, Hollande a bien eu raison de ne pas faire ce qu’il avait dit et de se rallier aux bonnes pratiques économiques.

    Nicolas Baverez élabore une théorie de la trahison qui se justifie, d’après lui, d’après deux critères : elle doit être conforme à l’intérêt supérieur du pays et elle doit être efficace. Prenant exemple sur la politique algérienne du Général de Gaulle, il explique que, bien que revenu au pouvoir, pour conserver l’Algérie française, de Gaulle a fini pour adopter la politique strictement inverse au nom du développement privilégié de la métropole.

    A croire ces trois penseurs, la trahison des engagements est donc une figure ordinaire de la démocratie. Il n’y a pas à s’en offusquer plus que ça. Et si les naïfs et les rêveurs  croient encore à la vertu de la parole donnée, ils n’ont qu’à lire Machiavel qui a démontré, il y a bien longtemps maintenant, que morale et politique n’ont rien à faire ensemble.

    Donc, c’est de ma faute. Je n’ai rien compris au système. Je n’ai pas à me plaindre.

    Et pourtant, je ne pense pas être aussi demeuré que ça. J’ai voté Hollande pour une seule raison : la promesse de renégocier l’infâme TSCG. Je ne suis pas si naïf ; je ne demandais même pas un résultat, mais juste de reprendre les négociations, avec un résultat que l’on pouvait espérer meilleur, moins obsédé par les équilibres budgétaires, un petit peu plus vers des objectifs sociaux. Sarkozy l’avait négocié, ce traité. Je ne pouvais pas attendre de lui qu’il se renie (malgré tout ce qui vient d’être dit plus haut à propos de la trahison). J’ai donc voté Hollande en me disant qu’il y avait plus de chances d’avoir un meilleur accord avec lui, puisqu’il avait écrit dans ses engagements officiels : « Je proposerai à nos partenaires un pacte de responsabilité, de gouvernance et de croissance pour sortir de la crise et de la spirale d’austérité qui l’aggrave. Je renégocierai le traité européen issu de l’accord du 9 décembre 2011 en privilégiant la croissance et l’emploi, et en réorientant le rôle de la Banque centrale européenne dans cette direction. »

    Il n’en a rien été comme chacun le sait. Et pour moi le quinquennat était terminé au bout de 3 mois. Le reste ne m’intéresse pas, entre bricolage fiscal, pactes divers et variés, chocs de simplification : limes à ongle de la boîte à outils économiques, là où il faudrait le courage d’une vraie politique. Passons.

    Revenons à la trahison et aux conditions qu’en donne Baverez : l’intérêt supérieur et l’efficacité opérationnelle, avec l’exemple de l’Algérie et de Gaulle. Dans ses mémoires, de Gaulle prétend qu’il a toujours su où il voulait aller, mais qu’il ne pouvait pas se dévoiler trop vite, fidèle à sa théorie du chef qui doit garder le mystère et la surprise dans la prise de décision. On a du mal à le croire et il semble bien qu’il n’avait rien décidé de précis, si ce n’est que l’autorité de l’état ne pouvait plus être bafouée, et que ce ne serait certainement pas l’armée qui déciderait de la politique à mener.  Alain Peyrefitte raconte comment il lançait ou faisait lancer des idées : intégration, autodétermination, partition. Tout cela fut tenté avant que l’on se décide à parler d’indépendance. Tout ça a pris 4 ans. Enfin et surtout, tout ça a été validé par le referendum d’avril 1962.

    Que l’on compare maintenant les deux attitudes. L’une qui consiste à essayer une politique, constater son échec, en essayer une autre moins rigoureuse mais non pas complètement opposée, enfin se résoudre à la « trahison », mais après l’avoir annoncée solennellement, puis en ayant soin de la faire valider par le peuple.  Tout ça sur une durée de 4 ans. On aura essayé.

    L’autre, qui n’essaie même pas, qui se couche tout de suite, qui ne dit pas ce qu’il fait et le fait voter par un parlement aux ordres.

    Une autre trahison, encore chaude, celle d’Alexis Tsipras. Lui, au moins a essayé de faire plier les institutions, s’est battu pendant 6 mois, petit pays face à l’Europe entière coalisée. Constatant l’impasse, il organise un referendum sous les injures de toute l’Europe. Surprise, le peuple est plus courageux que ses dirigeants.  Malgré cet appui éclatant, Tsipras trahit son peuple et signe un nouveau plan de capitulation. Trahison, mais trahison après 6 mois de lutte. Trahison mais démission, qui remet son mandat aux électeurs qui jugeront alors si la trahison est conforme aux intérêts supérieurs du pays (pour l’efficacité du plan de pillage du pays, on me permettra d’en douter).

    Alors, contrairement à nos 3 penseurs, je ne me résous pas à admettre que les promesses de campagne n’ont aucune importance, que l’on n’a qu’à se renseigner et qu’il est évident que tout ça n’est que simulacre. Non pas que je demande que l’on s’engage à faire EXACTEMENT ce qu’on a dit. Tout n’est pas prévisible, les bonnes intentions peuvent échouer devant des oppositions, des circonstances, des rapports de force. Je demande juste que l’on ne fasse pas EXACTEMENT le contraire, sans avoir essayé, sans le dire, en louvoyant, et surtout sans le faire approuver par le peuple.

    La démocratie n’est qu’un simulacre, on le constate tous les jours, mais c’est aussi un idéal auquel je refuse ne plus croire.

  • La vérité sur la dette grecque

    C'est dans la Tribune, un journal qui n'est pas réputé pour être gauchiste. Et ça confirme ce que l'on savait depuis longtemps.
    • Le niveau de dépenses publiques grecques est inférieur à la moyenne européenne
    • Le FMI était entièrement conscient à la fois des conséquences sociales des mesures imposées à la Grèce et du caractère insoutenable des « aides » accordées à la Grèce.
    • En imposant de nouvelles dettes pour rembourser les anciennes, les Européens ont permis aux banques détentrices de dette publique grecque de se désengager massivement, et même de tirer bénéfice de l'opération
    Malgré le matraquage médiatique nous présentant la Grèce comme un peuple de fainéants, incapables de gérer sérieusement, champions de la fraude fiscale et de la sieste réunie, la vérité est un peu moins caricaturale que ce mépris caractéristique à l'égard de tout pays baigné par la Méditerranée. Quand les autorités européennes ne se cachent même plus pour décrire leur méthode comme "la stratégie du nœud coulant", à l'égard de tout un peuple, on se demande jusqu'à quel niveau de cynisme on arrivera, et si ces gens sont conscients du saccage apporté à ce qui reste de l'ex idéal européen.
     
    On peut aussi apporter son soutien à la commission pour la vérité sur la dette grecque

  • Dalil Boubakeur au déconomètre

    Puisqu’il n’y a pas assez de mosquées et qu’il y aurait trop d’églises, il suffirait d’après Dalil Boubakeur de transformer les églises en mosquées. D’après cet éminent « représentant » des musulmans de France : « C’est le même Dieu, ce sont des rites qui sont voisins, qui sont fraternels et je pense que musulmans et chrétiens peuvent coexister ».

    On constate, en effet, qu’il y a un sérieux problème de formation des Imams de France. Dalil Boubakeur a-t-il conscience de l’énormité de ses propos : un même Dieu et des rites voisins ! Pourquoi deux religions alors ? A-t-il déjà participé à une prière dans une Mosquée ? On suppose que oui. S’est-il renseigné sur la liturgie chrétienne ? Visiblement non. Il aurait constaté qu’il n’y a rien de voisin et qu’on n’y prie pas le même Dieu. La religion chrétienne tient en quelques mots : Jésus descendit du ciel pour sauver les hommes par son sacrifice sur la croix. Il ressuscita le troisième jour et monta au ciel. La religion musulmane ne connaît pas cette incarnation de Dieu sur terre, ni sa résurrection de la mort terrestre. Rien de commun. Cela n’empêche pas de coexister, mais cela interdit de les confondre et de croire qu’il serait indifférent de transformer une église en mosquée ou l’inverse.

    Cela s’est fait, dans l’histoire : À Cordoue ou à Séville, où les mosquées ont été transformées en cathédrales ; à Istambul où Sainte Sophie est devenue une mosquée. Il n’aurait pas du échapper à Dalil Boubakeur qu’il ne s’agissait pas alors de coexistence, mais de « reconquista » en Espagne de la chute de Constantinople en Turquie. Les deux événements étant d’ailleurs presque contemporains. Autrement dit, ces reconversions témoignent  d’une prise de pouvoir de l’un sur l’autre sûrement pas d’un esprit de tolérance et de coexistence pacifique.  Le moins qu’on puisse dire est que ce brave Boubakeur manque un peu de finesse en espérant récupérer sans coup férir quelques siècles d’histoire chrétienne sur notre sol.

    Après il y a des faits. Il n’y a pas assez de mosquées en France. D’après Le Monde :

    "Si on estime qu'il y a en France 3 millions de pratiquants musulmans (soit une moyenne entre les divers chiffres cités), on parvient au ratio d'un lieu de culte pour 1 200 fidèles.

    Si on compare avec le catholicisme, on recense environ 40 000 églises en France, pour 11 millions de catholiques, soit une église pour 275 fidèles. Mais en réalité, on compte plutôt autour de 4 millions de catholiques pratiquants (au moins une messe par mois), selon une étude CSA. Et toutes les églises ne sont pas fréquentées. On peut donc faire le ratio du nombre de catholiques pratiquants rapportés au nombre de diocèses (16 550 environ). Ce qui nous donne... 1 église pour 241 fidèles.

    Les catholiques ont donc quatre fois plus d'endroits où se réunir pour prier."

    Il  n’y a pas assez de mosquées et beaucoup d’églises inoccupées. En oubliant, provisoirement, les arguments religieux et historiques que l’on vient d’évoquer, un simple remplacement des unes par les autres a-t-il du sens ?

    Là encore, non. C’est que la répartition des églises correspond à un ancien habitat rural aujourd'hui parti en ville. Il y a trop d’églises dans les campagnes que les communes n’ont plus les moyens d’entretenir. Il n’est pas certain qu’il y en ait trop en ville. On ne construit peu pour de simples raisons de ressource. De ce point de vue, l’Église a les mêmes problèmes de financement que l’islam.

    S’il n’est pas interdit de se poser des questions sur la conservation de toutes les églises de campagne, de prêtres qui desservent plus de 20 voire 30 clochers, cela ne résoudra en rien la question des mosquées en ville.

    Boubakeur ferait mieux de réfléchir un peu avant de s’exprimer.

  • Quand Challenges croit démentir Arnaud Montebourg

    J'ai la fâcheuse habitude de commenter l'actualité avec retard. Ce n'est donc pas demain matin qu'on me verra sur Twitter pour "être le premier à réagir à l'actu". Après mon anniversaire à retardement du referendum européen, voici sur un sujet voisin, comme le journal Challenges a cru prendre Arnaud Montebourg en délit de légèreté avec les faits économiques.

    Car à vouloir décrypter, démêler le vrai du faux, c’est le journal Challenges qui dévoile son idéologie. L’article est intitulé : « Quand Montebourg s’arrange avec les faits ». Pas de chance, tous les chiffres cités par Montebourg sont exacts, et non contestés par cet article. C’est dans l’interprétation qu’ils divergent, ce qui est légitime. Dans ce cas-là, on ne titre pas sur les faits, mais plutôt sur les causes et conséquences.

    Exemples :

    Montebourg-Pigasse : La politique d'austérité expliquerait « la montée exponentielle du chômage – plus de 600.000 chômeurs de plus en trois ans ! », sachant qu'une progression du PIB, de 1 % pour 2015, « ce n'est pas suffisant pour faire baisser le chômage ».

    Commentaire Challenges : Selon Pôle Emploi, à fin avril, la France métropolitaine comptait bien 641.200 demandeurs d'emploi de plus qu'en avril 2012. Et selon Eurostat, le taux de chômage a atteint un record de 10 % à fin mars. Pour la plupart des économistes, il faudrait atteindre 1,3 % à 1,5 % de croissance pour inverser la courbe du chômage.

    Belote : Donc les chiffres donnés par Montebourg sont exacts

    Commentaire Challenges : Cependant, il faut noter que le chômage est moins lié aux politiques d'austérité qu'à la structure du marché du travail et à la dynamique démographique.

    Belote : Ça, c’est ce que pense le journaliste, ce n’est pas un fait, c’est une opinion, voire une idéologie.

    Montebourg-Pigasse : Montebourg affirme encore qu'« on comprend aussi pourquoi les faillites d'entreprises en France (plus de 60 000 par an) ne diminuent toujours pas. »

    Commentaire Challenges : Le nombre de faillites, de 62.073 en 2014 selon la Coface, reste très élevé par rapport à son niveau d'avant crise (de 43.000 à 50.000) mais a bien entamé sa décrue, avec une baisse de 2,7 % entre avril 2014 et 2015.

    Rebelote : Donc les chiffres donnés par Montebourg sont exacts

    Commentaire Challenges : De toute façon, la hausse des faillites ne saurait être attribuée à la seule politique d'assainissement budgétaire mais plutôt à l'assèchement de leurs débouchés dû à plusieurs années de crise.

    Rebelote : Ça, c’est ce que pense le journaliste, ce n’est pas un fait, c’est une opinion, voire une idéologie.

  • Anniversaire du referendum européen

    Ce que j'écrivais en 2007

    Je n’écrirais plus la même chose aujourd’hui. Néanmoins, je trouve que l’argumentation reste valable. Elle a le mérite de ne pas tourner autour du pot. Mais je n’écrirais certainement plus la phrase suivante : « Il prend acte de la supériorité de fait de l’Union européenne par rapport au vote référendaire du 29 mai. ». J’étais dans un état d’esprit où l’Europe, la construction européenne me paraissait encore être prioritaire, la seule politique d’avenir pour la France.  Même alors, j’avais bien pris conscience du déni de démocratie que constituait ce vote parlementaire. Ça ne me paraissait pas rédhibitoire. Aujourd’hui, si.  Et surtout, je n’avais pas prévu comment ce referendum volé pèserait sur la confiance dans la politique, comment surtout, il était annonciateur du fonctionnement de l’Europe, annonciateur de sa véritable nature a-démocratique, résumée par sa nouvelle devise due à Jean-Claude Juncker : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens. »

    Ce qui continue à me désoler est l'absence de contre-projet. Quand on parle d'une "autre Europe", on ne voit pas bien comment elle se fait et avec qui.

    Voici mon texte original.

    La France du Non est minoritaire en Europe. N’ayant pas été capable de proposer une alternative, elle n’a plus d’autre choix que d’avaliser le nouveau Traité ou de bloquer délibérément la construction européenne.

    Après le Non au référendum de 2005, que faire et que penser du Traité de Lisbonne, de sa soumission au vote du Parlement dont le résultat sera très certainement contraire ? A lire les quelques réactions actuelles, je suis une fois de plus frappé du caractère franco-français des analyses qui ne prennent tout simplement pas en compte la dimension évidemment européenne du Traité de Lisbonne.

    Mettons-nous à la place de nos partenaires qui ont voté Oui au Traité constitutionnel. Pour faire simple, on va dire l’Allemagne.

    Je suis l’Allemagne. Après le Non de la France au référendum, j’attends les élections présidentielles françaises, car je sais que Chirac n’a plus les moyens politiques de faire évoluer la situation. Pendant ces 2 ans d’attente, j’observe qu’aucun projet n’a vu le jour : aucun contre-traité, aucune contre-proposition, que l’on aurait pu discuter. J’observe aussi qu’aucun des candidats à l’élection présidentielle n’a présenté de propositions alternatives. Par conséquent, je suis dans une situation où je dispose d’un texte et de la légitimité de mon Oui à ce texte. Un Oui tout aussi légitime et respectable que le Non de la France : En 2007, 18 pays ont voté pour le Oui, représentant les 2/3 de la population européenne. Je n’ai donc qu’une seule base de travail, le traité, et un rapport de forces favorable au Oui. Par ailleurs, une Europe amputée de la France est gravement blessée et peut être condamnée. Ce n’est pas mon intérêt ni celui de l’Europe. Négocions avec la France. Négocions sur les seules bases existantes, à savoir ce traité, mon obligation de respecter le Oui de mes concitoyens à ce traité, et l’absence de propositions de la France.

    De mon point de vue d’Allemagne, il n’est donc pas question de modifier l’esprit et le fond d’un Traité, approuvé par les 2/3 des Européens, pour faire plaisir à une France qui n’a même pas présenté de projet alternatif. Je n’ai pas non plus de mandat pour infléchir un texte qui a été approuvé par un vote légitime de mon peuple ou de ses représentants. Je n’ai donc pas le droit de le faire, et le rapport de forces ne m’y incite pas. Un toilettage du texte suffira à sauver la face de chacun, en échange de l’assurance que la France votera ce "nouveau" texte ; c’est-à-dire en échange d’un vote au Parlement français. Ce qui fut fait à Lisbonne. Comme je suis magnanime, je laisse le nouveau petit coq français chanter une victoire qui n’est pas la sienne.

    La vérité est que la France n’a pas eu les moyens ni la volonté de construire un autre projet. Aucun des candidats à l’élection présidentielle n’a proposé quoi que ce soit dans ce sens. Elle s’est mise dans une position où elle n’a eu qu’à se soumettre ou se démettre.

    Revenons en France :

    Le candidat Sarkozy a clairement énoncé qu’il re-négocierait un Traité et le soumettrait au vote du Parlement. Il a été élu ;

    - Il a effectivement "re-négocié" le Traité suivant ces bases ;

    - Une majorité parlementaire a été également élue en approuvant cette proposition ;

    Cela fait donc 2 votes au suffrage universel qui prennent en compte ces propositions clairement exposées ;

    Le Parlement est légalement apte à ratifier ce Traité ;

    Un vote par référendum est biaisé par des considérations extérieures à la question. Le référendum était aussi un référendum entre les anti-Chirac et les pro-Chirac. Un nouveau référendum serait également un référendum pro ou anti-Sarkozy. Mais un vote parlementaire est également biaisé, dans le sens où les parlementaires sont tout autant influencés par leur dépendance vis-à-vis du pouvoir exécutif et de ses moyens de coercition à travers les investitures et toute une gamme de moyens de pression. Le Parlement et ses quelques centaines de membres est plus facilement manipulable que le suffrage universel.

    Face à cet état de fait, quelques arguments :

    La France a voté Non à 54,67 % lors du référendum du 29 mai 2005 ;

    Le président comme les parlementaires sont élus par le suffrage universel, qui a donc une légitimité supérieure au vote indirect des parlementaires, puisque ce vote populaire en est la source ;

    On élit un candidat, comme une majorité, en tant que représentant d’un compromis acceptable, en tout cas le moins mauvais, de ce que l’on souhaiterait réellement. On n’élit pas  un candidat, en bloc, avec toutes ses propositions. En ce sens, si Sarkozy a été élu, rien n’autorise à dire que sa proposition à propos du Traité européen est également majoritaire. La démocratie ne se limite pas au suffrage universel et elle s’exprime quotidiennement par les opinions et les manifestations d’opposition. Pour prendre un exemple historique, on se souvient que François Mitterrand retira son projet d’étatisation de l’école privée face à des manifestations vigoureuses des partisans de l’école privée. Il comprit qu’il blessait gravement les convictions de ce qui n’était qu’une minorité politique et électorale, et qu’il outrepassait le mandat pour lequel il avait été élu. L’actualité montre que la question des régimes spéciaux se heurte également à une opposition vigoureuse (même si l’on peut contester les moyens). Un compromis sera trouvé entre un programme annoncé et la défense d’intérêts légitimes, qui exprimera le rapport de forces entre ces deux expressions démocratiques. On ne constate rien d’équivalent à propos du Traité européen ;

    Un vote du Parlement, presque certainement positif, constitue en fait un déni démocratique face à un vote de type référendaire dont le résultat négatif est quasiment aussi certain

    On peut se prêter au jeu stérile de refaire l’histoire. Le candidat Sarkozy aurait pu ne rien dire et re-négocier quand même : il aurait trahi ses électeurs.

    Il pourrait re-soumettre au référendum un traité non-modifié (il n’a aucun moyen d’imposer un nouveau texte). Dans ce cas, il s’expose à coup sûr à un vote négatif. On ne met pas au référendum un texte dont on est presque certain qu’il sera refusé. Donc, il serait obligé de ne rien faire, ni référendum, ni autre expression légale. Il bloquerait délibérément l’Union européenne. Faute de solutions, l’Europe ne pourrait que se geler ou se déliter dans un processus où chacun reprend ses billes. Il n’est pas impossible aussi que l’Europe se disloque en blocs du Oui, du Non, d’intérêts divergents qui ne tarderaient pas se transformer en rivalités, pour ne pas dire pire. Qui peut prendre cette responsabilité ?

    Le candidat Sarkozy a donc proposé la seule issue politiquement raisonnable, dont on ne se cachera pas qu’elle constitue une violation du vote référendaire du 29 mai 2005. Il prend acte de l’inaction de la France. Une France qui n’a pas été capable de proposer une autre solution à travers des candidats représentant une force visible et représentative aux élections présidentielles. Une force visible en France et un petit peu convaincante au niveau de l’Europe. Rien de tout cela n’a vu le jour.

    Il prend acte de la supériorité de fait de l’Union européenne par rapport au vote référendaire du 29 mai.

    Voilà un fait scandaleux, mais qui n’est pas vraiment nouveau. Pour en revenir à François Mitterrand, on se souvient comment il fit abolir la peine de mort face à une opinion majoritairement opposée (et qui l’est peut-être encore). Qui le lui reproche ? La France est une et indivisible. Quel que soit un désir hypothétique des Corses ou des Bretons, un vote populaire pour leur retrait de la République serait considéré comme illégal.

    La France du Non est minoritaire en Europe. Elle peut toujours sortir de l’Europe, mais elle n’a aucun moyen de modifier le contenu d’un texte qui a été approuvé par une majorité d’autres pays. Elle ne peut pas imposer une volonté qui n’est même pas exprimée clairement, et qui ne se traduit pas par une représentation politique identifiée. Elle a juste un pouvoir de blocage.

    Il n’y a pas d’autres politiques possibles alors ? Si, mais deux seulement : sortir de l’Union européenne, ou se donner le mal de définir, de proposer et de convaincre nos partenaires qu’un autre texte est possible. On ne voit aujourd’hui pas l’ombre du commencement de ce type d’action. Un action qui, néanmoins, reste ouverte et possible avec l’approbation du Traité de Lisbonne qui ne constitue qu’une étape dans la construction européenne.

    Démocratie contre Union européenne ? Oui. Les partisans d’un nouveau référendum doivent aller au bout de leur logique qui est un blocage et sans doute une désagrégation de l’Europe. Les partisans du vote parlementaire doivent aller au bout de leur logique qui est un forçage de l’expression du référendum. Ce forçage ayant été largement, mais pas totalement, validé par 2 élections successives. Les rapports de force comme le respect de l’expression démocratique des autres pays ne laissent pas de place à d’autres alternatives pour l’instant. Je soutiens le vote parlementaire. Le débat est ouvert.

  • La peine de mort aux USA

    Elle vit ses derniers jours nous dit Time Magazine. La peine de mort est condamnée. Les cinq raisons de cette exécution seraient :

    La première : “Malgré des décennies d’efforts, aucune méthode d’exécution n’a réellement fait ses preuves, en particulier les exécutions par injection létale”, qui se sont soldées ces derniers mois par des ratés retentissants.

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    La deuxième : “Parce que la criminalité a baissé aux États-Unis”.

    La troisième raison est liée au fait que les justifications de la peine de mort ont perdu de leur force.

    La quatrième, c’est qu’il s’agit d’une peine très coûteuse et que les États n’ont plus assez de moyens.

    Et la dernière raison est que la Cour suprême, à force de devoir se saisir de cas portant sur la peine capitale, “va finir par jeter l’éponge” et décréter la peine de mort inconstitutionnelle aux États-Unis.

     

     

    Où l’on voit, si vraiment ce journaliste a bien analysé la situation, comment cette question est traitée aux USA, par comparaison avec la France. Nous aurions eu, et d’ailleurs nous avons eu, des débats théoriques, des imprécations diverses, des accusations de toute sorte, d'inhumanité pour les uns, d’angélisme pour les autres. Aux USA, on arrive à la conclusion pratique, que ça ne sert à rien, que c’est compliqué, mais surtout que ça coûte cher. Même pour un sujet aussi essentiel que la vie et la mort, c’est le pragmatisme qui l’emporte.

  • Nous n'irons pas sur Mars

    On a marché sur la lune, "là où la main de l'homme n'a jamais mis le pied" comme dirait les Dupondt. 40 ans déjà depuis cet exploit, et rien depuis. Mais pourquoi ?

    Ce n'est pas une question d'argent ; si vraiment l'homme avait besoin et envie de poursuivre la conquête spatiale, on trouverait les ressources nécessaires. Mais on n'en a pas besoin. La conquête de la lune est avant tout un exploit technique et organisationnelle. D'un point de vue scientifique cela fait appel à des notions physiques et à des connaissances en astronomie que l'on avait depuis longtemps. L'exploit fut de construire cette série de fusées capables d'envoyer l'homme sur la lune et de le faire revenir. Il tient surtout dans la formidable organisation que fut la NASA de l'époque, capable de faire travailler quelques 500 000 personnes - sous-traitants compris - avec un même objectif.

    On n'a alors rien découvert  que l'on ne savait déjà. De toutes façons, il n'y a pas besoin d'envoyer l'homme pour récupérer ou analyser les roches lunaires. Les russes l'on fait sans assistance humaine. On sait envoyer des sondes sur Mars et analyser à distance ce qu'elles y trouvent : roches inertes et éléments chimiques que l'on sait identifier de loin.

    On compare souvent la conquête de la lune à la découverte de l'Amérique. La différence est dans les mots. La lune est une conquête, l'Amérique fut une découverte, suivie d'une conquête. Mais en 1492, on ne savait pas que ce continent existait. Certains doutaient encore que la terre fût ronde, on ignorait l'existence d'autres peuples. La découverte de l'Amérique change l'image que l'homme a de lui-même. A la même époque, la révolution galiléenne montre aussi que, non seulement l'Europe n'est pas le centre de la Terre, mais que cette même Terre n'est qu'une planète banale dans un système stellaire tout aussi banal, lui aussi dans une galaxie ordinaire, etc.. Bref, depuis cette époque nous avons définitivement perdu nos illusions par rapport à notre importance dans l'univers.

    Aller sur la lune n'y a rien changé. Notre place dans l'univers et la perception que nous avons de nous-mêmes n'ont pas évolué depuis 1969. On n'y a rien trouvé et l'on ne sait quoi faire de cet exploit. Ce n'est pas pour rien que les vols se sont très vite arrêtés.

    Alors maintenant, pour relancer le "rêve", les anciens d'Apollo XI lance un nouveau défi : Il faut aller sur Mars. D'après eux : «Apollo 11 était un symbole de ce qu'un grand pays et un grand peuple peuvent réaliser en travaillant dur et en travaillant ensemble». Nous y voilà : c'est juste un défi que l'on se lance pour prouver que l'on est capable de le relever.

    Il y en a sûrement d'autres plus vitaux, et qui nous concernent au premier chef. Assurer une vie décente à nos enfants, par exemple, en pouvant se passer des énergies fossiles en voie d'épuisement, trouver un modèle économique moins prédateur et un peu plus juste, relancer la recherche fondamentale sur la structure de la matière et de l'univers. Tout ça se passe sur terre. Et puis quoi, à l'heure de la dématérialisation, a-t-on vraiment besoin de TOUCHER Mars pour en prendre connaissance. Toucher, c'est symboliquement en prendre possession, c'est justement cette vision de l'homme qui est en train de changer. Ce serait un contre-sens historique que d'engager cette aventure. Mais il y a peu de chances que quiconque s'y lance vraiment.

    Nous ne marcherons pas sur Mars.

  • Burqa : Une analyse convaincante

    Sous la plume de Catherine Kintzler, cette analyse du problème du port de la burqa (et du niqab) :

    • Interdire au nom de la laïcité n'est pas possible car "le régime de laïcité impose l'abstention dans le seul espace relevant de l'autorité publique et parallèlement il établit la tolérance dans l'espace civil"
    • Interdire au nom du droit des femmes est délicat, car il sera difficile de prouver que des femmes ont été obligées de porter ce signe. D'ailleurs (c'est moi qui ajoute), elle peuve le revendiquer comme symbole d'une identité culturelle différente de la nôtre
    • C'est plutôt du côté la dépersonnalisation qui constitue la plus grave atteinte au droit de la femme masquée. Toutes pareilles, derrière leur muraille de toile, elle perde leur singularité. La burqa désigne la femme comme indifférenciée, sans identité ni individualité. Par là, on nie qu'elle soit une personne humaine en l'enfermant dans un vêtement qui n'en fait plus qu'une espèce.

     

    Dois-je ajouter que je partage totalement l'argumentation de Catherine Kintzler ?

  • Le surréalisme

    Le mouvement surréaliste naquit de la première guerre mondiale et connut son plein éclat jusqu'à la veille de la seconde. Même si André Breton a tenté de le faire revivre à son retour des Etats-Unis en 1946, le surréalisme ne retrouva plus l'écho et l'influence qu'il avait entre les deux guerres. Surtout, aucun artiste d'envergure de l'époque ne passa par ses rangs. En revanche, entre-deux-guerre, beaucoup de grands noms participèrent au mouvement, ou eurent des relations amicales avec lui. Citer quelques uns de ces artistes donne une idée de la fécondité du mouvement. En littérature, André Breton, Louis Aragon, Paul Eluard, Raymond Queneau, René Char et Julien Gracq firent partie du groupe. Du côté des arts graphiques, on citera Francis Picabia, Georgio de Chirico, Joan Miro, Salvador Dali, André Masson et Marcel Duchamp. Picasso était déjà maître de son propre style. Il était apprécié des surréalistes, mais ne faisait pas partie du groupe. Pour terminer cette liste, rappelons qu'un photographe comme Man Ray ou un cinéaste comme Bunuel (en association avec Dali) furent aussi, un moment, surréalistes. Citer tous ces noms, au delà de la célébrité acquise et du succès rencontré, illustre un des aspects majeurs du surréalisme. Fondé par des écrivains qui en élaborèrent la doctrine, le surréalisme n'est pas un mouvement purement littéraire. Dès le début, il s'élargit aux arts graphiques, fabrication d'objets divers, photographie et cinéma. Il fut l'un des premiers à parler d'art à propos d'objets en provenance de cultures non occidentales, d'Afrique ou d'Océanie. En revanche, il s'intéressa peu à la musique même si Georges Auric fit un bref passage dans ses rangs. Il rejetait le roman, et surtout le théâtre considéré comme une activité purement commerciale.

     

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    Comment se définit le surréalisme ? Le mieux est sans doute de se reporter à la définition qu'en donne André Breton dans le « Premier manifeste du surréalisme » « Surréalisme : Automatisme psychique pur par lequel on se propose d'exprimer, soit oralement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l'absence de toute préoccupation esthétique ou morale. Le surréalisme repose sur la croyance en la réalité supérieure de certaines formes d'association négligées jusqu'à lui, à la toute puissance du rêve, au jeu désintéressé de la pensée. Il tend à ruiner définitivement tous les autres mécanismes psychiques et à se substituer à eux dans la résolution des principaux problèmes de la vie ». C'est ainsi que naquit une des premières oeuvres du surréalisme : « Les champs magnétiques », exercice d'écriture automatique co-écrit par André Breton et Philippe Soupault. L'examen du manuscrit montre pourtant que, dès son origine, la théorie était contournée. Les pages de Philippe Soupault sont écrites d'un seul trait quand celles de Breton sont couvertes de ratures. La volonté d'ouvrir toutes les vannes de la pensée est bien réelle, mais celle-ci est néanmoins corrigée et contrôlée par des préoccupations esthétiques. Breton était bien conscient que l'automatisme pur pouvait laisser la place à du n'importe-quoi sans consistance ni valeur, ou encore à une bouillie de mots inaccessible.

     

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    Mais plutôt que d'examiner les limites d'une telle démarche, intéressons-nous à sa fécondité. « Dictée de la pensée », le surréalisme est absolument antinomique à toute imitation ou représentation du monde extérieur. C'est un mouvement qui part de l'homme pour produire une autre réalité, qualifiée de supérieure, d'où son appellation de surréalisme. Ce n'est pas une tentative de capture ou de représentation du monde extérieur qui l'intéresse, ce sont les expressions, théoriquement pures de ce qui se passe dans notre cerveau. On trouvera là une relation très étroite avec la psychanalyse. Le surréalisme a toujours voulu rentrer en contact avec Freud. Et si celui-ci est resté méfiant à son égard, les surréalistes ont été fortement influencés par ses théories. La démarche surréaliste est extrêmement proche de la cure psychanalytique en ce qu'elle tend à laisser jaillir sans contrôle le « jeu désintéressé de la pensée ». Le surréalisme en attend une expression artistique, là où la psychanalyse en espère la libération de noeuds inconscients qui nous contraignent. Mais il n'y a pas de psychanalyste en surréalisme, pas de personne qui sache interpréter les paroles du patient. C'est au public que revient ce rôle, dont on espère qu'il saura, lui aussi, lire derrière des associations improbables, la vérité non fardée de son auteur. Pour autant, la définition du surréalisme donnée par Breton ne parle pas d'expression artistique. Elle se veut un moyen au service de « la résolution des principaux problèmes de la vie ». Le surréalisme se manifestera par des oeuvres ; sa définition est plus large et laisse la place à toute expression des différentes formes de la pensée, sans préjuger du résultat. C'est probablement en ce sens qu'il est le plus riche. Il fait confiance en chacun pour qu'une expression libérée de tout contrôle produise de l'inattendu, qui pourra peut-être être apprécié par d'autres en tant qu'oeuvre d'art. Là où il se sépare de la psychanalyse est dans la notion de collectif. La psychanalyse s'est clairement intéressée aux associations inopinées qui peuvent jaillir d'une parole sans contrainte, elle a vu dans les actes manqués la révélation d'un inconscient à la fois masqué comme agissant puissamment dans nos vies. Mais elle ne prend en compte que la parole d'un individu. Elle se limite à lui seul, uniquement par le biais de l'expression orale. Le surréalisme veut aller plus loin, et s'intéresse à toute forme d'expression «soit oralement, soit par écrit, soit de toute autre manière». Il prône la création collective et multi-disciplinaire. Nous avons déjà évoqué la création collective des « Champs magnétiques », à deux auteurs. On pourrait également cité « Nadja », illustré par des photos de Man Ray, « Clair de Terre », qui paraîtra avec une eau-forte de Picasso ou encore le « Second manifeste du surréalisme », orné d'un frontispice de Dali. Le surréalisme se fera connaître par de multiples expositions. Ces expositions sont considérées comme des oeuvres d'art, elles associent des poèmes, des peintures, des objets de toute sorte, elles sont annoncées par des affiches également créées et décorées par l'association des écrivains et des peintres. Il se diffuse également par l'intermédiaire de nombreuses revues qui proposent un mélange de textes et de représentations graphiques. Enfin le surréalisme se manifeste, souvent bruyamment, par des manifestations de tous ordres : réunion à l 'église de Saint Julien le Pauvre ("visite à travers Paris de lieux volontairement dérisoires"), procès intenté à Maurice Barrès. Toutes ces actions que l'on nommerait aujourd'hui « happening » faisaient pleinement partie de l'expression surréaliste.

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    En tant que « moyen de résolution des principaux problème de la vie », le surréalisme ne pouvait manquer d'avoir affaire avec la politique. On a vu que le mouvement naquit à la fin de la première guerre mondiale. Il ne s'agit pas seulement d'une coïncidence de dates, puisque Breton, Aragon et les fondateurs du groupe avaient vingt ans pendant la guerre. Le surréalisme s'est fondé aussi contre cette guerre. Marqué par l'horreur du conflit auquel il participa, Breton réagit par un geste de révolte contre l'asservissement de toute une civilisation qui avait permis et même encouragé ce désastre. Il ne pardonnait pas, surtout, l'attitude de la plupart des intellectuels qui s'étaient ralliés à un discours de propagande patriotique qu'il jugeait indigne. Toute sa vie, il crachera sur le drapeau, l'uniforme, ira jusqu'à crier « Vive l'Allemagne, à bas la France ». De son côté, Aragon écrira, dans sont « Traité du style », qu'il « conchie l'armée française dans sa totalité ». La révolte politique est une des sources du surréalisme, elle sera la cause de sa dispersion. La liberté totale d'expression individuelle et collective qu'il prônait ne pouvait s'affranchir d'une réflexion politique. S'il a brièvement adhéré au parti communiste, Breton n'a jamais accepté de se soumettre aux contingences, voire aux compromissions du combat politique. Quand Pierre Naville, rallié au parti communiste, affirmait que le prolétariat n'attendait rien d'autres des poètes et des artistes qu'une « aide de techniciens et d'hommes habitués aux besognes de plume », Breton jugeait le programme communiste comme un programme minimum limité à la défense d'intérêts matériels, alors que le surréalisme est « une sommation totale ». D'autres membres du groupe prirent le chemin de l'engagement politique, avec Aragon d'abord, puis Eluard qui adhérèrent au parti communiste pour ne plus le quitter, et prirent part à la Résistance. René Char, sans adhérer au parti, était le chef d'un maquis du Lubéron. Il en tira un de ses plus beaux ouvrages « Les feuillets d'Hypnos », qui allie l'expression poétique au combat pour la libération des hommes. Il y a là, sans doute, un des sommets d'une poésie, non pas au service d'une cause, mais qui accompagne et magnifie l'action d'hommes de toutes provenances combattant pour leur libération : « Je veillerai à ce qu'ils soient chaussés comme des dieux », dit-il de ces êtres « sylvestres ». Pendant ce temps Breton, en exil à New-York, continuait à se livrer au jeu des « cadavres exquis ». Cette association de mots, dont on espère faire jaillir un pouvoir poétique nouveau, de l'association inopinée de mots jetés au hasard paraissait aux yeux de ses anciens compagnons comme un jeu inconséquent et irresponsable. En refusant de voir le tragique de la situation politique, Breton s'exposait à être taxé de dandysme. De leur côté, certains poèmes d'Aragon démontrent un servilité à l'égard des dirigeants communistes qui trahit toute ambition poétique.

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    Qu'apporte donc le surréalisme en terme d'expression artistique ? On peut noter que le terme même d'art est absent de la définition du surréalisme. Il « cherche à résoudre les problèmes de la vie », par l'expression libre de la pensée. S'il se manifeste surtout par l'activité artistique, c'est grâce à une extension sans limites de la notion d'art. Marcel Duchamp exposait son urinoir en proclamant « c'est de l'art ». L'art est ainsi affirmé par son créateur en dehors de toute règle établie. C'est lui qui donne un statut artistique à sa production. Libre au spectateur d'accepter et de considérer l'oeuvre comme l'étant. Par cette revendication le surréalisme ouvre l'art à de multiples formes d'expression qui en étaient exclues. On a vu qu'il se manifestait par des moyens traditionnels (poésie, peinture, photographie, cinéma) mais aussi par la création d'objets de toutes sortes tels que collages, découpages, ou objets en sable. L'art, d'après le surréalisme, peut être partout tant qu'il est une expression authentique de son auteur. Si l'on s'en tient à la définition classique de Kant du « beau qui plait universellement sans concept », on comprend que le surréalisme ne cherche pas le beau dans ce sens. Kant voyait dans la beauté un moyen de communication direct entre les hommes sans passer par le détour d'un concept, d'une idée ou de l'objet. C'est pourquoi le jugement de goût a ce caractère universel qui fait que mon sentiment peut être partagé par d'autres. Quand il l'est, c'est bien que nous avons l'un et l'autre été émus par la beauté de l'objet artistique. Le surréalisme ne cherche pas à plaire, il cherche au contraire le scandale, et ne rechigne pas à repousser le spectateur. Il n'a aucune prétention à l'universel, mais au contraire, il magnifie le particulier jusqu'à l'incompréhensible. Il ne vise pas le beau, il n'a pas de préoccupation esthétique. Il cherche à révéler une réalité suprême supérieure à celle, banale à ses yeux, que nous donne à voir nos propres sens. Toujours à la recherche de l'inattendu, c'est sans doute dans la trecherche d'association que l'on peut mieux le définir. Association entre les différentes disciplines, on l'a vu, et association d'images. Mais celles-ci ne doivent pas être convenues, proches de la réalité visible. Elles doivent au contraire s'en écarter pour faire jaillir une nouvelle lumière. Toujours dans le « Manifeste du surréalisme », Breton déclarait : « La valeur de l’image dépend de la beauté de l’étincelle obtenue ; elle est, par conséquent, fonction de la différence de potentiel entre les deux conducteurs. Lorsque cette différence existe à peine comme dans la comparaison, l’étincelle ne se produit pas. Or il n’est pas, à mon sens, au breton-poupee-hopie.jpgpouvoir de l’homme de concerter le rapprochement de deux réalités si distantes. Le principe d’association des idées, tel qu’il nous apparaît, s’y oppose. Force est donc bien d’admettre que les deux termes de l’image ne sont pas déduits l’un de l’autre par l’esprit en vue de l’étincelle à produire, qu’ils sont les produits simultanés de l’activité que j’appelle surréaliste, la raison se bornant à constater, et à apprécier le phénomène lumineux. » La préoccupation esthétique est finalement reconnue dans ces lignes. Mais elle ne se manifeste qu'après l'acte créateur. Elle n'est pas visée d'abord, elle peut apparaître après. On voit facilement la richesse de la démarche, qui sans aucune contrainte, peut finalement créer la beauté là où on ne l'attendait pas. Ce n'est pas ici une beauté séduisante qui cherche à plaire mais plutôt une beauté qui provient de l'étonnement, de la joie de la surprise. Il faudrait donc laisser venir à l'esprit deux idées, deux images, deux phénomènes qui n'ont rien à voir. Et c'est justement ce « rien à voir » apparent qui pourra donner à voir et ressentir une réalité nouvelle et supérieure. Le surréalisme laisse la porte ouverte à n'importe qui revendiquant son art. Il casse tous les codes et donne à voir ce qui naguère n'avait pas sa chance, était sous-estimé voire méprisé. C'est ainsi qu'il fut un des premiers à reconnaître dans les arts premiers une force d'expression brute rendue possible par un acte créatif qui s'est plus attaché à créer cette émotion plutôt qu'à raffiner sans cesse une technique de représentation du monde vouée de toutes façons à l'imperfection de son résultat. Le surréalisme n'a pas d'a priori et ouvre l'espace de l'art à une infinité de possibilités et de créateurs là où certains voulaient le cantonner aux disciplines traditionnelles. C'est là sans doute son principal mérite, et l'on a déjà cité quelques grands noms parmi de nombreux autres qui passèrent par ses rangs.

     

    Mais, plusieurs écueils guettent cette démarche. La surprise s'émousse vite, et l'émotion ressentie devant une « première fois », se transforme vite en lassitude blasée. Combien d'essais, de créations qui tournent à vide, avant que surgisse le miracle improbable d'une nouveau phénomène lumineux. Pour reprendre la comparaison de Breton de l'étincelle entre deux conducteurs, celle-ci pourra être brillante, soudaine, foudroyante dans le meilleur des cas. Mais si les conducteurs sont vraiment trop loin, le courant ne passe plus et l'on se retrouve en face du vide. A n'accepter aucun filtre à la création, le surréalisme s'expose au bavardage. Le bavard parle pour ne rien dire, en laissant s'exprimer librement « tout ce qui lui passe par la tête ». Liberté totale d'expression et donc possibilité de la nouveauté peuvent facilement se transformer en non-sens pour le lecteur ou le spectateur. « La parole, est faite pour ceux qui écoutent, et les bavards n'écoutent personne, comme ils sont toujours en train de parler » disait Plutarque dans son Traité sur le bavardage. Le surréalisme est fait pour ceux qui le créent, ils ne se préoccupent guère de ses interlocuteurs, auxquels il cherche plus à s'imposer plutôt qu'à les convaincre. Il est symptomatique que le surréalisme se soit aussi manifesté par des actions violentes contre qui ne partageaient pas ses choix. Les pseudo-procès, les injures, les expéditions punitives - contre un café qui avait eu l'audace de s'appeler Maldoror - montrent sans doute qu'ils se faisaient une haute idée de l'art, mais aussi sans égard pour qui déviaient de la ligne ou prenaient un autre chemin. A contrario, l'absence de règles peut conduire au silence et à l'impuissance. Devant l'infinité des possibles, le créateur peut être perdu puis paralysé. Non guidé par des contraintes de représentation, une technique imposée ou des règles esthétiques, il finit parfois par théoriser son impuissance. Monochromes, carré noir sur fond blanc, ou sur fond noir, témoignent d'une stérilité peut-être due à l'absence de contraintes.

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    J'ai évoqué les nombreux artistes qui furent, un temps, surréalistes. Ils avaient besoin de créer leur oeuvre et leur style personnel après ce passage. C'est peut-être de cette éclosion de talents si divers que le surréalisme peut tirer le plus de gloire. Certains continuaient à s'inspirer de ses leçons tout en rejetant son côté tyrannique. D'autres partirent sur des voies radicalement opposées. L'exemple le plus frappant est sans doute celui de Raymond Queneau qui fonde l'OULIPO (Ouvroir de Littérature Potentielle) sur des principes radicalement opposés. A l'absence de règles il oppose la définition de contraintes formelles très précises dont on espère que la résolution sera l'occasion d'une création inattendue. Un de ses membres, Georges Perec disait «  Au fond, je me donne des règles pour être totalement libre ». « La vie mode d'emploi », qui est son oeuvre la plus réussie, est ainsi bâtie sur le modèle d'un immeuble dont Georges Perec va parcourir chaque appartement en suivant le parcours du cavalier du jeu d'échecs. Chaque étape sera l'occasion d'une histoire particulière mais qui rentre en résonance avec le projet du personnage principal. Celui-ci s'est fixé pour objectif d'apprendre l'aquarelle pendant dix ans, puis de peindre des bords de mer de tous les continents pendant vingt ans. Chaque aquarelle est envoyé à un artisan qui en découpe un puzzle, et notre héros passera les dernières années de sa vie à reconstituer les puzzles. De l'arbitraire de ces règles s'écrit un roman (DES romans, comme l'indique le sous-titre de « La vie mode d'emploi ») profondément original. Les contraintes posées par l'auteur ne sont évidemment pas vues en première lecture. Notre plaisir en est redoublé quand nous commençons à découvrir « comment c'est fait ». L'artiste qui se donne à lui-même ses propres règles (non celles d'une quelconque académie) y trouve à coup sûr plus de richesses que dans l'infini des possibles dont il ne sait que faire.

  • Fin de crise ?

    Le creux de la vague est proche, mais la reprise incertaine estime Paul Krugman : Analyse semi-optimiste puisque d'après le célèbre économiste, la chute de l'activité serait sur le point de se ralentir, voire de s'arrêter. Pour autant, on ne peut garantir une reprise, même molle, et Krugman pencherait plutôt pour une longue période de stagnation.

    Autre son de cloche chez Paul Jorion qui a intérrogé un banquier français qui veut rester anonyme. Extraits :

    "Cela veut donc dire que les mauvais résultats vont continuer d’apparaître. A-t-on pris la pleine mesure des dégâts ?

    Non : il y a encore en France, beaucoup de très mauvais résultats à venir. Et ce n’est pas seulement la France : c’est vrai pour l’Europe en général.

    Peut-on dire – comme on l’entend répéter ces jours-ci – que la situation s’améliore dans le domaine financier ou est-elle encore en train de s’aggraver ?

    La situation s’aggrave encore."

     

    Qui croire ? Aucun n'annonce clairement de reprise. Il s'agit de savoir si la chute continue ou si l'on atteint une section plus plate.

    Quant à moi, je continue à rester dubitatif, car je ne vois nulle part que cette reprise attendue soit basée sur un autre modèle que celui qui vient de s'écrouler. Quel est ce modèle ? En résumé, on a délégué la partie matérielle, de fabrication à faible valeur ajoutée, vers les pays à bas salaires. L'Occident se réserve la part réputée noble de conception et invente une nouvelle économie basée sur la finance. On s'aperçoit aujourd'hui que cette économie financière était largement basée sur des systèmes de "cavalerie" pour ne pas dire d'escoquerie pure et simple. Des pays entiers ont basé leur croissance sur ce système : L'Islande ruinée, et dans une moindre mesure les Etats-Unis, le Royaume Uni ou l'Espagne. Comment vont-ils retrouver les niveaux de croissance dont ils ont besoin pour financer leur économie, et rembourser les tonnes d'argent injectés dans le système en perdition ?

    • Sur les bases de l'ancien modèle : il est mort
    • Sur un nouveau : Il n'est pas né

    Continuation de la chute ou longue stagnation continueront à être notre horizon économique pour de nombreuses années

     


     

  • Quand Oracle rachète Sun

    Après les discussions avortées avec IBM, c'est donc Oracle qui remporte la mise pour 7,4 milliards de dollars. En tant qu'employé de Sun, je n'ai pas de commentaires particuliers à faire, et d'ailleurs nous n'avons pas plus d'informations que ce qui peut circuler sur le Web. Comme beaucoup, on se demande ce que va devenir l'activité matérielle. On parle beaucoup de Solaris, de Java de MySql qui sont le logiciels les plus visibles et les plus connus de Sun, mais ce ne sont pas ces activités qui font le chiffre d'affaires. Celui-ci est très largement lié à la vente de matériels (serveurs et stockage) et au support associé. Sun n'a pas réussi à enrayer le déclin de cette activité par une offre logicielle attrayante mais dont il n'a jamais pu tirer un chiffre d'affaires capable d'en prendre le relais.

    Au delà des divers commentaires, il est sans doute intéressant de s'informer à la source, comme sur ce communiqué officiel déposé auprès des autorités boursières

    Ce communiqué résume les principaux aspects du rachat :

    - Product Overview and strategy

    - Customers and partners

    - Business Continuity

    On a pensé à tout : les produits, les clients, les partenaires, la continuité de l'activité, tout ce qui fait la vie d'une entreprise. C'est sans doute un oubli s'il n'y a pas de chapitre concernant les employés.

  • Professionnels - Amateurs : c'est toujours la même histoire

    Polit'bistro est un nouveau blog qui s'occupe de sciences politiques, blog que j'ai repéré grâce à Arthur Goldhammer qui tient le blog French Politics, dont le titre dit tout de son sujet.

    Polit'bistro commente un article du Monde , article qualifié de torchon. Un torchon article sans grand intérêt qui reprend l'éternellle distinction entre le journaliste professionnel, sérieux, fiable, encarté et le bloggeur amateur, égocentrique et imprévisible. Peu importe le fond de cet article qu'on a déjà lu 10 000 fois ailleurs, mais qui n'est pas plus mauvais que d'autres. De toutes façons, sur ce sujet, il vaut mieux aller chez Narvic.

    Ce qui intéresse Polit'bistro, c'est le phénomène sociologique qu'on lit à livre ouvert derrière ce type d'article, ce que les anglo-saxons appellent le boundary-work, ou comment une corporation se défend contre les tentatives d'intrusion. Il s'agit pour cette corporation de construire tout un ensemble de règles, de coutumes et de critères qui n'appartiennent qu'à elles et lui permettent de rejeter tous ceux qui exercent une activité similaire, mais sans respecter ces règles. Le journaliste se proclame donc professionnel suivant des règles déontologiques qui marquent sa différence avec les bloggeurs forcément incontrôlables.

    Ce n'est pas forcément négatif qu'il existe ce genre de frontière entre les professionnels et les amateurs. On aime bien que son médecin soit effectivement docteur en médecine et n'ait pas volé ses diplomes. On est rassuré si le pilote a déjà quelques heures de vols.

    Ce qui est intéressant dans la réaction, de type réflexe, des journalistes face au phénomène des blogs, c'est qu'elle reproduit exactement ce type de discours de la corporation bien installée face à la menace d'une concurrence montante.

    On a vu ça de multiples fois :

    - Dans les années 60 lorsque la vague des chanteurs “yéyé” était taxée de braillards incultes par les gloires déclinantes de la “chanson française” à texte.

    - Dans les mêmes années 60 lorqu’on parlait de l’économie montante du Japon. A l’époque on en parlait comme de purs copieurs qui produisaient des montres au kilo, incapables de toute innovation.

    - C’est exactement le même discours qui est tenu aujourd’hui à l’égard de la Chine, où l’on cherche à se rassurer en faisant mine de croire qu’on leur délègue la simple fabrication, mais que la conception, le savoir faire, et donc l’intelligence reste chez nous.

    Le journalisme officiel et encarté ne peut que réagir de cette manière face à la montée de nouveaux moyens d’expression qui menacent son monopole. Dans le futur, il sera intéressant d’observer si les blogs eux-mêmes ne seront pas classifiés en blogs sérieux, influenceurs, professionnels, et le reste. C’est déjà fait en ce qui concerne les skyblogs, rejetés dans les ténèbres de l’expression adolescente sans contenu ni intérêt. Y a-t-il un bloggeur sérieux qui ne parle des skyblogs dans les mêmes termes et avec les mêmes réflexes que ce journaliste à l’égard des blogs ?

  • Une découverte étonnante

    Le Figaro nous l'apprend : L'alcool à l'écran nous incite à boire.

    Ils s'y sont mis à deux équipes : des chercheurs hollandais et des chercheurs canadiens. Prenons quatre groupes d'étudiants (pourquoi des étudiants ?) et soumettons-les à différentes projections.

    Deux groupes regardent un fim au cours duquel les acteurs boivent à dix-huit reprises de l'alcool. L'un des deux groupes aura droit, en plus, à une coupure publicitaire pour une boisson alcoolisée.

    Les deux autres groupes regardent un autre film, pendant lequel on ne boit que trois fois. De la même manière, l'un des groupes aura la coupure publicitaire.

    Devinez les résultats : c'est évidemment le groupe, qui regarde le film buveur et la publicité, qui consomme le plus de boisson alcoolisée mis à disposition dans le frigo. Etonnant, non :

    «Notre étude montre clairement que les films et les publicités ont un effet incitatif sur les comportements de consommation d'alcool dans la société, pour les non-dépendants mais aussi pour les alcooliques, estime Rutger Engels, auteur principal de l'article et ­professeur de psychopathologie à l'université Radboud de Nimègue, aux Pays-Bas. Cela pourrait impliquer qu'en regardant une publicité pour une marque de bière donnée, vous allez plus souvent acheter cette marque ensuite au supermarché.»

    Eh oui !! la publicité nous influence. Quelle découverte, bravo professeur !! Le professeur Engels devrait compléter son étude en étudiant les effets d'un film fumeur sur la consommation de tabac, ou d'un film érotique sur l'excitation des spectateurs. Sans oublier si la vision d'un documentaire sur la vie paradisiaque (??) à Tahiti, projetée pendant ce mois de février maussade, ne nous fait pas rêver à un ciel un peu plus riant. N'oublions pas les enquêtes sur la vie des "people" - amour, argent, gloire et beauté - qui parfois nous rendent envieux. Faisons un autre test : projetons la série des films Taxi (1, 2 , 3, 4), et vérifions l'effet sur le mode de conduite de nos étudiants (mais pourquoi des étudiants ?). Je parie que tous les radars de la République vont chauffer au rouge.

    Il faut donc agir : après avoir supprimer la cigarette de Lucky Luke, arracher la clope du bec de Jean-Paul Sartre (c'est fait : post mortem), la bague de Rachida Dati (on l'a fait : à la une du Figaro) il faut interdire le whisky au capitaine Haddock, couper toutes les séquences d'ivresse dans "Un singe en hiver" (avec Gabin et Belmondo), flouter "La traversée de Paris" pour cause de transport de cochonaille, et donc de cholestérol (encore Gabin). En fait il faut retirer de la circulation tous les fims de Gabin, Bogart et consorts. Il faut interdire tous les spectacles, ils représentent la vie, et la vie est dangereuse, la vie est une maladie sexuellement transmissible constamment mortelle.

    Tout ça fait penser à cette petite histoire. Aux USA, un mineur (encore un étudiant peut-être) arrive dans un supermarché : "Je voudrais un revolver et cinq boîtes de cartouches, et puis un paquet de cigarettes". Et le vendeur répond : "Tes parents ne t'ont pas dit que c'est dangereux de fumer ?"

  • Plus on en sait, plus on est pareil

    Notre ancêtre avait peur. Peur des phénomènes naturels qu'il ne comprenait pas, peur d'animaux féroces beaucoup plus forts que lui. Pourtant notre ancêtre prit conscience de sa différence et proclamât sa radicale différence avec le monde, avec l'animal, avec d'autres membres de l'espèce humaine : les femmes, les esclaves, les étrangers. Tout ce qui n'était pas lui.

    Et puis l'homme prit le pouvoir et devint maître du monde en le comprenant de mieux en mieux, en le mettant à son service. Nous sommes aujourd'hui les maîtres du monde, sans concurrence aucune, et n'avons plus peur de rien que de nous-mêmes.

    Dans le même temps, les indices s'accumulent d'une certaine continuité dans le règne animal dont nous faisons partie intégrante. Si rupture il y a entre l'homme et l'animal, elle est de moins en moins nette, de moins en moins visible. Elle est de plus en plus une question de quantité et non de qualité. Les animaux souffrent, ont des émotions, des joies, des peines. On peut trouver des traces de sentiments vis à vis de la mort de leurs congénères. Certains singes bonobos peuvent apprendre plus de 500 mots et en transmettre à leurs descendants.

    Freud racontait déjà cette histoire de l'homme, qui se découvre de moins en moins unique :

    "Dans le cours des siècles, la science a infligé à l'égoïsme naïf de l'humanité deux graves démentis. La première fois, ce fut lorsqu'elle a montré que la terre, loin d'être le centre de l'univers, ne forme qu'une parcelle insignifiante du système cosmique dont nous pouvons à peine nous représenter la grandeur. Cette première démonstration se rattache pour nous au nom de Copernic, bien que la science alexandrine ait déjà annoncé quelque chose de semblable. Le second démenti fut infligé à l'humanité par la recherche biologique, lorsqu'elle a réduit à rien les prétentions de l'homme à une place privilégiée dans l'ordre de la création, en établissant sa descendance du règne animal et en montrant l'indestructibilité de sa nature animale. Cette dernière révolution s'est accomplie de nos jours, à la suite des travaux de Ch. Darwin, de Wallace et de leurs prédécesseurs, travaux qui ont provoqué la résistance la plus acharnée des contemporains. Un troisième démenti sera infligé à la mégalomanie humaine par la recherche psychologique de nos jours qui se propose de montrer au moi qu'il n'est seulement pas maître dans sa propre maison, qu'il en est réduit à se contenter de renseignements rares et fragmentaires sur ce qui se passe, en dehors de sa conscience, dans sa vie psychique."

    Pour se rassurer, on rédéfinit de manière toujours plus fine le domaine exclusif de l'homme. Nous seuls serions capables d'exprimer des idées et pas seulement des besoins, de nous projeter vers l'avenir, d'avoir conscience de nous-mêmes et de notre mort certaine.

    L'homme prit le pouvoir et devint maître du monde. C'est à ce moment où il devrait jouir de sa connaissance tellement plus étendue et de sa toute puissance, qu'il prend conscience qu'il n'est pas si différent de l'environnement qu'il a mis en esclavage. L'ADN est partout et joue le même rôle, de la bactérie jusqu'à l'homme. Et pourquoi jusqu'à ? Il joue le même rôle pour la bactérie comme pour l'homme et le puceron.

    Toute puissance de l'homme et de son savoir, et retour de l'homme à sa banalité d'animal, peut-être de système biologique identique aux autres. Plus on en sait, plus on est pareil. La concomitance  historique est frappante. Mais je n'arrive pas à y voir qu'une coïncidence, sans pourtant discerner le lien entre les deux.

  • Heureusement il reste le café

    Grâce  à cette brochure, on peut apprendre tous les bons moyens d'attraper un cancer. Le vin, jusque là responsable du paradoxe français, est désormais interdit, même à faible dose. En fait, le vin est surtout bon pour la prévention des maladies cardio-vasculaires -  pour l'instant !!

    Il nous reste le café. Dans la section : questions fréquemment posées de cette brochure :

    Le café donne-t-il le cancer ?
    > Non.
    Pourquoi ?
    L’effet de la consommation de café sur le risque de cancers a été examiné dans de nombreuses études, en particulier pour le cancer du pancréas. Dans le cadre du rapport WCRF/AICR 2007, la relation entre consommation de café et le risque de cancers du pancréas et du rein a été évaluée. L’effet de la consommation de café sur le risque de ces deux cancers est considéré comme
    peu probable.

    Je note que l'on ne répond pas à la question pourquoi ? On dit juste qu'une étude n'a rien prouvé. C'est donc encore possible. La prochaine étude le prouvera certainement. Dépêchons-nous donc de boire notre (nos) café quotidien avant d'apprendre qu'il est aussi cancérigène.

    J'avais cru comprendre que le café était mauvais, justement pour le coeur. Il faut donc alterner : on compensera le café par un peu de vin pour combattre les maladies cardio-vasculaires, puis une tasse de café pour combattre les effets du vin sur le cancer. Boire ou mourir, il faut choisir. Que prenez-vous aujourd'hui ? une dose de cardio-vasculaire ou une bonne rasade de cancer.

    Quant à moi, j'ai choisi. Le cancer c'est l'angoisse de l'attraper qui nous ronge et nous le donne avant même qu'il ne soit là.

    En attendant, vivons un peu.

  • Principes d'inertie

    Galilée a donné son nom au principe d'inertie en physique.  Un point matériel abandonné à lui-même (et suffisamment éloigné de tous les autres points) effectue un mouvement rectiligne uniforme. Le mouvement est l'état stable et l'immobilité l'exception. Ce qui fait dire à Bergson (La pensée et le mouvant) que "La science moderne date du jour où l'on érigea la mobilité en réalité indépendante. Elle date du jour où Galilée, faisant rouler une bille sur un plan incliné, prit la ferme résolution d'étudier ce mouvement de haut en bas pour lui-même, en lui-même, au lieu d'en chercher le principe dans les concepts du haut et du bas, deux immobilités par lesquelles Aristote croyait en expliquer suffisamment la mobilité."

    Rien n'a changé dans le mouvement de la bille. Elle garde la même direction et la même vitesse. Ce n'est donc pas le monde qui change avec Galilée, mais Galilée lui-même, et nous avec lui, qui prenons la ferme résolution de voir le monde différemment. Avec Galilée, Copernic et Newton, la science moderne naît, qui de cette nouvelle façon de voir le monde renverra la terre du centre de l'univers à sa place banale de planète parmi d'autres. Du coup, l'homme passe d'un monde clos à l'univers infini.

    Par la même occasion, la conception fixiste d'Aristote est battue en brèche, rendant pensable la notion même de mouvement, de changement des mentalités, et de révolution scientifique. Désormais, c'est le mouvement qui est naturel. Galilée déverouille tout le Moyen-Age, et pas seulement du point de vue scientifique. L'Eglise ne s'y trompa point. L'immobilité était sagesse, stabilité, respect des traditions et des anciens. Elle  devient immobilisme, stagnation, routine. Qui n'avance pas recule, le progrès comme la croissance : de l'économie, de la population, de la consommation d'énergie, est l'état stable et normal. La croissance économique doit continuer, sans but, sans que plus personne n'en attende une vie meilleure. Mais elle doit se poursuivre, sous peine d'écroulement du système.

    Tant que l'univers est infini, les courbes de croissance peuvent se poursuivre sans crainte de rencontrer de barrières. Mais nous savons désormais que notre terre est close. Nous voilà dans la situation du prisonnier, confiné dans son espace, qui a connaissance de l'univers infini, sans pouvoir en jouir, ni l'exploiter.

    La croissance économique, basée sur les produits matériels, apparaissant limitée par les ressources de la terre, on invente la croissance virtuelle de l'économie financière. On a cru alors, avoir repoussé les limites du monde matériel en développant une activité qui s'entretient elle-même par création de produits dérivés qui se dérivent eux-mêmes à l'infini, puis se dispersent en ayant perdu leurs racines et leur raison d'être.

    Patatras, tout retombe dans l'inconsistance d'une croissance qui s'entretenait de sa propre inertie, sans reposer sur un point d'appui qui la soutienne fermement. Se pose-t-on la question de la croissance pour la croissance, de l'épuisement des ressources naturelles ? Parfois, mais de manière accessoire. Il s'agit d'abord de retrouver la bonne courbe, celle qui doit reprendre sa course vers le haut en ignorant le mur qui se rapproche de plus en plus. Notre Président est l'incarnation de ce point matériel abandonné à lui-même qui croit être maître de son mouvement quand il ne fait que suivre son principe d'inertie. Comme le dit Malakine, (dans un autre contexte : celui de la réforme des universités) "On retrouve également son obsession du bougisme, la réforme pour la réforme, l'action pour la posture volontarisme, la polémique comme preuve du courage politique. Chez Sarkozy, une réforme n'est jamais une réponse à un problème identifié. Elle se justifie en elle-même"

    On ne reviendra pas à l'immobilité. D'ailleurs laquelle ? Il faut prendre en considération le force qui entretient ce mouvement. Car nous ne sommes pas un mobile circulant dans le vide, qui se suffit de son impulsion première. Notre mouvement consomme de la force et de l'énergie. Il s'agit maintenant de diminuer les frottements pour consommer moins, et récupérer les forces que nous consommons.

  • Branchez vous sur l'électricité du Sahara

     

    Sahara_satellite.jpg

    Le Sahara, c'est très grand, il n'y a pas grand monde et il y fait très chaud. Et puis ce n'est pas si loin. Voilà qui en fait peut être un bon candidat pour une centrale solaire gigantesque. 8,6 millions de Km², c'est plus de 15 fois la superfice de la France,  grillée par le soleil qui ne chauffe que les scorpions et les caravanes qui passent. On pourrait peut-être en tirer partie pour nous. Inépuisable, renouvelable et propre, c'est le soleil du Sahara. De savants calculs le prouvent : En théorie, un  morceau du Sahara de 90 000 Km², plus petit que le Portugal et un peu plus de 1% de sa superficie totale,  pourrait donner la même quantité d'électricité que les centrales électriques  du monde réunis. Un petit carré de 15500 km ² pourrait fournir de l'électricité pour l'Europe de 500 millions de personnes. C'est ce qu'affirme cet article de Time Magazine.

    L'énergie est là. Il ne reste plus qu'à l'exploiter. Ce qui n'est pas simple. Il semblerait que le meilleur système, toujours d'après Time, serait un processus intitulé CSP (Concentrating Solar Power) qui concentre la chaleur du soleil pour faire bouillir de l'eau et fonctionner des turbines électriques. De l'eau en plein Sahara, pas de problèmes !! Il suffit d'utiliser des zones du désert sous le niveau de la mer et d'amener l'eau de la mer dans ces dépressions pour les faire bouillir. Ca sent le projet fumeux (c'est le cas de le dire) d'un ingénieur survolté. Passons, et..

    Supposons que l'on ait résolu le problème de la fabrication d'électricité, il faut encore le transporter vers l'Europe. Tout ça coûterait très cher, sans doute à un prix de revient supérieur aux systèmes actuels. 465 Milliards de dollars dans les prochains 40 ans, nous dit-on. En fait, on n'en sait rien évidemment. Plus cher aujourd'hui, sans doute, mais propre, inépuisable et couvrant largement nos besoins. Ce qui en fait un sujet d'étude plus qu'intéressant. Comme le dit, l'un des promoteurs de cette idée : Il faut commencer, utiliser la méthode du Lego, pièce par pièce et montrer que cela peut être rentable.

     

  • La sortie de Dick Cheyney

    cheney.jpgPlus peut-être que George W Bush, c'est le vice président Cheney qui symbolisait une certaine arrogance stupide de l'administration qui quitte sans gloire la Maison Blanche.

    Dick Cheney s'en va en fauteuil roulant après s'être blessé en déménageant ses affaires. Tout un symbole


  • Sun et l'Open Source

    Un dossier complet sur ce sujet est paru sur silicon.fr. Le virage de Sun (mon employeur) vers une stratégie Open Source est maintenant quasiment achevé. De Solaris à MySQL, en passant par Java et OpenOffice, c'est toute une palette de technologies qui est ainsi disponible. Un succès d'estime, pour l'instant. On en espère que cette stratégie débouchera sur un modèle business convaincant.