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23/04/2008

Retour des 24 Heures du Mans

Ils reviennent de l'enfer nous dit Ouest-France :

"Des carcasses noircies de voitures découpées. Des moteurs posés sur des châssis qui crachent des flammes. Des centaines de personnes ivres et souvent couvertes de boue. Une ambiance "fin du monde" s'est emparée des campings des 24 Heures du Mans où un homme a été grièvement blessé d'un coup de couteau, samedi soir".

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Au Mans, on annonce au micro : "Nous vous rappelons qu'il est interdit d'introduire dans l'enceinte des tronçonneuses, des haches, des masses.." Un médecin témoigne : "Quelques personnes victimes de surdose d'exctasy. Mais moins de gens ivre mort. Il faut dire qu'il y avait moins d'Anglais"

C'est pourtant un spectacle bien paisible dimanche dernier à Alençon pour qui passait aux alentours de la route du Mans. C'est le retour des motards après les 24 Heures. On se presse sur les trottoirs pour les applaudir, les photographier et les saluer. Eux répondent aux applaudissements et ravissent les badauds par des démarrages vrombissants sur une roue au passage du feu vert. D'autres s'arrêtent au bord du trottoir fumer une cigarette ou manger un sandwich. Les badauds s'approchent alors pour admirer et toucher la moto. C'est tout juste s'ils ne demandent pas des autographes. Tout ça sous le regard débonnaire de quelques gendarmes qui se contentent de rester dans leur camionnette.

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Ce ne sont pourtant pas des vedettes de la course que l'on vient applaudir mais juste des spectateurs qui ont eu la chance d'aller au Mans. Il est vrai qu'on peut les confondre, et que pour un oeil non exercé il n'y a pas de différence visible entre les motos de compétition, leur pilote et ces motards qui rentrent tranquillement chez eux. Le spectacle n'est pas si différent entre la course et le grondement des moteurs dans les rues d'Alençon. Le motard partage le même prestige sur la route comme sur le circuit.

Je me prends au jeu de rester là quelques instants, moi aussi à regarder le défilé, et surtout ses spectateurs. Comme moi, comme ces motards peut-être, ils ont l'air d'ignorer tout des rites barbares qui se déroulent aux alentours du circuit du Mans.

16/04/2008

Les années 2020 vues par Microsoft

Ca s'appelait IHM ou Interface Homme Machine, Microsoft Research préfère maintenant parler de HCI ou Human Computer Interaction. Le terme interaction est en effet bien meilleur pour décrire la relation Homme-Machine telle qu'elle commence à se dessiner pour les années 2020. C'est cette relation qui fait l'objet de cette étude disponible sur le site de Microsoft (.pdf).

Les chercheurs de Microsoft décrivent le basculement d'un modèle de type GUI ( Graphical User Interface ), basée sur les actions du clavier, de la souris et de la navigation dans des menus plus ou moins standardisés vers une interaction beaucoup plus variée entre LES hommes et DES ordinateurs. Ce qu'on appelle ici ordinateurs, faute de mieux, est la famille d'équipements de tous ordres qui constituent et constitueront notre environnement numérique :

  • L'ordinateur lui-même, le PC pour faire simple, qui ne devient qu'un outil parmi d'autres de notre environnement numérique
  • Le téléphone portable
  • Les équipements de localisation ( GPS, caméra de surveillance)
  • Numérique embarqué dans les vêtements
  • Numérique embarqué dans le corps humain
  • Consoles de jeux
  • Robots de tous ordres
  • ...

Ce ne sont que quelques exemples de ce qui est disponible aujourd'hui, sans préjuger des équipements à venir dans les dix prochaines années.

Mais c'est surtout le fait qu'il faut désormais se préoccuper de la relation entre DES hommes et DES machines. Le Personnal Computer, ordinateur personnel en relation avec un seul utilisateur est un modèle qui disparait. Il s'agit maintenant d'un environnement multiple : on vient de le voir. Il s'agit surtout de prendre en compte la dimension multiple et  sociale de cette relation.

Prenons l'exemple de la santé et de l'électronique qui sera de plus en plus finement intégré à notre corps pour s'assurer de son bon fonctionnement et pallier certaines de ses défaillances

  • La frontière devient floue entre l'homme biologique et les équipements électroniques de mesure, de surveillance, de traitement qui lui sont greffés.
  • Parmi toutes ces informations, lesquelles doit-on rendre disponible et pour qui : le corps médical, la famille, le "patient"
  • Ces équipements permettent de localiser et s'assurer du bien-être des enfants ou des personnes agées. Où est la frontière entre l'attention et la surveillance ?
  • Aurons-nous le droit, d'un point de vue de la norme sociale, de nous débrancher et de se retirer du circuit d'informations qui nous immerge ?

Toutes ces questions sont le signe d'un changement radical de la manière dont on aborde l'interaction homme-machine. Il ne s'agit plus du tout d'un problème technique d'ergonomie mais d'un ensemble de sujets qui débordent de beaucoup une discipline où l'aspect technique est devenu mineur face à l'ampleur des problèmes philosophiques et sociologiques qui sont en jeu.

Un autre changement radical est dans le style et le ton extrêmement méfiant de ce rapport. Il faut se souvenir des prestations pas si anciennes de Bill Gates, ou de n'importe quel dirigeant informatique d'ailleurs, pour mesurer l'écart. Ce n'étaient que prospectives enthousiastes décrivant l'explosion bienfaitrice des technologies informatiques, un PC par habitant de la planète, tout le monde connecté partageant des valeurs communes en abaissant les frontières entre les hommes.

Tout dans cette étude  est interrogation inquiète :

  • L'intégration à notre corps d'équipement de surveillance de notre santé est-elle acceptable seulement en cas de maladie ou sera-t-elle généralisée ? Qui aura accès et contrôlera cette information ?
  • Comment allons-nous prendre en compte la complexite de l'interaction homme-machine et se prémunir contre ses effets parasites ?
  • SI nous sommes constamment assistés par des calculateurs électroniques, que deviennent nos facultés natives de calcul, de mémoire ?
  • La mémoire quitte son support biologique individuel, fugace et imparfait. Elle migre sur un réseau collectif, persistant et sans erreurs.

Le passé ne s'efface plus. C'est la fin de l'éphémère.

On peut lire aussi les commentaires d'Hubert Guillaud sur Internetactu

11/04/2008

La représentation démocratique peut-elle être fidèle ?

1 - Où l'on apprend chez DirtyDenys que les ennuis de Nathalie Kosciusko-Morizet dans l'affaire des OGM trouvent sans doute leurs racines dans un Grenelle de l'Environnement auquel les députés n'ont pas été conviés. Quand ces mêmes députés sont sommés de voter un texte à la préparation duquel ils n'ont pas participé, on ne s'étonnera pas qu'ils se révoltent. Surtout qu'ils estiment être tout aussi légitimes pour ce prononcer sur cette affaire, que n'importe quelle association issue de la "société civile".

Débat entre deux formes de représentation.

 

2 - Quand un bloggeur irresponsable (c'est moi) appelle au sabotage des Jeux Olympiques de Pékin, il illustre bien cette irresponsabilité dans le sens où le bloggeur en question sait très bien que son appel n'aura aucun effet. Il peut donc se réjouir innocemment du joyeux monôme qui a ridiculisé l'hypocrisie pompeuse de la cérémonie olympique. N'importe qui dans une situation de responsabilité serait bien obligé de se préoccuper des conséquences politiques d'un tel appel.

Il y a là une illustration classique des différents niveaux de compromis entre une éthique de conviction et une éthique de responsabilité. Ca devient moins banal si l'on observe que l'élection des représentants politiques se fait à partir de l'expression des opinions et des idées, quand la pratique quotidienne de ces représentants élus va se frotter aux faits et aux conséquences des décisions qu'ils vont prendre. L'élection est une coupure, que certains ont pu qualifier de trahison, entre un mode de fonctionnement et une expertise après l'élection qui reposent sur d'autres principes que ceux qui ont présidé au choix de l'élu en amont de cette élection.

 

3 - Enfin et pour rester sur le terrain de la manifestation, on a raison de souligner que l'élection ne fait pas tout. On ne délègue pas tous les pouvoirs à une majorité dictatoriale contre une minorité qui n'aurait le droit de s'exprimer que cinq ans plus tard. Toute décision du pouvoir politique peut être contestée directement par le peuple ou n'importe quelle association de citoyens qui s'estime en droit ou en situation de devoir s'y opposer. Il ne manque pas d'exemple de projets de réforme, ou même de textes de lois qui, contestés par l'expression citoyenne directe, se soient vus retirer par le même gouvernement qui venait de les promulguer. Mais ce droit à la protestation reste une tolérance qui se traduit par une épreuve de force entre le pouvoir élu et ceux qui contestent, sans aucune procédure d'arbitrage prévue pour trancher le conflit. Ce n'est pas un droit positif qui compléterait par une expression citoyenne directe la représentation démocratique élue.

 

Ces trois anecdotes peuvent servir d'apéritif à la lecture du texte de Bruno Bernardi paru sur la vie des idées et dont voici la présentation :

"L’opposition entre représentation et participation est commune dans la pensée politique. Mais est-elle bien formée ? Pour B. Bernardi, il y de fortes raisons d’en douter. L’histoire conceptuelle de la notion de représentation montre qu’on en a abusivement réduit la signification à la seule constitution de l’assemblée des représentants."

Bruno Bernardi y expose les différents aspects de l'opposition entre la représentation démocratique  et la participation réelle de chacun à la prise de décision. Un débat que la diffusion massive de l'Internet rend de plus en plus présent. 17 pages qui méritent l'effort de s'arrêter un peu plus longuement que le temps moyen de butinage.

Bon week-end.

08/04/2008

Ah, quel beau bordel !

 

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Malgré ce dispositif abracadabrantesque ce fut un vrai bordel. La flamme qui s'éteint, les relais ne se font pas, panique chez les flics. On imagine les ordres et contre-ordres, les coups de téléphone paniqués, l'ambassadeur de Chine en apoplexie, Alliot-Marie qui se cache, Sarkozy qui se terre.

Le bide monumental, un gigantesque fiasco, un cauchemar de flic, j'en trépigne de joie en regardant les "Marx Brothers à Olympie", "Maciste perd la flamme", "Mr Bean est médaille d'or".

32 cars de CRS, 160 hommes, la flamme encadrée par des policiers en rollers ! des pompiers joggers ! Pompier, que dire de mieux ? Tout est en toc dans ce cérémonial grotesque qui commence à Olympie avec de fausses prêtresses sorties d'un film de Cecil B. DeMille. Car a qui doit-on cette course de la flamme qui symbolise la fraternité entre les peuples ? A ce bon Docteur Goebbels en personne pour les JO de Berlin en 1936.

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C'est dire que de voir tomber le décor dans un ridicule aussi complet a de de quoi réjouir. On ne pouvait mieux célébrer la mort de Charlton Heston, cet acteur de peplum qui finit en représentant de marchands d'armes. Du peplum il y en a, on ne lésine pas sur le carton pâte, les sonneries de trompette, les serments pompeux que l'on scande à grand coup sur une poitrine d'airain. L'homme important s'étend s'enfle et se travaille mais les enfants conspuent Matamore et sifflent l'imposteur en criant au Guignol. C'est donc hier où l'on a vu que l'olympisme est nu. Tué par la politique, le dopage, le chauvinisme, ce n'est plus qu'un gigantesque business. Pourquoi pas d'ailleurs, mais qu'on arrête de nous bassiner avec les grands sentiments et la fraternité entre les peuples.

 

 

Il paraît que le CIO vient de se réveiller. J'attends avec impatience le spectacle de leur solennité rubiconde et vexée que l'on dérange leurs petites affaires. Son Président se dit préoccupé ; on aura droit à un communiqué à l'eau de rose appelant à préserver un idéal qui a été trahi tant de fois.

Ce n'est plus de boycott qu'il faut parler c'est de sabotage. C'est facile, il suffit de ne pas regarder les retransmissions. En plus avec le décalage horaire on aura pas beaucoup d'efforts à faire.

07/03/2008

Caissière, ça mène à tout à condition d'en sortir

Acrimed, observatoire des médias, publie une étude formidable sur la manière dont les médias traitent de Anna Sam. Anna est caissière, et son blog : Les tribulations d'une caissière, s'est retrouvé propulsé en tête des classements.

« Une caissière fait recette grâce à un blog à succès » (20 minutes.fr, le 6 janvier)." C'est tout ce qui intéresse les médias, de la vie d'Anna. C'est le fait d'être devenue connue, presque une star, qui va publier un livre : une caissière qui sait écrire, et qui n'est plus caissière. Elle s'en est sortie, ce qui n'est pas le cas des 170 000 autres, dont le blog d'Anna décrit la vie quotidienne.

On s'intéresse à Anna pour ce qu'elle n'est plus. Le fond de ce qu'elle a vécu, ce qu'elle raconte n'a pas d'intérêt. Ce qui est intéressant, c'est l'ascension médiatique et sociale qu'elle symbolise.

On ne l'interroge pas sur les conditions de vie de toute une profession. Les salaires, les horaires, les petits chefs, les clients : bon d'accord, mais ce qui fait rêver c'est la belle histoire de celle qui aura eu le talent et sans doute un peu de chance pour en sortir. Car il s'agit d'en sortir et sûrement pas de se préoccuper des 170 000 autres qui n'ont pas cette belle histoire à raconter.

Mine de rien, l'histoire d'Anna en dit long sur les médias. Mais ils ne font que refléter la disparition de toute analyse sociale au profit de la montée en épingle de quelques réussites individuelles visibles.

10/02/2008

Outreau sur Sarthe : L'affaire Leprince

9a9c93e60e826372c2394eb0c97f8e99.jpgLa justice, quand elle a trouvé un coupable, ne cherche plus la vérité. C'est Outreau, et c'est l'affaire Leprince.

Il y A 13 ans que Dany Leprince s'est accusé du meurtre de son frère Christian.

La femme de celui-ci Brigitte et leurs deux filles, Audrey et Sandra seront également assassinées. Seule la dernière, Solène, échappera au carnage. Dany Leprince est aussi accusé par sa femme Martine et sa fille Celia. Ca fait beaucoup. Sauf que sa femme comme sa fille ne l'ont pas accusé lors de leur première déposition et racontent d'abord une soirée ordinaire. La mémoire leur revient et elles affirment avoir vu Dany frapper son frère, mais jamais Brigitte ni ses deux filles.

Les deux frères habitent deux maisons voisines de quinze mètre à Thorigné-sur-Dué, dans la Sarthe. Dany est agriculteur. C'est un travailleur acharné, mais les affaires ne marchent pas très bien. C'est pour ça qu'il a un deuxième travail à l'abattoir de la Socopa à Cherré à quelques kilomètres de là. Il se lève tous les jours à 2h30 du matin pour travailler à l'abattoir, puis il continue sa journée à la ferme. Son frère Christian est aussi un gros travailleur, mais il est dans un meilleur secteur. Il est carossier. Il a réussi, il n'a pas besoin d'un deuxième emploi ni de travailler le dimanche.

Les deux frères s'entendent bien. Christian a même prêté 10 000 francs à Dany. La reconnaissance de dettes a été retrouvée, bien en évidence, au milieu des corps ensanglantés, pour mieux accuser Dany. Sauf que personne n'a jamais entendu dire ni affirmé que Christian ait réclamé le remboursement de cette dette. Et d'ailleurs, si Dany avait des difficultés financières, il n'était pas pour autant au bord de la banqueroute.

Le 4 septembre 1994, c'est un carnage innommable dans la maison de Christian. Christian, sa femme Brigitte et deux de leurs filles Audrey et Sandra sont littéralement déchiquetés par une arme de boucher : une feuille, mais aussi un couteau à désosser.

Le 5 septembre, Martine, la femme de Dany, raconte une soirée ordinaire. Son mari Dany est rentré des champs vers 21 heures, a dîné et s'est couché pour se réveiller le lendemain à 2h30 pour aller à son travail à la Soopa. Elle-même s'est couchée à 23h sans avoir rien remarqué. Sa fille Celia raconte la même histoire.

Le 9 septembre à 22h 55, Martine affirme avoir vu son mari frapper Christian avec un objet brillant. Elle crie : "arrête, arrête !" rentre dans la maison de Christian pour y trouver Brigitte, Audrey et Sandra mortes. Elle ne cherche pas la dernière fille Solène. Puis elle rentre chez elle regarder la télé ( Culture Pub ) et va se coucher. Son mari était déjà endormi.

Pendant ce temps, depuis le 7 septembre, Dany est en garde à vue. Il avoue la meurtre de Christian à la 46ème heure de garde à vue, le 9 septembre également. Avant, après l'accusation de sa femme que les gendarmes lui auraient assénée ? Les horaires ne sont pas clairs. En tous cas, il n'avoue pas et n'avouera jamais le meurtre de Brigitte et de ses deux filles.

C'est fini. Il y a eu aveu, accusation. On ne cherche plus. Et pourtant :

  • On ne trouvera jamais aucune trace de Dany dans la maison de Christian
  • On ne trouvera jamais aucune trace de sang sur les vêtements dont on est certain qu'il les portait ce soir-là
  • On trouvera des traces de chaussures Dr Martens qui ne lui appartiennent pas
  • Des empreintes marquent le passage de 2, peut-être trois personnes
  • 24 scellés sont restés non analysés
  • Personne ne comprend comment Solène a pu échapper au massacre. Martine affirme l'avoir emmenée chez la grand-mère puis ramenée chez elle. La grand-mère nie ces faits
  • Dany affirme avoir pris la fameuse feuille le 4 septembre au soir, alors que sa femme dit qu'elle l'a prêté deux jours auparavant

Aucun fait matériel n'accuse Dany Leprince. Il a été condamné sur ses aveux, qu'il a rétractés, et sur les accusations de sa femme et de sa fille. Jugé en décembre 1997, il est condamné à perpétuité assortie de 22 ans de sûreté. Dix ans plus tard, sa mère s'est suicidée.

A la suite d'un reportage réalisé par Nicolas Poincaré qui cosigne ce livre avec Roland Agret, un complément d'enquête a été ordonné par la Cour de cassation. On attend toujours les résultats.

Pas de mobile, pas de faits, pas de preuves matérielles, un dossier baclé. Dany Leprince doit être rejugé.

Pour plus d'informations, allez sur Le site de l'affaire Leprince ou procurez vous le livre de Roland Agret et Nicolas Poincaré

 

Correction : Cette note du 10 février a été corrigée le 2 avril pour prendre en compte les remarques d'Audrey du 1er avril que l'on peut lire en commentaire de cette note :

Le premier texte était :

"Il y A 13 ans que Dany Leprince s'est accusé du meurtre de son frère Christian, de la femme de celui-ci Brigitte et de leurs deux filles, Audrey et Sandra. " (...) "Il avoue la meurtre de Christian à la 46ème heure de garde à vue, le 9 septembre également. Avant, après l'accusation de sa femme que les gendarmes lui auraient assénée ? Les horaires ne sont pas clairs. En tous cas, il n'avoue pas et n'avouera jamais le meurtre de Brigitte et de ses deux filles"

Il y avait donc contradiction sur la nature des aveux de Dany Leprince. Celui-ci n'a bien avoué que le meurtre de Christian. Aveu qu'il a rétracté par la suite. Quant à sa femme Martine, elle ne l'a également accusé que de ce meutre là et pas des autres. Du fait ce cette première accusation, les gendarmes ont imputé à Dany Leprince la responsabilité de tout le massacre, mais aucun aveu, ni accusation de témoins ne fait état des autres victimes. 

05/11/2007

La mondialisation de Facebook ( et de Google )

 

Facebook a tout d'un projet Open Source

Reprenant, de manière plus sérieuse, cette définition du graphe social d'après Mark Zuckerberg :

“C’est l’ensemble des relations de toutes les personnes dans le monde. Il y en a un seul et il comprend tout le monde. Personne ne le possède. Ce que nous essayons de faire c’est de le modeler modéliser, de représenter exactement le monde réel en en dressant la carte (to mirror the real world by mapping it out).”

Et si l'on considérait Facebook en tant que réseau social, sous l'angle du développement, dans le sens de développer une application, écrire du code. On parle ici de la comparaison avec des projets "Open Source" basés sur la contribution de volontaires à la création, l'amélioration et l'ajout de fonctionnalités à un programme ou un ensemble de programmes. Et si j'ai bien compris, Facebook doit son succès à la multitude d'applications qui peuvent être construites au-dessus de son API. Et si j'ai bien compris aussi, la nouveauté de Facebook était d'insuffler de la vie là où les autres ( LinkedIn, Viadeo, ..) se contentent de cartographier un ensemble de relations statiques.

Vous avez compris : d'un point de vue développeur, les LinkedIn, Viadeo et consorts sont juste des plates-formes déclaratives, tandis que Facebook vous offre la possibilité d'écrire votre propre code à travers ses API. La déclaration de Zuckerberg est assez surprenante de ce point de vue, car sa description du graphe social est une description purement statique qui, justement, peut s'appliquer aux réseaux sociaux "traditionnels", alors que l'originalité de Facebook est d'offrir une plate-forme dynamique. Il ne s'agit pas uniquement de répertorier ses amis ou relations, mais à tout instant de faire vivre ce réseau en y intégrant ses activités : un nouveau billet sur son blog, des photos sur Flickr que je viens de déposer, etc..

Si l'on considère Facebook comme une application, c'est une application en perpétuel mouvement, comme la vie, écrite par des millions de développeurs, et en langage naturel, qui plus est. On n'est pas loin d'avoir modélisé une partie du monde réel ( soyons moins mégalo que Mark Zuckerberg ) dans une application informatique écrite en langage naturel. On n'est pas loin du Graal de l'informatique.

Sauf qu'il y a un MAIS

De manière comparable à n'importe quel projet Open Source, les contributeurs sont guidés par une double motivation

  • Se rendre visible en démontrant ses capacités de tous ordres : sociales,  professionnelles, artistiques, ..
  • En tirer bénéfice sur le plan professionnel

Là où ça se gâte, c'est quand on lit les conditions d'utilisation ( traduites par Jean-Marie le Ray )  :

"En transférant votre Contenu utilisateur où que ce soit sur le site, automatiquement vous accordez, déclarez et garantissez que vous avez le droit d'accorder à la Société ( the company ) une licence - irrévocable, perpétuelle, non exclusive, transférable, libre de droits, mondiale (assortie du droit de sous-licencier) - d'utiliser, de copier, d'exécuter et d'afficher publiquement, de reformater, de traduire, d'extraire (en tout ou en partie) et de distribuer ce Contenu utilisateur à quelque fin que ce soit, en relation avec le site ou avec sa promotion, ainsi que de mettre au point des produits dérivés et d'incorporer tel Contenu dans d'autres produits, de même que vous accordez et autorisez l'exploitation de sous-licences sur lesdits produits. À tout moment, vous pouvez retirer votre Contenu utilisateur du site. Si vous choisissez de le faire, la licence accordée ci-dessus s'éteindra automatiquement, même si vous reconnaissez que la Société peut archiver et conserver des copies de votre Contenu utilisateur."

Utiliser, copier, modifier, redistribuer : tout ça rappelle furieusement le mode de fonctionnement de type GPL. J'ai le droit d'utiliser le logiciel. En échange de quoi, mes modifications sont mises à disposition de la communauté. Sauf que ce n'est pas de la communauté dont parle Facebook dans ses conditions d'utilisation, mais bien de la société, ( the company ) c'est-à-dire de l'entité capitalistique qu'elle incarne. Il s'agit là d'un détournement caractérisé de l'esprit de l'Open Source. Les contributions volontaires sont mises, tout aussi volontairement que dans le modèle "Open Source", à la disposition d'une structure capitalistique en tout point comparable à l'ogre Microsoft. Mais Facebook, comme Google a compris qu'il était vain de chercher à reproduire un modèle périmé de logiciel sous licence, développé par des équipes internes. La dimension mondiale, dynamique et en perpétuel mouvement de ces logiciels impose de recourir à la participation de tous les contributeurs. Le logiciel "fait maison", à la Microsoft, ne peut plus lutter contre la contribution sans cesse renouvelée des développeurs de projet de type "Open Source". Ce n'est même plus un modèle économique, ni la volonté de tirer partie d'une force gratuite, volontaire, potentiellement infinie qui fait la supériorité du modèle. C'est que ce logiciel est représentatif d'une portion du monde réel en perpétuel construction, qu'une entreprise - de quelque puissance qu'elle puisse être - est structurellement incapable de modéliser.

Pour la mondialisation de Facebook ( et de Google )

Facebook, comme Google d'ailleurs, s'arroge le droit de monopoliser les droits d'utilisation commerciale de toutes ces contributions. Car c'est nous qui fournissons l'information. Facebook comme Google ne fournissent que des plates-formes qui permettent de les exploiter ( pas grand chose, finalement ). C'est déjà pas mal, mais surement pas suffisant pour se donner le droit de capturer toute cette propriété intellectuelle et sociale au profit de quelques Km² de la Silicon Valley. Je ne sais pas si l'on a déjà vu un tel accaparement de la contribution de millions d'individus au profit de si peu . Autant le dire, je ne suis pas de ceux qui admirent cet exploit capitalistique. Et si je me réjouis de l'inventivité de ces entreprises, je m'effraie de la société de surveillance qui est en train de se mettre en place devant nos yeux admiratifs dans le pays du "Patriot Act". Les services rendus ont tout des caractéristiques d'un service public à la française au niveau mondial. Je sais bien que cette notion de service public a été tellement détournée au profit d'intérêts catégoriels qu'elle a peu de chance de séduire dans sa version française. Je sais bien que les intérêts financiers et surtout politiques sont tellement énormes que cette notion de Software As A Service PUBLIC n'est pas prête de s'imposer. Et puis, de toutes façons, on ne va pas reproduire les tentatives pathétiques et vouées à l'échec comme le Géoportail. Il s'agit plutôt de réfléchir à une nationalisation mondialisation de ces services. Dans le même esprit que ce qui a été fait à la Libération, il s'agirait de rendre à la communauté mondiale ce qui lui appartient de fait. Pas de pub, mais des services financés par la communauté au profit de tous. Qui aurait parié sur l'avenir des projets "Open Source" face à la logique capitalistique des entreprises de type Microsoft. Et pourtant le modèle a démontré sa capacité d'innovation et de résistance. Nous sommes aujourd'hui dans la même situation. Les alternatives sont comparables, à l'échelle mondiale. Et le combat dépasse de beaucoup la simple évolution de logiciels informatiques. Il s'agit de toute la connaissance du monde, de la carte dynamique des relations sociales et d'autres services que nous n'imaginons pas encore.

Dans cette bataille des réseaux sociaux, Google vient de répliquer avec son initiative " Open Social". On comprendra que je ne m'intéresse pas du tout à ce combat de prédateurs. En revanche, via Olivier Ertzscheid, je trouve cette idée :

"if Google proposes an OpenSocial API, it will get adopted in seconds, if some unknown entity propose the very same API, nobody will notice it. What is happening is that Google is quickly becoming the globally recognized entity in charge or defining the evolution of the Web: Google is quickly taking the role of W3C that, according to Wikipedia, is “the main international standards organization for the World Wide Web (abbreviated WWW or W3).”

Il faut aller plus loin. Que ce rôle, de facto, de normalisation de Google comme de Facebook, soit reconnu et que donc, ces entreprise deviennent la propriété de tous et non pas de quelques individus de la Silicon Valley. Jamais autant de vrai pouvoir n'a été concentré aux mains de si peu de persoonnes vivant en consanguinité sur une portion de territoire aussi exigüe. Quel que soit leur talent, il est grand, ces entreprises sont guidées par une culture et un environnement beaucoup trop fermée pour être capable de servir les aspirations d'une population beaucoup plus multiforme. Cette situation n'est donc  pas tenable à moyen terme. Faute de nouveau vocabulaire, on est bien obligé d'employer l'ancien. Et qu'on se rassure si nécessaire, je n'oublie rien des méfaits des diverses expériences collectivistes. La véritable mondialisation devra pourtant passer par l'appropriation collective des ces moyens d'information, au niveau mondial. Je ne sais pas si le W3C, ou l'ONU ou l'UNESCO est la bonne structure pour cela. Il est probable qu'il faudra inventer un modèle nouveau qui ne stérilise pas toute la souplesse et l'inventivité dont font preuve les structures capitalistiques. Ce combat est de même nature que celui qui a été mené par Richard Stallman en son temps, avec le succès que l'on sait. Il est tout aussi utopique, tout aussi nécessaire et tout aussi réalisable.

18/10/2007

La nouvelle laïcité

Suivant les conseils de mon ami Olivier lors d'une soirée, triste comme une défaite en demi-finale, puis joyeuse comme un anniversaire, je poursuis notre lecture du livre de Benoît XVI : Jésus de Nazareth

b254d165cf2f5f902bd08b8444c08240.jpgLe Sermon sur la montagne est au centre de la prédication du Christ. C'est à cette occasion que Jésus prononce ses célèbres béatitudes : " Bienheureux les pauvres de coeur, ils connaîtront le Royaume de Dieu, .." . Mais c'est à propos d'un autre sujet, qui peut nous paraître mineur à nous autres occidentaux, que ce livre m'a une fois encore passioné.

Une querelle entre Jésus et les juifs de son temps concerne ce qui est autorisé ou non pendant le Sabbat. A ce propos, Benoît XVI nous présente le livre d'un savant juif Jacob Neusner : "A Rabbi talks with Jesus. An Intermillenian Interfaith Exchange". Et c'est l'occasion d'un autre dialogue avec ce Rabbin, qui donne à cette querelle une portée tout à fait considérable et à ma connaissance très nouvelle, dans la position de l'Eglise par rapport à la laïcité.

"Rendez à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César" est devenu presque un proverbe qui est censé fonder la laïcité. Il ne l'interdit pas en tous cas. Mais Jésus, le personnage historique, ne pouvait pas prévoir que César s'appelerait bientôt Constantin. Martyrisée puis tolérée, ce sera bientôt la religion chrétienne qui tolèrera les autres, pendant une courte période, avant de devenir la religion officielle et non tolérante de l'Empire, sous Théodose. Pendant de longs siècles, pouvoir politique et pouvoir religieux se sont presque confondus. En France, le Roi très chrétien est Roi " par la grâce de Dieu ". Si elle maintient toujours son autonomie politique par rapport à Rome et à son propre clergé, la monarchie ne se conçoit pas en dehors de l'autorité morale de l'Eglise qui fonde l'organisation sociale et juridique.

La séparation de l'Eglise et de l'Etat, de la sphère religieuse et de la sphère publique, ne date que d'un siècle. Elle fut imposée par les circonstances politiques à une Eglise qui n'en voulait pas. Certains la soupçonnent toujours de vouloir revenir dessus.

C'est là où la méditation de Benoît XVI à propos de la querelle du Sabbat donne un éclairage nouveau à cette affaire de la laïcité. 19 siècles d'histoire de l'Eglise laissent la place à une vision complètement renouvelée d'une question qui se pose à toutes les religions, et de la manière la plus brûlante en terre d'Islam.

L'interprétation courante de la querelle du Sabbat est de donner à Jésus une posture libérale par rapport à une conception rigoriste, fixiste et pour tout dire un peu bornée de ses règles. " Le Sabbat a été fait pour l'homme et non l'homme pour le Sabbat " : cette interprétation ne va pas encore au coeur de la question. Le vrai scandale pour le Rabbin Neusner, la clé de la nouvelle Torah pour Benoît XVI, est dans l'affirmation que " Le fils de l'homme est le maître du Sabbat " . Le fils de l'homme, c'est Jésus lui-même, qui prend la place de la Torah. Et le rabbin de citer un extrait du Talmud babylonien :

"Rabbi Shimlaï rapporta 613 préceptes qui ont été transmis par Moïse ; 365 préceptes négatifs correspondant aux jours de l'année solaire, et 248 correspondent aux parties du corps humain. Sur quoi David vint et en réduisit le nombre à 11. Sur quoi Isaïe vint et en réduisit le nombre à 6. Sur quoi Isaïe vint une seconde fois et en réduisit le nombre à 2". Dans le libre de Neusner, vient immédiatement après le dialogue suivant : Est-ce cela que Jésus le sage avait à dire ? demande le Maître. Pas exactement, mais à peu près. Qu'a-t-il omis. Rien. Qu'a-t-il ajouté alors ? Lui-même ( c'est moi qui accentue ). Tel est le point central de l'effroi causé par le message de Jésus aux yeux du juif croyant. Le caractère central  du je de Jésus dans son message qui donne une nouvelle direction à toute chose."

C'est toute la fonction sociale du Sabbat, et de la Torah qui est en jeu ici. Elle est en jeu pour la religion juive, comme elle pourrait l'être pour l'Islam ou pour la Chrétienté. Le Christ en s'affirmant maître de la Torah ne se situe plus au niveau d'un simple prophète qui interprète, mais au niveau de Dieu qui est au dessus de toute Loi. Comme le dit Benoît XVI :

"La Torah avait pour tâche de fournir à Israël un régime juridique et social concret à ce peuple particulier, qui est d'une part un peuple bien déterminé, dont la cohésion interne est assurée par la filiation et la succession des générations, mais qui est, d'autre part, d'emblée et par nature porteur d'une promesse universelle. Dans la nouvelle famille de Jésus, que l'on appellera plus tard l'Eglise, ces différents dispositifs juridiques et sociaux ne peuvent avoir de validité générale dans leur littéralité historique. C'était bien là le problème au début de "l'Eglise des Nations" et l'objet de la controverse entre Paul et les "judaïsants". Reporter l'ordre social d'Israël tel quel sur tous les hommes de tous les peuples aurait constitué, de fait, la négation même de l'universalité de la communaute de Dieu en train de se constituer."

Je ne sais pas si l'on voit bien l'importance de ce dialogue qui s'établit entre le rabin Neusner et Benoît XVI. Benoît XVI abandonne toute prétention de l'Eglise à fixer des règles sociales et juridiques. Celles-ci sont laissées à la liberté des hommes de se fixer leurs propres règles. Reprenant ses propres termes :

" L'absence de toute dimension sociale dans la prédication de Jésus, que Neusner critique avec beaucoup de discernement d'un point de vue juif, cache un événément d'une portée historique universelle, sans équivalent dans toute autre culture : les dispositifs politiques et sociaux concrets sont renvoyés de la sphère immédiate du sacré, de la législation du droit divin, à la liberté de l'homme, qui à travers Jésus, est enracinée dans la volonté du Père et qui, partant de lui, apprend à discerner ce qui est juste et bon. "

La laïcité qui, historiquement, a été un accomodement, une reculade sur laquelle certains fondamentalistes voudraient revenir, est maintenant placée au coeur de la singularité de la prédication de Jésus. C'est le caractère divin de la personne de Jésus qui redonne aux hommes la maîtrise de leur organisation sociale. La laïcité n'est plus une concession, elle est maintenant revendiquée, elle témoigne de la divinité du Christ, elle est donc au coeur de la Chrétienté et l'Eglise ne cherchera pas à reprendre un pouvoir social qu'elle a exercé pendant si longtemps.

Le livre de Benoît XVI est signé Joseph Ratzinger et la préface précise qu'il s'agit de réflexions personnelles, qu'il ne fait pas oeuvre de magistère. Ce n'est donc pas l'Eglise toute entière qui s'exprime ainsi. Mais Benoît XVI sait bien qu'il n'est pas un auteur catholique comme les autres, que sa parole pèse du poids de son autorité de Pape même si la fonction pontificale n'est pas engagée en tant que telle. On peut néanmoins penser que la nouvelle laïcité ne sera pas remise en cause.

Pas besoin d'être extra-lucide pour voir dans le "sans équivalent dans toute autre culture" une allusion à l'Islam. Dans sa position, Benoît XVI ne peut pas se permettre d'être plus précis. Il se contente de souligner le caractère unique de la prétention de Jésus à être Dieu incarné sur terre. Pour l'Islam, il n'y a Dieu que Dieu et Mahomet est son prophète. Beaucoup, en Occident, souhaite voir l'Islam suivre le même chemin de sécularisation que le christianisme, en resituant la Charia dans son contexte historique qui n'est plus le nôtre : autrement dit l'adoucir et l'édulcorer.

La laïcité chrétienne refondée par Benoït XVI sur le caractère divin du Christ - qui n'est pas un prophète - montre que l'on parle ici du coeur d'une religion, et non pas d'une simple interprétation libre de règles provisoires.

04/06/2007

Petite histoire (personnelle) de l'éthanol

    L'agriculture n'est plus seulement une source d'alimentation. Une alimentation à destination des animaux comme des hommes. C'est aussi, et depuis longtemps, une source de matière première pour l'industrie. Mais cette autre destination, même ancienne, est restée très longtemps marginale. Il s'agit des plantes à fibres comme le chanvre ou le lin, dont la récolte est destinée à l'industrie textile et papetière.

    Aujourd'hui on a pris conscience de la nécessité de compléter l'approvisionnement énergétique à base de pétrole, avec la production de biocarburants. Ce sont principalement l'éthanol, que l'on fabrique à partir de l'amidon des céréales (blé ou maïs), ou directement à partir du sucre de betteraves ou de canne. On utilise aussi le diester issu d'oléagineux comme le colza et le tournesol. Il reste enfin une autre source d'énergie, aujourd'hui quasiment pas exploitée, à base de sous-produits des céréales : la paille.

    L'éthanol ou bioethanol est tout simplement l'alcool éthylique que l'on trouve dans toutes les boissons alcoolisées et que l'on obtient à partir de la fermentation du sucre. Ce procédé est connu depuis la nuit des temps. Le sucre est présent naturellement dans la betterave et dans la canne à sucre. Pour fabriquer de l'éthanol à partir de céréales (blé ou maïs), il faut "casser" la molécule d'amidon contenue elle aussi naturellement dans ces céréales. Un grain de blé contient 2/3 d'amidon et 1/3 de protéines.

    Une tonne de blé donne 370 litres d'éthanol et 350 kg de drêches. Les drêches sont ici considérées comme des déchets, même si elles constituent une excellente alimentation protéinée pour les animaux. Calculé à l'hectare cela donne  3200 litres d'éthanol et 3,1 tonnes de drêches. 

    Pour la betterave, une tonne donne 7500 litres d’éthanol. Un hectare produit 7500 litres et 3,5 tonnes de pulpes ( en matière sèche)

 

    Voici le processus d'obtention du bioéthanol :

 

medium_ethanol-fabrication.2.jpg

     

 

C'est en ce moment, en 2007, que le prix du blé explose et que l'on se met à construire des unités de production. C'est ainsi que la société Tereos  a construit cette année deux unités de production. A Origny dans l'Aisne pour une capacité de 240 000 tonnes à partir de betteraves et à Lillebonne en Seine Maritime pour la même capacité à partir de blé.

    Parfois les bonnes idées mettent du temps à se réaliser. Dans une autre vie, comme on dit, j'étais agriculteur. La production d'éthanol était déjà discutée à la fin des années 80. J'étais responsable de la section "Grandes Cultures" pour ma région de Basse Normandie au sein du C.N.J.A (Centre National des Jeunes Agriculteurs). La crise de l'énergie était déjà là, la surproduction agricole aussi. Nous fondions de grands espoirs dans ces nouveaux débouchés industriels. J'ai eu l'occasion de participer à de nombreuses études sur la chimie du blé. Car l'éthanol n'est pas la seule utilisation possible. Déjà à cette époque, la société Roquette était  très active en fabricant de nombreux produits à haute valeur ajoutée pour les industries alimentaires, pharmaceutiques ou cosmétologiques. Comme quoi l'action syndicale ne se résume pas toujours à des revendications catégorielles un peu bornées...

    La production d'énergie à partir de l'agriculture n'est donc pas une idée nouvelle. Il y a vingt ans, que la filière qui se met en place aujourd'hui, aurait pu démarrer. Mais il n'y avait pas encore assez d'urgence, et beaucoup de progrès restent à accomplir, en particulier pour le bilan énergétique :  une étude plus complète est disponible ici (pdf).

En résumé :

"- le rendement énergétique (énergie restituée / énergie non renouvelable mobilisée) pour les filières de production d’éthanol de blé et betterave est de 2 à comparer avec le rendement pour la filière essence de 0,87.
- Le rendement énergétique des filières ETBE de blé et betterave est voisin de 1 contre un rendement de la filière MTBE de 0,76.
- Enfin, les filières huiles végétales présentent un fort rendement énergétique de 4,7 pour l’ huile de colza et 5,5 pour l’ huile de tournesol, et proche de 3 pour les filières EMHV à comparer avec le rendement du gazole de 0,9."

     Ce bilan est calculé en prenant en compte toute l'énergie non-renouvelable nécessaire à la fabrication du produit final. En ce qui concerne l'essence, c'est l'énergie nécessaire à l'extraction, le raffinage et le transport. Pour le bio-éthanol, on compte la culture (consommation des engins agricoles, engrais) et, de la même manière, la fabrication, le transport et la distribution. Ce rendement de l'éthanol est actuellement de 2. Des projections permettent d'espérer un rendement supérieur à 3 dès 2009.

    Pour cela, et en ce qui concerne le blé, l'agriculteur devra prendre en compte l'aspect énergétique de sa pratique culturale :

- Choisir les variétés les plus riches en amidon et les plus énergétiques. Ce ne seront pas les mêmes que les variétés boulangères
- Moins d'engrais azotés, coûteux en énergie et qui renforce le taux de protéines. C'est l'inverse du résultat recherché dans la culture du blé boulanger. Deux pratiques culturales vont cohabiter.
- Eviter le plus possible le labour. C'est la technique culturale la plus consommatrice d'énergie ( et de temps ). Les techniques de semis direct sont de plus en plus répandues. Elles ont aussi l'avantage de favoriser le stockage de carbone dans le sol ( jusqu'à 200 kg par ha et par an). Par là, elles contribuent aussi à la lutte contre l'effet de serre.

    C'est le deuxième avantage du bio-éthanol, et sans doute le plus décisif. En plus d'être une énergie renouvelable, c'est aussi une énergie propre. C'est la conjonction de cet avantage écologique et de la hausse irréversible des prix du pétrole qui font décoller une technologie prête depuis 20 ans, mais à des conditions économiques alors inacceptables.

- Aujourd'hui, le bio-éthanol et l'essence ont le même prix de revient hors taxes à 70$ le baril
- On considère que le CO2 émis lors de la combustion de l'éthanol est équivalent au CO2 consommé par la photosynthèse de la plante. Le bilan est donc nul, sauf à compter les émissions intermédiaires lors des processus de fabrication-transport et distribution de l'éthanol.
- Dans ces conditions, on considère que l'éthanol réduit les émissions de CO2 des 4/5 par rapport à l'essence

    C'est une belle idée que l'on étudiait à la fin des années 80 dans les commissions syndicales du C.N.J.A. Je retrouve aujourd'hui cette industrie de l'éthanol dans mon métier de l'informatique et de SAP. Voilà une boucle un peu originale mais assez savoureuse.

24/05/2007

Machiavélien mais pas machiavélique

 

Est-ce l'ambiance actuelle qui le suscite ? Elle donne envie de s'intéresser à la philosophie politique. Elle donne envie de lire ou de relire Machiavel. Le commentaire de Nicolas à propos du blog de Xavier Darcos tombait à pic. Je suis justement en train de relire "Le Prince". Et je cherche toujours désespérément les premières oeuvres du (futur) Général de Gaulle : "Le fil de l'épée" en particulier. On ne le trouve que d'occasion à 226 Euros ! Quand va-t-on se décider à rééditer ses études d'avant-guerre ? 

Mais c'est bien Machiavel qui écrit :

"Les hommes aimant selon leur gré et craignant selon le gré du prince, un prince sage doit se fonder sur ce qui lui est  propre, non pas sur ce qui est propre à autrui : il doit donc s'efforcer de fuir la haine."

On comprend pourquoi le livre de Machiavel fut évidemment tout de suite mis à l'index. Ce n'est pas tant qu'il ignore complètement Dieu dans son analyse du pouvoir des Princes. Ils n'étaient alors que de droit divin. Ce n'est pas tant qu'il approuve froidement les massacres perpétrés par César Borgia : "Car, des seigneurs qu'il avait dépouillés, il en tua autant qu'il put en atteindre et très peu nombreux furent ceux qui eurent la vie sauve". C'est bien parce que ce choix qu'il préconise entre l'amour et la crainte est sans doute une des phrases les plus antichrétiennes que l'on puisse écrire. L'amour ne libère pas, il rend dépendant, affirme Machiavel en prenant le contrepied de tout l'enseignement chrétien. Et c'est pour en dissuader le Prince et le condamner ainsi à la solitude du pouvoir tyrannique.

On en retrouve  l'echo dans les vers de Racine :

L'impatient Néron cesse de se contraindre ;
Las de se faire aimer, il veut se faire craindre.

On peut d'ailleurs inverser le propos : Las de se faire craindre, il veut se faire aimer. Quiconque a des responsabilités sait bien que les relations humaines ne sont plus les mêmes quand la hiérarchie s'en mêle, et qu'il faut faire des sacrifices. On s'en tire parfois en adoptant un comportement paternel qui allie l'affection et l'autorité. C'est plutôt mon penchant. Un non-choix ou un bon équilibre ?

21/05/2007

Les blogs de ministre

 

Il y a, ou peut-être il y avait, les blogs de François Fillon, d'Alain Juppé, de Xavier Darcos. D'autres encore, puisque presque tous les nouveaux ministres ont, avaient, leur blog. Que vont-ils en faire ? Xavier Darcos annonce l'arrêt du sien.

[..] J'ai aujourd'hui l'honneur de participer au Gouvernement. Il ne s'agit plus de commenter mais d'agir, pour mener à bien les projets de réforme voulus par le Président de la République.
Donc, pour quelque temps : adieu. Je vous dis merci de votre fidélité. [..]

Les autres restent en friche, ou se transforment en simple site de communiqués et discours officiels. Avant que Xavier Darcos ne devienne ministre, j'avais voulu lui écrire pour lui demander son avis sur ce sujet. Mais les commentaires sont désactivés, et l'adresse E-mail ne fonctionne pas. Dommage, voici ce courriel :

 

             Bonjour Monsieur Darcos,


Il semble que vous ayez bloqué les commentaires sur votre blog. C'est sans doute dommage même si je peux comprendre qu'un personnage public comme vous soit exposé à toutes sortes de réactions dont beaucoup ne seraient que du pur piratage.


Je voulais juste vous poser une question personnelle. Beaucoup d'hommes politiques, de députés, de maires, tiennent un blog. Il semblerait qu'une fois arrivé aux responsabilités les plus importantes, au gouvernement en particulier, il ne soit plus possible de le faire. Pensez-vous possible d'utiliser ce moyen de communication lorsque l'on est au gouvernement ? Il s'agirait bien entendu d'une expression personnelle du ministre, et pas seulement de son emploi du temps et de la référence aux différents discours prononcés à droite et à gauche. Autrement dit, utiliser le blog comme moyen d'expression personnelle. Cela permettrait, je pense, de compléter la communication actuelle par médias interposés, où il faut s'exprimer en 30 secondes sans aucune possibilité d'exprimer un peu de nuances.


    La rumeur vous rend ministrable. Je ne vous demande pas de le confirmer ou non. Mais si jamais vous le deveniez, que feriez vous de votre blog dont j'apprécie régulièrement la liberté ?
    Cordialement,

Xavier Darcos a répondu de lui-même à cette question : "Il ne s'agit plus de commenter mais d'agir" . Il doit pourtant bien savoir que communiquer est aussi une action. Dans son secteur de l'Education Nationale, il aura surement besoin un jour de vouloir parler directement aux élèves, aux professeurs, aux parents d'élèves. Il arrive bien qu'un ministre écrive des tribunes ou s'exprime dans la presse. Le ton un peu plus détendu et sans contrainte éditoriale des blogs leur donne un moyen complémentaire. Pourquoi l'abandonner ?

17:56 Publié dans Actualités, Blog, Société | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : Blog

18/05/2007

Les années 40

Il faut regarder sans crainte les années 40. Je veux dire les années 2040. C'est maintenant un devoir d'avenir qu'il faut remplir.

Le devoir de mémoire s'est accompli mercredi dernier pendant la cérémonie d'hommage aux 35 fusillés du Bois de Boulogne. Max Gallo a prononcé le discours qu'il fallait (je n'arrive malheureusement pas à le retrouver sur Internet). Parce que ces années 40 furent des années d'ombre et de lumière, la repentance comme la fausse gloriole sont deux faces d'un même refus d'assumer le passé.

Ces héros furent trahis par des Français. On ne fait pas de police sans indicateurs. Il faut lire les mémoires de Jacques Baumel pour le comprendre. C'est bien la Milice et les gestapistes français qui furent les plus dangereux. C'étaient parfois d'anciens policiers, ils connaissaient le pays. Cette collaboration policère fut sans doute plus meurtière encore  que  la Gestapo. A lire Jacques Baumel, on comprend que la Gestapo n'avait pas tant de moyens que cela. Les films donnent une image d'une organisation implacable, terriblement efficace, "à l'allemande" alors qu'elle était composée principalement de pauvres types. Leur bestialité n'aurait surement pas suffi à démanteler certains réseaux de Résistance sans la connaissance du terrain de leurs séides français.

Tout cela est bien connu, et depuis longtemps. Il n'y a pas de tabous à dévoiler, pas de vérités cachées. Assez de complaisance à se retourner sans arrêt vers ces années 40, il faut préparer maintenant les années 40 du XXIème siècle.

La cérémonie du Bois de Boulogne était belle et digne. Nicolas Sarkozy a pris ce jour-là une dimension de Président de la République qui assume le passé et tout le passé. Il fallait sans doute qu'une nouvelle génération accède aux affaires pour qu'on en finisse enfin avec cette période. En finir ne veut pas dire oublier, mais en retenir les leçons. Les leçons c'était de prendre Hitler pour un successeur un peu rustre de Guillaume II. C'était de le voir avec les lunettes du passé sans comprendre son caractère radicalement nouveau et terrifiant.

On a amplement rempli notre devoir de mémoire. Aujourd'hui, il faut regarder le monde tel qu'il est et remplir notre devoir d'avenir. Une génération nous sépare des nouvelles années 40, ce n'est pas trop pour les construire dès maintenant.

13/05/2007

Pourquoi je ne serai jamais Président de la République

En 1944, on demandait au Général De Gaulle ce qu'il pensait des résistants.  "Ils ont besoin de se reposer". A ses yeux leur héroïsme ne leur donnait aucun droit particulier à participer au nouveau pouvoir. Et surtout ils ne voulait rien leur devoir. Il était leur chef, ils lui devraient tout et lui ne leur devrait rien. Plus tard, il mettra Georges Pompidou en position de lui succéder, un Pompidou qui n'avait pourtant aucun état de service dans la Résistance.

De la même manière François Mitterrand ne récompensa jamais Claude Estier de sa longue fidélité. Il sut aussi surmonter son aversion personnelle pour nommer Michel Rocard à Matignon en 1988. C'est le signe d'un grand politique ou d'une grande indifférence aux sentiments - comme on voudra. On a vu aussi comment, au contraire, Jacques Chirac n'a jamais pu se résoudre à nommer Sarkozy Premier Ministre alors que toutes les circonstances politiques l'y incitaient.

C'est à lui maintenant d'être ingrat, et ce gouvernement resséré fera beaucoup de déçus. On dit même que Brice Hortefeux, un autre ami de 30 ans, pourrait ne pas en faire partie. Ils se sont dévoués pour leur candidat, depuis des mois et parfois des années. Ils pensent légitimement à un poste prestigieux qui leur permettra de faire, ou de paraître - comme vous voudrez. Ce peut être parfois de la cruauté, c'est aussi la nécessité politique, mais certains n'auront rien.

Par humanité ou par faiblesse - comme vous voudrez - je suis incapable de faire ces sacrifices. Je ne serai jamais Président de la République.

09/05/2007

Internet n'a rien changé

     Ce n'est pas cette fois-ci qu'Internet aura changé la donne. Il n'y aura pas eu d'Etienne Chouard. Cette élection voit le retour  de la politique traditionnelle avec la participation massive et physique des citoyens-électeurs aux meetings de campagne comme aux deux tours de scrutin. Beaucoup comparent cette élection à celle de 1981 ou même de 1965, c'est dire une époque bien ancienne. Comme je pense que la politique et les élections au suffrage universel sont plus importants que le Web, 2.0 ou non, je me suis réjoui de ce retour de la participation.

    L'élection présidentielle française est une élection, dont le premier tour à la proportionnelle intégrale, permet de sélectionner les deux postulants au deuxième tour, qui désignera le vainqueur final. 12 candidats ont droit à un temps de parole équivalent. A l'évidence, certains ne sont là que pour les subsides ( 800 00 Euros par candidat n'ayant pas atteint la barre des 5%) ou pour un accès subventionné aux médias nationaux, sans aucune ambition présidentielle réelle. Mais il serait injuste d'en préjuger : ils ont donc droit au même traitement que les "gros" candidats. Beaucoup parient sur Internet comme contre-pouvoir au système médiatico-politique. Il a très bien joué ce rôle lors du référendum européen, où l'ensemble de la presse et des "élites" étaient manifestement à contre-courant de l'expression de beaucoup de Français. La démonstration en a été faite lors du vote qui a suivi.

    Il se trouve que cette fois-ci le vote correspond à la thématique et aux débats qui ont animé les médias traditionnels. Les chiffres sont là, alors que les manoeuvres souterraines et les complots ne sont jamais démontrés. On se contentera des faits, c'est plus simple et plus sûr. Tout ça ne condamne pas Internet en tant qu'expression démocratique. Les centaines de milliers de voix qui s'y expriment forment une garantie supplémentaire et un garde-fou contre toute tentative de confiscation. Il faut juste se réjouir du retour à la réalité des modes d'expression traditionnelles, peut-être sous la pression d'Internet et du souvenir cuisant du référendum européen.

    François Bayrou a hurlé au complot médiatique qui aurait préempté le choix des Français en imposant le duel Sego-Sarko. Il a rapidement trouvé un soutien dans la blogosphère qui garde la nostalgie d'un candidat "anti-système" qui aurait été SON candidat. Quand celui-ci a commencé à grimper dans les sondages, il retrouva vite le chemin des médias traditionnels qu'il accusait quelques semaines auparavant. Il finit par un vrai succès dans les urnes. Succès qu'il est en train de gaspiller dans sa logique de pouvoir personnel sur un parti qu'il préfère réduit à sa dévotion plutôt que rassemblé, mais partagé avec d'autres. On le reverra dans 5 ans dans une démarche anti établissement pas si éloigné que ça de celle de Le Pen.

    J'ai été très interessé par la démocratie participative de Ségolène Royal. Il semble bien qu'elle s'en soit servie comme d'un piédestal à sa candidature bien plus que de base à un programme qu'elle n'a cessé d'improviser au fur et à mesure de sa campagne. Le désir d'avenir n'est jamais né. Il y a peut-être un problème de fond dans cet échec . On a vu aussi les limites de cette méthode à l'occasion des émissions de TF1 "J'ai une question à vous poser".

    Internet est un contre-pouvoir, un de plus qui vient s'ajouter aux autres. C'est un contre-pouvoir d'expression, de réaction, de protestation et de vigilance. Certains veulent y voir un 5ème pouvoir tout en lui refusant d'ailleurs de participer à des compétitions électorales qualifiées de stérile. Dès que les médias se prennent pour un quatrième pouvoir, ils perdent du même coup tout leur sens de canal d'expression, perdent toute crédibilité, sans rien gagner en terme de pouvoir agissant. Une fois de plus le referendum européen en est l'illustration. Internet tomberait dans le même piège en se prenant pour un cinquième pouvoir. Il est heureux que ces élections n'ait pas permis de donner corps à cette illusion.

    Finissons sur notre nouveau Président. Comme chacun le sait, il se repose et réfléchit sur le yacht de Vincent Bolloré. J'ai trouvé tout à fait bienvenu qu'il se donne  quelques jours de calme après une telle tension. Mais comment peut-on être aussi désinvolte après avoir montré un tel professionalisme tout au long de cette campagne ? Comme je ne crois pas à une quelconque provocation, je mettrais ça sous le compte de la bêtise, tout simplement. On a tous ces moments là, et Nicolas Sarkozy aussi. Mais il va falloir qu'il comprenne rapidement que les vacances d'un Président, c'est à Brégançon (où l'on s'emmerde royalement présidentiellement paraît-il) ou dans la maison de campagne. Sinon, on est plus discret : ça s'apprend aussi.

04/05/2007

De l'efficacité : A vaincre sans péril... (2)

Participer quand même au jeu du pouvoir


Ils ont évacué la question des fins et refusent de donner sens à leurs projets ; nous voilà en tous cas renseignés sur la stratégie des hommes de pouvoir.

Quant à nous, et quelle que soit leur nature, nos projets cherchent à oeuvrer pour le bien commun, le progrès de l'entreprise, ou l'avancement de nos idées. Ils ont tous en commun de vouloir façonner notre environnement, plutôt que de suivre un courant. Tôt ou tard se posera la question de la position de pouvoir qui pourrait être la plus efficace pour mener à bien ces projets. C'est là que la leçon chinoise nous sera précieuse. N'étant pas naturellement disposé et compétent pour cette stratégie "à la chinoise", nous devons combattre cette nature contraire. L'homme de pouvoir, à l'inverse, peut traiter sa nature profonde exactement de la même manière que le système dans lequel il cherche à s'insérer. Aucun effort ne lui sera nécessaire, il dispose d'un avantage qui pourrait être décisif.

C'est là que nous devons renforcer la confiance qu'à naturellement l'homme de pouvoir dans notre naïveté et notre maladresse. Proclamant bruyamment notre mépris pour ces manoeuvres indignes de notre condition, nous pouvons compenser notre handicap en étant certain des intentions du concurrent. Les médiocres à ce jeu sont tellement certains d'être les seuls à connaîttre "le dessous des cartes" qu'ils n'imaginent même pas que d'autres, qui paraissent désintéressés, prennent quand même le temps d'y jeter un coup d'oeil. Nous sommes renseignés et ils sont trop certains de leur victoire pour prendre la peine de l'être. C'est par là que nous pouvons compenser notre handicap face aux médiocres.

Arrivés peut-être aux niveaux les plus élevés, nous n'aurons plus aucune chance face aux vrais professionnels. Mais ceux-là auront compris qu'ils ne peuvent plus se contenter de tourner à vide pour une conquête du pouvoir sans objet. Du coup, ils doivent aussi jouer dans un domaine qui ne leur est pas familier. Ce seront alors les circonstances qui pourront décider du choix, en tenant compte, quand même, de la criticité ou de la réalité du projet à mettre en oeuvre. Pour un poste prestigieux et décoratif, il ne sera plus la peine de concourir. A d'autres, plus denses, il peut arriver que des gens porteur d'une ambition qui ne soit pas que personnelle finissent par l'emporter.


Vendre


Sauf à en avoir le goût, on se doute bien que ce n'est pas dans ce domaine que l'on pourra le mieux tirer partie de notre stratégie chinoise.

Dans mon métier, dans le vôtre aussi, il faut vendre. Si ce n'est pas vous, c'est une entité de votre entreprise qui en est chargée. Et vous ne vivez que si les chiffres sont bons. Quelle que soit la qualité technique d'une gamme, elle doit être vendue.

J'ai vécu ces réponses à appel d'offres où toute l'équipe sait bien qu'elle n'a aucune chance, mais il faut répondre quand même, pour l'honneur. J'ai aussi vécu des réponses de principe où l'on sait déjà que l'on a gagné. Il faut également répondre, mais les jeux sont faits. La victoire alors, est certaine, elle est aussi facile. Nous voilà en pleine stratégie chinoise. C'est que, en réalité, la décision a déjà été prise en amont. Grâce à ce travail d'accompagnement du client, on a su guider et orienter sa demande dans un sens qui nous est favorable. Suivant en cela les leçons des stratèges chinois, on aura pris soin d'accompagner uniquement, et non pas de chercher à imposer sans subtilité des choix techniques vraiment trop éloignés des préoccupations de notre client.

"Sans qu'on le cherche, on obtient le résultat. Le bon stratège intervient en amont du processus, il a su repérer les facteurs qui lui étaient favorables alors qu'ils ne s'étaient pas encore actualisés et, par là a su faire évoluer la situation dans le sens qui lui convenait. Cette idée d'une inéluctabilité des processus, et donc du succès de qui sait en profiter, se retrouve dans toute la pensée chinoise. Il n'y aura même pas à chercher ce résultat, du seul aménagement des conditions favorables l'effet découle ensuite naturellement et devient irrésistible."

On constate parfois qu'un appel d'offres est fait pour HP, ou IBM ou pour Sun. S'il est écrit pour, il y a de bonnes chances qu'il ait été inspiré par. Les dés sont pipés parce que cette intervention en amont du processus a pu être menée à bien. Par une information et un contact auprès des bonnes personnes, le choix est déjà opéré. Les arguments des uns et des autres, y compris les aspects financiers ne pèseront pas lourd face à ce travail de préparation et d'infléchissement. Comme les offres techniques seront probablement équivalentes, un choix rationnel est impossible. C'est donc sur un autre terrain que se jouera la décision. Et cette décision, nous aurons pris soin de l'accompagner dès le départ. Plutôt que de jeter toutes nos forces dans une bataille aléatoire, nous aurons préparé ensemble un terrain favorable à nos desseins partagé avec le client.

"Si infime que soit le point de départ, par accentuation progressive, on aboutit aux résultats les plus décisifs. A la différence de l'action qui toujours est ponctuelle, la transformation s'opère sur tous les points de l'ensemble concerné. Son effet par conséquent est diffus, ambiant, jamais cantonné. Au meilleur stratège on ne songe pas à dresser de statue. Car il a su si bien faire évoluer la situation dans le sens souhaité, en intervenant en amont et de façon progressive, qu'il a rendu la victoire "facile" et qu'on ne songe pas à l'en louer."


Revenant à nos techniques de management, dans notre environnement occidental, on prendra soin, au contraire de louer le stratège et de le féliciter pour la victoire en tant que telle, mais aussi pour l'économie de moyens qui a permis de dégager des ressources pour d'autres projets trop consommateurs.


Une stratégie chinoise de sauvegarde de notre planète


Enfin il est un dernier domaine, et celui-là vital, pour lequel, la pensée chinoise est clairement supérieure à la nôtre. Ecoutons François Jullien :

"A la figure d'Héraclès, lui qu'a célébré la Grèce, comme l'homme des travaux périlleux et coûteux, le héros du ponos, la Chine offrirait un équivalent dans la figure de Yu le Grand. Au temps du déluge, alors que les eaux recouvraient la terre et que les monstres l'occupaient, que les hommes ne savaient plus ou aller, le Grand Yu creuse le lit des rivièreset, conduisant l'eau jusqu'à la mer, rendit la terre habitable. Mais justement, précise Mencius, pour évacuer l'eau, Yu la fit écouler par où "cela ne lui causait pas d'embarras" en s'aidant de la pente et sans peiner, et c'est en quoi il nous donne une leçon. Ce que je déteste chez les gens prétendument avisés, c'est qu'ils ne cessent de forer et de forcer, qu'ils font violence à la nature et finissent par s'embarrasser. Or même pour mettre un terme au déluge, le Grand Yu n'a pas forcé, il a tenu compte de la situation, (le relief s'inclinait vers la mer), il s'est appuyé sur la propension - sans affronter. "


Impossible et surtout inutile de tirer sur la plante pour la faire grandir. Il faut préparer le terrain et laisser opérer les forces de la nature. Héraclès, Hercule détournait les fleuves pour nettoyer les écuries d'Augias. C'est ainsi que nous, occidentaux, avons pris l'habitude de violenter la nature. Le Grand Yu ne détourne pas les fleuves, il les canalise et utilise la force naturelle de leurs courants. A l'heure où la Chine moderne est en train de concourir sur le terrain économique des occidentaux, et pour le défi écologique qui nous attend, c'est à notre tour de prendre des leçons du stratège chinois

 


03/05/2007

De l'efficacité : A vaincre sans péril... (1)

 

 ...on triomphe sans gloire.

medium_François_Jullien.jpgLà où Corneille ironise, le stratège chinois se réjouit en secret d'une victoire discrète. Et s'il a pu vaincre sans combattre il aura su être pleinenement efficace." C'était gagné d'avance comme on dit, une fois l'engagement conclu, et pour en réduire le mérite. Mais c'est justement décerner là, à son insu, le plus grand des éloges. C'est parce que le mérite est si complet que la réussite en paraît naturelle et qu'il passe donc inaperçu." . C'est une des leçons du "Traité de l'efficacité" de François Jullien. Voilà quelque temps que je remarque cet ouvrage parmi les listes de livres conseillés sur différents sites ou blogs. Ce qui me surprend plus c'est de le trouver en référence de technique de management. A le lire attentivement, j'y trouve une approche stimulante dans un certain nombre de domaines, mais ce n'est surement pas un modèle que je défendrais en ce qui concerne le gouvernement des hommes dans l'entreprise ou à l'échelle de la nation.


Construire un modèle, ou tirer partie du processus 

A l'occidentale, notre action est déterminée par un "modèle que nous avons conçu, que nous projetons sur le monde et dont nous faisons un plan à exécuter ; nous choisissons d'intervenir dans le monde et de donner forme à la réalité.". Le stratège chinois "est porté à concentrer son attention sur le cours des choses, tel qu'il s'y trouve engagé pour en déceler la cohérence et profiter de son évolution." Quand nous cherchons à agir sur le monde, la pensée et "l'action" chinoise cherche à lire une situation dont elle tirera partie pour profiter de son évolution. C'est ainsi qu'au lieu de lancer toutes ses forces dans une bataille meurtrière et risquée, le général chinois ne livrera cette bataille qu'avec la certitude de l'emporter. Et ce n'est certainement pas cette bataille qui aura créé la décision. Celle-ci a déjà construite en amont par une série d'adaptation au processus que l'on ne cherchera pas à violenter mais à déchiffrer. Il ne s'agit plus alors que de saisir l'occasion et remporter une victoire facile.

Parfois même, il n'y aura pas de bataille. Que l'on songe à la guerre du Vietnam qui fut perdue par les Etats-Unis plus que gagné par les Vietnamiens. Les Américains n'avaient plus la volonté de remporter cette guerre. Ils étaient minés de l'intérieur par une jeunesse et une opinion qui n'en voulaient plus. Ce n'est même pas une manipulation du camp adverse qui a créé cette défaite morale. Mais le commandement vietnamien a su tirer partie du cours des choses et attendre patiemment que l'ennemi s'épuise de lui-même, tout en évitant obstinément de livrer une bataille frontale qu'il aurait perdue à coup sûr.

Par cet exemple réussi, on voit que l'efficacité chinoise, ce non-agir n'est pas un renoncement ou un désintérêt pour le monde, mais une voie qui nous apprend comment s'y conduire pour réussir. Cette voie n'est pas une méthode à l'occidentale, c'est un chemin à suivre, qui existe déjà, qui n'est pas à tracer et qui nous mène inéluctablement au succès.

Y a-t-il eu manipulation de la jeunesse américaine ? Peut-être, mais dans ce cas celle-ci a été forcément discrète. Elle n'a fait que donner une coloration anti-guerre du Vietnam à un mouvement général de contestation qui portait en même temps bien d'autres aspirations.


Théorie du pouvoir absolu

Manipulation et persuasion, filet et secret, nous voilà à l'extrême pointe de la pensée chinoise de l'efficacité. Mais comme nous le rappelle François Jullien "dans ce désert d'humanité, toute subjectivité est exclue, ou plutôt elle est négative ; il y a bien une intimité de l'autre mais celle-ci n'est bonne qu'à être débusquée. On n'imagine pas par exemple, qu'elle puisse se livre d'elle-même, éprise qu'elle serait de sincérité ; on n'envisage même pas  que l'autre dise simplement ce qu'il pense. C'est pourquoi la parole est d'abord conçue comme un piège pour capter la parole de l'autre et qu'on ouvre ou qu'on ferme tour à tour pour le forcer à se dévoiler."

Cette pensée trouve son aboutissement dans une théorie du pouvoir absolu et "l'illusion entretenue par le peuple sur son propre intérêt : conduit par le désir des récompenses et la peur des châtiments, tout sujet croit suivre son profit personnel sans se rendre compte qu'il travaille seulement à conforter le pouvoir de son oppresseur."

"Si tout converge  sur le prince et le pousse en avant, le prince lui-même se tient discret, il a renoncé à toute préoccupation de gloire, il a même renoncé à sa propre individualité. En parfait maniplulateur, il se dissout dans sa manipulation ; et à traiter les autres en automates, lui aussi devient un automate."


Chine USA

Que faire de cette pensée dans notre monde moderne ? Sans porter de jugements de valeur, quand on parle d'efficacité, on est bien en droit de s'intéresser aux résultats.


Des Etats-Unis, les vaincus du Vietnam, on souligne aussi, souvent avec envie, comment ils ont su tirer partie d'une géographie favorable. Un espace immense et pas de voisins qui puissent les menacer sérieusement. Ce n'est pas le Mexique qui fut obligé de céder les régions comprises entre le Texas et la Californie, ni encore moins le Canada qui faillit être privé d'ouverture sur l'Océan Pacifique qui auraient pu menacer son hégémonie sur le continent Nord-Américain. Les Américains ont ainsi pu consacrer toutes leurs forces au développement de leur territoire sans, comme nous européens, disperser leur forces par des guerres fratricides ou par la conquête d'empires éphémères.


L'analogie est frappante avec la Chine. Comme les Etats-Unis, les Chinois ont disposé, depuis des siècles, d'un territoire immense sans voisins qui puissent les concurrencer. Seuls envahisseurs, les Mongols s'assimilèrent aussi vite que les Vikings chez nous. Kubilai Khan que rencontrait Marco Polo était le petit fils de Gengis Khan le grand conquérant, ce n'était déjà plus un mongol, mais un empereur chinois. Avec ces atouts géographiques, une population nombreuse et habile, on ne peut qu'être frappé par l'inefficcacité chinoise. Le bilan final est désastreux. Après les traités inégaux, imposés par les occidentaux,  la Chine subira l'humiliation d'être envahi, ravagé, violé par le Japon ; un pays 25 fois plus petit et 10 fois moins peuplé. On ne peut pas aller beaucoup plus loin dans le désastre et dans l'échec. 

C'est que l'efficacité dont on parle est entièrement tourné vers elle-même et la conquête ou le maintien d'une position de pouvoir, sans volonté aucune d'influence sur le réel. A force d'attendre le moment favorable, celui-ci ne vient jamais et le chasseur à l'affût s'endort pour sa sieste. On suppose aussi et sans en déterminer la cause ni en prouver l'existence, un cours des choses, l'inéluctabilité d'un processus, dont il faut tirer partie. En ce qui concerne l'action on ne voit pas comment celle-ci pourrait être autonome par rapport aux différents acteurs. Quand ceux-ci ne sont plus que des spectateurs, attentifs dans le meilleur des cas, l'action s'arrête et il ne se passe plus rien. Avec tous ses atouts la Chine s'est finalement transformée en un Royaume de l'immobile. En tous cas elle est tombée dans le piège de sa pensée.

A vaincre sans péril on triomphe sans gloire. Tant qu'à évoquer le vieux Corneille, et cette comparaison rabâchée entre les hommes tels qu'ils sont et les hommes tels qu'ils devraient être, on trouvera facilement des généraux pour s'écarter des périls, il y en aura moins pour dédaigner la gloire. A force d'analyser, de s'informer et d'attendre le moment propice, on finit par ne plus agir. Tel qui se voyait comme un tigre tapi dans les broussailles prêt à bondir au moment opportun, s'endort au soleil comme un lion paresseux.


En France et dans l'entreprise

Il est étonnant de voir comment ce traité de l'efficacité a pu prendre place parmi ceux qui s'intéressent aux techniques de management. Tout y est contraire à l'action, au mouvement, à la croissance, au business plan. Il n'y est question que de luttes de pouvoir dans un environnement de courtisans qui rêvent de se ménager la meilleure place dans un système qu'il ne s'agit surtout pas de chercher à améliorer.

Facile de voir comme notre ancien Président défend cette vision chinoise d'une société fragile et complexe dont il faut respecter les équilibres et que l'on ne peut réformer que par petites touches prudentes. L'exemple français montre aussi comment cette pensée sert trop souvent d'excuse à l'immobilisme paresseux au service des avantages acquis.

Facile aussi de voir à l'oeuvre cette efficacité dans le monde de l'entreprise. Quand tel poste a déjà été pourvu par des manoeuvres de couloir avant que l'annonce officielle de son ouverture ne fasse concourir quelques naïfs mal informés. Ils sont reçus poliment et aggravent leur cas en croyant toujours en leur chance quand la promotion a déjà été discutée entre initiés. Ceux-là n'auront effectivement pas à combattre, puisqu'ils ont déjà gagné la bataille sans la disputer. Mais où est cette politique qui devrait s'intéresser au bien commun ? Non c'est bien la politique dans l'entreprise où l'énergie des dirigeants et de ceux qui aspirent à l'être est entièrement consacré à la conquête et la distribution des postes.


Que faire de cette pensée où tout serait à rejeter ? Je propose de regarder demain quels sont les domaines où nous pouvons au contraire tirer partie de la leçon chinoise.




02/05/2007

Massacre à la tronçonneuse

Comme nous y venons régulièrement, les enfants l'appelent "La taille d'Alençon". Elle s'est répandue partout. C'est cette manie, que l'on a en France, de tailler les arbres au carré. C'est à croire que d'anciens coiffeurs de l'armée ont été embauchés par les municipalités : Vous me raserez tout ça et je ne veux pas voir un poil qui dépasse. 

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Alençon est connue pour être la  capitale de la dentelle. C'est moins en finesse que l'on risque d'y organiser bientôt des concours de taille à la tronçonneuse. On s'acharne surtout contre les tilleuls et  les platanes. Amputés tous les ans, on ne leur laisse que des moignons qui finissent par enfler jusquà ces horribles verrues.

 

 

 

 

 

Heureusement quelques spécimens se cachent encore le long de routes moins exposées aux barbares.  Mais je ne vais sûrement pas vous dire où, de peur qu'un employé municipal ou même un motard ne vienne guillotiner  ces derniers sujets libres.

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19/04/2007

Qui sera le prochain président

Poursuivant ma brillante analyse des luttes de pouvoir en politique, et cette comparaison à qui fera pipi le plus haut, j'en apporte la preuve :

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Pour les moins de quarante ans, Who's next, cet album de The Who succède au mièvre et surestimé Tommy.  Keith Moon, le batteur le plus cinglé de sa ggggggggeneration qui "prefer die before get old" était encore là. Plus pour longtemps : Boire à l'hectolitre, c'est pas pour les viocs.

Et ça déménage comme à Nougayork !

Dès le premier titre
Vous sentez le choc
Pas besoin d'sous-titres
C'est l'électrochoc


A Tommy, l'épître
C'était du plastoc
Finis les chichitres
Voilà du vrai rock !

Tant qu' à faire le pitre
Faut y aller à bloc :
On est pas des p'tites bites
On en a dans le frooooc !

Même dans le domaine du rock, les chefs d'oeuvre sont prémonitoires. Et donc "Who's next" contient ce monument "Won't get fooled again".

Est-ce que je traduis bien par "A qui le tour" ou "Qui sera le prochain" et "On se fera pas avoir une fois de plus" ? "Won't get fooled again" est ponctué par le cri le plus célèbre de l'histoire du rock et se termine comme ça :

"We don't get fooled again
Don't get fooled again
No, no!
Yeaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah!
Meet the new boss
Same as the old boss"

 

 

Ah non ! Pas le même ! Allez, on y croit quand même...

Et une dernière pour la route ( vers l'isoloir ) :

Pas voix au chapitre ?
A vos bulletins de vote !!

18/04/2007

Le politique en entreprise

Depuis quand parle-t-on de politique dans une entreprise ? Non pas dans le sens de discussions de cafeterias sur les qualités des différents candidats, mais pour qualifier tous ceux qui s'intéressent aux jeux de pouvoir au sein de cette entreprise.

La politique au sens noble du terme se préoccupe du bien commun de la "cité". Pour l'entreprise, ça pourrait être un ensemble d'actions destinées à en améliorer le fonctionnement et les résultats. Mais quand on parle de quelqu'un pour en dire "c'est un politique", ce n'est certainement pas dans ce sens là, mais de son exact contraire. Il s'agit  de ceux qui gèrent d'abord leurs carrières personnelles, prennent le bon vent, et font leur cour aux puissants du moment. Je n'arrive pas à situer le moment où ce terme s'est imposé dans le milieu de l'entreprise. Mais je suis certain qu'il est relativement récent, et qu'il n'a pas toujours été utilisé dans ce sens. Voilà qui en dit long sur notre perception de la politique.

On oppose souvent les techniques, ou les experts aux "politiques". Les poltiques reprochent aux experts de ne pas sortir de leur bulle. Ils ne verraient pas que les décisions importantes ne sont  jamais prises en fonction de critères de qualité et d'efficacité. C'est toujours un faisceau d'intérêts communs de pouvoir ou d'argent qui fera la différence. Les experts techniques comprennent vite ces luttes de pouvoir, mais ils les méprisent. Ils n'y voient guère plus que des concours - à qui fera pipi le plus loin - d'adultes immatures.

Vous voyez le rapport avec ces élections et "qui sera le suivant" ?

13:59 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0)

17/04/2007

Ecologiquement incorrect

En Normandie, le vrai printemps n'existe pas. Cette fin d'hiver interminable, de bourrasques en averses, s'étire au mois de Mai jusqu'à la Saint Mamert, Saint Gervais et Saint Pancrace qui n'est là que pour faire la rime aux Saints de glace . Je ne crois pas avoir jamais connu cette Normandie telle qu'elle s'est offerte la semaine dernière. A l'occasion d'une visite familiale au Mont Saint-Michel, on traverse les paysages du bocage domfrontais. Vous voulez des images de cartes postales ? Et voici ce bocage de poiriers, cette poiraie, telle que j'ai pu l'admirer la semaine dernière.

medium_poiraie_moderne.JPG

 

Et la voilà en 1960, c'est une forêt.

medium_poiriers_anciens.JPG

 

C'était pareil en 1944. Chaque haie était un piège et un obstacle à franchir. On a oublié la dureté des combats de la bataille de Normandie dans ce milieu hostile. Le remembrement est passé par là. On n'y reviendra pas. Aucun engin mécanique n'est utilisable dans un environnement aussi touffu. Seule  une main d'oeuvre qui se compte en millions a pu en tirer partie.

La baie du Mont Saint-Michel est toujours ensablée, les travaux ne sont  pas commencés. Et si on laissait remonter le niveau de la mer ! 

medium_Mont_st_michel_aerial.jpg

Sacrilège de l'écologiquement correct ! Pourtant, je n'arrive pas à m'inquiéter. Ce doit être la faute de ce printemps de rêve. Quand on voit les scores de la pauvre Dominique Voynet, je ne dois pas être le seul à jouir en secret de ce réchauffement. Carpe diem ou plutôt carpe verem, avant ce cauchemar annoncé dont je ne peux pas  croire qu'il puisse naître des séductions d'avril.

Il paraît que les zones climatiques pourraient remonter de 500 km. De l'Anjou à l'Aquitaine je veux bien de ces climats en Normandie. Des précurseurs ont déjà anticipé notre nouvelle vocation viticole. Voici les Arpents du soleil , le premier vignoble du Calvados.

Au coeur de la Normandie, à proximité de St Pierre sur Dives, se situent les Arpents du Soleil. Un microclimat sec et chaud, un côteau orienté au Sud et un sol exceptionnel digne des plus grands crus expliquent leur succès. De l'époque médiévale à la fin du 18e siècle, déjà un vignoble y prospéra...Peu connues, ces cuvées ont cependant tapé dans l'oeil du Guide Hachette des Vins qui leur a accordé six sélections et dans l'oeil du jury du Challenge International du Vin de Bourg sur Gironde qui leur a décerné trois médailles de bronze."

Comme chacun le sait, ce n'est pas vraiment le premier vignoble, puisque la vigne était répandue dans toute la France avant que le phyloxéra l'eut anéanti. On ne replanta que dans les régions viticoles actuelles. A regarder les cadastres, on trouvera facilement des parcelles portant des noms de vigne. J'en connais une qui n'est pas orienté au Sud comme ces arpents du soleil, mais en plein Nord Ouest, sous les vents dominants. Il y a peu de chances que l'on puisse de nouveau en faire un vin digne des sélections du Guide Hachette.

Quoi qu'il arrive, la seule certitude est dans la bêtise éternelle de l'homme. Pour son Bouvard et Pécuchet, Flaubert un autre normand, aurait surement apprécié cette remarque entendue dans la bousculade des visiteurs montant vers l'abbaye.

" Y z'auraient pu faire des rues plus larges ". A quoi donc pensaient  ces moines bâtisseurs, je vous le demande ?

23:07 Publié dans Humeur, Société | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : Ecologie