18.04.2008
Histoires de pirates, et d'antennes
L'histoire du Ponant nous remémore que les pirates n'ont jamais vraiment disparu. L'enlèvement contre rançon a toujours fait partie de leur activité. Cette bande de minables prête à tout est sans doute plus proche de la réalité, que la légende romanesque qui nous fait tant rêver.
C'est L'île au trésor de Stevenson qui est en bonne part à la source de cet imaginaire, et c'est sur l'île des perroquets que nous allons débarquer aujourd'hui. Ce livre de Robert Margerit est jugé par Hubert Juin comme l'égal des plus grands romans de mer, ceux de Stevenson ou de Conrad.
Le jeune Antoine, paysan du Limousin, est très épris de la jeune Marion. Un soir enfin, au bord d'un étang, elle se donne à lui. C'est le lendemain qu'on la retrouvera noyée dans l'étang, la veste d'Antoine oubliée l'accuse de viol et de meurtre. L'innocent torturé avoue tout ce que l'on veut mais réussit à s'évader. Il traverse la France pour échouer sur une plage où une bande de pirates le recueille.
C'est le début de l'aventure et le meilleur du livre qui suit. A bord du Walrus, le vaisseau du capitaine Flint, Antoine apprend le métier. Le vocabulaire marin a ceci de magique qu'il forme en lui-même son propre monde et dépayse par l'initiation qu'il requiert. Robert Margerit y est à son meilleur lors de ces traversées.
Arrive alors que Flint rompt le pacte des pirates et se voit envoyée la fameuse Marque Noire qui signe la mutinerie de l'équipage assoifé quand lui-même s'était réservé quelques tonneaux pour son propre compte. Pourchassé par des frégates anglaises, le Walrus, désormais commandé en second par Antoine, échoue au bord de lîle des perroquets. Par une manoeuvre hardie, il réussit à tromper les deux frégates qui croyant canonner le Walrus, se coulent mutuellement dans le brouillard qui protège la fuite des pirates.
Mais Flint avait garder des fidèles qui le libèrent de ses fers. Le voilà de nouveau le maître. Les mutins subissent le pire des punitions de la loi pirate. Ils sont débarqués sans aucune ressource sur l'île des perroquets. Ils réussissent à survivre et commencent à fabriquer un navire avec les reste des épaves. Quand un soir, une centaine de "sauvages" débarquent sur l'île pour une cérémonie initiatique qui se termine par un festin des restes de ceux qui n'auront pas été jugés dignes de l'épreuve. Nos pirates se voient déjà finir dans une marmite, tant les traces d'une présence impie ne peut échapper aux sauvages. C'est alors que dans la panique, ils découvrent la grotte qui les cachera, fera leur fortune et leur malheur. Car le trésor est là, le mythique trésor de Morgan.
Riches, ils se retrouvent aux Antilles espagnoles où ils ne savent que faire de leur richesse. Ils s'ennuient, et nous aussi. Le livre aurait pu se terminer là, mais il y aura un épilogue que je vous laisse découvrir par vous-mêmes.
Flint, la marque noire, une île au trésor, on est en plein mythe du pirate tel que l'a créé Stevenson. Je ne suis pas sûr que Margerit l'égale. Peut-être est-ce une question d'âge car on ne lit pas à 50 ans comme à 14. Mais je n'ai pas revécu la terreur de Jim Hawkins lorsque l'aveugle Pew lui tord le bras à l'auberge "L'amiral Benbow" au début du roman de Stevenson. Ni lorsque Long John Silver que l'on croyait abattu lance un couteau en pleine poitrine de son compagnon.
Les pirates de Margerit sont un peu trop gentils. Ils font grâce à Flint lorqu'ils lui envoient la marque noire. Et Flint lui-même ne les fait pas pendre lorsqu'il reprend le contrôle de son brick. Lorsqu'ils découvrent le trésor, ils ne s'entretuent pas, mais le partagent en parts égales sans qu'aucun d'entre eux ne cherchent à s'emparer de celle des autres. On aurait aimé que le souvenir de Marion, de sa mort idiote, de la condamnation injuste qui s'ensuivit mettent sous tension les aventures d'Antoine et nourissent sa vengeance. Mais non, et d'ailleurs Antoine finira sa vie grâce quelques restes du trésor investis bourgeoisement dans la ferme de ses vieux jours.
Robert Margerit est un écrivain, mort en 1988, déjà oublié sans avoir été connu. C'est pourtant de lui que Julien Gracq, qui s'y connaissait un peu, voyait dans son Mont-Dragon le roman le plus inspiré de l’époque. SOn île des perroquets est un exercice de style, presque un pastiche, un peu trop travaillé pour vraiment convaincre. On y trouve un plaisir délicat mais non l'âpre férocité des pirates de Stevenson.
C'est grâce à lui, en tous cas que j'ai décodé ce sonnet de José-Maria de Hérédia proposé par Albertine, il y a quelques semaines :
Les conquérants
Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal,
Fatigués de porter leurs misères hautaines,
De Palos de Morguer, routiers et capitaines
Partaient, ivres d'un rêve héroïque et brutal.
Ils allaient conquérir le fabuleux métal
Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines,
Et les vents alizés inclinaient leurs antennes
Aux bords mystérieux du monde Occidental.
Chaque mois, espérant des lendemains épiques,
L'azur phosphorescent de la mer des Tropiques
Enchantait leur sommeil d'un mirage doré ;
Ou penchés à l'avant des blanches caravelles,
Ils regardaient monter en un ciel ignoré
Du fond de l'Océan des étoiles nouvelles.
Ce sont des conquérants, conquistadores, autre race avide enivrée par l'or du Pérou. Un or qui remplit les gallions pourchassés par d'autres pirates qui enterreront ce trésor dans lîle des perroquets.
J'aime le premier quatrain par ce gerfaut, rapace inconnu par ailleurs. Au charnier natal répond le rêve brutal : ces aventuriers ne feront pas de quartier.
Les misères hautaines évoquent irrésistiblement "misaine" et le mât qui porte cet attribut ; nous voilà embarqués par ces rimes en 'taine" à la recherche de l'or des mines de Cipango. Cipango ou Cipangu, est le nom que donnait Marco Polo aux îles du Japon. Christophe Colomb croyait découvrir l'Inde, peut-être en dépassant Cipangu sur sa route : la géographie était bien vague à l'époque. Les conquistadores devaient mieux la connaître. Croyaient-ils débarquer encore à Cipangu ?
Mais ce sont ces antennes inclinées par le vent qui m'intriguaient. Que viennent faire des antennes dans ce voyage ? C'est à l'antenne radio-électrique que l'on pense aujourd'hui, ou l'antenne de certains insectes. Hérédia les auraient-ils placées là, faute de mieux, juste pour la rime en "taine" ? Ce serait d'un mauvais poète et me gachait un peu le sonnet.
C'est en lisant lîle des perroquets que j'eus la solution. On y retrouve des antennes lors des manoeuvres du Walrus.

N'étant pas marin, j'ignorais que l'antenne est une "vergue des voiles latines, très longue, mince aux deux extrémités, hissée obliquement au mât.
Sur les grands voiliers, ces vergues sont toujours longues, formées de plusieurs pièces d'assemblage, et assez minces aux deux extrémités ; l'une de ses extrémités s'apique tout bas, et l'autre est relevée à l'arrière du mât. C'est à peu près aux deux cinquièmes de l'antenne que la drisse est frappée ; à partir de ce point, la partie qui se relève est plus longue.
La partie basse s'appelle le quart, la partie haute la penne" : Définition trouvée dans le lexique de marine ancienne sur mandragore.net
L'antenne a donc bien sa place dans le sonnet de Hérédia. Il se termine moins bien que les deux quatrains. Les deux derniers tercets sont bien médiocres. C'est que l'aventure comme l'amour est excitante tant que l'on court après. La possession déçoit toujours comme un "mirage doré".
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07.04.2008
Du côté de chez Saint-Simon
Prenez la Nationale 12 qui vous emmène de Paris à Rennes et même au delà, jusqu'à Brest. Après une centaine de kilomètres, c'est là, un peu à l'écart de la Nationale, entre Verneuil Sur Avre et Mortagne au Perche que Saint-Simon écrivait ses Mémoires, à la Ferté-Vidame. Ca fait des années que je prends cette route, sans jamais avoir fait le détour, ayant toujours entendu parler de ruines sans intérêt.
Les voilà ces ruines. De loin en venant de la forêt, on aperçoit un énorme Colisée, mais ce n'est plus qu'une façade, et ce n'est pas le château de Saint-Simon.
Son château fut détruit pour être remplacé par un autre bâtiment dont il ne reste que ces ruines. Un nouveau château que l'on doit à Jean-Joseph de Laborde, bourgeois richissime qui aspirait à la noblesse. Mauvais choix puisqu'il finit guillotiné en 1794. Entre les deux, il avait du revendre La Ferté-Vidame au Duc de Penthièvre, petit fils de Louis XIV et de Madame de Montespan par son père le Comte de Toulouse
Que d'humiliations posthumes pour Saint-Simon de voir sa demeure abattue pour être reprise par un financier. Et surtout la rage que ce Duc de Penthièvre, un descendant de la bâtardise tant abhorrée vienne occuper les lieux. C'est la passion de la pureté de son sang, de la défense des privilèges de son duché pairie qui est le carburant de ses Mémoires. S'il n'y avait que cela, on s'y ennuierait plutôt mais heureusement il y a aussi cette autre passion de l'observation des caractères, des manoeuvres, de la "carte" de la cour de Louis XIV. Et la haine de ses ennemis, les usurpateurs, les bâtards, qui prennent toutes les places jusqu'à s'approcher du pouvoir et même de la couronne.

Tout cela est oublié, ruiné définitivement lorsque la Révolution arrive et que le château de la Ferté-Vidame est saccagé. Il ne reste plus rien alors de Saint-Simon : pas de descendant, son château reconstruit puis ruiné, sa tombe profanée. Personne n'a connaissance de ses Mémoires.
Il ne faudra pourtant plus très longtemps pour qu'on y reconnaisse celui qui sous l'apparat de Versailles a capturé pour toujours un fond du caractère français. La Cour ! Le Roi ! Monsieur le Président de la République ! son aristocratie toujours vivante ( ce n'est plus la même ), ses manoeuvres, ses intrigues, ses favoris, ses disgrâces, ses coteries. Rien de plus français, tout ça, et pas prêt de tomber en ruines.

Photos de l'auteur ( Nokia 6280 )
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28.03.2008
Max Weber à l'Elysée
Sur Internet, il faut nager à contre courant, c'est une question d'hygiène. Comme Nicolas Sarkozy va remonter la vague des sondages, grâce à - sublime, forcément sublime – Carla, il est urgent de rappeler ce qu'en disait Max Weber ( 1864-1920 ). Le célèbre sociologue allemand était aussi prophète à sa façon.
"En effet, bien que, ou plutôt parce que la puissance est le moyen inévitable de la politique, et qu'en conséquence le désir de pouvoir est une de ses forces motrices, il ne peut y avoir de caricature plus ruineuse de la politique que celle du matamore qui joue avec le pouvoir à la manière d'un parvenu, ou encore Narcisse vaniteux de son pouvoir, bref tout adorateur du pouvoir comme tel. Certes le simple politicien de la puissance, à qui l'on porte aussi chez nous un culte plein de ferveur, peut faire grand effet, mais tout cela se perd dans le vide et dans l'absurde. Ceux qui critiquent la « politique de puissance » ont entièrement raison sur ce point. Le soudain effondrement moral de certains représentants typiques de cette attitude nous a permis d'être les témoins de la faiblesse et de l'impuissance qui se dissimulent derrière certains gestes pleins d'arrogance, mais parfaitement vides. Une pareille politique n'est jamais que le produit d'un esprit blasé, souverainement superficiel et médiocre, fermé à toute signification de la vie humaine ; rien n'est d'ailleurs plus éloigné de la conscience du tragique qu'on trouve dans toute action et tout particulièrement dans l'action politique que cette mentalité" ( Politische Schriften )
C'est en prenant le sillage de DirtyDenys que je cite Max Weber pour faire le point sur notre Président. La très brillante note de Denys nous montre que la pensée de Max Weber irrigue au delà du domaine traditionnel de la sociologie, en nous peignant un Philippe Lucas (ex-entraîneur de Laure Manaudou), naguère seul maître à bord de son centre d'entraînement, mais n'ayant plus barre sur sa nageuse vedette, et devenuchef charismatique qui perd la tête.
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La donna é mobile
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12.11.2007
Show me the way to the next whisky bar
Well, show me the way
To the next whisky bar
Oh, don't ask why
Oh, don't ask why
For if we don't find
The next whisky bar
I tell you we must die
I tell you we must die
I tell you, I tell you
I tell you we must die
Oh, moon of Alabama
We now must say goodbye
We've lost our good old mama
And must have whisky, oh, you know why
Well, show me the way
To the next little girl
Oh, don't ask why
Oh, don't ask why
For if we don't find
The next little girl
I tell you we must die
I tell you we must die
I tell you, I tell you
I tell you we must die
Oh, moon of Alabama...
Alabama Song, la chanson de Kurt Weill et Bertold Brecht reprise par les Doors en 1967 avait déjà 40 ans. Elle paraît avoir été écrite pour les Fitzgerald. Zelda naquit à Montgomery en Alabama. On retrouve cette chanson de nouveau 40 ans plus tard sous la forme du roman de Gilles Leroy ( Prix Goncourt ) qui en porte le titre. Et c'est la même histoire de whisky et de petites filles. J'ai été attiré par ce livre grâce à la chronique de François Busnel dans l'Express :
"Souvenez-vous, la rumeur a couru tout l'été: Sarkozy raflera le prix Goncourt. Eh bien, c'est fait! Mais pas vraiment comme on s'y attendait. Certes, les jurés Goncourt ont eu la bonne idée de contrer dès sa parution l'exercice de courtisanerie littéraire de Yasmina Reza, L'Aube le soir ou la nuit (Flammarion), récit d'une année passée à côtoyer le futur président. Exit Sarkozy? Non. Car en couronnant Alabama Song (Mercure de France), de Gilles Leroy (dont L'Express a dit tout le bien que l'on pouvait en penser dans cette chronique le 11 octobre dernier), ils consacrent les valeurs mêmes du sarkozysme triomphant: en effet, Fitzgerald (héros de ce Goncourt 2007) est bel et bien la figure qui obsède notre président, des fastes mondains qu'il orchestra aux ruptures sentimentales qu'il vécut. "
Sarkozy en Fitzgerald, c'est un peu fort. Voilà qui m'intriguait et m'a fait découvrir le livre de Gilles Leroy. Merci à François Busnel. Pour le reste, c'est à se demander si on a lu le même livre. Parce que la fête, les dollars et le bling-bling n'y sont évoqués qu'avec l'amertune d'une vaincue. C'est de Zelda dont il s'agit dans ces souvenirs imaginaires de la rencontre, la vie et la mort des Fitzgerald. En voici quelques brillants, qui ne sont pas en toc, assurément. Et c'est le style qui fait l'oeuvre :
"L'uniforme de chez Brooks était d'une propreté irréprochable, la pliure du pantalon laissait imaginer bien du talent. On nous payait des fortunes pour des publicités où tout notre effort consistait à arriver à l'heure, dessoülés, souriants et propres. C'est nous qui avons inventé la célébrité et surtout son commerce.
Les roues côté abîme semblaient perdre contact avec le bitume - mais moi, quelle adhérence avais-je encore avec ce monde ? Et pour ceux qui ont perdu l'amour, le spectacle des amants est une torture qu'ils nient en crachant dessus ou en s'en moquant. Vous n'êtes pas mariée ma jeune dame. Vous avez signé un contrat publicitaire.
Puis ce gros lard est entré dans notre vie. L'amateur de corridas et de sensations fortes. Zelda, voici Lewis. Lewis O'Connor ( Mais pourquoi ne s'appellet-il pas Hemingway ? ) L'écrivaillon aime saisir les couilles du taureau... Ca doit l'impressionner, ou l''exciter, lui qui n'en a pas. A moins qu'il ne préfère les couilles du torero, qui sont tout de même celles que l'on voit le mieux, ensachés dans la culotte moulante, or et rose.
Je suis enfermée derrière deux capitons : celui des murs de l'asile, et celui de ma graisse.
L'homme délicat, si tatillon naguère et doué d'un odorat soupçonneux, s'accomode aujourd'hui des bras de n'importe quelle grognasse à l'encolure cerné de gris. Les hommes : d'eux mêmes, ils disent qu'ils sont "tourmentés", et c'est si élégant, si romantique, le signe de leur distinction supérieure. De nous, à peine nous déraillons, ils disent que nous sommes hystériques, schizophréniques - bonnes à enfermer, c'est sûr.
La seule hygiène de vie qui vaille, c'est l'excès, l'extrême. C'est se consumer avec panache en donnant tout de soi."
Les Fitzgerald furent les premières rock stars, et comme Jim Morrison et bien d'autres, ils tombèrent dans le panneau qu'ils avaient eux-mêmes tendu. Vivre à l'excès est le cliché le plus répandu chez des artistes. Un cliché qui se prolonge jusqu'à aujourd'hui, dans le désir de "choquer le bourgeois", un bourgeois qui lit les caprices de Britney Spears dans Closer chez son coiffeur. C'est que la vie artistique se doit d'être en rupture avec le ronron des gens ordinaires. Une tradition qui n'est pas si ancienne et que l'on peut dater des Scènes de la Vie de Bohème dont Puccini tirera son opéra. La préface de ce livre vaut une lecture, en donnant toutes les clés d'une attitude encore contemporaine :
"Beaucoup de jeunes gens ont pris au sérieux les déclamations faites à propos des artistes et des poëtes malheureux. Les noms de Gilbert, de Malfilâtre, de Chatterton, de Moreau, ont été trop souvent, trop imprudemment, et surtout trop inutilement jetés en l’air. On a fait de la tombe de ces infortunés une chaire du haut de laquelle on prêchait le martyre de l’art et de la poésie.
Adieu, trop inféconde terre,
Fléaux humains, soleil glacé !
Comme un fantôme solitaire,
Inaperçu j’aurai passé.Ce chant désespéré de Victor Escousse, asphyxié par l’orgueil que lui avait inoculé un triomphe factice, est devenu un certain temps la Marseillaise des volontaires de l’art, qui allaient s’inscrire au martyrologe de la médiocrité.
Car toutes ces funèbres apothéoses, ce Requiem louangeur, ayant tout l’attrait de l’abîme pour les esprits faibles et les vanités ambitieuses, beaucoup, subissant cette fatale attraction, ont pensé que la fatalité était la moitié du génie ; beaucoup ont rêvé ce lit d’hôpital où mourut Gilbert, espérant qu’ils y deviendraient poëtes comme il le devint un quart d’heure avant de mourir, et croyant que c’était là une étape obligée pour arriver à la gloire."
On ne sait plus qui sont ces Gilbert, Malfiâtre et Victor Escousse. Mais on sait bien comment la défonce reste un ingrédient obligatoire pour tous ceux qui rêvent de célébrité. On y voit une espèce de passage obligé, de l'incompréhension de l'artiste incompris avant une gloire reconnue. L'audace, la nouveauté, la créativité doivent elles être d'abord incomprises ? Oui car c'est souvent le signe de l'originalité. Oui, mais pas trop longtemps, car alors il ne reste plus que l'épate stérile.
On reconnait une oeuvre quand nous lisons cette phrase où tous les mots sont à leur place, des phrases qui s'enchaînent sans couture pour exprimer une idée ou développer une intrigue. Et nous voyons ce tableau qui révèle ce que nous n'aurions jamais vu sans lui. La musique ne ressemble à rien de la nature, et fait pourtant résonner tout un jeu d'émotions et de sensations. Toute oeuvre d'art frôle une certaine perfection qui paraît donnée. Elle doit pour cela cacher tous ses essais, ses gommages et ses ratés. L'échafaudage doit être démonté. Un échafaudage que nous ne voyons pas mais que nous sommes bien incapables de reconstituer quand nous essayons à notre tour de créer une oeuvre. Si d'aventure nous y parvenions, nous serions encore les seuls à ne pas en jouir. Nous verrions toujours l'effort d'une création imparfaite là où le public ignorant de nos coups de pinceaux voit le tableau fini. Le magicien concentré sur la réussite de son truc est le seul à ne pas voir la table flotter dans l'air. Il s'inquiète de la solidité de ses ficelles. Dieu s'ennuie qui ne peut s'émerveiller de rien.
Notre échec à produire de telles oeuvres paraît lié à la platitude du quotidien. Si nous sommes impuissants c'est de rester dans la norme et le réglement, pour ne pas dire l'embrigadement de tous les sens. Sortir de son quotidien est très facile : le whisky, la drogue et le sexe en sont des moyens très surs. Il semblerait alors que ces deux mondes communiquent et vivent en symbiose. Pas de création sans déréglements qui sont eux-mêmes source de l'oeuvre. On ne s'étonnera pas que cette image soit née en même temps qu'un romantisme tardif, qui célèbre l'artiste inspiré des dieux, rompant avec tous les carcans du classicisme et ne se fie qu'à son propre génie. Il vole sans effort de ses ailes de géant, plane au dessus du médiocre de nos vies condammnées à la chaîne de la production économique. C'est à ce moment là que s'est imposée l'image de l'artiste qui n'a pas d'horaires, pas de patrons et n'a de comptes à rendre à personne.
Fitzgerald fut une star qui finît mal. Un cliché qui perdure aujourd'hui dans le domaine musical principalement. C'est que de tous les arts, la musique est le plus immédiat. La littérature comme la peinture ne sont pas accessibles dans l'instant. Pour les goûter pleinement, il faut passer par une phase de déchiffrement qui s'apparente à la reconstruction de l'échafaudage qui a permis la construction de l'oeuvre. Celui-ci ne peut pas être entièrement caché. Nous avons des pensées et nous voyons le monde. Leurs représentations artistiques ne nous sont pas totalement incompréhensibles. Il n'y a pas de musique dans la nature. Pourtant et à cause de ça, une musique nous parvient instantanément sans aucune médiation ni explication. La musique est un art proprement extra-terrestre où il n'y a rien à comprendre et tout à jouir. Une musique contemporaine intellectualisée et construite n'attire d'ailleurs que certains érudits capables de déchiffrer ces hiéroglyphes sonores. Il n'est pas étonnant que les musiciens populaires aient conservé leur statut d'idoles.
L'idole et son "grand style" est censé dépasser le lot commun par une vie libérée de toutes nos contraintes. "Sex and drugs and rock'n roll". On a oublié money, qui est le plus important, car c'est bien sûr cet hommage à la vie la plus bourgeoise qui constitue le fond d'une telle attitude. Le roman de Gilles Leroy raconte cette épopée truquée dès le départ, de la célébrité et de son commerce. Car tout se vole ici : "Tu sais, Bébé, on la vendra bien mieux ta nouvelle, si mon nom apparaît. Le patron du magazine y tient. Il offre une rallonge de cinq cents dollars si je signe avec toi". C'est Scott Fitzgerald qui pompe les oeuvres de Zelda. Et lui même se fera sucer ( dans tous les sens du terme ) par ce Lewis O'Connor alias Ernest Hemingway. Tout ça finira par l'écriture à la chaîne de scénarios hollywoodiens qui ne seront jamais tournés.
Zelda vivait et voyait l'envers du décor. Mais elle n'a jamais été considéré par son mari comme une véritable artiste. L'aurait-elle été qu'il ne lui aurait pas laissé sa chance. Traitée comme une groupie elle avait juste le droit d'aller picoler backstage. On ne peut pas s'empêcher de penser au destin parallèle et plus proche de nous de Marianne Faithful qui fut la petite amie de Mick Jagger pendant quelques années. Le temps de plonger dans l'héroïne et de se faire dépecer. Il a fallu qu'elle menace les Stones d'un procès pour que les droits de "Sister Morphine" lui soit reversés. Une sister morphine qui lui finançait son héroïne lors des années d'addiction. C'est bien plus tard que son nom fut enfin crédité sur les enregistrements des Stones.
Que reste-t-il de Fitzgerald alors au delà du bling-bling ? Qui croirait que Cioran eut pu s'intéresser à lui ? Ce n'est ni Gatsby, ni Tendre est la nuit qui l'intéresse. Ce n'est pas le succès, mais la cassure, Crack Up : une série d'articles autobiographiques où Fitzgerald décrit sa faillite. Un texte qui semble démontrer que Fitzgerald n'était pas dupe de la comédie du succès et de la déchéance si communément jouée aujourd'hui. Gilles Leroy a écrit le Crack Up de Zelda.
Nous voilà bien loin de Sarkozy qui n'apparaît ne savoir que se vautrer dans le succès. Mais qui sait vraiment ?
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06.04.2007
Faire aimer lire
Vous me lirez tous les soirs un article dans Le dictionnaire égoïste de la littérature française.
Ca commence par les adverbes et les adjectifs. Sujet verbe complément, voilà la phrase idéale. Le français , c'est le verbe. Il soutient toute la phrase sans besoin de rajouter des béquilles en forme d'adjectif ou d'adverbe. Ah, les adverbes en ment, interdit. J'eus l'audace de demander pourquoi l'on ne devait pas utiliser ces adverbes puisqu'ils appartenaient à la langue. Ce sont les règles du style, et c'est tout ce que mon prof de Français a pu répondre. L'auteur de notre dictionnaire, Charles Dantzig, défend cette règle. C'est aussitôt pour nous citer des écrivains qui la violent avec bonheur. Connaissez des règles, respectez les si vous voulez, et si vous les enfreignez, sachez le faire avec talent.
900 pages plus loin, Voltaire. Qui lit Voltaire à part les lycéens ? Dantzig défend Voltaire, il veut nous le faire aimer, et il y parvient. On ne juge Voltaire que sur 5% de son oeuvre. Quelques contes, un peu de correspondance, "Le siècle de Lous XIV" peut-être, et c'est tout. Avec Charles Dantzig, on a envie d'essayer le reste. Instinctivement, je n'aime pas Voltaire. Trop malin, trop rusé, trop facile, trop riche. C'est l'homme qui s'en tire toujours, il tient sa liberté de son argent, c'est tellement plus simple de ne rien devoir à personne. Et pourtant, après la bataille, il écrit "Le poème de Fontenoy", le déclame devant le Roi et conclut : "Trajan est-il content ? " Louis XV en Trajan ! On dirait du Jack Lang ! On ne demandait pas à Louis XV de gagner les batailles, il y a des généraux pour ça, mais d'être un peu Roi. Il aurait dû prendre exemple sur son arrière-grand-père Louis XIV qui savait y faire avec les écrivains. Voyez comment il fit de Racine son historiographe et son adorateur. On raconte que Racine ne se remit jamais de la gaffe qu'il fit en se moquant de Scarron devant le Roi. Scarron, le premier mari de Mme de Maintenon ! Louis XIV lui tourna le dos, et le pauvre Racine mourut de dépit quelques mois plus tard sans avoir jamais pu revoir le Roi.
Avec Voltaire, Lous XV avait un historiographe qui valait bien Racine et Boileau, et aussi bon courtisan. Sa gloire était assurée. Mais non, il était tellement bête. Il se crut obliger de l'exiler. C'est Voltaire, qui désormais sera le Roi d'Europe à sa cour de Ferney. La France n'aura plus de grands Rois, ils étaient partis à l'Est avec un Frédéric II qui saura manoeuvrer Voltaire à son avantage.
Alors que reste-t-il ? L'affaire Calas , il y en eut 10 autres, et Voltaire était toujours là pour combattre l'injustice. Je viens de redécouvrir ce passage du Traité sur la Tolérance :
« Il ne faut pas un grand art, une éloquence bien recherchée, pour prouver que des chrétiens doivent se tolérer les uns les autres. Je vais plus loin je vous dis qu’il faut regarder tous les hommes comme nos frères. Quoi ! mon frère le Turc ? mon frère le Chinois ? le Juif ? le Siamois ? Oui, sans doute ; ne sommes-nous pas tous enfants du même père, et créatures du même Dieu ? »
Que me reste-t-il de Voltaire après avoir tout oublié ? Les souvenirs scolaires : Candide, "il faut cultiver son propre jardin". Plus tard un jugement moral, trop rapide. Oublions les devoirs de classe et les préjugés. Après l'article de Charles Dantzig, je ne doute plus qu'il mérite d'être vraiment lu.
Entre les adverbes et Voltaire, on peut s'arrêter à la station Paul Morand. Je n'ai rien lu de lui. Si Voltaire m'agaçait, Paul Morand me révulse. Comment peut-on ouvrir un livre de cet ignoble combinard antisémite. Il n'a jamais pensé qu'à sa fortune (c'était celle de sa femme), et d'ailleurs Charles Dantzig ne nous cache rien de ses bassesses. Il réussit quand même à me donner envie d'en essayer quelques pages.
Charles Dantzig nous attire vers ceux qu'il aime, et je ne serai pas détourné de mes goûts par des jugements contraires au mien. Il n'aime pas les surréalistes. André Breton est traité de fils de gendarme qui fit honneur à son père. Pas une ligne sur Eluard ni sur René Char. Ca ne m'empêchera pas de continuer à les lire. Il met Proust au sommet mais est conscient que c'est un goût d'époque qui ne durera sans doute pas. C'est la première fois que l'on compare "La recherche du temps perdu" à L'astrée. C'est exactement ça. Pour moi Proust est totalement illisible, c'est un monde aussi étranger que cette histoire de berger au XVIIème siècle.
Quelle importance ? La France est le seul pays où l'on s'interroge sur ce qu'il FAUT aimer. Dantzig aime beaucoup sans s'occuper des réputations. Baudelaire, Montaigne, Rimbaud sont maltraités. Il a bien le droit. Quand il aime, on a envie d'aimer avec lui. Quand il n'aime pas, on aime quand même. Quel plus beau compliment peut-on faire à un critique. Mais ce n'est pas un critique, c'est un écrivain. "Hercule vécut au XIXème siècle sous le nom de Balzac", "Les romans de François Mauriac, au tableau !" Ah, il sait introduire. Et conclure. Mais justement c'est un des secrets de métier qu'il nous donne au passage. Ecrivez, puis ôtez les deux extrémités. On doit rentrer et sortir sans vestibule.
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28.03.2007
Ce cerisier inutile mais non pas absurde
Il paraît que les plantes à fleurs s'embellissent pour attirer les insectes pollinisateurs. Qui peut croire cette fable ? Ce ne serait de toutes fàçons qu'un sous-produit de cette beauté. Je reste persuadé que la question du pourquoi de la beauté n'est pas la bonne question. Et les réponses en terme d'utilité de la beauté des fleurs sont des fausses réponses à des fausses questions
Ce cerisier c'est la différence entre une résidence et une cité. Les cités portent souvent des noms de fleurs et d'une beauté qui en est exclue.
On peut imaginer un monde uniquement fonctionnel, sans aucune beauté. Mais serait-il vivable ? Je n'en suis pas si sûr et je n'ai pas envie de l'essayer.
J'ai pris ces photos le 16 mars dernier. Depuis je tourne autour de ces questions sans pouvoir y apporter de réponses. Je ne sais pas penser autrement qu'en pourquoi, à quoi ça me sert, et quelle est la fonction de cette beauté. Je suis complètement persuadé qu'elle est gratuite, et que pour autant elle n'est pas vide. Je n'ai toujours pas trouvé la bonne question ni la bonne réponse. Il faut probablement se contenter de la contempler, mais ma formation d'occidental ne m'y engage pas. Vieillissons donc encore un peu, puisque naguère, cette beauté m'était presque invisible.
En attendant, voici quelques images de ce voisin cerisier



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09.03.2007
Char et Camus
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René Char aurait 100 ans. Arte diffuse un film consacré à son action résistante dans les maquis du Vaucluse. Ce film sera disponible en DVD.
René Char et Albert Camus étaient amis. Je ne sais pas s'il faut résister à l'air du temps comme nous le propose Jean Daniel avec Camus. Mais Char et Camus sont le signe d'une exigence. Ca peut nous nettoyer du futur-ex "Je me fous de beaucoup de choses" Chirac
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08.10.2006
Revel et Aron
"Pour Jean-François Revel "
C'est le titre du livre que Pierre Boncenne consacre à l'un de mes maîtres. Angelo Rinaldi lui consacre un bel article dans Marianne. J'ai lu Jean-François Revel pendant ses années à l'Express. Le journal qu'il fit lorsqu'il en était le directeur n'a jamais été égalé. C'était à la fin des années Giscard, et donc la fin des années 70. Le quatuor d'éditorialistes était formé par lui-même, Raymond Aron, Max Gallo et Olivier Todd. Je ne crois pas que l'on ait jamais retrouvé une telle force de frappe intellectuelle et journalistique depuis ces années 70 à l'Express.
Revel et Aron
Kant est-il poète?
Mes années scolaires et universitaires furent un désert. Il n'y a aucun professeur dont je puisse me souvenir et qui m'ait appris quelque chose. Je me considère comme un autodidacte. Revel et Aron furent donc mes profs. Aron raconte qu'il passât une année entière à Normale Sup à lire et méditer les 3 critiques de Kant. Une fois cette épreuve passée, pendant longtemps il mesurait la difficulté d'un livre, par comparaison avec La critique de la raison pure. Qu'un esprit aussi aiguisé, et qui prouvât son génie par la suite, ait pu autant peiné à la lecture de ce monument m'a donné le courage de m'y attaquer. Je suis assez fier de pouvoir dire que je le finirai bientôt. Non, je n'ajouterai pas ici un commentaire supplémentaire à cette oeuvre. Je veux seulement témoigner, moi aussi, que rien ne vaut la lecture de l'original, et que tous les commentaires du monde ne remplacent pas cet effort, de faire les choses, et de penser, par soi-même.
On ne peut pas dire que Kant ait cherché à aérer sa démonstration par des images ou des comparaisons. Le sujet ne s'y prête pas, à chercher les conditions "a priori" de notre savoir. Et pourtant, lui aussi, quand il veut, peut être poète comme ce célèbre passage de la colombe:
« La colombe légère, lorsque, dans son libre vol, elle fend l’air dont elle sent la résistance, pourrait s’imaginer qu’elle réussirait bien mieux encore dans le vide. C’est justement ainsi que Platon quitta le monde sensible parce que ce monde oppose à l’entendement trop d’obstacles divers, et se risqua au-delà de ce monde, sur les ailes des idées, dans le vide de l’entendement pur. "
Cette métaphore de la colombe, et le bonheur de l'homme Raymond Aron, auraient pu figurer dans "Une anthologie de la poésie française" que fit paraître Jean-François Revel. Ils n'y sont pas. Cela n'aurait pas fait peur à Jean-François qui se moquait bien des conformismes. Dans cette anthologie, pas d'Aragon ni de Claudel. On ne s'en plaindra pas. Pas de Corneille, je le déplore.
Revel écrivit aussi un « Sur Proust » qui ne m'a toujours pas convaincu de l'intérêt de cet écrivain. Je tente, sans conviction, de m'intéresser périodiquement aux aventures des duchesses du Boulevatrd Saint Germain. J'ai le regret d'affirmer que leurs états d'âme me sont totalement indifférents.
De Revel à René Char
Où l'on rencontre à nouveau Heideggerr
Ainsi donc, Aron lisait « Sein und Zeit », au son des bombardements allemands. Il ne dit pas, dans ses mémoires, ce qu'il en a pensé. Etrangement, René Char et Heidegger se rencontrèrent dans les années 50, par l'intermédiaire de Jean Baufret. Heideggerr cherchait-il un certificat d'anti-nazisme auprès du résistant René Char? Ils partageaient l'admiration des anciens grecs et des pré-socratiques, en particulier d'Héraclite. L'un comme l'autre cherchait à se dégager de la philosophie classique, jusqu'à la destruction de celle-ci. La destruction étant à prendre ici au sens de Char : « Si tu détruis, que ce soit avec des outils nuptiaux ».
Revel, lui, « fut l'un des premiers à flairer le fumet de nazisme s'élevant du brouet heideggérien». Je n'ai pas suffisamment d'éléments pour trancher sur la polémique concernant Heidegger et sa complicité, voire plus, avec le nazisme. Pour être optimiste, on postulera que, pendant ces jours de rencontre avec René Char, Heidegger était « receleur de son contraire ».
Exercices d'admiration
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