09.03.2009

Professionnels - Amateurs : c'est toujours la même histoire

Polit'bistro est un nouveau blog qui s'occupe de sciences politiques, blog que j'ai repéré grâce à Arthur Goldhammer qui tient le blog French Politics, dont le titre dit tout de son sujet.

Polit'bistro commente un article du Monde , article qualifié de torchon. Un torchon article sans grand intérêt qui reprend l'éternellle distinction entre le journaliste professionnel, sérieux, fiable, encarté et le bloggeur amateur, égocentrique et imprévisible. Peu importe le fond de cet article qu'on a déjà lu 10 000 fois ailleurs, mais qui n'est pas plus mauvais que d'autres. De toutes façons, sur ce sujet, il vaut mieux aller chez Narvic.

Ce qui intéresse Polit'bistro, c'est le phénomène sociologique qu'on lit à livre ouvert derrière ce type d'article, ce que les anglo-saxons appellent le boundary-work, ou comment une corporation se défend contre les tentatives d'intrusion. Il s'agit pour cette corporation de construire tout un ensemble de règles, de coutumes et de critères qui n'appartiennent qu'à elles et lui permettent de rejeter tous ceux qui exercent une activité similaire, mais sans respecter ces règles. Le journaliste se proclame donc professionnel suivant des règles déontologiques qui marquent sa différence avec les bloggeurs forcément incontrôlables.

Ce n'est pas forcément négatif qu'il existe ce genre de frontière entre les professionnels et les amateurs. On aime bien que son médecin soit effectivement docteur en médecine et n'ait pas volé ses diplomes. On est rassuré si le pilote a déjà quelques heures de vols.

Ce qui est intéressant dans la réaction, de type réflexe, des journalistes face au phénomène des blogs, c'est qu'elle reproduit exactement ce type de discours de la corporation bien installée face à la menace d'une concurrence montante.

On a vu ça de multiples fois :

- Dans les années 60 lorsque la vague des chanteurs “yéyé” était taxée de braillards incultes par les gloires déclinantes de la “chanson française” à texte.

- Dans les mêmes années 60 lorqu’on parlait de l’économie montante du Japon. A l’époque on en parlait comme de purs copieurs qui produisaient des montres au kilo, incapables de toute innovation.

- C’est exactement le même discours qui est tenu aujourd’hui à l’égard de la Chine, où l’on cherche à se rassurer en faisant mine de croire qu’on leur délègue la simple fabrication, mais que la conception, le savoir faire, et donc l’intelligence reste chez nous.

Le journalisme officiel et encarté ne peut que réagir de cette manière face à la montée de nouveaux moyens d’expression qui menacent son monopole. Dans le futur, il sera intéressant d’observer si les blogs eux-mêmes ne seront pas classifiés en blogs sérieux, influenceurs, professionnels, et le reste. C’est déjà fait en ce qui concerne les skyblogs, rejetés dans les ténèbres de l’expression adolescente sans contenu ni intérêt. Y a-t-il un bloggeur sérieux qui ne parle des skyblogs dans les mêmes termes et avec les mêmes réflexes que ce journaliste à l’égard des blogs ?

01.08.2008

Dernière de l'année

Très peu actif sur ce blog en juillet, je reviendrai en septembre.

Très peu actif, car trop pris par un boulot très intense : le mien et celui de mes collègues qui sont en congés. Tout ça dans un contexte de Xième "plan social" dont je finirai bien par faire partie, un jour.

 Très peu actif aussi, car j'écris principalement pour moi-même sans me soucier de la cadence, de la forme, des conventions, des règles (y en a-t-il ?) du blogging. A ce point, c'est peut-être manquer de respect pour ses lecteurs. J'attends vos commentaires sur ce sujet

 En attendant, je ferme tout : Téléphone, PC, Télé, journaux et informations. Et bien sûr pas de Jeux Olympiques.

J'en profite pour piquer son logo à Cath, qui ne m'en voudra pas.

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24.06.2008

Journalistes et informaticiens, même combat ?

Dans la lignée de mon précédent article , et faisant écho à la revue de blog d'Olivier, qui le rapproche d'un article d'Etienne Duval : La parole du journaliste, je me dis que la question de l'avenir du journalisme n'est pas si éloigné de débats quotidiens que nous avons à propos de mon métier d'informaticien.

En informatique, des compétences partout

Il s'agit là de la question de l'offshore, oursourcing ou infogérance qui consiste à délocaliser un certain nombre de tâches informatiques vers des pays à bas salaires. L'exemple de plus connu est celui de l'Inde avec ses centres de Bangalore ou maintenant de Mumbay (Bombay). Ca a commencé par des travaux de développement logiciel où la conception se fait en Occident et le codage, ennuyeux, coûteux en temps, et réputé de peu de valeur ajoutée, est sous traité en Inde. Ca continue par l'infogérance, où c'est la gestion des infrastructures (maintien en conditions opérationnelles des systèmes informatiques) qui est également confiée à des entreprises indiennes. La distance importe moins avec le développement et la vitesse accrue des réseaux.

Comme pour le journalisme, on a tendance à mettre en exergue les loupés (il y en a), la moins bonne qualité de la prestation, et se rassurer en soulignant qu'il faut dix Indiens pour faire le travail d'un Français. On oublie un peu vite nos loupés (il y en a aussi) et le rapport qualité/prix qui n'est pas à notre avantage.

Là aussi, on a du mal à admettre qu'une concurrence à bas prix finisse par effectuer un travail comparable au notre. Là aussi, on a tendance à dénigrer des amateurs qui ne pourront jamais offrir le même niveau de qualité.

C'est un combat perdu d'avance, sur ce terrain là.

En revanche, il y a des domaines où la proximité est indispensable, et c'est là le domaine où nous apportons une vraie valeur. Il est clair qu'une gestion de projet menée depuis Bangalore ne marchera pas. Le décalage horaire, la distance culturelle et la langue, qui reste une barrière quand on veut être précis, font que la proximité du client reste primordiale. Comme dans le reste de l'industrie, ce sont les tâches d'avant-vente, de vente et de gestion de projet qui seront de plus en plus notre coeur de métier. La réalisation technique sera confiée au plus offrant qui sera souvent à distance.

L'expression publique ne sera plus jamais un monopole restreint

Pour le journaliste professionnel, c'est le même type de réactions que l'on observe : Jamais ces blogueurs n'atteindront le niveau d'un journaliste de métier se dit-il pour se rassurer. Et ce sont ces jugements rapides sur Internet, propagateur de rumeurs, qui s'expriment à tort et à travers, sans aucune déontologie, alors que nous, journalistes, savons recouper nos sources et hiérarchiser l'information.

Là aussi, ce n'est pas en dénigrant une concurrence à bas prix, et d'ailleurs gratuite, que l'on sauvera le journalisme, en tous cas ce journalisme là. L'accession à la parole publique est désormais possible pour tous. Il n'y aura plus jamais cette élite de quelques dizaines d'éditorialistes vedettes qui pensaient faire l'opinion. Et on lit tous les jours des inconnus dont l'expertise, l'acuité de jugement et le talent ne cèdent en rien au chroniqueur professionnel, alors que leur indépendance et leur liberté est le plus souvent bien mieux établie. Sur ce terrain là, le journaliste n'est plus qu'une  voix parmi d'autres, et sans aucun avantage du à  son statut plus ancien.

L'investigation est le contraire de la vitesse

Etienne Duval le dit parfaitement, c'est d'un journalisme d'investigation, qui sait prendre son temps pour déterrer la vérité, dont nous avons besoin. Sur ce terrain là, il est irremplaçable. C'est le journalisme d'Albert Londres, de Denis Robert, de Carl Bernstein et de Bob Woodward.

C'est celui de Jacques Derogy qui juste avant sa mort  s’inquiétait de voir les journalistes se livrer "à une course abominable" alors que "l’investigation est précisément le contraire de la vitesse".

29.05.2008

Orthographe du nénufar

Je lis dans l'Express de cette semaine que la communauté lusophone vient de se mettre d'accord pour une réforme du portugais. Humido devient umido, optimo devient otimo et auto-estrada autoestrada. Ce sont quelques réformes qui harmonisent les orthographes et consacrent l' usage. Elles consacrent surtout l'usage brésilien et ses  200 millions de locuteurs contre un peu plus de 10 millions au Portugal.

En lisant cela, je m'apprêtais à rédiger une diatribe bien sentie contre une académie française, gardienne sourcilleuse d'un Français congelé depuis des siècles. Je m'apprêtais aussi à comparer avec le Portugais, qui jouit d'une ancienne colonie dont la puissance lui permet d'imposer sa vitalité linguistique aux crispations de sa vieille terre natale.

Et je m'apprêtais donc à regretter que le français se fixe encore sur les quais de Seine au lieu de s'aérer au bord du Saint-Laurent. Mais il n'en est rien, et ce n'est pas cette vénérable institution que l'on pourra accuser de notre immobilisme.

Car l'attachement des français à  certaines bizarreries de leur orthographe a quelque chose de pathologique. Sous prétexte d'étymologie, ou de raisons historiques parfois obscures et souvent fantaisistes, beaucoup restent attachés aux nombreuses exceptions et absurdités que rien ne justifie ; source d'échec scolaire et barrière à l'apprentissage du français par les étrangers.

Doit-on tous les citer :

  • L'é sur sur la deuxième syllabe de événement du à un erreur de typographie
  • Le nénufar, mot d'origine arabe, doit s'écrire avec un f et non ph comme s'il était grec
  • Le chariot avec un r et la charrette avec deux
  • On n'oubliera pas les deux cuisseaux du veau qui se transforment en cuissots pour un chevreuil sans que ni l'un ni l'autre n'y soit pour rien ni cuisiné différemment

Il y en a beaucoup d'autres que l'on pourra consulter sur le site de l'académie (un seul c) française qui recense ces anomalies et propose la nouvelle orthographe. Car cette orthographe existe depuis que Michel Rocard en 1990 avait demandé  qu'on la révisât. Cette orthographe est proposée, nullement imposée, depuis 18 ans. Cette réforme ne propose que la suppression d'exceptions non justifiées, la rectification d’anomalies  qui ne doivent rien à l’étymologie (chariot-charriot,imbécillité- imbécilité, etc.). Elle ne change rien aux règles liées à la grammaire. Pourtant, elle ne s'est pas imposée par l'usage et surtout elle n'est pas enseignée. On continue en 2008 de forcer les enfants à apprendre des règles qui n'en sont plus depuis 18 ans. On leur fait perdre un temps précieux à retenir des listes d'exception qui polluent la langue, sans l'orner du charme d'une tradition qui n'intéresse plus que quelques érudits. L'effort est tel que les adultes qui y parviennent voient dans ces scories le signe de la réussite scolaire et donc sociale. La sélection par l'échec commence déjà là, par la maîtrise d'un code qui doit tout au maintien des castes savantes et rien à la volonté de faciliter l'accession à une langue purifiée.

Répétons le, cette orthographe est correcte d'un point de vue des autorités compétentes. Elle est surtout plus élégante, et elle facilite l'accès et la compréhension du Français. Il ne tient qu'à nous de l'utiliser pour qu'enfin les mentalités bougent, et l'on pourra vérifier dans ce mini-guide d'utilisation qu'il ne s'agit évidemment pas d'écriture phonétique ni d'un langage SMS qui est proposé. Que chacun s'en fasse une idée.

Il semble que les mentalités évoluent :

A partir de maintenant, j'écrirai donc avec cette orthographe rectifiée. Je parie que peu verront la différence, mais peut-être ferai-je moins de fautes.

27.05.2008

Reprendre le blog

Reprendre son blog, c'est presque comme reprendre son travail : une activité tellement futile et si vite oubliée.

Reprendre son blog, c'est comme ré-écouter, relire les informations de son pays. Bertrand Delanoé a fait des déclarations :  Ah bon, lesquelles ?  Une grève : de qui de quoi ?

Reprendre son blog, c'est rebrancher toutes ces prothèses électroniques : le portable, le PC sur Internet. On s'en passe si facilement, et je ne ressens aucun manque. Je suis d'une génération privilégiée, qui aura vécu dans un monde sans informatique, qui peut s'en passer et qui se souvient encore que ça peut exister. Une génération pas trop âgée non plus, à être effrayée par ces outils, et qui puisse même en goûter toute la puissance.

Reprendre son blog, c'est revenir au Monde tel qu'il est devenu pour moi. J'espère y être toujours bienvenu.

16.05.2008

En Mai, fais ce qu'il te plait

Chères lectrices et lecteurs,

Pause vacancière d'une semaine pour ce blog.

Soyez sage pendant ce temps. Les commentaires restent ouverts.

J'y répondrai à mon retour en vous souhaitant plein de jolies choses.

28.03.2008

Max Weber à l'Elysée

Sur Internet, il faut nager à contre courant, c'est une question d'hygiène. Comme Nicolas Sarkozy va remonter la vague des sondages, grâce à - sublime, forcément sublime – Carla, il est urgent de rappeler ce qu'en disait Max Weber ( 1864-1920 ). Le célèbre sociologue allemand était aussi prophète à sa façon.

"En effet, bien que, ou plutôt parce que la puissance est le moyen inévitable de la politique, et qu'en conséquence le désir de pouvoir est une de ses forces motrices, il ne peut y avoir de caricature plus ruineuse de la politique que celle du matamore qui joue avec le pouvoir à la manière d'un parvenu, ou encore Narcisse vaniteux de son pouvoir, bref tout adorateur du pouvoir comme tel. Certes le simple politicien de la puissance, à qui l'on porte aussi chez nous un culte plein de ferveur, peut faire grand effet, mais tout cela se perd dans le vide et dans l'absurde. Ceux qui critiquent la « politique de puissance » ont entièrement raison sur ce point. Le soudain effondrement moral de certains représentants typiques de cette attitude nous a permis d'être les témoins de la faiblesse et de l'impuissance qui se dissimulent derrière certains gestes pleins d'arrogance, mais parfaitement vides. Une pareille politique n'est jamais que le produit d'un esprit blasé, souverainement superficiel et médiocre, fermé à toute signification de la vie humaine ; rien n'est d'ailleurs plus éloigné de la conscience du tragique qu'on trouve dans toute action et tout particulièrement dans l'action politique que cette mentalité" ( Politische Schriften )

C'est en prenant le sillage de DirtyDenys que je cite Max Weber pour faire le point sur notre Président. La très brillante note de Denys nous montre que la pensée de Max Weber irrigue au delà du domaine traditionnel de la sociologie, en nous peignant un Philippe Lucas (ex-entraîneur de Laure Manaudou), naguère seul maître à bord de son centre d'entraînement, mais n'ayant plus barre sur sa nageuse vedette, et devenuchef charismatique qui perd la tête.

07.03.2008

Caissière, ça mène à tout à condition d'en sortir

Acrimed, observatoire des médias, publie une étude formidable sur la manière dont les médias traitent de Anna Sam. Anna est caissière, et son blog : Les tribulations d'une caissière, s'est retrouvé propulsé en tête des classements.

« Une caissière fait recette grâce à un blog à succès » (20 minutes.fr, le 6 janvier)." C'est tout ce qui intéresse les médias, de la vie d'Anna. C'est le fait d'être devenue connue, presque une star, qui va publier un livre : une caissière qui sait écrire, et qui n'est plus caissière. Elle s'en est sortie, ce qui n'est pas le cas des 170 000 autres, dont le blog d'Anna décrit la vie quotidienne.

On s'intéresse à Anna pour ce qu'elle n'est plus. Le fond de ce qu'elle a vécu, ce qu'elle raconte n'a pas d'intérêt. Ce qui est intéressant, c'est l'ascension médiatique et sociale qu'elle symbolise.

On ne l'interroge pas sur les conditions de vie de toute une profession. Les salaires, les horaires, les petits chefs, les clients : bon d'accord, mais ce qui fait rêver c'est la belle histoire de celle qui aura eu le talent et sans doute un peu de chance pour en sortir. Car il s'agit d'en sortir et sûrement pas de se préoccuper des 170 000 autres qui n'ont pas cette belle histoire à raconter.

Mine de rien, l'histoire d'Anna en dit long sur les médias. Mais ils ne font que refléter la disparition de toute analyse sociale au profit de la montée en épingle de quelques réussites individuelles visibles.

03.03.2008

Deux découvertes en deux bonds : Jean-Claude Michéa, un discours de Bob Kennedy

Vagabondant sur des blogs, j'arrive chez Jean-Baptiste Rudelle qui publie peu mais bien. Il commente un livre de Jean-Claude Michéa, L'empire du moindre mal. Il y a deux heures encore, je ne connaissais pas l'auteur ni donc ce livre.

ab3bf25c3f7df188906714065facb7f7.jpegJean-Baptiste Rudelle en dégage une idée qui éclaire l'impasse actuelle de la Gauche. Conformément à ses traditions comme à ses convictions, la droite défend une politique de défense des intérêts privés et d'une fiscalité modérée contre une gauche plus favorable au renforcement de la place de l'Etat. Jusque là tout va bien. Mais l'affaire se gâte lorqu'il s'agit des questions d'immigration et de sécurité. La gauche "généreuse" qui défend une politique d'intégration et de régularisation "(ce qui ne peut qu’encourager de nouveaux candidats à l’immigration) défend objectivement les intérêts des plus riches." De même quand il s'agit de l'insécurité qui touche d'abord les quartiers populaires où la droite est très à l'aise pour préconiser une politique répressive contraire aux valeurs traditionnelles de la gauche mais qui peut séduire les habitants de ces quartiers, exaspérés par cette insécurité.

Bref, la Gauche est dans un cul-de-sac intellectuel. La Droite aussi d'ailleurs, mais elle s'en fiche. Droite comme Gauche sont dans la même impasse. Mais la Droite qui accepte le modèle actuel, ou s'y résigne, a l'avantage de défendre une politique d'adaptation à une réalité que chacun constate, quand la Gauche est dans l'impossibilité de choisir entre cette réalité qu'elle refuse et une alternative qu'elle n'a pas ( encore ?? ) conceptualisée.

Jean-Baptiste Rudelle m'avait déjà mis sur la piste du livre de Valérie Charolles : Libéralisme contre Capitalisme. Je n'ai pas eu à le regretter. Il est toujours temps de  le lire.

Je vais donc me procurer le livre de Jean-Claude Michéa qui semble éclairer quelques pistes. A la recherche d'autres références, voici une interview de Jean-Claude Michéa sur le site de Marianne, et cette citation magnifique de Bob Kennedy, extraite de L'empire du moindre mal :

 

 

Le 18 mars 1968, quelques semaines avant son assassinat, Bob Kennedy prononçait, à l'Université du Kansas, le discours suivant : « Notre PIB prend en compte, dans ses calculs, la pollution de l'air, la publicité pour le tabac et les courses des ambulances qui ramassent les blessés sur nos routes. Il comptabilise les systèmes de sécurité que nous installons pour protéger nos habitations et le coût des prisons où nous enfermons ceux qui réussissent à les forcer. Il intègre la destruction de nos forêts de séquoias ainsi que leur remplacement par un urbanisme tentaculaire et chaotique. Il comprend la production du napalm, des armes nucléaires et des voitures blindées de la police destinées à réprimer des émeutes dans nos villes. Il comptabilise la fabrication du fusil Whitman et du couteau Speck, ainsi que les programmes de télévision qui glorifient la violence dans le but de vendre les jouets correspondants à nos enfants. En revanche, le PIB ne tient pas compte de la santé de nos enfants, de la qualité de leur instruction, ni de la gaieté de leurs jeux. Il ne mesure pas la beauté de notre poésie ou la solidité de nos mariages. Il ne songe pas à évaluer la qualité de nos débats politiques ou l'intégrité de nos représentants. Il ne prend pas en considération notre courage, notre sagesse ou notre culture. Il ne dit rien de notre sens de la compassion ou du dévouement envers notre pays. En un mot, le PIB mesure tout, sauf ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue »Quarante ans après, on aurait évidemment le plus grand mal à trouver, en France, un(e) représentant(e) de la Gauche ou de l'Extrême gauche capable de formuler une critique aussi radicale de l'idéologie de la Croissance.

C'était ça aussi l'esprit de 1968...

Un bond chez Jean-Baptiste, un rebond à la mémoire de Bob Kennedy, c'est Internet comme je l'aime.

27.02.2008

Non, on ne peut pas tout dire sur son blog ( ou dans la presse )

Quand Nicolas Sarkozy traite de "pauvre con" un visiteur du Salon de l'Argriculture, il est dans un endroit public et dans l'exercice de ses fonctions ( si l'on peut dire ) . C'est une information, avérée, et d'ailleurs enregistrée et filmée. Une information qui n'est pas passionnante ni fondamentale, dont on peut préférer s'amuser, c'est mon cas, mais qui nous dit des choses sur le comportement et le caractère du chef de l'état.

Quand Nicolas Sarkozy envoit ou reçoit des SMS de son ex-épouse, c'est une conversation privée dont la teneur, quelle qu'elle soit,  n'a pas à être divulguée.

La distinction n'est pas toujours nette, s'agissant d'un personnage public, comme Nicolas Sarkozy, qui joue avec sa vie privée ( à ses dépens ).

En ce qui concerne Madame Noachovitch, la distinction est plus simple, c'est une personne privée, qui, à ma connaissance, n'est pas en situation de pouvoir, politique ou judiciaire. Elle a donc le droit de ne pas voir des propos privés, quels qu'ils soient, rapportés, déformés, ou faux comme elle l'affirme,  sur la place publique.

Luc Mandret fait un copier-coller d'un autre blog ( Claude Askolovitch ) qui, lui même, se fait l'écho du Canard Enchaîné qui rapporte des propos qu'auraient tenus Madame Noachovitch lors d'un dîner privé. Tout ça au conditionnel. "Dommage pour la liberté d'expression" commente Luc Mandret à la suite de l'injonction de Madame Noachovitch lui demandant d'effacer la note en question. Il se contente de ce regret. Ce n'est pas le cas des nombreux commentateurs qui crient à la censure, aux méthodes dictatoriales, et à la menace contre la démocratie.

Le blog de Luc Mandret vaut mieux que ce colportage de ragot non avéré, non vérifié, appartenant à la sphère privée de Madame Noachovitch. Il devrait plutôt être content d'avoir eu à effacer cette note qui fait tâche.

On pourra apprécier diversement les actions qui sont engagés par Nicolas Sarkozy ou Madame Noachovitch. Ils ont le droit de demander à ce que leurs propos privés le restent.

En ce qui me concerne, je revendique aussi le droit de dire des bêtises, des propos déplacés, voire des horreurs au prochain dîner ches mes amis. J'attends d'eux qu'ils ne les rapportent pas ou qu'ils les retirent s'ils sont diffusés sur la place publique. Ce que je dis dans mon blog est public. Ce que je dis en privé doit le rester.

La dérive liberticide n'est pas du côté de Nicolas Sarkozy, en ce qui concerne le SMS, ni du côté de Madame Noachovitch pour l'affaire qui la concerne. Elle est bien du côté des flics de la pensée et de l'expression privée qui se permettent de colporter sans aucune mesure des ragots qui n'intéressent personne. Dans cette affaire, nul est le bon terme pour qualifier le match détestable entre la presse poubelle et cette note de caniveau.

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