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René de Beauregard - Page 2

  • L'affaire Benalla

    Comme disent les américains "it's not the crime, it's the cover up". Comme ces gens ne sont sans doute pas complètement idiots, j’imagine que sur une affaire qui sort, il y en a neuf autres que l’on réussit à étouffer. Il reste à savoir si celle qui sort ne fait pas encore plus de dégâts que les neuf autres si elles avaient été découvertes.

    En attendant, je lis les commentaires des lecteurs, autant que la relation des journalistes. La population commentante se partage entre ceux qui écrivent qu’on donne beaucoup trop de place à cette affaire : après tout, il n’a fait qu’aider la police alors que des casseurs les agressaient. Il y a ceux qui détestent Macron et en profitent pour déverser leur bile. Il y en a, comme moi, qui ne s’étonnent pas. Le système est tel que le Président de la 5ème République ne peut pas résister à l’ivresse d’un pouvoir presque sans limites. Un pouvoir presque sans limites sur l’accessoire : les nominations, la vie de cour, la tambouille politicienne, les lois qu’on fait voter, le pouvoir de commander. Un pouvoir presque sans aucune prise sur l’essentiel : l’économie, l’Europe, les États-Unis qui nous humilient, les Russes qui nous méprisent, les Chinois qui nous ignorent. J’ai déjà écrit que Macron allait forcément être emporté par cette ivresse. Élu à moins de quarante ans, laissant tous les autres sur place, créant un nouveau parti à sa botte en moins d’un an, loué par toute la presse française et internationale, il n’était pas possible qu’il résiste. Et forcément, il pense qu’il est le meilleur, qu’il va faire les réformes que tous les autres n’ont pas osé faire, qu’en cinq ans, il va transformer le pays. Il ne connait plus ses limites.

    Et puis il y a d’autres commentateurs, de moins en moins rares. Ils commencent à se pose la question du vrai rôle de ce Benalla. Et l’on va vite penser qu’il est étrange qu’un jeune homme de 26 ans, sans qualité particulière ait pu prendre une telle place dans la vie du Président de la République. Comme, on s’étonne in petto de ce couple étrange avec sa femme de vingt ans de plus que lui. Il n’y a plus qu’un petit pas à franchir pour spéculer sur une liaison homosexuelle.

  • Marc-Aurèle et les chrétiens

    Michel Onfray rappelle avec justesse que « les chrétiens qui sont alors une secte, vivent de façon incivique en refusant de se comporter en citoyen de la cité terrestre en se préférant citoyens de la cité céleste. L'objection de conscience, le refus de porter les armes, de sacrifier aux dieux civiques de la cité romaine, de saluer l'empereur lors des cérémonies publiques, tout cela met en péril l'être et la continuité de l'Empire. Voilà pourquoi Marc-Aurèle se montre sévère avec les chrétiens. »

    Où l’on constate une fois de plus que lorsque l’on prend sa religion au sérieux, on la place bien au-dessus des lois contingentes du temps et de l’endroit où l’on se retrouve par hasard et pour si peu de temps.

  • Champion du monde

    On gagne en étant dominé dans tous les compartiments du jeu. Les Croates ont joué à la française pour perdre à la fin. On touche à peine le ballon et on met quatre buts. Je préfère gagner comme ça que perdre à Séville ou à Azincourt. Crécy 1346, Poitiers 1356, Azincourt 1415. 70 ans après, on n’a toujours rien appris, et on se fait écraser à peu près dans les mêmes conditions alors qu’on est à chaque fois, deux fois, voire trois fois plus nombreux que les Angalis. À un moment, il faut arrêter de charger comme des imbéciles et réfléchir un petit peu. Si Didier Deschamps a un mérite, c’est bien d’ignorer les partisans du beau jeu qui perdent à la fin. De toute façon, on a fait aussi de très beaux matchs.

  • La bêtise de Clémentine Autain

    Mon Dieu, qu’elle est bête ! J’écoutais par hasard Gautier Bès sur France Culture. Il débattait avec Irène Théry et Clémentine Autain. Alors qu’il argumentait sur les nouvelles relations dans le couple, il a fallu que cette Clémentine lui lance « c’était mieux avant avec les femmes qui restaient à la maison à élever les enfants ». Juste parce que c’est l’image du réactionnaire catholique qu’elle ne parvient même pas à tempérer en écoutant ce qu’il a à dire. On a là une illustration parfaitement pure de l’échec de la gauche à comprendre que le monde a changé, que les vieilles revendications de hausse de salaire, d’évolution sociétale, sont devenues complètement obsolètes. Ils continuent à penser en termes de taux de croissance, de part de PIB à répartir. Ils ne comprennent rien aux années qui viennent. Tout comme la droite macronniste d’ailleurs.

    Il s’agit d’inventer complètement autre chose. C’est ce que tente de faire ces écologistes intégraux. Je crois bien que je vais finir par m’abonner à leur revue : http://revuelimite.fr/la-revue

  • Les écrits politiques de Roger Caillois

    Je ne savais même pas qu’ils existaient. Mais comme je suis sorti déjeuner à l’extérieur, il a bien fallu que j’achète un journal. Les couvertures du Point sont mieux faites que celles de ses concurrents. Comme d’habitude, je fulmine devant les éditoriaux. Mais je dois admettre que c’est la première fois que l’article de Pierre Antoine Delhommais n’est pas complètement stupide. Il nous rappelle – on le savait déjà, mais peut-être pas les ravis lecteurs du Point – que la mondialisation et le progrès ne sont pas un phénomène immatériel, dans les nuages, virtuels, écologiquement correct. Car si l’on peut commander à toute heure du jour et de la nuit, un repas chaud qui arrivera dans la demi-heure, c’est non seulement parce que l’on peut passer sa commande sur Internet, mais aussi, qu’il y a des cuisiniers pour réchauffer le plat préparé et des livreurs qui pédalent pour les livrer. Il rappelle aussi que les énergies dites propres ne le sont que chez nous. Car véhicule électrique, hybride, panneau solaire, sont consommateurs de métaux rares (indium, germanium, etc..) dont l’extraction déverse des tonnes d’acide dans les fleuves chinois ou péruviens. Mais, ce n’est pas grave, on ne voit pas cette pollution. On roule en Tesla ou en Smart en centre-ville, on laisse les éoliennes chez les ploucs et les mines de métaux rares dans les autres continents. Chez nous on interdit l’extraction du gaz de schiste, on préfère l’acheter chez les autres.

    Je n’ai toujours pas parlé de Roger Caillois. Tout ce que j’en sais est le souvenir d’un passage à Apostrophes. Il parlait de son livre sur les pierres qui s’appelle « Pierres ». Bof ! Qui a envie de lire des poèmes sur les pierres ?

    Mais, j’apprends qu’il a aussi écrit sur la politique. Voilà ce que je retiens de l’article de Mathieu Bock-Côté (mais comment fait-il, celui-là, pour produire autant ?). Nos sociétés aseptisées, en proie au principe de précaution, à la censure généralisée de tout écart verbal ou de conduite ne peut pas satisfaire les caractères forts. Même pour quelqu’un d’aussi passif, pacifique et résigné que moi, il y a des jours où on a des envies de meurtre. L’armée et la religion étaient là pour canaliser ces tempéraments passionnés, soit par la promesse de combats héroïques ou alors par le dépouillement des attaches terrestres et charnelles. Il y avait encore un peu de place pour ceux qui ne supportent pas le monde des affaires, des boulots inutiles et des remboursements de crédit.

    Il n’est pas sûr que l’on puisse encore rêver d’épopée au sein d’une armée technique, de drones et de caméras embarquées. Il reste la religion. Ce n’est plus la catholique ; elle ne supporte plus le fanatisme à la Saint Bernard. On ne s’étonne pas alors de l’attraction jihadiste.

    Toujours dans le Point, la chronique de BHL sur Claude Lanzmann. Mais pourquoi ce BHL s’obstine-t-il à se vouloir la référence en bien-pensance ? C’est un bon écrivain. Je me souviens de son livre avec l’histoire des faux jumeaux. C’était plutôt bien construit. Aurait-il volé l’idée ? Peut-être, on l’accuse de tellement de choses. En tous cas, son hommage à Claude Lanzmann me donne envie de lire le lièvre de Patagonie.

    Dans le même numéro, une interview de Virginie Calmels sur 4 pages. Virginie qui ?

  • En même temps

    On n’en peut plus de cette expression. Il parait que Macron en abusait durant sa campagne, que ça lui permettait de satisfaire tout le monde, droite, gauche et centre. Depuis, ça lui colle à la peau sans qu’on l’ait jamais entendu la répéter.

    Pourtant, il est difficile de ne pas buter sur cette expression, souligné par un ton de voix ou mis en italique dans une chronique. Signe de paresse, de connivence qui ne fait plus rire personne, clin d’œil lourdingue de faux initié, je ne supporte plus ce tic de langage.

  • Une critique de Telerama

    À propos d’un livre et d’un écrivain que je ne connais pas, mais la critique est tellement prétentieuse et sans aucun sens que je me donne la plaisir de la recopier ici :

    «Avec ce livre rempli d'échos et de réverbérations, de craquements et de soupirs retenus, Christian Oster poursuit en finesse sa quête du vide, ce trop-plein quotidien», écrivait-on dans Télérama à propos de Rouler.

    La quête du vide, ce trop-plein quotidien !

  • Pierre Manent

    Moins connu que le précédent (Marcel Gauchet) , moins célébré en tous cas. J’ai lu son histoire intellectuelle du libéralisme pendant mes études de philo. Comme je regardais la chaîne de Natacha Polony, je suis tombé sur un entretien entre lui et Coralie Delaume. J’en retiens une réflexion : alors qu’il se trouvait aux États-Unis pour un débat avec un « neo conservateur », celui-ci lui disait que le problème de l’Europe est qu’elle n’avait plus de volonté, qu’elle avait renoncé à agir. Alors que les américains, croyaient toujours au pouvoir de la volonté et de l’action.

    Remarque tout à fait juste, mais encore trop optimiste pour l’Europe. On voit ça avec l’affaire de la dénonciation du traité de contrôle des armements nucléaires iraniens. Trump déchire les engagements de son pays et enjoint aussitôt tous les autres d’en faire de même, de cesser tout commerce avec l’Iran sous peine de lourdes sanctions financières. Que fait l’Europe ? Car, en l’occurrence, il ne s’agit pas de volonté, du désir d’agir sur les événements, mais seulement de se défendre. Il n’est pas question d’offensive mais de préservation de ses intérêts dans un cas de figure où il est évident que les États-Unis outrepassent leur droit, et le droit tout court. Eh bien, même dans ce cas de figure, l’Europe et la France s’apprêtent à capituler. Ce n’est même pas une question de croire à la volonté, c’est l’abandon en rase campagne au moindre froncement de sourcil du protecteur américain. Nous sommes un protectorat, dans le sens colonial du terme, sans même être assuré de la protection américaine au sens militaire.

  • Marcel Gauchet

    Décidément, je n’arrive pas à comprendre le prestige dont il jouit. Il est vrai que je n’ai jamais lu aucun de ses livres, juste quelques entretiens. À chaque fois, je suis frappé par son incohérence. Par exemple, ceci :

    « Je ne suis pas d’accord cependant avec la manière extensive dont Régis Debray manie le concept de « sacré ». Elle me semble plus analogique que rigoureuse. Il y a « sacré », au sens strict, là où il y a matérialisation de l’au-delà dans l’ici-bas. Il y a en ce sens des lieux sacrés, des objets sacrés, des personnes sacrées. Ce qui les fait tels, c’est d’être habités par une présence tangible du surnaturel dépassant leur réalité naturelle. Mais toute réalité supérieure qui vient s’incarner dans un lieu, un objet ou une personne n’est pas forcément d’ordre religieux. »

    Jusque-là, tout va bien, ou presque. Il n’est pas d’accord avec la définition de Régis Debray tout en la reprenant à son compte. Mais, peu importe ; sa définition du sacré est cohérente. Il poursuit :

    « Après, la confusion vient du télescopage entre cette sacralité et la disposition humaine au sacrifice. Serait « sacré » tout ce pourquoi on est prêt à se sacrifier. De nouveau, c’est un abus de mots : il y a des sacrifices qui n’ont rien de sacré, qui se produisent en dehors de toute justification hétéronome – nous pouvons nous sacrifier pour notre pays, pour nos proches, tout en sachant que notre adhésion est purement rationnelle ou subjective. L’abnégation sacrificielle peut être religieuse comme elle peut être « laïque ». Au lieu d’user du concept de sacré de manière indiscriminée, parlons d’une disposition humaine générale à préférer autre chose à soi-même, dont le religieux a été un véhicule majeur, mais qui est indépendante de lui et qui est destinée à lui survivre. »

    Il prétend qu’il y a des sacrifices qui n’ont rien de sacré, se font sans aucune justification hétéronome, tout en donnant pour exemple, le sacrifice pour la patrie ; ce qui est justement l’exemple typique d’une cause qui nous dépasse. Puis il conclut en reprenant une distinction – cette fois-ci pertinente – entre le sacré et le religieux, puisque le religieux est une expression du sacré, mais pas la seule.

  • Villes anglaises

    La première fois, on ne remarque rien. Justement parce qu’il n’y a rien. Rien qui signale qu’on arrive en ville. À Cambridge, à Ely, à Peterborough, il n’y a rien à l’entrée de la ville. Rien c’est-à-dire qu’on ne traverse pas ces horribles zones commerciales qui assiègent chacune de nos villes petites, moyennes et grandes. On se rend compte alors comment la France a été ravagée par ces enseignes, non seulement d’un point de vue économique mais surtout blessée profondément dans son environnement esthétique. J’en viens à haïr encore plus les supers marchés où pourtant, je me rends régulièrement.

    En Angleterre, ce que j’en ai vu, on arrive en ville quand on commence à voir des maisons, quelques immeubles et des feux rouges. Ils ont des systèmes de « Park and Ride » partout où l’on est passé. Ce sont des parkings à l’entrée des villes et des navettes qui vous amènent en centre-ville, tous les quarts d’heure, parfois toutes les dix minutes. Du coup les villes ont un centre vivant, avec des commerces, des pubs et des gens qui y vivent.

  • La marquise découvre l'amour

    Les confidences de la marquise de Merteuil sur sa découverte de l’amour. Un délice d'espièglerie, d'intelligence et de perversité.

    « Je sentis que le seul homme avec qui je pouvais parler sur cet objet sans me compromettre, était mon confesseur. Aussitôt je pris mon parti ; je surmontai ma petite honte ; et me vantant d’une faute que je n’avais pas commise, je m’accusai d’avoir fait tout ce que font les femmes. Ce fut mon expression ; mais en parlant ainsi, je ne savais, en vérité, quelle idée j’exprimais. Mon espoir ne fut ni tout à fait trompé, ni entièrement rempli ; la crainte de me trahir m’empêchait de m’éclairer : mais le bon Père me fit le mal si grand, que j’en conclus que le plaisir devait être extrême ; et au désir de le connaître, succéda celui de le goûter. 

    Je ne sais où ce désir m’aurait conduite ; et alors dénuée d’expérience, peut-être une seule occasion m’eût perdue : heureusement pour moi, ma mère m’annonça peu de jours après que j’allais me marier ; sur-le-champ la certitude de savoir éteignit ma curiosité, et j’arrivai vierge entre les bras de M. de Merteuil.

    J’attendais avec sécurité le moment qui devait m’instruire, et j’eus besoin de réflexion pour montrer de l’embarras et de la crainte. Cette première nuit, dont on se fait pour l’ordinaire une idée si cruelle ou si douce, ne me présentait qu’une occasion d’expérience : douleur et plaisir, j’observai tout exactement, et ne voyais dans ces diverses sensations, que des faits à recueillir et à méditer. Ce genre d’étude parvint bientôt à me plaire : mais fidèle à mes principes, et sentant, peut-être par instinct, que nul ne devait être plus loin de ma confiance que mon mari, je résolus, par cela seul que j’étais sensible, de me montrer impassible à ses yeux. Cette froideur apparente fut par la suite le fondement inébranlable de son aveugle confiance ; j’y joignis, par une seconde réflexion, l’air d’étourderie qu’autorisait mon âge ; et jamais il ne me jugea plus enfant que dans les moments où je jouais avec plus d’audace. »

  • Il se suicide à 104 ans

    David Goodall est un scientifique australien. Il se porte bien, n’a pas de maladie chronique, mais il estime qu’il n’a plus la qualité de vie suffisante pour la prolonger. Après une tentative de suicide ratée en début d’année, il avait demandé aux autorités australiennes de bénéficier d’un suicide assisté. Mais devant leur refus, il avait été contraint de voyager jusqu’en Suisse, où plusieurs fondations offrent ce service. «J’aurais préféré terminer en Australie et je regrette vraiment que l’Australie soit en retard sur la Suisse» en matière de droit à mourir, avait-il expliqué devant les journalistes mercredi dans un hôtel de Bâle. C’est la fondation suisse Eternal Spirit qui a accepté de l’aider à se donner la mort.

    Eternal Spirit avait mis à sa disposition un appartement où le centenaire a pu être entouré de ses petits-enfants et d’un ami jusqu’à ses derniers instants. «Je ne veux plus continuer à vivre», avait-il répété la veille devant les médias, affirmant n’avoir aucune hésitation. Pour montrer qu’il ne ressentait pas de tristesse, ni de regret de quitter la scène, il s’était mis à chanter, d’une voix encore forte, un extrait en allemand de l’Hymne à la joie de la 9e symphonie de Beethoven, sa musique préférée, une performance saluée par des applaudissements.

    Jeudi, après un dernier repas avec sa famille –fish and chips et cheesecake, ses plats préférés – il s’est allongé et un assistant a placé une intraveineuse dans son bras. Mais conformément à la législation suisse, c’est le centenaire qui a lui-même ouvert la valve pour libérer le produit létal à base de pentobarbital de sodium, un sédatif puissant qui à forte dose stoppe les battements du cœur.

    Selon le Dr. Nitschke, M. Goodall a souhaité que son corps soit donné à la médecine, ou bien, en cas de refus, que ses cendres soient dispersées localement. Il a demandé qu’il n’y ait aucune cérémonie après son décès. Devant le vif intérêt suscité par son cas, des dizaines de journalistes du monde entier étaient présents mercredi à Bâle, le scientifique a dit espérer que cela aurait pour effet de pousser l’Australie et d’autres pays à revoir leur législation. L’aide au suicide est illégale dans la plupart des pays. Elle était totalement interdite en Australie jusqu’à ce que l’État de Victoria légalise l’année dernière la mort assistée. Mais cette législation, qui ne rentrera en vigueur qu’en juin 2019, ne concerne que les patients en phase terminale avec une espérance de vie de moins de six mois.

    En Suisse en revanche, la loi stipule que toute personne en bonne santé mentale et qui a depuis un certain temps exprimé le souhait constant de mettre un terme à sa vie, peut demander ce qu’on appelle la mort volontaire assistée, ou MVA. Exit International et Eternal Spirit exhortent tous les pays à suivre l’exemple de la Suisse afin de permettre aux gens de choisir de mourir «dans la dignité». «C’est un droit humain d’être en capacité pour un adulte rationnel de prendre une telle décision», a estimé le Dr. Nitschke.

    Cette histoire m’a fait frissonner toute la journée et une bonne partie de la nuit. Je n‘ai jamais pensé à la mort avec une telle intensité. Si bien que je me retenais de m’endormir de peur que ce soit la dernière fois. Tout, dans cette histoire, (et il y en aura d’autres) annonce que la mort va devenir de plus en plus un « service », payant bien entendu. Puisque la « fondation » en question, avec ce nom ridicule d’Eternal Spirit doit tarifer sa « prestation » à un niveau plus que confortable pour elle. Il ne s’agit que de fournir la seringue, le produit chimique et le dernier repas en famille. Tout ça au milieu des applaudissements des badauds qui saluent le « courage » du futur défunt. Naturellement, on parle de mort dans la dignité, du droit de choisir sa fin de vie. Mais chacun ressent bien que ce droit se transforme doucement en devoir, qu’il faut suivre l’exemple de ces précurseurs. Quand on s’approche du bout, il faut dégager la place, et le faire proprement, en chantant.

    Ce n’est pas que ma vie soit si réussie que je tienne à la prolonger, mais dès aujourd’hui, je suis épouvanté par la pression sociale qui s’appesantit pour inciter à raccourcir le temps de « l’inutilité ».

  • Infanticide dans des tribus brésiliennes

    Certaines tribus brésiliennes pratiquent l’infanticide à l’égard d’enfants handicapés, ou même de jumeaux ; ils sont censés porter malheur. Des anthropologues considèrent que nous n’avons pas à légiférer ni à sanctionner de telles coutumes. En effet, ces tribus ont toujours été maltraitées voire exterminées au nom de notre prétendue civilisation. C’est toujours au nom de ce prétexte que nous avons voulu leur imposer notre mode de vie. Et l’on sait quelles en ont été les conséquences tragiques pour beaucoup d’entre elles. De quel droit se mêler de leurs coutumes ? Qu’est ce qui justifie notre prétendue supériorité morale ? D’ailleurs, si les enfants handicapés sont tués, c’est parce qu’ils ne peuvent pas survivre dans un environnement trop hostile pour eux. Les garder en vie menacerait la survie de la tribu toute entière. L’État a-t-il le droit d'interférer dans des traditions semblant inhumaines au monde extérieur, mais qui ont permis, depuis le fond des âges, la survie  collective dans un environnement hostile? Même si la technique moderne permettrait de les sauver, introduire dans leur univers symbolique une solution possible à un problème par des moyens autres que ceux sous contrôle de leurs pratiques traditionnelles revient à déséquilibrer leur culture, à remettre en cause leurs croyances, à blesser peut-être mortellement une civilisation.

    Que l’on puisse aujourd’hui se poser ce genre de question montre bien à quel point nous ne croyons plus à nos valeurs, au point que nous les considérions comme valables dans un environnement donné, mais inapplicable à d’autres contextes. On est bien loin d’une déclaration universelle des droits de l’homme.

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  • Philosophie de l'impôt

    J’en avais lu un compte-rendu dans le Figaro. L’auteur Philippe Nemo y défendait une position de principe par rapport au taux de prélèvement obligatoire qu’il estimait confiscatoire. J’avais haussé les épaules sans vouloir aller plus loin. Encore un ultra libéral. (On est forcément ULTRA libéral). Un autre compte-rendu, beaucoup plus complet, paru sur l’excellent site Actu-philosophia (http://www.actu-philosophia.com/Philippe-Nemo-Philosophie-de-l-impot) m’a fait changer d’avis.

    En effet le commentaire de Thibaut Gress soulève d’emblée la question fondamentale de l’ouvrage. Sur quelle évidence se base l’équivalence quotidiennement proclamée entre l’impôt et la justice sociale ? Qu’est ce qui justifie que les plus riches paient plus ? Est-ce si évident ? En interrogeant une évidence, un fait acquis et en cherchant à en dévoiler les fondements, Philippe Nemo fait une œuvre véritable de philosophe. Et quelles que soient ses positions par rapport à ce sujet, le fait de poser la question est entièrement légitime. Il interroge un consensus, une routine de pensée et d’expressions. En quoi l’impôt est-il justifié ? À quoi sert-il ? Comment le répartir ?

    Car dans le contexte mondialisé tel qu’on le connait, à l’intérieur d’une Union Européenne qui circonscrit de plus en plus les politiques nationales, il ne reste plus guère que la fiscalité comme outil de pilotage économique du pays. Et encore ! Car la loi de finances elle-même est examinée et validée par la commission de Bruxelles à partir de critères que l’on ne discute plus.

    Philippe Nemo n’hésite pas à affirmer qu’il existe des théories fausses sur l’impôt, qui ont toutes en commun d’affirmer qu’il est d’intérêt général d’assurer la justice sociale en réduisant les inégalités par le prélèvement fiscal. « Elles écartent donc le problème moral que pose en elle-même la confiscation. Et elles présupposent que l’égalité est désirable par soi. » Passons sur le terme « confiscation » qui fait polémique. Néanmoins, il est clair que la balance entre une certaine redistribution au nom de la justice sociale et une non moins certaine ponction n’est jamais vraiment remise en cause. Ou si elle l’est c’est au nom de l’efficacité économique, de l’exil fiscal et des paradis qui vont avec, jamais au nom de la liberté de disposer de ses revenus.

    Parler de « justice sociale » revient à faire comme si la « spoliation » d’autrui ne posait aucun problème moral et comme si « l’égalité était désirable en soi, indépendamment du niveau absolu de richesses atteint par chaque citoyen. Sur ces bases, on entend fonder une fiscalité qui sera uniquement destinée à appauvrir une partie de la population pour en enrichir une autre. » Nous sommes ici au cœur du problème : derrière les évidences de notre époque se joue une évidence morale, axiologique même, jugeant qu’il va de soi, qu’il est bon de faire de l’égalité un principe inconditionné, et mauvais voire immoral de douter de cette affirmation.

  • Les souvenirs de Léon Daudet

    Il a connu toutes les célébrités de l’époque, en politique comme en littérature. On le connait pour ses portraits, ses mots, et ses duels. Aussi pour son rôle au côté de Charles Maurras. Et c’est toute la troisième République qui revit. Une époque qui s’éloigne de plus en plus. Les injures volaient et cela ne se terminait pas au tribunal, mais sur le pré. Parfois, cela tenait du suicide. A l’occasion du scandale du Panama, Déroulède attaque ainsi Clemenceau : «Ce complaisant dévoué et cet infatigable intermédiaire, si actif et si dangereux, vous le connaissez tous; son nom est sur toutes les lèvres, mais pas un de vous ne le nommerait, car il est trois choses en lui que vous redoutez: son épée, son pistolet, sa langue. Eh bien moi, je brave les trois et je le nomme: c'est monsieur Clemenceau.» Les conditions du duel furent fixées ainsi : les adversaires se tiendraient à 25 pas et auraient six balles à tirer. Connaissant l’habileté de Clemenceau, tout le monde pensait que Déroulède y resterait. Cependant, les deux en sortirent vivants sans une seule blessure. C’est dire néanmoins, le degré de violence de cette époque. Le sens de l’honneur était exacerbé, et il n’était pas question de se dégonfler. Même un être aussi pacifique que Proust ne dérogeait pas. Léon Daudet raconte comment il s’est cru offenser par un éventuel adversaire qui l’aurait taillé en pièces. Heureusement, la conciliation put se faire et d’ailleurs l’homme en question n’avait nullement eu l’intention d’offenser Proust qui, comme nous le confirme Daudet, n’avait rien d’un spadassin.

    Mais aussi, paradoxalement, on y voit des ennemis irréductibles qui se parlent, qui dialoguent, qui dînent ensemble. Au lendemain du « J’accuse », Daudet et son ami Georges Hugo vont rendre visite à Zola. Et selon Daudet, celui-ci les reçut fort aimablement en les assurant de la traîtrise de Paty de Clam. Cela n’empêchera pas Daudet de couvrir d’insulte l’auteur du fameux article, d’en faire un portrait haineux, jusqu’à dénigrer son physique. Une autre fois, toujours pendant l’affaire, fut organisé un dîner où tout Paris était, dreyfusards et antidreyfusards, réunis pour une soirée où l’on s’était promis de ne pas en parler. Eh bien, la soirée ne se termina pas comme le fameux dessin de Caran d’Ache, mais le plus tardivement, alcooliquement et pacifiquement du monde.

  • L'affaire Skripal

    C’était la ridicule affaire Skripal où l’on accuse la Russie d’avoir tenté d’empoisonner un ex-espion. C’est un produit d’origine russe, donc c’est la Russie, donc c’est Poutine lui-même qui en a donné l’ordre. On se demande pourquoi il n’a pas laissé de carte de visite. Tous les membres de l’OTAN ont décrété la culpabilité de Poutine, la presse également sans attendre les résultats de l’enquête. On apprend au compte-goutte que « les chercheurs du laboratoire britannique de Porton Down ont reconnu ne pas être en mesure d'établir le pays d'où provenait l'agent innervant utilisé dans cette tentative d'assassinat » Tout ceci ne prouve rien, ni dans un sens ni dans un autre. En tout cas, rien ne justifiait l’hystérie anti-russe qui a suivi avec expulsions de diplomates par plusieurs dizaines de pays occidentaux. La Russie a répliqué en expulsant exactement le même nombre de personnel des diverses ambassades ou consulat à Moscou et Saint Pétersbourg. Ce brouhaha n’a guère d’importance, et on suppose que les diplomates en question reviendront à leurs postes dans quelques mois.

    Par contre, ce qui se passe en Syrie est beaucoup plus grave. On accuse pour la nième fois Assad d’avoir gazé la population. Bizarrement, à chaque fois que le régime gagne une bataille, qu’il récupère un territoire, il ne pourrait pas d‘empêcher de ponctuer sa victoire par un bombardement au gaz. Il est vraiment trop bête. À chaque fois, les russes fermeraient les yeux, quand ils n’encourageraient pas le crime. Car bombarder à l’explosif est toléré mais pas le gaz. C’est une ligne rouge. Donc, « la communauté internationale », c’est-à-dire l’OTAN proclame qu’elle ne va pas laisser ce crime impuni. Trump envoie des tweets imbéciles et prévenant le monde entier et les russes que ses beaux missiles vont bientôt arriver. Et Macron fait savoir qu’il est en contact direct avec lui, qu’il a les moyens de riposter tout seul, qu’il ne se dégonflera pas comme Hollande la fois précédente.

    On sent que ça les démange. Une bonne guerre que l’on est sûr de gagner, pour en finir avec la Russie qui a le culot de ne pas s’aplatir devant l’OTAN. Une bonne guerre pour montrer à la Chine qui est le plus fort. Une bonne guerre où l’on bombarde de loin, avec le maximum de destruction chez l’adversaire, et le maximum de contrats pour reconstruire.

    Je ne sais pas comment tout ça va finir. Obama avait suffisamment d’autorité pour résister aux va-t-en-guerre. Trump a sans doute bien envie de prouver qu’il ne doit rien aux Russes et qu’il n’a pas peur de leur rentrer dedans. Le plus écœurant est de lire ou d’entendre toute la propagande des roquets de la presse qui relaie sans aucune précaution toute l’hystérie anti-russe.

  • Facebook Cambridge Analytica

    Facebook est de nouveau sur la sellette à la suite de l’exploitation politique de quelques 50 millions de comptes au profit de l’équipe de campagne de Trump. Passons sur la nième tentative d’invalidation de l’élection de Trump. L’affaire paraît beaucoup plus sérieuse que l’affaire de l’influence russe. On sait que les milieux corrects américains n’ont toujours pas admis que Trump ait pu être élu par le peuple américain. Il leur faut absolument une cause extérieure, un complot, des influences, des « fake news ».

    Quel est, cette fois-ci, le véritable impact de cette analyse des comptes Facebook débouchant sur l’envoi de publicités ciblées ? Ce qui importe est que Facebook ne se contente pas de vendre ses données à des fins de publicité commerciale, mais n’a pas hésité à le faire dans le domaine politique. Si la définition de la démagogie est exacte, il s’agit de promettre aux gens ce qu’ils souhaitent. Avec Facebook, on le sait de mieux en mieux. Plutôt qu’un discours destiné à tous, où l’on espère convaincre la majorité, on livre à chacun ce qu’il a envie d’entendre même si c’est contraire au message envoyé à d’autres qui ont d’autres désirs.

    Ce qui est acceptable pour une publicité commerciale, c’est-à-dire essayer de coller au mieux aux désirs individuels et variés de chacun, dévoie gravement la démocratie censée proposer une direction commune et partagée.

    J’attends sans impatience la réaction de Mark Zuckerberg. Comme d’habitude, il va répondre qu’il prend très au sérieux la protection des données individuelles et qu’il est conscient du rôle important joué par sa plate-forme dans la vie des gens. « Ils travaillent jour et nuit pour obtenir tous les faits et prendre les mesures appropriées pour aller de l’avant, parce qu’ils comprennent la gravité de la question ». Ils vont essayer de faire porter le chapeau à Cambridge Analytica en expliquant qu’ils ont été trompés. Les conditions générales seront un peu amendées et ils espèrent que tout repartira comme avant, comme à chaque fois, comme d’habitude. C’était déjà le cas lorsque j’ai quitté l’application, il y a quelques années. J’en avais assez des fausses excuses et des vœux pieux.

    Compte tenu de l’appétence des divers services de surveillance pour les données personnelles, et de l’avantage stratégique que donnent aux États-Unis, le contrôle des divers réseaux sociaux, je doute que l’affaire aille beaucoup plus loin. Il faudra que le mouvement vienne des gens eux-mêmes. Seront-ils assez choqués pour fermer leur compte ? Plus probablement, il ne se passera rien. Chacun ayant pris conscience que le vote « démocratique » n’est plus qu’un simulacre, haussera les épaules, maugréera un peu et s’abstiendra encore plus. Après tout c’est ce que souhaitent les oligarchies.

  • Guy Dupré

    Un écrivain secret, mort dans la discrétion après une œuvre plus que mince. Un livre tous les 20 ans. Il a été salué comme il convient par quelques « happy few ». J’en avais entendu parler par Stalker. Du coup, je relis ses « Manœuvres d’automne ». Il m’était tombé des mains, la première fois. Cette fois-ci, je m’accroche. Il fait très « grand écrivain ». Pas une phrase qui paraisse naturelle. Ce sont des espèces de souvenirs, de rencontres. Il s’intéresse à des deuxièmes couteaux, des personnages connus mais qui n’ont jamais accédé au premier rang. Sunsiaré de Larcône, Maurice Rostand, le général Weygand, les Barrès fils et petit-fils. Des fils de, des comparses, des chefs d’état-major. Il y a de longues pages sur Weygand dont les origines mystérieuses paraissent le fasciner. Lui-même avait une grand-mère japonaise. Il déchiffre une même origine asiatique sur le visage de cire du vieux général déchu. «Je n'ai jamais aimé les hommes hommes. C'est pourquoi je recherchais une forme de fraternité élective auprès d'expatriés de leur propre sexe ou de leur propre naissance comme Maurice Rostand et Maxime Weygand; de parias ou bâtards du patriotisme comme le colonel Henry et le capitaine Dreyfus, le capitaine Claude Barrès et le colonel Jean Bastien-Thiry; d'immigrés de l'intérieur comme le cathare Abellio ou d'étranges «malappris» comme le Céphalonien Albert Cohen»

    Je survole ces pages sans réel intérêt. L’index des noms propres comporte au moins une centaine de noms. Une espèce de bottin demi-mondain.

    Une citation surnage : « Au seul Trio respectable selon Charles Baudelaire, le prêtre, le guerrier, le poète – «Savoir, tuer et créer» –, nous substituerions un composé résineux des trois. Comprendre; faire disparaître des écrans intérieurs le son des célébrités de la chanson du jour; attendre pour écrire de pouvoir écrire des ouvrages qui réjouissent le cœur des hommes et des femmes de la région des Égaux. Prêtre, soldat, poète, il ne suffisait plus d’avoir une cuillère dans chacun des trois pots, il faudrait savoir les remuer toutes en même temps. Dans le bleu des soirs d’Île-de-France pareil au bleu de Prusse des matins d’exécution, je chercherais longtemps encore le secret de conduite qui permet de lier la douceur sans quoi la vie est peu de chose au déchaînement intérieur sans quoi la vie n’est rien.»

  • Pourquoi sommes-nous carnivores ?

    Dans le compte-rendu d’un livre « l’homme boucher » de la philosophe Coline Salaris :

    « Pour l’auteure, l’homme a décidé de pérenniser sa consommation de viande, car il accepte et éprouve une forme de satisfaction à la mise à mort de l’animal, en ce qu’elle confirme la différence tant recherchée entre humanité et animalité. »

    Puis, plus loin :

    « Le silence qui entoure la mise à mort est, comme on dit, révélateur. L’alimentation carnée n’est en effet pas envisagée comme une activité meurtrière : la viande n’a jamais été que de la viande ; l’animal dont elle provient n’a jamais été un individu que l’on peut se représenter ; son existence est nulle et non avenue. (p. 358) »

    Il faudrait savoir. Soit on est satisfait de la mise à mort de l’animal et alors on ne la cache pas. Soit on la cache, et alors c’est qu’on en a un peu honte et que c’est bien de la viande que l’on pense manger, non l’animal. De toute façon le refus de penser et de voir la mise à mort de l’animal est très récent. Dans les fermes, j’ai encore connu l’abattage du cochon, l’égorgement des volailles ou le lapin assommé avant d’être dépouillé. Chacun voyait bien, savait bien, que la viande qu’il allait manger était d’un animal qu’il avait connu vivant quelques minutes plus tôt. Et le tueur était souvent celui ou celle qui soignait l’animal jusqu’à la veille de sa fin.

  • Ce n'est plus Carmen qu'on assassine, ou plutôt si

    L’homme surnuméraire de Patrice Jean me paraissait un peu trop facile dans la caricature. Clément, romancier sans œuvre employé par les éditions Gilbert Langlois, doit en quelque sorte positiver. La littérature ne devant attenter ni à la morale ni au moral des troupes, la collection « Littérature humaniste » publiera les classiques, expurgés de leurs « infectes idées ». C’est donc l’emploi que ce désœuvré finira par trouver. « Il suffit de couper, dans une œuvre, les morceaux qui heurtent trop la dignité de l’homme, le sens du progrès, la cause des femmes ». La collection aura beaucoup de succès. On s’attendrait à ce que les puristes de la littérature s’évanouissent qu’on ose toucher aux chefs d’œuvre. Mais non, l’adaptation à l’air du temps est approuvée, applaudie. Dans le roman. On se rassure en pensant que ça n’arrivera jamais. Et pourtant…

    C’est fait, non pas dans le livre mais dans l’opéra qui en est tiré : Carmen. Par décret directorial du théâtre de Florence, le metteur en scène Léo Muscato a décidé de modifier la fin tragique de la belle cigarettière gitane.

    En effet, selon le directeur directif et de progrès du Teatro del Maggio: «à notre époque, marquée par le fléau des violences faites aux femmes, il est inconcevable qu'on applaudisse le meurtre de l'une d'elles». Léo Moscato, a également transposé le récit dans un camp de Roms des années 80 occupé illégalement par des forces de l'ordre en tenues antiémeutes: «Carmen, qui travaille dans une manufacture de cigarettes voisine du camp, est soumise aux coups de matraque répétés de Don José, un policier irascible et violent».

    Suite du Carmen Gate

    Puisque c’est comme ça qu’on nomme les scandales, vrais ou faux. Visiblement l’opéra de Florence a fait un bon coup de publicité. Plusieurs articles relatent l’affaire et surtout il n’y a plus une place libre pour assister à cette nouvelle version.

    Mais le plus savoureux est dans le pétard mouillé ou plutôt enrayé de la première représentation : "Alors que Carmen brandissait le pistolet en direction de José, celui-ci s’est enrayé et n'a déclenché aucune détonation. Le public attendait certes un dénouement inédit, mais pas celui-là. L’hilarité est allée crescendo quand José a dû faire mine d’être blessé pour s'effondrer. Inutile de dire que la salle n'a pas été tendre avec l'équipe de production au rideau final."