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02/04/2007

16 raisons de ne pas lire les programmes

  1. Parce que les programmes ne sont jamais appliqués
  2. Comme les programmes ne sont jamais appliqués, on en déduit que les candidats nous mentent 
  3. Ils mentent surtout en faisant croire que l'on peut chiffrer un programme à une échéance de 5 ans
  4. Prévoir à un an est une illusion, à 3 ans un mensonge, à 5 ans de l'incompétence
  5. Ces programmes à la virgule près font croire à un candidat omniscient, et omniprésent. Vous votez pour un être humain ou pour un demi-dieu ?
  6. Il y a un monde extérieur qui interagit avec la France
  7. Après l'élection présidentielle, il y aura d'autres élections aussi importantes
  8. Et puis aussi des revendications, des conflits, des négociations, des accords. La vie quoi ! 
  9. Ces programmes à la virgule près font croire à un candidat omnipotent. Vous votez pour un Président ou pour un dictateur ?
  10. Un candidat veut généraliser  l'utilisation des logiciels libres dans l'administration. De quoi je me mêle ?
  11. Un candidat veut confier la présidence de la commission des finances à l'opposition. C'est le Président qui décide de l'organisation de l'Assemblée ? De quoi je me mêle ?
  12. Les experts se partagent de la même manière que les électeurs lambda 
  13. Donc ils ne se prononcent pas en fonction de leur expertise
  14. Ou alors c'est que cette expertise n'est pas la bonne clé pour décider
  15. C'est donc à nous de choisir en fonction d'autres critères
  16. Ca tombe bien, c'est aussi le rôle du Président de décider entre les différents avis d'expert

Alors ça sert à rien tout ça ? De toutes façons, la politique est impuissante ? Le Président est du genre neutre ? Oui pour la grammaire, mais il y a quand même des pays qui s'en sortent mieux que d'autres, et c'est aussi grâce aux politiques qui y sont menées. Alors voter pour des programmes, d'accord, mais de voix claire. Les programmes seront oubliés dans six mois. Le Président sera encore là pour plusieurs années. Votez pour ses priorités et les directions qu'il propose. Votez pour lui et ce que vous pensez de sa lucidité, de son caractère et surtout de la confiance qu'il peut inspirer en France et à l'étranger.

20/03/2007

Français Votez pour moi

Difficile en ce moment d'échapper aux émissions politiques. C'est ainsi qu'hier soir je me retrouve, un peu par hasard, au milieu de "Français votez pour moi" .

medium_français_votez_pour_moi.2.jpg

 

Un court reportage était consacré aux fonds d'investissement à travers l'exemple de Monsieur Gilles Roland. Monsieur Gilles Roland est le Président Fondateur de Fin'Active, un fond d'investissement spécialisé dans l'achat, le redressement et la revente d'entreprises en difficulté. A suivre ce reportage, pas de doute sur la victime désignée de cette soirée. Tout accuse Monsieur Gilles Roland comme le "salaud" de service qui dépèce les entreprises pour en sucer le sang au plus vite avant de tout revendre avec une belle plus-value au passage.  Mais Monsieur Roland était là, et jamais je n'ai été aussi frappé par le déplacement des certitudes.

Il y avait aussi Marie-Georges Buffet dont le Parti fut naguère le représentant et le seul interprète autorisé d'autres certitudes. Ah ! la belle époque où l'on était certain du sens de l'histoire, où l'on pouvait décrypter le dessous des cartes avec cette bonne vieille grille de lecture hegelo-marxiste. Comme il était simple d'interpréter les guerres à la lumière des conflits d'intérêts capitalistes. Tout était clair alors, pourvu que l'on ait le bon code et les bonnes clés de déchiffrement des contradictions du capitalisme. Certes on se vivait exploité, mais avec la certitude d'être dans le sens d'une inéluctable Histoire qui verrait un jour le triomphe de ses idées, avec la certitude de faire partie de cette avant-garde qui avait les moyens de comprendre et d'agir, pour accélérer le mouvement vers la libération révolutionnaire. Le vrai pouvoir finirait par revenir aux mains des travailleurs, l'avenir était, sinon radieux, en tous cas écrit et de toutes façons meilleur que le passé et le présent.

Mais non, Madame Buffet représente un parti qui n'ose même plus dire son nom. Et c'est toute intimidée qu'elle interrogea Monsieur Roland sur le rôle de l'entreprise et si vraiment il n'y avait pas moyen de traiter les salariés (on n'ose plus parler de travailleur) comme une "variable d'ajustement".

Les certitudes ont changé de camp.  C'est en effet mon métier répond tranquillement Monsieur Gilles Roland. J'investis dans des entreprises en difficulté, je prends donc des risques et j'en attends un retour légitime  en terme de bénéfices.

- Mais vous détruisez de l'emploi au passage. C'est toujours l'emploi qui est la variable d'ajustement.

- Je peux en supprimer à court terme et en créer à long terme, mais de toutes façons ces entreprises étaient condamnées et je les sauve de la disparition.

On comprend bien que le monde de Monsieur Roland est un monde où le travail salarié est une charge comme une autre. Ni plus ni moins importante qu'une autre, mais sans aucune connotation sentimentale.

Ce n'est tout simplement pas le sujet, ni le métier de Monsieur Roland.

Le dialogue s'arrête là. Mais quel contraste entre cette tranquille assurance de Monsieur Gilles Roland qui a les clés et le pouvoir permettant d'agir sur notre économie capitaliste et le désarroi des anciens maîtres de LA solution qui ne peuvent plus que faire appel à la compassion, faute d'outils d'analyse et d'action sur un monde qui leur échappe. C'est bien le drame de la gauche "alternative". Elle n'a plus pour programme que d'interdire les licenciements et de revenir à un équilibre capital/travail des années 70. L'avenir de l'extrême gauche est dans le retour aux années Giscard ! C'est dire sa défaite totale dans la bataille des idées. La gauche n'a jamais eu le pouvoir économique, elle a parfois eu le pouvoir politique et pendant très longtemps elle avait le monopole du pouvoir culturel. Elle a tout perdu, et elle n'a  même pas le début d'une proposition alternative. Ce n'est une bonne nouvelle pour personne. 

15/03/2007

Google fait un pas vers plus de confidentialité

Eh bien voilà. Enfin ! Google va effacer régulièrement de ses bases de données des informations personnelles permettant de nous identifier.

Dorénavant, nous conserverons les informations sur les utilisateurs pendant 18 à 24 mois, alors que jusque-là nous les conservions indéfiniment.

Il anticipe ainsi des réglements européens et des recours d'organismes comme la CNIL.

La bonne nouvelle, c'est que Google prend en compte une partie des demandes de confidentialité, car enfin 18 mois ce n'est pas rien. Ce qui me stupéfie est le peu d'écho que soulève cette nouvelle. J'ai eu beau chercher, je ne trouve que les medias "anciens" comme le Figaro, les Echos ou le Nouvel Obs pour le signaler. Pas un blog pour en parler. Je dois être le premier, ce qui ne m'arrive jamais et ce que je ne recherche pas particulièrement. Je n'arrive pas à comprendre cette indifférence d'une population par ailleurs si attachée à son indépendance.

Si quelqu'un peut m'expliquer...

14/03/2007

Les parkings votent Bayrou. Pas moi

Ah, ces déplacements en province. Les levers à 5h30 pour l'avion ou le train du matin et le retour tard quand les enfants dorment déjà.  Le plus dur de la journée c'est le parking. Encore engourdi à 7h du matin, arriver dans celui de la Gare du Nord et cette odeur d'urine mêlée au gaz d'échappement. Vous qui débarquez de l'Eurostar, Welcome in France. Hier j'étais en déplacement à Lille, TGV de 7h28. Quel miracle ! Dans le parking Vinci de la Gare du Nord, on diffuse des enregistrements d'oiseaux. Voilà qui me rappelle ce disque 45 tours de mon enfance qui nous faisait passer une journée avec leurs chants, depuis l'alouette du matin jusqu'au rossignol du soir. L'aigle trompette, l'alouette turlute et la cigogne craquette. Le commentaire un peu pédant de ce vieux disque me revient pendant que je traverse le parking. Autre miracle, l'odeur a disparu et ça sent  le printemps. C'est la campagne idéalisée telle qu'on nous la diffuse, que l'on entend et que l'on sent dans les parkings de la Gare du Nord. 

De retour le soir, c'est la queue habituelle ! Seule la caisse du milieu fonctionne et permet de payer son tribut, 22 Euros  la journée. Dans le parking, les mêmes chants vous  accueillent. L'enregistrement a dû tourner en boucle toute la journée pour saluer ce printemps précoce. Soudain, couvrant les oiseaux : ding dong, les cloches du village. Le message, est là, évident, c'est la force tranquille qui revient encore dans cette campagne. Même les parkings votent pour lui. Ce paysage bucolique, ce clocher, cet homme enraciné dans sa terre, le plus rural de nos candidats, aujourd'hui c'est Bayrou évidemment. Je l'annonçais déjà le 15 décembre !!  il a le meilleur slogan  "Nombreux sont ceux qui disent : nous aimons la France de toutes nos forces. Aujourd'hui elle a besoin de toutes nos forces"

Jacques Chirac, qui garde son sens politique, a bien senti le vent et réussit son meilleur discours en nous avouant, enfin, son amour. Les autres candidats ont également suivi mes conseils, ils ont laissé tomber la "rupture tranquille" et "l'ordre juste" . Mais il leur manque encore ce côté terrien qui va faire la différence cette année. Sarkozy a bien tenté un recentrage. Après avoir avoué qu'il ne buvait jamais de vin, il s'est mis à plafonner dans les sondages. Du coup il a tenté le Sancerre, mais il le supporte  mal et commence à dire beaucoup de bêtises. Ségolène Royal qui a pourtant des références, n'exploite pas son long combat en faveur du chabichou.  Et c'est François Bayrou - le seul candidat qui sait conduire un tracteur - (avec José Bové sans doute ) qui devient le chouchou des sondages et des commentateurs. Une fois de plus les Français auront déjoué les pronostics en le plaçant en position d'être au second tour.

Je déteste ce faux bon sens, toujours qualifié de paysan. Bayrou parle beaucoup de la dette. La dette est une contrainte, ce n'est pas un programme. Bayrou ne fait pas de promesses, "qui nous ont fait tant de mal", il nous dit des contes de fées. C'est l'alliance de l'épée et du bouclier. On prend le meilleur de chaque camp, et miraculeusement tout le monde s'entend pour se rassembler sous sa houlette. "Si je suis élu président de la République, le peuple français aura donné un mandat impératif aux forces politiques du pays"  affirme-t-il. François Bayrou se trompe d'élection, on ne vote pas pour les forces politiques du pays, on vote pour un candidat. La parcours de celui-là ne plaide pas pour ses qualités d'écoute. Bayrou est le seul "rassembleur" qui ait  vidé son parti. N'y restent plus que ceux  veulent bien se dévouer au service exclusif de son ambition personnelle. Comment nous faire croire qu'en un mois, ce parti vide se transformera en un parti de gouvernement. Une base de 29 députés ne devient pas une majorité. Bayrou devra cohabiter avec le vainqueur des élections législatives qui serait probablement le Parti Socialiste. Voter Bayrou, c'est l'immobilisme assuré qui fut sa politique au ministère de l'Education nationale. C'est un non-choix et c'est repousser pour 5 ans de plus les réformes nécessaires à ce pays. Je ne voterai pas pour lui. 

08/03/2007

Another brick in the wall

medium_MurBerlin.2.jpg

On a fêté le bicentenaire de la Révolution à Berlin en novembre 1989. Ce jour-là tombait un des murs de la honte.

C'est devenu une référence et une expression toute faite : depuis-la-chute-du-mur-de-Berlin, le monde a changé nous dit-on. Les murs du XXème siècle enfermaient les populations pour les empêcher de sortir. Ceux du XXIème sont bâtis pour les empêcher de rentrer. Le régime de  Corée du Nord franchit les siècles. Ce malheureux peuple est enfermé depuis 50 ans, et maintenant ce sont les Chinois qui se protègent pour qu'ils ne puissent pas entrer si jamais ils avaient réussi à fuir.

Le mur de Berlin est tombé, on le reconstruit à Jérusalem, et d'autres encore :

- Le mur entre le Mexique et les Etats-Unis
- Entre l'Inde et le Pakistan
- Une barrière de 8,5 milliards de dollars entre l'Arabie Saoudite et  le Yémen

Et il y a ceux qui restent debout :

- Des barbelés dans le désert entre le Maroc et le Sahara Occidental
- Un autre mur de la honte en Europe à Chypre sépare les Grecs et les Turcs

Quand on ne sait plus quoi faire, on construit un mur. Le prochain sera surement à Bagdad. Quand les Américains partiront, ils laisseront un monument. Ce sera un mur pour séparer les sunnites et les chiites. Il faut faire confiance à la technologie pour régler les problèmes. Ce sera un mur moderne, avec des caméras qui enregistreront tout, des détecteurs de mouvement, des puces RFID.

medium_Mur_Belfast.jpg

 

Un mur ça sert à séparer des supporters de football. En rugby, on n'en a pas besoin, et c'est pour ça que le rugby est mieux.  D'ailleurs il n'y a qu'une seule équipe de rugby pour toute l'Irlande alors qu'il y a deux équipes de foot pour l'Eire et l'Irlande du Nord. Donc à Belfast, il reste un mur pour séparer les catholiques et les protestants. On aimera le foot le jour où il tombera.

Le plus vieux mur du monde est la grande muraille de Chine. Grâce à lui, ça fait 2500 ans que les extra-terrestres qui nous observent de loin savent que nous aimons nous cloisonner. 

 

 

medium_mur_lamentations.8.jpgA Jerusalem il y a deux murs. Le très vieux Mur des Lamentations qui n'était pas un mur de séparation, mais les fondations du temple d'Hérode. Comme c'est un vieux mur, il est construit avec des blocs de pierre. Ca permet d'y laisser ses voeux avec des petits papiers que l'on glisse dans les fentes entre les antiques blocs. Malgré son nom, c'est un mur d'espoir. 

 Les nouveaux murs sont montés avec des plaques de béton. On ne peut plus y glisser des voeux de paix, alors on tagge des slogans de haine. Pour les décorer, on les surmonte d'une frise en fil de fer barbelé.

"La vérité exprimée sans compromis  a toujours des bords déchiquetés."

 

 

 

 

01/03/2007

Libéralisme contre capitalisme

Quand Jacques Chirac proclame que « Le libéralisme est aussi dangereux et conduira aux mêmes excès que le communisme », de quoi parle-t-il ? Voilà une phrase qui ne peut que stupéfier des anglo-saxons pour qui le libéralisme est plutôt synonyme de démocratie et même d'un positionnement assez à gauche.

En France, les adversaires du libéralisme le qualifient d'ultra-libéralisme, et ce qu'ils combattent est en réalité une évolution dite néo-classique, plus connue sous le nom de l'école de Chicago. Alors que la théorie classique du libéralisme accorde une place dominante au travail, cette école de Chicago place le capital comme unique facteur de production.

Les défenseurs du libéralisme croient défendre la liberté individuelle et rejette toute contestation dans les ténèbres du modèle socialo-communiste et du goulag.

Et voilà comment ses partisans comme ses adversaires ne parlent que d'un des modèles possibles du libéralisme qui est le développement du capitalisme actuel.

medium_Valerie_Charolles.jpgC'est que le libéralisme est comme la démocratie, il en fait partie et en est le pendant dans le domaine économique. C'est la thèse centrale du livre de Valérie Charolles, qui développe cette théorie d'un libéralisme neutre :

"Sans préférence avérée pour le travail ou le capital, il peut aller vers le capitalisme ou la social-démocratie en fonction d'éléments qui lui seront ajoutés, mais il ne présuppose a priori ni l'un ni l'autre"

Le capitalisme actuel est donc une des incarnations possibles du libéralisme. Qui conteste cet avatar est accusé d'en contester aussi les fondements, à savoir la concurrence libre et non faussée. Il est alors facile d'agiter l'épouvantail socialo-communiste pour imposer le capitalisme actuel comme inéluctable et répondant à une logique d'ensemble à laquelle nous ne pouvons que nous plier. Il s'agit donc de s'adapter . Ajoutons à cela la mondialisation qui, elle aussi s'impose à nous, et qui est ressentie comme une concurrence à la baisse sur les salaires. Chacun craint le risque de déclassement et de prendre le descenseur social. Cette impuissance "aboutit à un système de références dans lequel les individus se sentent continuellement menacés et n'imaginent pas pouvoir s'extraire du système".

Et ce n'est pas la campagne actuelle qui pourrait nous donner l'espoir de pouvoir  agir sur ce système. Comme le rappelle Jacques Attali, les polémiques sur le chiffrage des programmes (35 milliards sur 5 ans) représentent 3 ans de bénéfice de Total et même moins d'un an de bénéfices d'Exxon. On voit où est l'argent, et c'est dire que la marge de manoeuvre des Etats est devenue dérisoire et renforce ce sentiment d'impuissance.

Pour revenir au livre de Valérie Charolles, elle ne se contente pas de décrypter ce discours pseudo-libéral au service du capitalisme actuel. Elle ne tombe pas dans une fumeuse théorie du complot des méchants capitalistes, mais montre que que les règles financières et comptables appliquées aujourd'hui pénalisent le travail au dépens du capital. Le travail salarié est une charge comptable alors que le libéralisme y voit la seule source de richesse. Dans ces conditions il ne faut pas s'étonner que la logique capitaliste du profit à court terme pousse à la compression de cette charge. Comme par ailleurs, la France réussit le prodige de baser une grande part de son imposition, et toute la protection sociale sur une base salariale, on a là les secrets du modèle français et de son échec.

Le libéralisme proclame avec raison qu'il n'est de richesse que d'homme, mais les règles de comptabilité classent le travail comme une charge. Imaginons que l'on puisse mettre à l'actif l'expérience, le savoir-faire et tout le capital immatériel que représente les salariés. C'est toute une gestion qui pourrait être infléchie dans un sens plus favorable à cet homme. De manière assez inattendue, ce sont les clubs de foot qui sont en avance dans ce domaine en demandant à ce que leurs joueurs puissent figurer à l'actif de leur bilan et non plus uniquement en charge dans leur compte de résultat.

A livre Valérie Charolles, on se donne quelques armes pour sortir de l'impasse actuelle. Son livre mérite bien cet exergue de Wittgenstein :

"Quel est ton but en philosophie ?
Montrer à la mouche l'issue par où s'échapper de la bouteille à mouches" 

25/01/2007

Une réunion de l'UMP

 

A lire le pilonnage anti-sego qui se déchaîne sur tous les médias, traditionnels ou bloguesques, on se demande comment elle pourra se sortir de cette mauvaise passe. Mais après tout, ça fait partie du parcours normal de tout candidat, et qui pleure en janvier peut triompher en mai, ou l'inverse. Madame Royal est en grande difficulté, on pourra juger de son caractère et de son aptitude à surmonter les épeuves. Je ne suis pas de ceux qui la sous-estiment.  Elle a pulvérisé ses rivaux socialistes, ils ne lui pardonnent pas, et ses difficultés actuelles viennent de là, car elle n'a pas d'équipe et elle n'est pas préparée.

Hier soir, Patrick Devedjian était l'invité d'une réunion à La Celle Saint-Cloud, c'était l'occasion d'aller voir si l'on sonne déjà  la curée du côté de l'UMP.

Après les remerciements d'usage, voici la vedette du meeting qui s'avance au pupitre. Les applaudissements sont polis, la salle a besoin d'être chauffée, mais ce ne sera pas pour ce soir. Patrick Devedjian est un bon orateur, il parle sans notes pendant trois quarts d'heure. C'est pour nous expliquer pourquoi l'UMP a choisi la bonne stratégie pour propulser "Nicolas" (tout le monde l'appelle Nicolas) à l'Elysée.

Pour les valeurs comme le pouvoir d'achat ou le travail, ils ont su récupérer des thèmes traditionnels de la gauche en évitant l'erreur de faire une campagne libérale vouée au même échec qu'Alain Madelin en 2002. Quand au  déroulement de cette campagne, ils ont choisi un congrès de désignation du candidat après celui des socialistes. De cette manière, nous profitons au mieux de "l'effet congrès" assure-t-il. Les événements lui donnent raison pour l'instant, mais le ton comme le fond de son discours ne sont pas triomphalistes. C'est tout juste s'il s'autorise à évoquer la bravitude, et les gaffes d'Arnaud Montebourg.

"Tout le monde dit des bêtises, ou fait des gaffes. Moi aussi, bien sûr. Mais quand j'en fais, j'essaie de ne pas en faire un événement. Alors que là, on met Arnaud Montebourg au piquet, du coup tout le monde en parle. Quel amateurisme ! "

Dans ce genre de réunion, on s'attend à un tir de barrage, et aux effets de manche faciles. Patrick Devedjian a trop d'expérience pour taper aussi fort en début de campagne. Il a plutôt refroidi la salle en n'accordant pas tant d'importance aux sondages qui sont  bons pour Nicolas. "La semaine dernière, on était battu, aujourd'hui c'est mieux, et je préfère quand les chiffres sont bons, mais la situation peut encore se retourner". Patrick Devedjian ne crie pas victoire, il a raison. "On n'est jamais à l'abri d'un événement imprévu, ou même d'une faute".

Vient le tour de la salle, elle est presque pleine, et il reste encore quelques dizaines de places sur les 500  disponibles. Beaucoup de sexagénaires, Monsieur et Madame, 4 ou 5 étudiants, et quelques autres  qui ne sont plus l'un et pas encore l'autre.

Ca commence fort en réclamant que l'on arrête de taper sur les riches. On continue par les droits des propriétaires et les 34 Milliards d'Euros pour l'aide au logement. Patrick Devedjian a des réponses plus raisonnables que les questions, et il propose de redéployer ces sommes pour aider à l'accession à la propriété. Visiblement, il connait le sujet, il cite le Danemark et la nécessité de créer un marché hypothécaire.

Tout ça risque de tourner à la réunion de co-propriétaires, et je commence déjà à ronchonner. Je réussis à récupérer le micro pour demander ce qu'ils comptent faire pour l'éducation nationale. Ma question ne porte pas sur le diagnostic, que tout le monde admet, ni même sur le projet qui est connu, mais bien sur les moyens de réussir une réforme qui ne se termine pas, comme d'habitude, par une capitulation devant la rue. Il répond par la suppression des ZEP et de la carte scolaire, et propose la création de campus, "à l'américaine", pour de grands pôles universitaires régionaux. Quant aux moyens, il compte sur la persuasion auprès des enseignants, la prochaine cible de Nicolas, qui connaissent bien les mauvais chiffres d'un système qu'ils continuent pourtant à défendre.

En France, on a longtemps nié les problèmes. Après de nombreux rapports et commissions, on a enfin accepté un diagnostic, on commence à se mettre d'accord sur certains remèdes, on en n'est pas encore aux moyens politiques de faire accepter un traitement qui puisse réussir.

Et pourtant sur d'autres sujets, comme l'Europe, Nicolas propose une stratégie. Si vous m'élisez, vous acceptez le principe d'une ratification parlementaire d'éléments institutionnels européens (Ministre des affaires étrangères, vote à la majorité qualifiée).  C'est tiré par les cheveux, mais au moins on est renseigné sur les moyens.

La réunion se termine avec une dame qui évoque ses jeunes années à Neuilly et les mérites municipaux de Nicolas Sarkozy. Mais plus personne n'écoute, c'est l'heure de la galette et du "verre de l'amitié".

16/01/2007

La grande distrib 2.0

Finalement ce Web 2.0 pousse à son paroxysme le modèle de la grande distribution. On sait que celui-ci est construit autour de la puissance des centrales d'achat qui tirent leur force de leur concentration, face aux fournisseurs désunis et dispersés. On connait aussi l'importance de l'exposition du produit et de l'effet "tête de gondole". Ces mêmes fournisseurs arrivent quand même à vendre leur production. Quelques grandes marques stars arrivent même à un tel niveau de notoriété, qu'elles peuvent négocier dans des conditions un peu moins inégales. 

Pour l'économie de l'Internet, j'écrivais précédemment

" Comme chacun le sait, il s'agit maintenant d'un Web en lecture-écriture. L'utilisateur en crée le contenu, au moins à part égale avec les entreprises économiques et les institutions. Celles-ci continuent néanmoins à en tirer l'essentiel du profit économique. A terme, ce partage inégal annonce des tensions sur le modèle  (...) Si l'information est un vrai pouvoir, celui-ci se ré-équilibrera, sous sa forme économique, entre les mains des usagers au détriment des entreprises capitalistiques."

Cette analyse est un voeu plus qu'une vraie prévision, et il a peu de chances de se réaliser. Quand on compare avec  la grande distribution, on s'aperçoit que le modèle Web 2.0 n'est pas si nouveau que ça, en tous cas d'un point de vue de la répartition des bénéfices. Les Google, MySpace et consorts sont les Carrefour(s) - c'est le cas de le dire - de l'Internet, ils ont un rôle tout à fait similaire. Ils font même mieux, puisque le contenu créé par l'utilisateur (user generated content) l'est à titre gratuit. Encore plus fort !  La loi d'airain, qui fait du distributeur l'élément clé de la chaîne de valeur, se confirme et s'amplifie dans le monde de l'Internet. Le producteur de contenu est quand même satisfait. Il échange sa production contre une reconnaissance sociale ou professionnelle. Un excellent rapport ( en .pdf ) analyse bien cette évolution de la chaîne de valeur dans l'industrie du divertissement.

Le modèle est accepté pour la production amateure de divertissement et même pour les contenus plus ambitieux de beaucoup de blogs.

Les professionnels du divertissement et de l'information n'ont toujours pas trouvé de modèle économique qui leur permettent de s'insérer dans cette nouvelle chaîne de distribution. Les DRM ne seront pas acceptés, et Microsoft a manqué de Vista  en se conformant aux diktats d'Hollywwod. Ce n'est pas si grave pour nous, il y a plein d'alternatives.

La presse quotidienne payante d'informations sur papier va mourir. Elle a bien du mal à construire son nouveau modèle à dominante Internet. C'est beaucoup plus embêtant.

19:44 Publié dans Société, Web | Lien permanent | Commentaires (0)

10/01/2007

Pour répondre aux juristes

PetitJuriste et Versac ne comprennent pas ma note d'hier. En voici donc une explication :

Question de méthodes

  1. Je ne conteste pas à Monsieur Rolin ou à quiconque le droit de discuter un projet de loi. Les éclairages techniques des juristes sont toujours les bienvenus.

  2. Je conteste la méthode et surtout la source du document, qui n'est pas authentifiée. L'avant projet de loi  sur lequel a travaillé  Monsieur Rolin le 6 janvier est un lien vers son blog. S'il s'agissait d'un texte dont la provenance est légitime, qu'il nous en indique la vraie source. On ne l'a pas, il s'agit donc évidemment d'une fuite. Outre l'auteur de la fuite, Monsieur Rolin est doublement condamnable : Travaillant sur un texte non authentifié et illégalement publié, sa méthode est scientifiquement nulle, politiquement et juridiquement contestable.
                   
  3. Dans une note du 3 janvier,  Monsieur Rolin est  "fasciné par le phénomène d’emballement que l’on qualifiera, faute de mieux, de « politico-médiatique »". Dans son désir de scoop, il succombe lui-même à ce phénomène d'emballement. La démocratie est-elle mise en danger par ce projet de loi, qu'il faille utiliser des méthodes aussi contestables et une précipitation aussi imprudente ? Je pense quant à moi, qu'elle se porterait mieux si l'on vérifiait ses sources et que les fonctionnaires chargés d'élaborer la loi ( l'auteur de la fuite, par exemple ) observaient leur devoir de réserve.

  4. La meilleure preuve en est qu'une nouvelle note, aujourd'hui 10 janvier 2007, commente une autre version du projet de loi. La source est cette fois-ci précisée ici. C'est encore une fois une source non officielle, et l'on n'est toujours pas assuré que l'on commente le véritable texte.

  5. Ne pas se laisser emballer consisterait à attendre une version définitive et authentifiée du texte, avant de la commenter et d'éclairer les non-spécialistes que nous sommes.

 

Question de fond

Aborder la question du logement par la gestion de l'échec, du juridique et donc des conflits est une vision défaitiste. Je persiste  à espérer et donc à encourager une politique qui fasse de l'accessibilité au logement, une priorité nationale. Quelques pistes ont déjà été évoquées : "Accélération des cessions foncières de l'État ; simplification des procédures administratives ; plans locaux d'urbanisme favorables à la densification ; exonérations fiscales ; limitation des recours abusifs ... Pour résoudre la crise du logement, il faut d'abord construire !" La question de l'opposabilité n'est donc qu'un outil qui doit forcer la puissance publique à prendre les moyens de cette politique. Sur cette question de fond, j'admets que l'on ait une vision plus prudente si ce n'est soupçonneuse. Elle est largement diffusée dans la presse et dans les blogs qui ne manquent pas de recenser les très nombreuses promesses non tenues.

Il y a un droit à l'éducation, on sait construire des écoles. Il y a un droit aux soins, on sait construire des hôpitaux. Sans aveuglement, mais avec une réelle conviction, je persiste à faire confiance à notre capacité à construire aussi des logements. C'est mon côté Don Quichotte.

09/01/2007

Droit au logement : Ceux qui préfèrent la démolition nocturne ...

Il y en a qui dorment dans les tentes, et d'autres qui veillent jusqu'au petit matin.

Monsieur Frédéric Rolin, professeur de droit public,  fait partie de ceux-là. Il a  travaillé toute la nuit du 6 janvier pour nous livrer son diagnostic à 4h55 du matin. Il publie sur son blog une série de 3 "scoops" concernant le droit au logement opposable. Ses commentateurs dociles admirent son dévouement nocturne à la chose publique.

C'est qu'il s'agit d'être le premier à démolir le projet. Le projet, dites-vous, n'est pas sorti, il n'a pas été discuté ni voté. Quand on est professeur de droit public, on ne s'embarasse pas de ce genre de détails. Peu importe la source, non authentifiée, du document que l'on commente, peu importe le Conseil d'état, peu importe le débat et le vote de l'Assemblée.  A situation d'urgence, il s'agit de démolir d'urgence. 

"Dussé-je y passer la nuit, j'en entreprends l'analyse, et la publie dans une note qui suivra celle là, mais je peux d'ores et déjà livrer un second scoop à mes lecteurs : ce projet est très en retrait sur ce qu'on pouvait envisager, et je pense qu'il ne remplira pas les objectifs qu'on en escompte. "

et donc à l'issue de cette nuit fiévreuse:

"Pour toutes ces raisons, il apparaît que la version actuelle de l’avant projet de loi est très critiquable et même en demeurant sur une logique stricte de juriste, je dois dire que je le considère comme très probablement inefficace voire doté s’un simple effet cosmétique."

"Plutôt que ce texte cosmétique, il vaut mieux encore ne rien faire, ce serait plus honnête."

Ne rien faire serait plus honnête. Que n'avez vous suivi vos propres préceptes lors de cette nuit !

...feraient mieux de se reposer

Heureusement, Monsieur Frédéric Rolin est aussi un honnête homme, et après un peu de repos, il rectifie sagement son point de vue dans son troisième scoop avec  cette mise à jour du 8 janvier :

maj 08/01/2007 :

"Toutefois, si le plan d'urgence qui a été adopté donne effectivement des moyens pour les problèmes du court terme, on ne peut que demeurer très prudent, conformément aux éléments d'analyse juridique donnés plus haut, sur l'existence d'un droit au logement renforcé.

 Comme le souligne l'association, (NDLR : Les Enfants de Don Quichotte) elle n'est pas constituée de "techniciens", et il conviendra donc qu'au cours de la procédure parlementaire, les associations et les élus concourent à ce processus d'amélioration du texte. "

 

07/01/2007

Les " droits de " et les " droits à "

Ainsi, d'après les bigots du libéralisme, il y a les vrais droits qui sont les " droits de " et les faux qui sont les " droits à " :

"Les droits-libertés sont des droits contre l’Etat, des « droits de ». Les droits-créances sont d’une tout autre nature. Ils sont opposables à l’Etat dans le sens où chaque individu ou groupe peut légalement attendre de l’Etat une prestation particulière : un travail, un logement, une retraite, un environnement sain, etc. Les droits-créances sont des droits par l’Etat, des « droits à »."

Tout comme le droit au logement, le droit à un air pur est un faux droit.  Nos amis libéraux ont pris la relève de leurs anciens congénères marxistes. Ils ne voient le monde qu'à travers les textes de leur Loi. Pas de droit au logement ni à un environnement sain chez John Locke. Malgré son génie il n'avait pas anticipé le problème. Il n'existe donc pas. Nous pouvons continuer à polluer en paix. Que faire alors ?

Je propose de changer de préposition et dans une pirouette syntaxique de transformer mon faux droit à un environnement sain en un vrai ( ouf ! ) droit de respirer.

La société de défiance

Dans cette affaire du droit au logement, du blog de Maître Eolas à  un média plus ancien comme le  Figaro, on retrouve le même état d'esprit et la même méfiance. Prenons cet article de M. Jérome Dubus : Le droit au logement opposable, cette fausse bonne idée :

Voilà un article construit  comme le "dialogue social" à la SNCF. On commence par faire grève, on discute après. D'abord le conflit, ensuite la négociation. M. Jérome Dubus nous détaille sur trois colonnes les différents types de conflits qui ne manqueront pas de se déclencher. Il faut arriver à la fin de cet article pour arriver aux bonnes idées

"Accélération des cessions foncières de l'État ; simplification des procédures administratives ; plans locaux d'urbanisme favorables à la densification ; exonérations fiscales ; limitation des recours abusifs : voilà quelques pistes que le prochain gouvernement devra traduire rapidement dans les actes... Pour résoudre la crise du logement, il faut d'abord construire !"

Dans mon euphorie de nouvelle année, il me semblait que l'annonce de ce droit était le signe fort que l'on prenait le problème dans le bon sens. Par exemple, les propositions de M. Dubus deviendraient des priorités que l'on associerait aux moyens adéquats.

Le droit au logement opposable crée une obligation de résultat. Professionnellement, je vis dans un monde de client-fournisseur où un engagement de résultat n'est sérieux que s'il est assorti de pénalités.  L'objectif est que les résultats soient atteints et que l'on n'aille pas jusqu'au conflit. Les pénalités sont là  pour rassurer le client par rapport au sérieux de cet engagement et des moyens qui lui sont affectés. Je sais bien que que cette relation commerciale ne peut pas être complètement comparé à un problème social. On préférera sans doute parler de contrat. Ca ne me paraît pas si éloigné du sujet qui nous préoccupe où l'on espère que, par hypothèse, les deux parties sont de bonne foi et ont un intérêt commun à atteindre l'objectif.

Dans toute cette discussion, on suppose au contraire, que par avance, les deux parties sont de mauvaise foi. Le législateur serait ainsi en train de préparer une loi qui le contraint, en prévoyant à l'avance tous les moyens lui permettant d'y échapper. Les futurs plaignants, quant à eux, ne chercheraient qu'à contourner la loi pour se loger gratuitement aux frais du contribuable.

La même tare et le même virus mortel ronge le syndicaliste passéiste arc-bouté sur ses avantages acquis, comme le  libéral qui rêve d'un avenir à l'anglo-saxonne pour notre pays, c'est la défiance et le modèle perdant-perdant dans lequel nous vivons depuis 25 ans.

Décidément le facteur immatériel est bien la source, la condition et l'avenir de notre prospérité. Dans son livre magistral, Alain Peyrefitte a montré comment l'établissement de la société de confiance était à la source du développement des sociétés modernes.  Le retour à la confiance mutuelle, c'est bien l'enjeu actuel. La classe politique a d'énormes responsabilités dans cette affaire, mais nous aussi.

03/01/2007

L'homme de l'année c'est Don Quichotte

medium_don_quichotte.jpgIl y a des moments où tout bascule dans ce pays que l'on croit momifié. En quelques semaines, le droit au logement opposable va devenir une réalité. Tous les candidats et le Président de la République en sont d'accord, et l'on peut s'attendre à un vote à l'unanimité à l'Assemblée Nationale. Voilà qui démarre en beauté cette nouvelle année.

Je ne vais pas faire un procès trop facile aux hommes politiques pour leur reprocher de prendre enfin à bras le corps le problème des mal ou non-logés. Comme beaucoup, je passe à côté des SDF sans leur prêter plus d'attention. De temps en temps on en parle, on lève les bras au ciel, puis on passe à autre chose. Sauf quelques associations, c'est bien toute la société française qui s'est résigné à ce scandale. La classe politique est plutôt en avance, élection oblige peut-être, et puis tant mieux si c'est l'occasion d'avancer.

Le droit au logement a été constamment réaffirmé depuis au moins 25 ans. Voir l'entrée dans Wikipedia et surtout le rapport de novembre 2003 :

"C’est d’abord la loi “ Quilliot ” du 22 juin 1982 qui a proclamé que “ Le droit à l’habitat
est un droit fondamental ”. Puis, la loi “ Mermaz ” du 6 juillet 1989, établissait que “ Le
droit au logement est un droit fondamental ”.
Le droit au logement constituera ensuite l’objet même de la loi “ Besson ” du 31 mai
1990, qui définira les moyens de sa mise en oeuvre"

On sait que le législateur adore proclamer les grands principes, multiplier les lois sans se soucier de leur application et de leur résultat. Un droit opposable permet au plaignant de faire condamner toute autorité publique qui ne respecte pas la loi. C'est bien la différence entre une obligation de moyens qui relève de l'incantation et une obligation de résultats qui se constate et se sanctionne. Quoi que l'on pense des hommes politiques, ils se donnent volontairement les outils et les contraintes qui les forceront à respecter ce droit. Le droit opposable, ça marche. Il existe déjà le droit à l'éducation et le droit aux soins médicaux. On peut discuter de la qualité de l'éducation nationale ou du système de soins. Personne ne discute que ces droits existent et qu'ils ont marqué des progrès réels et mesurables

Quelques libéraux bornés distinguent deux catégories de droits :

" les vrais et les faux. Les vrais droits de l’homme, ce sont les droits-libertés : liberté, propriété, résistance à l’oppression, etc.. Ce sont ceux qui ont été déclarés à partir du XIIème siècle dans les grands textes anglais, puis à la fin du XVIIIème siècle en Amérique et en France. Les faest 'ux droits de l’homme, ce sont les

droits-créances : droit au travail, au logement, aux prestations sociales, à un environnement sain, etc.. Ce sont ceux qui ont été inventés en permanence depuis plus de deux siècles dans les textes à caractère socialiste."

Le droit au logement est donc un faux droit puisqu'il est classé socialo-communiste, comme les autres droits-créances dont l'éducation et les soins médicaux. L'auteur n'ose pourtant pas citer ceux-ci. Laissons donc plusieurs centaines de milliers de mal-logés à leur vrai droit : coucher sur le trotoir ou dans des logements insalubres.

Changer le monde avec 3000 Euros

Les six membres de la famille Legrand auraient investi 3000 Euros dans l'achat de leurs tentes. Les associations plus anciennes ont salué avec élégance l'action de ces ouvriers de la onzième heure. Quand nous les détournions, ils ont su garder leurs yeux ouverts et monter leur opération avec un savoir-faire médiatique impressionnant.

medium_time_you.6.jpg

 

D'après Time Magazine, l'homme de l'année, c'est YOU : Toi et moi. Pour mieux se fairemedium_new_collage_time_quichotte.3.jpg comprendre, la couverture du magazine est constituée d’une surface métallique réfléchissante.  En la regardant, on voit son image. J'aime bien les blogs, mais je déteste leur côté narcissique. On peut dire que Time a bien illustré cette ambiguité. Mais pour moi, l'homme de l'année qui commence c'est Don Quichotte.

 

 

 

 

 

 



 

23/12/2006

La faillite de l'enseignement supérieur

Dans ce même rapport “L’économie de l’immatériel - La croissance de demain” (.pdf), dont j'ai parlé dans mon précédent billet , on trouve une analyse terrible de l'état de notre système d'enseignement supérieur. La qualité de cet enseignement est bien sûr capital pour notre réussite et notre croissance au sein de cette économie.  

En voici quelques constats

"La France a atteint le seuil à partir duquel l’enseignement supérieur s’impose comme un vecteur essentiel
de croissance vers la fin des années 70..

Alors que la France atteignait le niveau de développement qui rendait
l’investissement dans l’enseignement supérieur économiquement plus nécessaire que celui dans le primaire
et le secondaire, le choix a en effet été fait de maintenir l’accent sur ces deux derniers secteurs, qui ont connu
une augmentation de la dépense annuelle par élève largement supérieure (+95 % pour le primaire et +74 % pour
le secondaire, contre +22 % pour le supérieur40).

Le système d’enseignement supérieur français :
• accueille moins d’étudiants (en pourcentage d'une classe d'âge)  que le système universitaire américain, alors qu’il est largement gratuit ;
• produit en moyenne davantage de non-diplômés alors que les étudiants français travaillent moins
que leurs collègues américains ou européens pour financer leurs études ;
• est l’un des moins visibles, deux établissements d’enseignement supérieur français seulement
figurant dans le classement des 100 premières universités mondiales réalisé par l’université de Shanghai."

D'où l'une des recommandantions du rapport:

"RECOMMANDATION N°54 : Accroître l’effort en matière d’enseignement supérieur de 0,5 point de PIB, soit
environ 8,5 Md €, en en réservant le bénéfice à des actions de promotion de nouvelles filières, de restructuration
du système d’enseignement supérieur et de promotion de l’excellence."

Depuis 30 ans, on a  systématiquement poursuivi une politique dont chacun sait qu'elle est à contre-sens ( en particulier pour la répartition de l'effort financier entre le primaire, le secondaire et le supérieur). Tous les responsables de bonne foi le reconnaissent, et pourtant rien ne change. Dans un autre contexte, Jean-François Revel aurait parlé de connaissance inutile. Mais ici il ne s'agit pas de controverse entre l'information et sa falsification qui l'emporterait sur la vérité. Malgré les efforts de quelques uns pour nous faire croire que tout va bien, chacun sait que la qualité de notre enseignement se dégrade d'année en année.

En fait cette question de l'enseignement illustre parfaitement l'économie de l'immatériel. Celle-ci est faite d'excellence dans l'exécution des processus. L'exemple français le montre depuis 30 ans, il ne sert à rien de posséder les données et d'avoir le bon diagnostic si l'on n'a pas la volonté et surtout la capacité d'exécuter et de faire accepter les réformes qui s'imposent.

Accroître l'effort de 0,5 point de PIB, pourquoi pas ? C'est certainement nécessaire, en supposant que l'on puisse trouver les ressources budgétaires. On constate aussi que les augmentations massives de dépense dans l'enseignement primaire et secondaire n'ont pas eu de résultats miraculeux. Il ne suffit pas d'allouer des ressources supplémentaires, c'est relativement facile, il faudra aussi avoir le courage et l'habileté  pour faire accepter les réorganisations nécessaires qui sont également bien connues (voir pages 156 et suivantes du même rapport)

La politique, comme l'économie de l'immatériel est un art tout d'exécution.

 

Petit message personnel : Relâche pour ce blog jusqu'au début 2007.

Joyeux Noël et bonne année à tous,

René 

22/12/2006

Economie de l'immatériel : On cherche une méthode

 

C'est avec des sentiments mitigés que je viens de terminer la lecture du rapport “L’économie de l’immatériel - La croissance de demain” (.pdf) . Le sujet est d'importance et mérite d'y passer un peu de temps. Et pourtant, en arrivant à la fin de cette lecture, je ne suis pas sûr d'avoir les idées beaucoup plus claires sur le sujet.

Beaucoup de points de vue sont étudiés, et 68 recommandations sont formulées, dont certaines paraissent tout à fait pertinentes. En revanche, on est constamment gêné par une absence de définition claire de cette économie de l'immatériel. D'après le rapport, c'est « une économie qui n'a pas de fondement physique mais qui place les capacités intellectuelles au coeur de la création de valeur. Désormais, c'est notre capacité à créer, à innover, à inventer qui va devenir notre principal critère de compétitivité et notre première source de croissance ». Ce secteur représenterait « environ 20% de la valeur ajoutée et 15% de l'emploi ». Peut-être, mais on ne saura jamais comment sont calculés ces chiffres et à partir de quelle classification et de quelle méthode.

Par ailleurs, les exemples pris concernant la gestion du patrimoine immatériel paraissent tout à fait incohérents avec le sujet. J'ai du mal à comprendre en quoi la gestion des fréquences hertziennes, ainsi que les « droits à polluer » en millions de tonne de CO2 font partie de l' économie de l'immatériel. Que l'infrastructure en réseau hertzien fasse partie des conditions d'épanouissement de cette économie, tout le monde en conviendra, pour autant il s'agit bien de ressources physiques limitées, qu'il s'agit justement de réglementer pour en répartir la rareté.

Le rapport est donc consacré à un sujet mal défini et qui souffre d'une absence de méthode comptable reconnue par tous. La nature même de ces actifs les rend difficilement appréhensible, et les chapitres consacrés à la question des brevets montrent bien que ce système de protection et de valorisation des actifs immatériels est loin de couvrir tout le sujet.

Y a-il vraiment une innovation importante et brevetable qui expliquerait le succès de l'iPod ? A l'évidence, la valeur économique de toute la chaîne iPod est très largement due à un effet d'image et de marque, voire à la personnalité de Steve Jobs. Rien de tout cela n'est brevetable, et pourtant cela permet à Apple de tarifer ses produits nettement plus chers. Apple facture de l'immatériel.

La valeur de la marque est presque inestimable, dans tous les sens du terme. Une des pistes permettant de mesurer ce facteur immatériel serait de prendre en compte ce qu'en pense le marché. C'est ainsi que la capitalisation de Google est de 130 Milliards de dollars, alors que celle d'IBM est à peine supérieure avec 155 Milliards. Et cet exemple concerne deux sociétés particulièrement prospères puisque IBM affiche un bénéfice brut de 36 milliards, dix fois supérieur aux 3,5 milliards de Google. Malheureusement ces chiffres ne sont disponibles que pour les sociétés cotées en Bourse. On exclut donc tout le tissu des PME, qui sont souvent les plus innovantes par rapport à cette économie de l'immatériel. Il y a bien des critiques à faire en ce qui concerne la capitalisation boursière. En particulier, les effets de mode et de suivisme  paraissent fausser le jeu. Mais ne sont-ils pas aussi un reflet de cette valeur immatérielle et fluctuante que l'on recherche à estimer ? On aurait bien aimé, de toutes façons, que le rapport explore cette piste, pour illustrer et peut-être commencer à se donner des outils de mesure de l'immatériel. Le rapport est complètement muet sur ce sujet, tout comme sur l'ensemble des produits financiers dont l'impact est pourtant considérable et qui est une des clés du renouveau anglais.

Le problème de cette mesure n'est pas nouveau. En 2003 Michel Volle examinait la question. Dans cette page, il propose la définition suivante : « les produits immatériels, qu’ils soient incorporés à un bien ou à un service, sont ceux qui résultent d’un travail de conception ». Il est moins convaincant quand il affirme que la mesure de ce capital n'est pas plus difficile que la mesure du capital matériel.

Pour conclure provisoirement sur ce sujet, on pourra réfléchir au cas de Nike. Le rapport donne ces chiffres : « les coûts de production, au sens strict, des chaussures Nike ne représentent que 4 % du prix de vente total, le reste représentant la rémunération d’actifs immatériels tels que la marque, la recherche, les brevets et le savoir-faire de l’entreprise… » On est bien là au coeur du sujet. Cette chaussure n'est pas un objet ni un capital. C'est le processus dynamique qui va de la conception, à la distribution finale qui crée la valeur. Ce n'est pas le produit fini et inerte.

On ne sait pas, aujourd'hui, estimer a priori la valeur de ce processus, qui fait pourtant toute la différence entre une société ou un pays qui se développe et un autre qui stagne, ou qui décline. En ce sens, ce rapport manque son objectif. Il propose néanmoins quelques pistes d'amélioration qui, faute de relever d'une méthode, pointe les insuffisances de notre pays et devrait nous permettre de relever un peu la tête. Mais là, le diagnostic est connu depuis longtemps, la question est celle de l'action. Là aussi c'est le processus qui fait la différence.

Rendez-vous dans une prochaine note.

09/12/2006

Coup de chapeau à Loïc Le Meur

Il organise la conférence Web3 avec la participation de 36 nationalités. Beaucoup de grands acteurs Internet seront présents. Voilà un beau succès qui fera de Paris la capitale de l'Internet pendant ces 48 heures. Ca n'arrive pas si souvent que l'on associe la France avec les technologies de demain, et l'on ne peut que remercier Loïc Le Meur de faire profiter Paris de l'étendue de son carnet d'adresses.

Lisez son interview sur 01net :

"L'idée, avec le Web 3, c'est de faire pendant 48 heures de Paris la capitale européenne de l'Internet, avec tout ce qui peut en découler. En matière d'investissement, je pense par exemple à quelqu'un comme Benjamin Bejbaum, le créateur de Dailymotion, qui était présent à la première édition il y a deux ans et qui y a trouvé les relais nécessaires au développement de son projet. Cette année, nous aurons 1 000 participants en provenance de 36 pays avec un public d'entrepreneurs du Web, d'investisseurs et/ou de blogueurs."

On sait que son succès en agace beaucoup. Tant pis pour les grincheux ! En ce qui me concerne, je n'ai jamais rencontré Loïc Le Meur, et je ne me suis pas inscrit à cette conférence. Je souhaite pourtant que cette conférence soit un vrai succès et débouche sur des initiatives nouvelles, dont certaines pourraient voir le jour en France. Ca nous ferait pas de mal.

Bravo donc pour cette conférence et coup de chapeau à Loïc Le Meur !

06/12/2006

Le télétravail : piège ou progrès

Je reprends le titre de l'émission d'Europe1 hier soir à 18h. Xavier de Mazenod qui anime le projet Zevillage y était invité. Ayant adhéré récemment à cette association, j'en profite pour faire part de mon expérience de ce type d'organisation.

Comment ça se passe ?

Je participe à un programme, encourageant ceux qui le souhaitent, à effectuer tout ou partie de leur travail à domicile. L'équipement nécessaire est fourni par mon employeur. Il s'agit du poste de travail (PC portable) et du téléphone portable. La connexion ADSL est remboursée forfaitairement à 20 Euros par mois. La connexion au réseau se fait par authentification sur TokenCard, avec calcul d'une même clé sur le serveur et sur la TokenCard. A partir de ce moment là, je suis sur le réseau de mon entreprise, de la même manière que si je suis au bureau. Tout travail de recherche ou de rédaction de document commercial ou technique peut ainsi être effectué à la maison.

Conditions pour que ça puisse marcher

Il faut que le travail soit basé sur des réalisations et des objectifs, pas sur une présence horaire. Cela suppose que je ne compte pas mes heures, et mon employeur non plus. Une confiance mutuelle s'établit très vite si les deux parties sont de bonne foi. Les horaires sont donc flexibles, à condition d'être joignable par téléphone ou par E-Mail aux heures ordinaires de bureau.

Les avantages du travail à la maison

Le premeir avantage et le plus visible est évidemment dans le gain de temps. Une journée de travail dans une grande ville peut durer 12h, avec les 8h à l'entreprise + 1 h de pause déjeuner, et parfois près de 3h de transport. A la maison, le temps et la fatigue du transport sont supprimés. En ce qui me concerne, je peux également découper ma journée de travail différemment. Par exemple, en commençant le matin à la maison par le tri des mails, quelques tâches administratives. Cela me permet de partir plus tard, après les bouchons du matin, tout en ayant déjà effectué une partie de travail à la maison.

Pour l'employeur, on comprend facilement les économies qui peuvent être faites, en étant assuré qu'une fraction importante de son effectif n'occupera pas sa place de bureau tous les jours.

Les objections

L'entreprise est un lieu de travail, mais c'est aussi un lien social. Celui-ci serait rompu si l'on généralise ce type de pratique. C'est aussi une crainte des syndicats qui verrait leur influence s'effriter encore plus. On peut répondre à cela que le télétravail est rarement exclusif, et qu'il n'empêche pas de se rendre régulièrement dans son entreprise, même si ce n'est plus quotidiennement.

On peut aussi objecter que les économies faites par l'entreprise sont un gain net, sans que l'employé en tire bénéfice pour lui-même. C'est là où les accords d'entreprise doivent être négociés, afin que chacun puisse évaluer les gains et les charges d'un tel système, pour l'entreprise comme pour le salarié. Tout ceci est assez facilement négociable. La difficulté réside sans doute plus dans la crainte des entreprises comme des employés devant cette nouvelle manière d'organiser le travail.

Que l'on me permette un souvenir personnel. Il y a deux types de cadres : ceux qui se sentent dévalorisés s'ils terminent avant 21h, et s'ils ne ramènent pas de travail le soir ou pour le week-end ; et puis il y a ceux qui se sont jurés de ne jamais ramener de travail à la maison, et de bien cloisonner ces deux mondes.

J'ai longtemps fait partie de cette deuxième catégorie. En cas de forte charge de travail, je préférais rester tard au bureau pour rentrer au milieu de la nuit à la maison. Il ne vous reste plus qu'à réchauffer les restes du dîner au micro-ondes, quand tout le monde dort. Vous avez alors le temps de penser qu'il serait peut-être plus intelligent de rentrer plus tôt, pour pouvoir dîner en famille, et reprendre le travail après, quitte à rompre avec votre serment de cloisonnement. C'est ainsi que petit à petit, on en vient à accepter cette "intrusion" du monde professionnel dans l'intimité famililale.

Un retour à une certaine tradition

Si l'on porte le regard un peu plus loin, on s'aperçoit que ce type de travail ne fait que renouer avec un mode ancien d'organisation de la vie. Pendant des siècles, les agriculteurs, comme les artisans ou les commerçants ont résidé sur leur lieu de travail. Des générations d'enfants ont ainsi été formés à leur futur métier, par un contact quotidien avec la pratique de leur parents. Il est évident  que nous ne somme plus à l'époque où les enfants avaient forcément la même activité professionnelle que leurs parents. Pour autant il y a bien des avantages à ce que l'enfant puisse se rendre compte concrètement de ce que représente le travail d'un adulte. Plutôt qu'un départ tôt le matin quand les enfants dorment encore, un retour le soir quand ils dorment déjà; plutôt qu'une absence quotidienne dans un bureau mystérieux, une présence même épisodique des parents leurs permet de les voir pendant la semaine, et pas seulement le week-end. Ils peuvent les voir aussi au travail tout comme les ont toujours vu leurs prédécesseurs, pas si lointains que celà. Finalement, cette organisation en usine, en atelier ou en bureau n'aura peut-être été qu'une parenthèse de deux siècles dans la vie de travail de l'homme. Le bilan qu'on peut en faire n'est pas spécialement positif et le télétravail n'est par certains côtés qu'un retour à un mode de vie tout à fait traditionnel. 

 

Le télétravail n'est malheureusement pas possible pour tous ceux qui le souhaiteraient. Les emplois de service, dans un site d'accueil de la clientèle (administrations, grandes surfaces, banques, etc.) ne sont pas candidats. On comprend aussi que la plupart des travaux de production qui nécessitent un outillage lourd, et la présence d'une équipe de travailleurs ne peuvent pas se faire à la maison. En plus, ce sont déjà ces emplois mal payés qui sont les plus susceptibles d'être délocalisés.

Il y a évidemment à repenser de manière beaucoup plus large les nouvelles conditions de travail qui sont maintenant possibles et parfois souhaitables. A une extrémité, on trouve certains cadres qui peuvent organiser assez librement leurs  horaires et leurs lieux de travail. A l'autre extrémité, beaucoup d'employés et d'ouvriers sont contraints à des longs déplacements vers un lieu de travail fixe, pour un travail pénible et menacés par la concurrence des pays à bas salaire. Nous ne sommes décidément plus au temps d'une réglementation du travail monolithique et rigide.

23:21 Publié dans Actualités, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ADSL, Travail

03/10/2006

Blogs et Wikis: La CIA aussi!

Une étrange rencontre

En me promenant sur le blog de Francis Pisani, je tombe sur cette étrange nouvelle. La CIA s'intéresse aux technologies de partage de l'information. Quelques stars américaines du Web2.0 ont fait le déplacement. Voici un compte-rendu par un des participants. Ces personnalités du Web n'hésitent pas à rencontrer et à partager des idées avec des analystes de la CIA. Comme le dit l'un d'entre eux (Jay Cross) « Support the Agency. You don’t have to like the people they report to »; ce qu'on pourrait traduire par « Aider la CIA, vous n'êtes pas obligés d'apprécier les personnes qui la commande ».


Cette rencontre est en soi un petit événement. On n'imagine pas la même chose, ici en France. Quoi de commun entre cette culture de l'ouverture et un service secret? Vu d'ici, et sans doute de Californie, tout ce qui ressemble à un organisme gouvernemental, ou pire encore à une centrale de renseignement, ne peut rien avoir à partager avec des personnalités toutes issues de l'open source.

En ce qui me concerne, c'est cette rencontre elle-même et les sujets traités qui m'intéressent. La CIA en tant que telle, et la question de la torture ne sont pas le sujet de cette publication.


L'un des participants à cette rencontre, Eugene Kim explique bien comment les attentats du 11 septembre ont secoué les différentes agences de renseignement. Après un échec aussi catastrophique, il apparaissait vital de repenser leur fonctionnement à la lumière de ces événements et des nouvelles techniques terroristes. En parallèle, l'émergence des blogs et des wikis rend presque naturel l'intérêt de la CIA pour ce type d'outils. Après tout, la plupart des blogs, y compris celui-ci, ne sont que la compilation et de l'assemblage d'informations, avec un brin d'analyse personnelle. On peut également alimenter un wiki, spécialisé dans les questions du renseignement. A la CIA ils ont un wiki nommé Intellipedia. La CIA, dans ses activités de renseignement, n'est que du pur traitement de l'information. A partir de la presse, d'informations collectées par ses agents, de tout ce qui a été récupéré par ses moyens d'écoute, il s'agit de trier, analyser et si possible d'anticiper. Dans le monde de l'informatique, on appellerait cela de la veille technologique, et dans le monde du renseignement, de la veille tout court. A l'évidence, ces deux activités sont très proches sinon semblables. Il n'est donc pas étonnant qu'une agence comme la CIA s'intéresse à nos outils favoris.


On blogue à la CIA

Calvin Andrus est membre de la CIA. Dans cette étude publique, il décrit bien la nécessité pour l'ensemble de la communauté du renseignement de s'adapter et de se ré-inventer sans arrêt face à des menaces de moins en moins prédictibles. Sa démonstration pourrait être reprise mot à mot pour n'importe quelle organisation:

  • Les agents doivent être plus autonomes

  • Ils doivent être experts en échange d'information

  • Ils doivent échanger plus d'informations

  • Ils doivent être à l'écoute du monde extérieur

  • Ils doivent mieux connaître leurs objectifs globaux


Afin d'atteindre ces objectifs, Calvin Andrus recommande une utilisation massive des blogs et Wikis. Son papier date de 2004. Il semblerait qu'il ait été entendu. Le Wiki Intellipedia existe, un certain nombre de blogs sont rédigés (y compris dans les couches dirigeantes). Cette rencontre de fin septembre 2006 montre que l'intérêt ne faiblit pas au sein de l'agence.


Echanges et jeux de pouvoir

Sans être un expert de ces questions, on imagine bien les différents problèmes que l'utilisation de ces outils peut amener.

  • Que peut-on échanger et avec qui?

  • Les résistances culturelles sont probablement encore plus fortes dans ce type d'administration


Pour que les techniques d'échange d'informations atteignent tout leur potentiel, une certaine masse critique doit être atteinte. Différents points de vue et différentes cultures doivent pouvoir dialoguer. Les différentes agences de renseignement devraient donc faire partie d'une même communauté où l'on échangerait rapidement et sans contraintes ses propres informations. Par ailleurs, tout pouvoir politique a besoin de ses services de renseignement, tout en s'en méfiant. Les différents services ne sont jamais regroupés, et l'on tend à les mettre en concurrence et même en position de surveillance réciproque. Aucune autorité politique ne saurait tolérer d'être à la merci d'une seule agence de renseignement qui ne tarderait pas à disposer d'un pouvoir incontrôlable. Il y a là une contradiction de fond qui est encore plus exacerbée dans ce type d'activité que dans une entreprise ordinaire.


Posséder des informations est une source de pouvoir personnel. Partager des informations est une voie vers des sociétés (ou des agences de renseignement) du savoir. On n'en saura sans doute pas beaucoup plus sur l'efficacité des outils Web2.0 au sein de la CIA. Le fait même qu'une entité si marquée par la culture du secret puisse s'y intéresser démontre en tous cas la puissance de ces concepts et des outils associés.

18/09/2006

L'avenir de la wikipédie

Depuis que l'on parle de Web 2.0, Wikipedia est régulièrement cité comme emblème de la sagesse des foules. Le fameux article de Nature comparant Wikipedia et l'Encyclopaedia Britannica a démontré les qualités de ce travail collaboratif.

Les enjeux autour d'une encyclopédie ou d'un dictionnaire sont loin d'être anodins. Il suffit de penser à la récente polémique autour de la définition de la colonisation. entre le CRAN et le Petit Robert. Le CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires) demandant carrément le retrait à la vente du dictionnaire.

Chez Wikipedia, l'affaire est liée au concept d'Enterprise 2.0 qui est entré, puis sorti de Wikipedia. Il est re-rentré de nouveau; tout l'historique est sur le blog d'Andrew MacAfee, qui est le créateur du concept . L'affaire est maintenant devenue plus globale et marque le moment où des choix devront être faits quant à l'orientation de cette encyclopédie.

Suivant ses principes fondateurs, Wikipedia n'est pas un lieu de publication pour des travaux inédits. Autrement dit, Wikipedia n'accepte de nouveaux concepts comme Enterprise 2.0 que s'ils peuvent être considérés comme étant déjà bien reconnus. La question de la reconnaissance renvoie à la notion de compétences acceptées et établies. Elle renvoie aussi à un critère d'importance, et de ce qui peut rentrer dans Wikipedia, contre ce qui n'a rien à y faire.

Toujours suivant ces principes fondateurs, le point de vue doit être neutre et s'appuyer sur des sources vérifiables qui font autorité. Cet idéal d'objectivisme est combattu par les inclusionnistes qui considèrent que toute information peut avoir son intérêt dans une encyclopédie de ce type, et que si Paris y a sa place, pourquoi pas mon village natal : Valframbert. Les exclusionnistes veulent conserver l'esprit fondateur et refuse de transformer Wikipedia en un fourre-tout sans aucune notion de priorité ou d'importance.

Voilà un vieux débat qui resurgit, où les choix ne se limitent pas au contenu, mais aussi à la dimension, en taille et nombre de lignes des entrées, et bien sûr aux critères d'inclusion.

Alors Wikipedia, est-il vraiment l'emblème du Web 2.0, celui où tout le monde participe et tout le monde a sa place? La participation est clairement assurée jusqu'à générer des vives polémiques. Le contenu est pour l'instant réglementé. Pourtant si l'on considère toute la puissance du concept de Long Tail, il y aurait tout intérêt à considérer une politique clairement inclusionniste, et si j'ai la bonne idée de vouloir passer mes vacances à Valframbert., j'aimerais trouver une entrée wikipédique tout autant que pour n'importe quel site plus réputé.

06/09/2006

Du lien vers les skyblogs

C'est entendu, la France est une terre de blogs. Dans les statistiques de mars ,  la moitié d'entre eux sont des skyblogs.

Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il n'y a pas grand chose à voir entre cette moitié de skyblogs et les autres. Sur Skyblog, des albums de photos personnelles et des commentaires en style SMS, par exemple, thevip95 ou celui d'Antoine692 .

Ce n'est pas par hasard, que j'insère ici ces liens. La coupure entre les blogs "sérieux", "professionnels" et les skyblogs crève les yeux. Il n'y a justement pas de liens entre ces deux mondes. Ces deux là feront une petite exception.

Le blog "sérieux"

  • n'est pas sur skyblog,

  • n'est pas sur MSN Spaces non plus, d'ailleurs,

  • doit contenir au moins 50 hyperliens par publication,

  • est écrit en bon français, avec un minimum raisonnable de fautes d'orthographe,

  • est une arme dans la compétition à la notoriété professionnelle et au bon pagerank,

  • reste professionnel, respecte la nétiquette,

  • diffuse un profil, et reste secret sur la vie privée.

 

On retourne toute ces caractéristiques pour qualifier un skyblog,  Je ne parle pas des contenus de chacun, ils sont évidemment différents, mais ce n'est pas le plus important.

 

Autant les blogs professionnels, n'arrêtent pas de créer du lien, parfois jusqu'à la caricature , autant les skyblogs ne rentrent pas dans ce jeu là. Il faudrait faire une étude plus exhaustive, mais faites un échantillon par vous-mêmes, vous ne trouverez pas d'hyperliens.

 

Le skyblog ne cherche absolument pas à être visible, et se moque pas mal des outils de recherche. De toute façons, komen gougueul pouré 6rtrouvé.

 

L'essence même du Web (2.0 ou non), le lien et le référencement, est absente. C'est autre chose, qu'il ne s'agit sûrement pas de dénigrer, mais compter et ajouter ces deux medias, dans un même tableau, paraît bien trompeur.

En tous cas, on aurait  tort de se réjouir trop vite des 9 millions de blogs recensés en France. La moitié ne parle pas avec l'autre.... Comme avant les blogs, ou pire encore?

 

 

 


14:40 Publié dans Blog, Société, Web | Lien permanent | Commentaires (0)