28.03.2008

Max Weber à l'Elysée

Sur Internet, il faut nager à contre courant, c'est une question d'hygiène. Comme Nicolas Sarkozy va remonter la vague des sondages, grâce à - sublime, forcément sublime – Carla, il est urgent de rappeler ce qu'en disait Max Weber ( 1864-1920 ). Le célèbre sociologue allemand était aussi prophète à sa façon.

"En effet, bien que, ou plutôt parce que la puissance est le moyen inévitable de la politique, et qu'en conséquence le désir de pouvoir est une de ses forces motrices, il ne peut y avoir de caricature plus ruineuse de la politique que celle du matamore qui joue avec le pouvoir à la manière d'un parvenu, ou encore Narcisse vaniteux de son pouvoir, bref tout adorateur du pouvoir comme tel. Certes le simple politicien de la puissance, à qui l'on porte aussi chez nous un culte plein de ferveur, peut faire grand effet, mais tout cela se perd dans le vide et dans l'absurde. Ceux qui critiquent la « politique de puissance » ont entièrement raison sur ce point. Le soudain effondrement moral de certains représentants typiques de cette attitude nous a permis d'être les témoins de la faiblesse et de l'impuissance qui se dissimulent derrière certains gestes pleins d'arrogance, mais parfaitement vides. Une pareille politique n'est jamais que le produit d'un esprit blasé, souverainement superficiel et médiocre, fermé à toute signification de la vie humaine ; rien n'est d'ailleurs plus éloigné de la conscience du tragique qu'on trouve dans toute action et tout particulièrement dans l'action politique que cette mentalité" ( Politische Schriften )

C'est en prenant le sillage de DirtyDenys que je cite Max Weber pour faire le point sur notre Président. La très brillante note de Denys nous montre que la pensée de Max Weber irrigue au delà du domaine traditionnel de la sociologie, en nous peignant un Philippe Lucas (ex-entraîneur de Laure Manaudou), naguère seul maître à bord de son centre d'entraînement, mais n'ayant plus barre sur sa nageuse vedette, et devenuchef charismatique qui perd la tête.

07.03.2008

Caissière, ça mène à tout à condition d'en sortir

Acrimed, observatoire des médias, publie une étude formidable sur la manière dont les médias traitent de Anna Sam. Anna est caissière, et son blog : Les tribulations d'une caissière, s'est retrouvé propulsé en tête des classements.

« Une caissière fait recette grâce à un blog à succès » (20 minutes.fr, le 6 janvier)." C'est tout ce qui intéresse les médias, de la vie d'Anna. C'est le fait d'être devenue connue, presque une star, qui va publier un livre : une caissière qui sait écrire, et qui n'est plus caissière. Elle s'en est sortie, ce qui n'est pas le cas des 170 000 autres, dont le blog d'Anna décrit la vie quotidienne.

On s'intéresse à Anna pour ce qu'elle n'est plus. Le fond de ce qu'elle a vécu, ce qu'elle raconte n'a pas d'intérêt. Ce qui est intéressant, c'est l'ascension médiatique et sociale qu'elle symbolise.

On ne l'interroge pas sur les conditions de vie de toute une profession. Les salaires, les horaires, les petits chefs, les clients : bon d'accord, mais ce qui fait rêver c'est la belle histoire de celle qui aura eu le talent et sans doute un peu de chance pour en sortir. Car il s'agit d'en sortir et sûrement pas de se préoccuper des 170 000 autres qui n'ont pas cette belle histoire à raconter.

Mine de rien, l'histoire d'Anna en dit long sur les médias. Mais ils ne font que refléter la disparition de toute analyse sociale au profit de la montée en épingle de quelques réussites individuelles visibles.

03.03.2008

Deux découvertes en deux bonds : Jean-Claude Michéa, un discours de Bob Kennedy

Vagabondant sur des blogs, j'arrive chez Jean-Baptiste Rudelle qui publie peu mais bien. Il commente un livre de Jean-Claude Michéa, L'empire du moindre mal. Il y a deux heures encore, je ne connaissais pas l'auteur ni donc ce livre.

ab3bf25c3f7df188906714065facb7f7.jpegJean-Baptiste Rudelle en dégage une idée qui éclaire l'impasse actuelle de la Gauche. Conformément à ses traditions comme à ses convictions, la droite défend une politique de défense des intérêts privés et d'une fiscalité modérée contre une gauche plus favorable au renforcement de la place de l'Etat. Jusque là tout va bien. Mais l'affaire se gâte lorqu'il s'agit des questions d'immigration et de sécurité. La gauche "généreuse" qui défend une politique d'intégration et de régularisation "(ce qui ne peut qu’encourager de nouveaux candidats à l’immigration) défend objectivement les intérêts des plus riches." De même quand il s'agit de l'insécurité qui touche d'abord les quartiers populaires où la droite est très à l'aise pour préconiser une politique répressive contraire aux valeurs traditionnelles de la gauche mais qui peut séduire les habitants de ces quartiers, exaspérés par cette insécurité.

Bref, la Gauche est dans un cul-de-sac intellectuel. La Droite aussi d'ailleurs, mais elle s'en fiche. Droite comme Gauche sont dans la même impasse. Mais la Droite qui accepte le modèle actuel, ou s'y résigne, a l'avantage de défendre une politique d'adaptation à une réalité que chacun constate, quand la Gauche est dans l'impossibilité de choisir entre cette réalité qu'elle refuse et une alternative qu'elle n'a pas ( encore ?? ) conceptualisée.

Jean-Baptiste Rudelle m'avait déjà mis sur la piste du livre de Valérie Charolles : Libéralisme contre Capitalisme. Je n'ai pas eu à le regretter. Il est toujours temps de  le lire.

Je vais donc me procurer le livre de Jean-Claude Michéa qui semble éclairer quelques pistes. A la recherche d'autres références, voici une interview de Jean-Claude Michéa sur le site de Marianne, et cette citation magnifique de Bob Kennedy, extraite de L'empire du moindre mal :

 

 

Le 18 mars 1968, quelques semaines avant son assassinat, Bob Kennedy prononçait, à l'Université du Kansas, le discours suivant : « Notre PIB prend en compte, dans ses calculs, la pollution de l'air, la publicité pour le tabac et les courses des ambulances qui ramassent les blessés sur nos routes. Il comptabilise les systèmes de sécurité que nous installons pour protéger nos habitations et le coût des prisons où nous enfermons ceux qui réussissent à les forcer. Il intègre la destruction de nos forêts de séquoias ainsi que leur remplacement par un urbanisme tentaculaire et chaotique. Il comprend la production du napalm, des armes nucléaires et des voitures blindées de la police destinées à réprimer des émeutes dans nos villes. Il comptabilise la fabrication du fusil Whitman et du couteau Speck, ainsi que les programmes de télévision qui glorifient la violence dans le but de vendre les jouets correspondants à nos enfants. En revanche, le PIB ne tient pas compte de la santé de nos enfants, de la qualité de leur instruction, ni de la gaieté de leurs jeux. Il ne mesure pas la beauté de notre poésie ou la solidité de nos mariages. Il ne songe pas à évaluer la qualité de nos débats politiques ou l'intégrité de nos représentants. Il ne prend pas en considération notre courage, notre sagesse ou notre culture. Il ne dit rien de notre sens de la compassion ou du dévouement envers notre pays. En un mot, le PIB mesure tout, sauf ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue »Quarante ans après, on aurait évidemment le plus grand mal à trouver, en France, un(e) représentant(e) de la Gauche ou de l'Extrême gauche capable de formuler une critique aussi radicale de l'idéologie de la Croissance.

C'était ça aussi l'esprit de 1968...

Un bond chez Jean-Baptiste, un rebond à la mémoire de Bob Kennedy, c'est Internet comme je l'aime.

27.02.2008

Non, on ne peut pas tout dire sur son blog ( ou dans la presse )

Quand Nicolas Sarkozy traite de "pauvre con" un visiteur du Salon de l'Argriculture, il est dans un endroit public et dans l'exercice de ses fonctions ( si l'on peut dire ) . C'est une information, avérée, et d'ailleurs enregistrée et filmée. Une information qui n'est pas passionnante ni fondamentale, dont on peut préférer s'amuser, c'est mon cas, mais qui nous dit des choses sur le comportement et le caractère du chef de l'état.

Quand Nicolas Sarkozy envoit ou reçoit des SMS de son ex-épouse, c'est une conversation privée dont la teneur, quelle qu'elle soit,  n'a pas à être divulguée.

La distinction n'est pas toujours nette, s'agissant d'un personnage public, comme Nicolas Sarkozy, qui joue avec sa vie privée ( à ses dépens ).

En ce qui concerne Madame Noachovitch, la distinction est plus simple, c'est une personne privée, qui, à ma connaissance, n'est pas en situation de pouvoir, politique ou judiciaire. Elle a donc le droit de ne pas voir des propos privés, quels qu'ils soient, rapportés, déformés, ou faux comme elle l'affirme,  sur la place publique.

Luc Mandret fait un copier-coller d'un autre blog ( Claude Askolovitch ) qui, lui même, se fait l'écho du Canard Enchaîné qui rapporte des propos qu'auraient tenus Madame Noachovitch lors d'un dîner privé. Tout ça au conditionnel. "Dommage pour la liberté d'expression" commente Luc Mandret à la suite de l'injonction de Madame Noachovitch lui demandant d'effacer la note en question. Il se contente de ce regret. Ce n'est pas le cas des nombreux commentateurs qui crient à la censure, aux méthodes dictatoriales, et à la menace contre la démocratie.

Le blog de Luc Mandret vaut mieux que ce colportage de ragot non avéré, non vérifié, appartenant à la sphère privée de Madame Noachovitch. Il devrait plutôt être content d'avoir eu à effacer cette note qui fait tâche.

On pourra apprécier diversement les actions qui sont engagés par Nicolas Sarkozy ou Madame Noachovitch. Ils ont le droit de demander à ce que leurs propos privés le restent.

En ce qui me concerne, je revendique aussi le droit de dire des bêtises, des propos déplacés, voire des horreurs au prochain dîner ches mes amis. J'attends d'eux qu'ils ne les rapportent pas ou qu'ils les retirent s'ils sont diffusés sur la place publique. Ce que je dis dans mon blog est public. Ce que je dis en privé doit le rester.

La dérive liberticide n'est pas du côté de Nicolas Sarkozy, en ce qui concerne le SMS, ni du côté de Madame Noachovitch pour l'affaire qui la concerne. Elle est bien du côté des flics de la pensée et de l'expression privée qui se permettent de colporter sans aucune mesure des ragots qui n'intéressent personne. Dans cette affaire, nul est le bon terme pour qualifier le match détestable entre la presse poubelle et cette note de caniveau.

19.12.2007

Exercice de metablogging et Blogroll

Le metablog est un blog qui parle des autres blogs.

Honneur au maître du genre, Olivier Schmidt-Chevalier qui publie chaque jour sa revue de blogs. Un exercice qui n'est pas simple où l'auteur s'efface devant ceux qu'il cite. Chaque journée permet une découverte. Allez le voir pour le découvrir, lui.

Ma blogroll était bien pauvre, et ne reflétait pas vraiment ceux que je lis. Je l'ai donc mis à jour, et mon exercice de metablogging sera de parler de certains d'entre eux.

J'aime les blogs qui traitent de l'Internet en dépassant les simples caractéristiques techniques et nous font réfléchir aux impacts sur nos vies personnelles et professionnelles. Adscriptor de Jean-Marie Leray, Francis Pisani bien sûr, et Affordance sont parmi ceux que je lis tous les jours. Gueule de Loup a su trouver son style dans ce genre assez encombré. Chez les américains, il m'arrive souvent de citer Nicholas Carr, le grand démystificateur.

Xavier de Mazenod anime une communauté de télétravailleurs en Normandie. Il donne aussi des formations d'écriture sur le Web. En voyant son blog, on comprend pourquoi, on se demande comment faire, on prend des leçons, on progresse un peu.

Du côté des blogs littéraires, si Cioran ou Jonathan Swift avait eu un blog ( quel régal !! ) ils seraient dans ma liste avec Eric Chevillard, l'autofictif : Aphorismes, humour noir, et cadavres exquis, pour un numéro par jour.

On s'instruit chez mon ami Nicolas de Rauglaudre, et l'on suit la vie des idées sur le site du même nom.

Terminons cette petite revue par deux blogs qui me tiennent particulièrement à coeur. Faisons le tour du monde avec Christine sur les 5 continents et les 5 sens selon Christian

Le dernier billet de Paysan heureux est un chef d'oeuvre d'humour et de délicatesse. Je ne sais plus quand j'ai lu un bloggeur célèbre, auquel je ne ferai pas l'honneur d'un lien, qui pérorait à propos de l'agriculture. Du haut de son bloguimat, ce petit marquis épandait sa suffisance en parlant des bouseux. Paysan heureux raconte son quotidien sans narcissisme et beaucoup de fraîcheur. On y parle de fumier aussi, et même de lisier. Dommage qu'il habite en Bourgogne, ce qui fait un peu loin pour épandre ce lisier sur le blog du marquis en question.

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08.10.2007

Blogosphère et Blogalaxie

La blogosphère est une bulle aux bords argentés qui font miroir. A l'intérieur, on tourne en rond, on s'admire, on rebondit de part en part sans jamais en sortir. Dans la blogosphère il y a d'autres petites sphères. Ce sont de petites billes qui s'entrechoquent en faisant "tics, tics, et tics". 3f03dd9cbf99eab18f22a8a05f10cbfb.jpgLa blogosphère est un aquarium dans lequel rien ne rentre et d'où rien ne sort. Au dessus de l'eau volent des essaims d'insectes qui font bzz, bzz, bzz. Mais ce ne sont pas de vrais insectes, alors ils font buzzzzz. Dans l'eau il  y a des bancs de poissons qui vont et viennent, changent de direction d'un seul coup, sans qu'on sache pourquoi, tous ensemble, comme dans les films de Cousteau. Comme ne sont pas de vrais poissons, leurs bulles ne font pas glouglou. Leurs bulles font Gooooogle, Gooooogle. Il y a des petits poissons et de grands requins prédateurs. Les gros requins avalent tout, les petits poissons et les insectes qui volent au dessus en faisant buzzzzz. Et quand ils digèrent ils rotent avec des bruits de Gooooogle, Gooooogle.

Quand on est enfermé dans la blogosphère, c'est difficile de s'en échapper. Il faut quitter l'essaim et arrêter de faire buzzzzz. Dehors est l'univers infini de la blogalaxie. C'est un univers en expansion continue avec plein d'objets célestes différents. Il y a des pulsars qui émettent chacun à leur propre fréquence, plus ou moins vite, plus ou moins fort. Chacun son rythme et chacun fait ce qu'il veut dans la blogalaxie. Parfois certains s'éteignent et n'émettent plus rien. Mais d'autres naissent et remplacent les astres fatigués. Il y a plein d'objets célestes divers dans la blogalaxie, avec des noms étranges dont aucun n'est pareil. On ne sait pas ce que deviendra la blogalaxie. Après le big bang initial, ce sera peut-être l'expansion continue ou bien le big crunch

Car l'avenir de la blogalaxie n'est pas écrit et dépend de chacun de ses astres. Mais elle est déjà trop grande pour les gros requins qui font Gooooogle, Gooooogle

Soyons résolument blogalactique. 

03.10.2007

2èmes recontres nationales du blog d'expression local

L'association zevillage :http://zevillage.org/  organise les 2èmes rencontres du blog d'expression locale. Ca se passe à Alençon dans ma région d'origine, où Zevillage regroupe une communauté de télétravailleurs. 

Bien que n'étant pas installé physiquement en Normandie, j'y garde des attaches fortes et fait donc aussi partie de cette association.

Le blog est particulièrement bien adapté à l'expression locale. C'est peut-être même le seul media possible pour elle,  tout comme pour les blogs, un sujet qui les démarque de manière originale. Le sujet en tous cas m'intéresse. Je serai donc à Alençon le 7 décembre pour cet événement.  Merci à Xavier qui organise cette rencontre et m'envoie cette invitation que je relaie ici

 

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Les 2e Rencontres Nationales du Blog d’Expression locale se tiendront le 7 décembre 2007, à Alençon, en Normandie.

 

Pour la seconde année consécutive, ces rencontres proposent aux spécialistes de la blogosphères comme aux néophytes un après-midi d’échanges sur des thèmes variés : blogs, podcasts, législation internet, multimédia, syndication RSS, rédactionnel, etc. Ces ateliers libres (avec inscription préalable) auront lieu de 14 h à 18 h.

 

Un grand concours national ouvert aux bloggeurs néophytes ou confirmés est également organisé autour de 5 catégories : vie locale, culture, économie locale (pour les professionnels), social et santé, et tourisme.  Le vote des internautes, associé à celui du jury composé de 9 personnalités reconnues de la blogosphère élira parmi l’ensemble des inscrits le meilleur blog par catégorie. La remise des prix aura lieu à 19 h 30, à la suite de la conférence débat qui débutera à 18 h.

Ces rencontres auront lieu dans le cadre prestigieux de la Halle au Blé d’Alençon, bâtiment emblématique de la ville dorénavant dédié aux technologies numériques.

http://www.expression-locale.org

Vous êtes cordialement invités à participer ces rencontres et à inscrire votre blog au concours.

05.09.2007

Web 2.0 : L'important c'est de participer

     Andrew Keen l'auteur de  "The Cult of the Amateur" est un malin. Il attaque de front le Web 2.0 en vantant les mérites de la presse traditionnelle. Bien joué, la blogosphère se défend et les médias papiers lui tirent le tapis rouge.

    Francis Pisani comme Xavier de Mazenod lui répondent de manière un peu plus sérieuse et argumentée que les diatribes caricaturales que l'on peut lire dans cette interview à Libération (pointée par Xavier).

    Dans ce type de débat, je m'étonne toujours que l'on analyse le phénomène Web 2.0, Blogs et consorts, de la même manière que les médias traditionnels : c'est à dire du côté de l'aval, de qu'on peut y trouver en tant que lecteur, auditeur, spectateur. La nouveauté du Web 2.0 est évidemment du côté des créateurs et non des consommateurs. C'est même ce qui en fait sa caractéristique. Dans le read/write Web, c'est le write qui est intéressant et nouveau. Le read n'est  pas nouveau (depuis Gutemberg à peu près) et il peut être décevant. Quoi de neuf dans cette constatation ?

    L'écriture sur le Web, c'est de l'écrit traditionnel, du texte. C'est aussi de l'image, du son et tout ce que l'on pourra imaginer dans le futur en terme d'expression. Dans ce sens là, quand j'écris sur le Web, je passe forcément par une passe de lecture sur ce même Web et sur toute autre source de mon choix. Comme je lis dans le but de créer quelque chose, ma lecture n'est plus passive et inattentive, mais au contraire guidée par mon projet créatif. Quelle que soit la qualité finale de ce projet, quel que soit l'intérêt de mon billet sur mon blog, j'aurais de toutes façons, moi l'auteur, appris quelque chose au passage et souvent progressé dans mon moyen d'expression. Tout l'intérêt est donc dans cette phase de création et non dans le résultat final où il sera facile de trouver beaucoup de médiocrité, mais pas uniquement.

    En critiquant l'objet, Andrew Keen passe à côté du sujet. Car c'est ce processus de création, démultiplié par le nombre des acteurs, qui fait que chacun d'entre eux y a trouvé un moyen d'épanouissement et de progression. Dans ce cas, si la création est primordiale et le résultat secondaire, pourquoi le Web et pourquoi publier cette création, si l'objet en lui-même n'est pas le plus intéressant ?

    Quelques créateurs ont toujours eu suffisamment confiance dans leur talent, voire leur génie, pour se passer de public identifiable. De Saint-Simon à Lautréamont,  nombreux sont les écrivains qui, volontairement ou non, n'ont pas trouvé de public de leur vivant et qui bâtirent leur oeuvre sans en recevoir le moindre écho. Aucun obstacle ne peut arrêter de telles forces créatrices et aucune aide ne leur est nécessaire. On pourra trouver leurs contemporains sur le Web 2.0 ou ailleurs. Ce n'est pas leur problème et il n'est pas fait pour eux, même s'ils peuvent s'y trouver aussi.

    Comme le dit la phrase célèbre, "le blog engage des conversations". Si cette conversation n'a pas toujours lieu dans la pratique, elle est toujours présente dans l'intention. Nous, les amateurs, tels que les dénigrent Andrew Keen, avons besoin de cet aiguillon de la conversation et de la critique pour faire l'effort de construire un texte, ou toute autre forme d'expression. Je peux écrire un blog pour moi tout seul, en forme de journal, tel qu'il s'en est tenu depuis des siècles. Il se trouve que je ne le faisais pas, que ça ne m'intéresse pas et que ça risque de tourner vers une introspection stérile et "narcissique". Quelle que soit l'étendue de mon public, de quelques dizaines à plusieurs milliers pour certains, ce public me tire vers un haut que je ne ferais pas l'effort d'atteindre sans lui. On discute de la dimension du haut et de sa qualité statique, quand tout l'intérêt est dans le mouvement. Comme par ailleurs, il n'y a plus de barrières techniques, financières, éditoriales à l'expression de chacun sur ce read/write Web, n'importe qui peut désormais atteindre un public souvent minuscule mais potentiellement innombrable.

    Si l'on ne veut pas participer en tant qu'acteur au Web 2.0, je ne comprends toujours pas ce qu'on peut y perdre en tant que lecteur. 727 romans pour cette rentrée littéraire, 54 de plus que l'année dernière. Comme quoi, l'édition traditionnelle n'a pas l'air de souffrir de l'arrivée d'autres moyens d'expression. Toujours dans cette interview à Libération il paraît que " L’éthique de l’amateur est si dominante que l’expertise, le talent et le savoir perdent du terrain". Il n'y a pas d'éthique de l'amateur dans le sens où il serait incompétent. Le talent et l'expertise se détectent très vite comme toujours. Ce qui est nouveau est en effet une éthique du désintéressement et de la gratuité. Certains hébergent de la publicité. C'est leur affaire, en tous cas ce n'est pas une nécessité économique comme pour les médias traditionnels. 

    Tout ça se résume en une discussion entre les tenants d'un système clos où ce qui s'ajoute d'un côté ne peut que se payer d'un autre. Andrew Keen c'est le Lavoisier du Web "Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme". En pire évidemment.

    J'ai du mal à voir les pertes, je vois beaucoup de gains et la transformation est continuelle. FInalement c'est  le Web 2.0 qui redonne une jeunesse à l'olympisme, "l'important c'est de participer"

26.06.2007

Le revolver à 7 coups

 

C'est Thibault qui m'envoie la balle sur 7 choses de moi que vous ignorez. Comme je n'ai jamais dit grand chose à ce propos, ça ne devrait pas être trop difficile.

  1. Pourquoi je n'ai rien écrit depuis 20 jours : Parce que j'ai vraiment trop de travail et puis des projets personnels à mener en ce moment
  2. Mais alors, tu abandonnes tes lecteurs !!!  Les statistisques n'ont jamais été aussi bonnes. Ce mois de juin sera mon meilleur mois de ce point de vue, sans que je n'écrive plus de deux billets. Est-ce bien fiable tout ça ? Comme dirait Audiard, ça me confirme que ce n'est pas parce qu'on n'a rien à dire qu'il faut fermer sa gueule. Et donc, inversement
  3. C'est quoi tes projets ? Si ça débouche, vous en saurez plus au mois de juillet. Et même si ça ne débouche pas
  4. Après 11 ans d'agriculture, ce n'était pas trop dur de changer de métier ? Sur ces 11 ans, j'ai eu des vaches laitières pendant plus de 4 ans. Sans doute plus de 1400 traites matin et soir sans aucun congé ni aucune aide. Et les vêlages au milieu de la nuit, et les réparations de moissonneuse-batteuse à 3h du matin. Non ce n'est pas si dur
  5. Qu'est ce qui te fait bouger dans la vie ? "N'étant jamais définitivement modelé, l'homme est receleur de son contraire" (René Char). Nous pouvons, et d'ailleurs, nous devons nous modeler, mais surement pas nous figer
  6. Qui admires-tu ? Kant pour la réflexion, de Gaulle pour l'action. Mais au dessus de tout ça des gens comme Jean-Claude Brialy pour leur générosité, leur discrétion, leur grâce et leur charme
  7. Une dernière révélation ? Ben, j'ai 52 ans. Ca fait plusieurs mois que je me reproche cette coquetterie particulièrement idiote de ne pas dire simplement mon âge. De peur de quoi d'ailleurs ? Voilà qui est fait. 

21.05.2007

Les blogs de ministre

 

Il y a, ou peut-être il y avait, les blogs de François Fillon, d'Alain Juppé, de Xavier Darcos. D'autres encore, puisque presque tous les nouveaux ministres ont, avaient, leur blog. Que vont-ils en faire ? Xavier Darcos annonce l'arrêt du sien.

[..] J'ai aujourd'hui l'honneur de participer au Gouvernement. Il ne s'agit plus de commenter mais d'agir, pour mener à bien les projets de réforme voulus par le Président de la République.
Donc, pour quelque temps : adieu. Je vous dis merci de votre fidélité. [..]

Les autres restent en friche, ou se transforment en simple site de communiqués et discours officiels. Avant que Xavier Darcos ne devienne ministre, j'avais voulu lui écrire pour lui demander son avis sur ce sujet. Mais les commentaires sont désactivés, et l'adresse E-mail ne fonctionne pas. Dommage, voici ce courriel :

 

             Bonjour Monsieur Darcos,


Il semble que vous ayez bloqué les commentaires sur votre blog. C'est sans doute dommage même si je peux comprendre qu'un personnage public comme vous soit exposé à toutes sortes de réactions dont beaucoup ne seraient que du pur piratage.


Je voulais juste vous poser une question personnelle. Beaucoup d'hommes politiques, de députés, de maires, tiennent un blog. Il semblerait qu'une fois arrivé aux responsabilités les plus importantes, au gouvernement en particulier, il ne soit plus possible de le faire. Pensez-vous possible d'utiliser ce moyen de communication lorsque l'on est au gouvernement ? Il s'agirait bien entendu d'une expression personnelle du ministre, et pas seulement de son emploi du temps et de la référence aux différents discours prononcés à droite et à gauche. Autrement dit, utiliser le blog comme moyen d'expression personnelle. Cela permettrait, je pense, de compléter la communication actuelle par médias interposés, où il faut s'exprimer en 30 secondes sans aucune possibilité d'exprimer un peu de nuances.


    La rumeur vous rend ministrable. Je ne vous demande pas de le confirmer ou non. Mais si jamais vous le deveniez, que feriez vous de votre blog dont j'apprécie régulièrement la liberté ?
    Cordialement,

Xavier Darcos a répondu de lui-même à cette question : "Il ne s'agit plus de commenter mais d'agir" . Il doit pourtant bien savoir que communiquer est aussi une action. Dans son secteur de l'Education Nationale, il aura surement besoin un jour de vouloir parler directement aux élèves, aux professeurs, aux parents d'élèves. Il arrive bien qu'un ministre écrive des tribunes ou s'exprime dans la presse. Le ton un peu plus détendu et sans contrainte éditoriale des blogs leur donne un moyen complémentaire. Pourquoi l'abandonner ?

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