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09/01/2007

Droit au logement : Ceux qui préfèrent la démolition nocturne ...

Il y en a qui dorment dans les tentes, et d'autres qui veillent jusqu'au petit matin.

Monsieur Frédéric Rolin, professeur de droit public,  fait partie de ceux-là. Il a  travaillé toute la nuit du 6 janvier pour nous livrer son diagnostic à 4h55 du matin. Il publie sur son blog une série de 3 "scoops" concernant le droit au logement opposable. Ses commentateurs dociles admirent son dévouement nocturne à la chose publique.

C'est qu'il s'agit d'être le premier à démolir le projet. Le projet, dites-vous, n'est pas sorti, il n'a pas été discuté ni voté. Quand on est professeur de droit public, on ne s'embarasse pas de ce genre de détails. Peu importe la source, non authentifiée, du document que l'on commente, peu importe le Conseil d'état, peu importe le débat et le vote de l'Assemblée.  A situation d'urgence, il s'agit de démolir d'urgence. 

"Dussé-je y passer la nuit, j'en entreprends l'analyse, et la publie dans une note qui suivra celle là, mais je peux d'ores et déjà livrer un second scoop à mes lecteurs : ce projet est très en retrait sur ce qu'on pouvait envisager, et je pense qu'il ne remplira pas les objectifs qu'on en escompte. "

et donc à l'issue de cette nuit fiévreuse:

"Pour toutes ces raisons, il apparaît que la version actuelle de l’avant projet de loi est très critiquable et même en demeurant sur une logique stricte de juriste, je dois dire que je le considère comme très probablement inefficace voire doté s’un simple effet cosmétique."

"Plutôt que ce texte cosmétique, il vaut mieux encore ne rien faire, ce serait plus honnête."

Ne rien faire serait plus honnête. Que n'avez vous suivi vos propres préceptes lors de cette nuit !

...feraient mieux de se reposer

Heureusement, Monsieur Frédéric Rolin est aussi un honnête homme, et après un peu de repos, il rectifie sagement son point de vue dans son troisième scoop avec  cette mise à jour du 8 janvier :

maj 08/01/2007 :

"Toutefois, si le plan d'urgence qui a été adopté donne effectivement des moyens pour les problèmes du court terme, on ne peut que demeurer très prudent, conformément aux éléments d'analyse juridique donnés plus haut, sur l'existence d'un droit au logement renforcé.

 Comme le souligne l'association, (NDLR : Les Enfants de Don Quichotte) elle n'est pas constituée de "techniciens", et il conviendra donc qu'au cours de la procédure parlementaire, les associations et les élus concourent à ce processus d'amélioration du texte. "

 

07/01/2007

Les " droits de " et les " droits à "

Ainsi, d'après les bigots du libéralisme, il y a les vrais droits qui sont les " droits de " et les faux qui sont les " droits à " :

"Les droits-libertés sont des droits contre l’Etat, des « droits de ». Les droits-créances sont d’une tout autre nature. Ils sont opposables à l’Etat dans le sens où chaque individu ou groupe peut légalement attendre de l’Etat une prestation particulière : un travail, un logement, une retraite, un environnement sain, etc. Les droits-créances sont des droits par l’Etat, des « droits à »."

Tout comme le droit au logement, le droit à un air pur est un faux droit.  Nos amis libéraux ont pris la relève de leurs anciens congénères marxistes. Ils ne voient le monde qu'à travers les textes de leur Loi. Pas de droit au logement ni à un environnement sain chez John Locke. Malgré son génie il n'avait pas anticipé le problème. Il n'existe donc pas. Nous pouvons continuer à polluer en paix. Que faire alors ?

Je propose de changer de préposition et dans une pirouette syntaxique de transformer mon faux droit à un environnement sain en un vrai ( ouf ! ) droit de respirer.

La société de défiance

Dans cette affaire du droit au logement, du blog de Maître Eolas à  un média plus ancien comme le  Figaro, on retrouve le même état d'esprit et la même méfiance. Prenons cet article de M. Jérome Dubus : Le droit au logement opposable, cette fausse bonne idée :

Voilà un article construit  comme le "dialogue social" à la SNCF. On commence par faire grève, on discute après. D'abord le conflit, ensuite la négociation. M. Jérome Dubus nous détaille sur trois colonnes les différents types de conflits qui ne manqueront pas de se déclencher. Il faut arriver à la fin de cet article pour arriver aux bonnes idées

"Accélération des cessions foncières de l'État ; simplification des procédures administratives ; plans locaux d'urbanisme favorables à la densification ; exonérations fiscales ; limitation des recours abusifs : voilà quelques pistes que le prochain gouvernement devra traduire rapidement dans les actes... Pour résoudre la crise du logement, il faut d'abord construire !"

Dans mon euphorie de nouvelle année, il me semblait que l'annonce de ce droit était le signe fort que l'on prenait le problème dans le bon sens. Par exemple, les propositions de M. Dubus deviendraient des priorités que l'on associerait aux moyens adéquats.

Le droit au logement opposable crée une obligation de résultat. Professionnellement, je vis dans un monde de client-fournisseur où un engagement de résultat n'est sérieux que s'il est assorti de pénalités.  L'objectif est que les résultats soient atteints et que l'on n'aille pas jusqu'au conflit. Les pénalités sont là  pour rassurer le client par rapport au sérieux de cet engagement et des moyens qui lui sont affectés. Je sais bien que que cette relation commerciale ne peut pas être complètement comparé à un problème social. On préférera sans doute parler de contrat. Ca ne me paraît pas si éloigné du sujet qui nous préoccupe où l'on espère que, par hypothèse, les deux parties sont de bonne foi et ont un intérêt commun à atteindre l'objectif.

Dans toute cette discussion, on suppose au contraire, que par avance, les deux parties sont de mauvaise foi. Le législateur serait ainsi en train de préparer une loi qui le contraint, en prévoyant à l'avance tous les moyens lui permettant d'y échapper. Les futurs plaignants, quant à eux, ne chercheraient qu'à contourner la loi pour se loger gratuitement aux frais du contribuable.

La même tare et le même virus mortel ronge le syndicaliste passéiste arc-bouté sur ses avantages acquis, comme le  libéral qui rêve d'un avenir à l'anglo-saxonne pour notre pays, c'est la défiance et le modèle perdant-perdant dans lequel nous vivons depuis 25 ans.

Décidément le facteur immatériel est bien la source, la condition et l'avenir de notre prospérité. Dans son livre magistral, Alain Peyrefitte a montré comment l'établissement de la société de confiance était à la source du développement des sociétés modernes.  Le retour à la confiance mutuelle, c'est bien l'enjeu actuel. La classe politique a d'énormes responsabilités dans cette affaire, mais nous aussi.

03/01/2007

L'homme de l'année c'est Don Quichotte

medium_don_quichotte.jpgIl y a des moments où tout bascule dans ce pays que l'on croit momifié. En quelques semaines, le droit au logement opposable va devenir une réalité. Tous les candidats et le Président de la République en sont d'accord, et l'on peut s'attendre à un vote à l'unanimité à l'Assemblée Nationale. Voilà qui démarre en beauté cette nouvelle année.

Je ne vais pas faire un procès trop facile aux hommes politiques pour leur reprocher de prendre enfin à bras le corps le problème des mal ou non-logés. Comme beaucoup, je passe à côté des SDF sans leur prêter plus d'attention. De temps en temps on en parle, on lève les bras au ciel, puis on passe à autre chose. Sauf quelques associations, c'est bien toute la société française qui s'est résigné à ce scandale. La classe politique est plutôt en avance, élection oblige peut-être, et puis tant mieux si c'est l'occasion d'avancer.

Le droit au logement a été constamment réaffirmé depuis au moins 25 ans. Voir l'entrée dans Wikipedia et surtout le rapport de novembre 2003 :

"C’est d’abord la loi “ Quilliot ” du 22 juin 1982 qui a proclamé que “ Le droit à l’habitat
est un droit fondamental ”. Puis, la loi “ Mermaz ” du 6 juillet 1989, établissait que “ Le
droit au logement est un droit fondamental ”.
Le droit au logement constituera ensuite l’objet même de la loi “ Besson ” du 31 mai
1990, qui définira les moyens de sa mise en oeuvre"

On sait que le législateur adore proclamer les grands principes, multiplier les lois sans se soucier de leur application et de leur résultat. Un droit opposable permet au plaignant de faire condamner toute autorité publique qui ne respecte pas la loi. C'est bien la différence entre une obligation de moyens qui relève de l'incantation et une obligation de résultats qui se constate et se sanctionne. Quoi que l'on pense des hommes politiques, ils se donnent volontairement les outils et les contraintes qui les forceront à respecter ce droit. Le droit opposable, ça marche. Il existe déjà le droit à l'éducation et le droit aux soins médicaux. On peut discuter de la qualité de l'éducation nationale ou du système de soins. Personne ne discute que ces droits existent et qu'ils ont marqué des progrès réels et mesurables

Quelques libéraux bornés distinguent deux catégories de droits :

" les vrais et les faux. Les vrais droits de l’homme, ce sont les droits-libertés : liberté, propriété, résistance à l’oppression, etc.. Ce sont ceux qui ont été déclarés à partir du XIIème siècle dans les grands textes anglais, puis à la fin du XVIIIème siècle en Amérique et en France. Les faest 'ux droits de l’homme, ce sont les

droits-créances : droit au travail, au logement, aux prestations sociales, à un environnement sain, etc.. Ce sont ceux qui ont été inventés en permanence depuis plus de deux siècles dans les textes à caractère socialiste."

Le droit au logement est donc un faux droit puisqu'il est classé socialo-communiste, comme les autres droits-créances dont l'éducation et les soins médicaux. L'auteur n'ose pourtant pas citer ceux-ci. Laissons donc plusieurs centaines de milliers de mal-logés à leur vrai droit : coucher sur le trotoir ou dans des logements insalubres.

Changer le monde avec 3000 Euros

Les six membres de la famille Legrand auraient investi 3000 Euros dans l'achat de leurs tentes. Les associations plus anciennes ont salué avec élégance l'action de ces ouvriers de la onzième heure. Quand nous les détournions, ils ont su garder leurs yeux ouverts et monter leur opération avec un savoir-faire médiatique impressionnant.

medium_time_you.6.jpg

 

D'après Time Magazine, l'homme de l'année, c'est YOU : Toi et moi. Pour mieux se fairemedium_new_collage_time_quichotte.3.jpg comprendre, la couverture du magazine est constituée d’une surface métallique réfléchissante.  En la regardant, on voit son image. J'aime bien les blogs, mais je déteste leur côté narcissique. On peut dire que Time a bien illustré cette ambiguité. Mais pour moi, l'homme de l'année qui commence c'est Don Quichotte.

 

 

 

 

 

 



 

23/12/2006

La faillite de l'enseignement supérieur

Dans ce même rapport “L’économie de l’immatériel - La croissance de demain” (.pdf), dont j'ai parlé dans mon précédent billet , on trouve une analyse terrible de l'état de notre système d'enseignement supérieur. La qualité de cet enseignement est bien sûr capital pour notre réussite et notre croissance au sein de cette économie.  

En voici quelques constats

"La France a atteint le seuil à partir duquel l’enseignement supérieur s’impose comme un vecteur essentiel
de croissance vers la fin des années 70..

Alors que la France atteignait le niveau de développement qui rendait
l’investissement dans l’enseignement supérieur économiquement plus nécessaire que celui dans le primaire
et le secondaire, le choix a en effet été fait de maintenir l’accent sur ces deux derniers secteurs, qui ont connu
une augmentation de la dépense annuelle par élève largement supérieure (+95 % pour le primaire et +74 % pour
le secondaire, contre +22 % pour le supérieur40).

Le système d’enseignement supérieur français :
• accueille moins d’étudiants (en pourcentage d'une classe d'âge)  que le système universitaire américain, alors qu’il est largement gratuit ;
• produit en moyenne davantage de non-diplômés alors que les étudiants français travaillent moins
que leurs collègues américains ou européens pour financer leurs études ;
• est l’un des moins visibles, deux établissements d’enseignement supérieur français seulement
figurant dans le classement des 100 premières universités mondiales réalisé par l’université de Shanghai."

D'où l'une des recommandantions du rapport:

"RECOMMANDATION N°54 : Accroître l’effort en matière d’enseignement supérieur de 0,5 point de PIB, soit
environ 8,5 Md €, en en réservant le bénéfice à des actions de promotion de nouvelles filières, de restructuration
du système d’enseignement supérieur et de promotion de l’excellence."

Depuis 30 ans, on a  systématiquement poursuivi une politique dont chacun sait qu'elle est à contre-sens ( en particulier pour la répartition de l'effort financier entre le primaire, le secondaire et le supérieur). Tous les responsables de bonne foi le reconnaissent, et pourtant rien ne change. Dans un autre contexte, Jean-François Revel aurait parlé de connaissance inutile. Mais ici il ne s'agit pas de controverse entre l'information et sa falsification qui l'emporterait sur la vérité. Malgré les efforts de quelques uns pour nous faire croire que tout va bien, chacun sait que la qualité de notre enseignement se dégrade d'année en année.

En fait cette question de l'enseignement illustre parfaitement l'économie de l'immatériel. Celle-ci est faite d'excellence dans l'exécution des processus. L'exemple français le montre depuis 30 ans, il ne sert à rien de posséder les données et d'avoir le bon diagnostic si l'on n'a pas la volonté et surtout la capacité d'exécuter et de faire accepter les réformes qui s'imposent.

Accroître l'effort de 0,5 point de PIB, pourquoi pas ? C'est certainement nécessaire, en supposant que l'on puisse trouver les ressources budgétaires. On constate aussi que les augmentations massives de dépense dans l'enseignement primaire et secondaire n'ont pas eu de résultats miraculeux. Il ne suffit pas d'allouer des ressources supplémentaires, c'est relativement facile, il faudra aussi avoir le courage et l'habileté  pour faire accepter les réorganisations nécessaires qui sont également bien connues (voir pages 156 et suivantes du même rapport)

La politique, comme l'économie de l'immatériel est un art tout d'exécution.

 

Petit message personnel : Relâche pour ce blog jusqu'au début 2007.

Joyeux Noël et bonne année à tous,

René 

22/12/2006

Economie de l'immatériel : On cherche une méthode

 

C'est avec des sentiments mitigés que je viens de terminer la lecture du rapport “L’économie de l’immatériel - La croissance de demain” (.pdf) . Le sujet est d'importance et mérite d'y passer un peu de temps. Et pourtant, en arrivant à la fin de cette lecture, je ne suis pas sûr d'avoir les idées beaucoup plus claires sur le sujet.

Beaucoup de points de vue sont étudiés, et 68 recommandations sont formulées, dont certaines paraissent tout à fait pertinentes. En revanche, on est constamment gêné par une absence de définition claire de cette économie de l'immatériel. D'après le rapport, c'est « une économie qui n'a pas de fondement physique mais qui place les capacités intellectuelles au coeur de la création de valeur. Désormais, c'est notre capacité à créer, à innover, à inventer qui va devenir notre principal critère de compétitivité et notre première source de croissance ». Ce secteur représenterait « environ 20% de la valeur ajoutée et 15% de l'emploi ». Peut-être, mais on ne saura jamais comment sont calculés ces chiffres et à partir de quelle classification et de quelle méthode.

Par ailleurs, les exemples pris concernant la gestion du patrimoine immatériel paraissent tout à fait incohérents avec le sujet. J'ai du mal à comprendre en quoi la gestion des fréquences hertziennes, ainsi que les « droits à polluer » en millions de tonne de CO2 font partie de l' économie de l'immatériel. Que l'infrastructure en réseau hertzien fasse partie des conditions d'épanouissement de cette économie, tout le monde en conviendra, pour autant il s'agit bien de ressources physiques limitées, qu'il s'agit justement de réglementer pour en répartir la rareté.

Le rapport est donc consacré à un sujet mal défini et qui souffre d'une absence de méthode comptable reconnue par tous. La nature même de ces actifs les rend difficilement appréhensible, et les chapitres consacrés à la question des brevets montrent bien que ce système de protection et de valorisation des actifs immatériels est loin de couvrir tout le sujet.

Y a-il vraiment une innovation importante et brevetable qui expliquerait le succès de l'iPod ? A l'évidence, la valeur économique de toute la chaîne iPod est très largement due à un effet d'image et de marque, voire à la personnalité de Steve Jobs. Rien de tout cela n'est brevetable, et pourtant cela permet à Apple de tarifer ses produits nettement plus chers. Apple facture de l'immatériel.

La valeur de la marque est presque inestimable, dans tous les sens du terme. Une des pistes permettant de mesurer ce facteur immatériel serait de prendre en compte ce qu'en pense le marché. C'est ainsi que la capitalisation de Google est de 130 Milliards de dollars, alors que celle d'IBM est à peine supérieure avec 155 Milliards. Et cet exemple concerne deux sociétés particulièrement prospères puisque IBM affiche un bénéfice brut de 36 milliards, dix fois supérieur aux 3,5 milliards de Google. Malheureusement ces chiffres ne sont disponibles que pour les sociétés cotées en Bourse. On exclut donc tout le tissu des PME, qui sont souvent les plus innovantes par rapport à cette économie de l'immatériel. Il y a bien des critiques à faire en ce qui concerne la capitalisation boursière. En particulier, les effets de mode et de suivisme  paraissent fausser le jeu. Mais ne sont-ils pas aussi un reflet de cette valeur immatérielle et fluctuante que l'on recherche à estimer ? On aurait bien aimé, de toutes façons, que le rapport explore cette piste, pour illustrer et peut-être commencer à se donner des outils de mesure de l'immatériel. Le rapport est complètement muet sur ce sujet, tout comme sur l'ensemble des produits financiers dont l'impact est pourtant considérable et qui est une des clés du renouveau anglais.

Le problème de cette mesure n'est pas nouveau. En 2003 Michel Volle examinait la question. Dans cette page, il propose la définition suivante : « les produits immatériels, qu’ils soient incorporés à un bien ou à un service, sont ceux qui résultent d’un travail de conception ». Il est moins convaincant quand il affirme que la mesure de ce capital n'est pas plus difficile que la mesure du capital matériel.

Pour conclure provisoirement sur ce sujet, on pourra réfléchir au cas de Nike. Le rapport donne ces chiffres : « les coûts de production, au sens strict, des chaussures Nike ne représentent que 4 % du prix de vente total, le reste représentant la rémunération d’actifs immatériels tels que la marque, la recherche, les brevets et le savoir-faire de l’entreprise… » On est bien là au coeur du sujet. Cette chaussure n'est pas un objet ni un capital. C'est le processus dynamique qui va de la conception, à la distribution finale qui crée la valeur. Ce n'est pas le produit fini et inerte.

On ne sait pas, aujourd'hui, estimer a priori la valeur de ce processus, qui fait pourtant toute la différence entre une société ou un pays qui se développe et un autre qui stagne, ou qui décline. En ce sens, ce rapport manque son objectif. Il propose néanmoins quelques pistes d'amélioration qui, faute de relever d'une méthode, pointe les insuffisances de notre pays et devrait nous permettre de relever un peu la tête. Mais là, le diagnostic est connu depuis longtemps, la question est celle de l'action. Là aussi c'est le processus qui fait la différence.

Rendez-vous dans une prochaine note.

15/12/2006

Ordre juste et rupture tranquille : les robinets d'eau tiède

Ca y est, les deux "grands" candidats ont leur slogan, l'ordre juste ou la rupture tranquille. Pour ceux qui l'ignoreraient encore, cette association des contraires, est un oxymore. Jean Veronis nous instruit plaisamment, comme toujours, de la collocation , qui n'est pas une cohabitation entre ces deux candidats.

Oxymore ou collocation, chacun peut en juger. A vouloir ratisser large et concilier l'inconciliable, on fait couler l'eau tiède. Chacun des deux vaut mieux que ça. Et nous aussi.

medium_mitterand_force_tranquille.2.3.jpgDepuis "la force tranquille", Jacques Séguéla a réussi à faire croire à son génie avec une formule de ce genre. Michel Bongrand affirme que la force tranquille venait de ses équipes, mais que Giscard l'aurait refusée. Du coup, Séguéla qui avait ses informateurs, aurait récupéré le slogan et même l'affiche. Quand à Giscard, il proposait "Un président pour la France". Il avait du oublier que c'était lui le président, depuis 7 ans. On renvoya donc l'amnésique se soigner à la Bourboule.

Jacques Séguéla a donc bâti sa fortune et sa réputation de faiseur de président. On rêve de l'imiter. L'eau tiède coule à flot, les mauvais sujets de philo aussi : Changement et continuité, ordre et justice :

Sujet de Bacc:

Thèse : L'ordre est nécessaire pour éviter la violence (citer Goethe)
Antithèse : Mais l'injustice est aussi source de désordre (citer Camus)
Synthèse : Votez pour l'ordre juste de Ségolène Royal

A partir de cet exemple montrez comment on peut défendre la rupture tranquille de Nicolas Sarkozy.  Au secours !!

 

Bizarrement, c'est le centre, toujours accusé de vouloir ménager la chèvre et le chou, de concilier les contraires, qui a la meilleure formule :
"Nombreux sont ceux qui disent : nous aimons la France de toutes nos forces. Aujourd'hui elle a besoin de toutes nos forces"

La France de toutes nos forces : François Bayrou a déjà gagné la bataille des slogans.

13/12/2006

L'informatique à 3 vitesses

 

Quelques  mois

Le Web3 fait l'actualité. J'ai dit tout le bien que je pense de cette initiative. Ca me permet de ne pas ignorer que parmi les projets sérieux, il y aura inévitablement un lot de mode, de fugace et d'éphémère . Le monde Web3 va à la vitesse d'un Youtube et de son succès fulgurant en moins de 18 mois.

D'après la classification de l'IT d' Andrew McAfee dont j'ai déjà parlé ici, le Web3 est dans la sphère du Network IT:

"Network IT. (NIT) provides a means by which people can communicate with one another. Network technologies include e-mail, instant messaging, blogs, and groupware like Lotus Notes."

Plusieurs années

medium_WTC_september.2.jpgRetour à une autre réalité de ce même XXIème siècle :

- 11 septembre 2001 : Une grande administration française prend conscience que son informatique est localisée sur un seul site, vulnérable  à n'importe quelle attaque ou catastrophe naturelle
- On y réfléchit pendant 2 ans avant de lancer un premier appel d'offre en fin 2003
- Deux ans d'études, d'avant-vente pour sélectionner la "short list" entre les différents soumissionnaires
- Encore un an pour affiner les différents projets
- Novembre 2006 : Nous gagnons l'appel d'offre avec notre partenaire
- Le planning prévoit la mise en oeuvre de ce projet sur 2007 et 2008 pour une 
                         recette finale en 2008

Il s'agit de mettre en place un PRI (Plan de Reprise Informatique) pour cette administration, lui permettant de continuer son activité et ses services en cas de catastrophe comparable au 11 septembre. De septembre 2001 à fin 2008, il se sera écoulé 7 ans entre la prise de conscience du besoin, jusqu'à  la recette finale de l'ensemble des procédures et des technologies supportant ce plan de secours. Ce monde lent est celui de l'Enterprise IT :

"Enterprise IT. (EIT) is the type of IT application that companies adopt to restructure interactions among groups of employees or with business partners. Applications that define entire business processes, such as CRM and SCM—as well as technologies, such as electronic data interchange, that automate communications between companies—fall into this category."

C'est toujours de l'IT, de l'informatique, mais est-ce bien le même métier ? Ce secteur de l'IT est devenu tellement central et énorme qu'il est sans doute appelé à se sectoriser, entre activités qui autont finalement peu de choses à voir entre elles, et qui surtout ne vivront pas sur les mêmes cadences.

Le plus gros acteur de l'EIT est l'allemand SAP. Le "SAP Investor Symposium" s'est déroulé à Las Vegas la semaine dernière, précédant de peu notre Web3 national. C'est pas VideoGag sur Youtube qui tiend la vedette! L'assistance a eu droit à une présentation sur un nouveau module fonctionnel : le GRC (Governance Risk and Compliance), la gestion des normes comme Sarbanes Oxley ou de réglements européens au niveau de la gestion des risques, de l'environnement ou du traitement des déchets :

"GRC ASPs increased 63% year-on-year
GRC is experiencing 15% quarter-over-quarter customer growth (2,000 GRC customers)"

C'est pas franchement sexy, on n'est sûrement pas dans le droit en écriture pour tout le monde, mais la croissance se fait aussi sur une activité ultra réglementée comme celle-ci.

SAP a aussi parlé de GRC (Gestion de la Relation Client) , Aaaargh!!! c'est pas le même...,Il s'agit en fait de CRM (Customer Relationship Management) et de l'annonce d'un portage du module CRM en mode hébergé (chez IBM d'ailleurs).

medium_doudou_mammouth_laineux_gd.3.jpgLe 2 février dernier, SAP annonce son intention de devenir lui aussi un fournisseur de logiciel distribué comme un service (Software as a Service)
Le 7 décembre à Las Vegas, lors de cette présentation aux analystes financiers, Shai Agassi l'un de ses dirigeants refait la même annonce
On attend la prochaine grand' messe SAP pour que l'on nous confirme, que oui décidément, SAP croit à ce modèle.


Pendant ce temps, Oracle, ou plutôt Larry Ellison s'apprête à récupérer sa mise de fonds dans NetSuite, le grand concurrent de SalesForce, un des pionniers du modèle SaaS, dont j'ai déjà parlé dans ce blog. En fait, les deux mammouths de l'informatique d'entreprise sont juste à l'affut pour voir si cette architecture va vraiment décoller. On ne vit pas au même rythme dans le monde de l'EIT, et le ticket d'entrée est beaucoup trop élevé pour que l'on puisse avoir la mauvaise surprise de se faire dépasser par un nouveau Google.

 

Microsoft unplugged

C'est ce qui pourrait arriver à Microsoft, le roi du troisième secteur :

"Function IT. (FIT) includes technologies that make the execution of stand-alone tasks more efficient. Word processors and spreadsheets are the most common examples of this IT category."

La sortie de Vista, après tant de retard, signe sans doute la fin d'un style, et d'une méthode de développement Software. D'après le SeattleTImes, Vista aura coûté 10 milliards de $ pour 10 000 personnes impliquées  et 5 ans de développement. Microsoft ne pourra plus se permettre ce type de gabegie.

La Function IT avec  Microsoft se situe entre l'Enterprise IT et le Network IT. Ses incursions dans l'Enterprise IT avec GreatPlains ou avec Navision  n'ont pas convaincu. En revanche, sa suite Live représente désormais une offre cohérente pour le Network IT.

La vraie bataille se jouera sur le front de la bureautique. Difficile de prévoir si la bureautique continuera à vivre sur son rythme pluriannuel actuel ou si elle s'exécutera dans le mode de changement frénétique à la Web 2.0, ou 3, ou 6. Pour réconcilier tout le monde, il se pourrait bien que cette apparente dichotomie se résolve par le mode déconnecté.

Une annonce intéressante de ce Web3 a sans doute été la sortie de "SocialText Unplugged" : du wiki qui permet de travailler en mode déconnecté puis de se synchroniser. C'est depuis longtemps le mode de fonctionnement des PDA (Palm Pilot et autres) et des téléphones.

 

Voila sans doute un avenir possible, et fécond pour le poste de travail.

09/12/2006

Coup de chapeau à Loïc Le Meur

Il organise la conférence Web3 avec la participation de 36 nationalités. Beaucoup de grands acteurs Internet seront présents. Voilà un beau succès qui fera de Paris la capitale de l'Internet pendant ces 48 heures. Ca n'arrive pas si souvent que l'on associe la France avec les technologies de demain, et l'on ne peut que remercier Loïc Le Meur de faire profiter Paris de l'étendue de son carnet d'adresses.

Lisez son interview sur 01net :

"L'idée, avec le Web 3, c'est de faire pendant 48 heures de Paris la capitale européenne de l'Internet, avec tout ce qui peut en découler. En matière d'investissement, je pense par exemple à quelqu'un comme Benjamin Bejbaum, le créateur de Dailymotion, qui était présent à la première édition il y a deux ans et qui y a trouvé les relais nécessaires au développement de son projet. Cette année, nous aurons 1 000 participants en provenance de 36 pays avec un public d'entrepreneurs du Web, d'investisseurs et/ou de blogueurs."

On sait que son succès en agace beaucoup. Tant pis pour les grincheux ! En ce qui me concerne, je n'ai jamais rencontré Loïc Le Meur, et je ne me suis pas inscrit à cette conférence. Je souhaite pourtant que cette conférence soit un vrai succès et débouche sur des initiatives nouvelles, dont certaines pourraient voir le jour en France. Ca nous ferait pas de mal.

Bravo donc pour cette conférence et coup de chapeau à Loïc Le Meur !

06/12/2006

Le télétravail : piège ou progrès

Je reprends le titre de l'émission d'Europe1 hier soir à 18h. Xavier de Mazenod qui anime le projet Zevillage y était invité. Ayant adhéré récemment à cette association, j'en profite pour faire part de mon expérience de ce type d'organisation.

Comment ça se passe ?

Je participe à un programme, encourageant ceux qui le souhaitent, à effectuer tout ou partie de leur travail à domicile. L'équipement nécessaire est fourni par mon employeur. Il s'agit du poste de travail (PC portable) et du téléphone portable. La connexion ADSL est remboursée forfaitairement à 20 Euros par mois. La connexion au réseau se fait par authentification sur TokenCard, avec calcul d'une même clé sur le serveur et sur la TokenCard. A partir de ce moment là, je suis sur le réseau de mon entreprise, de la même manière que si je suis au bureau. Tout travail de recherche ou de rédaction de document commercial ou technique peut ainsi être effectué à la maison.

Conditions pour que ça puisse marcher

Il faut que le travail soit basé sur des réalisations et des objectifs, pas sur une présence horaire. Cela suppose que je ne compte pas mes heures, et mon employeur non plus. Une confiance mutuelle s'établit très vite si les deux parties sont de bonne foi. Les horaires sont donc flexibles, à condition d'être joignable par téléphone ou par E-Mail aux heures ordinaires de bureau.

Les avantages du travail à la maison

Le premeir avantage et le plus visible est évidemment dans le gain de temps. Une journée de travail dans une grande ville peut durer 12h, avec les 8h à l'entreprise + 1 h de pause déjeuner, et parfois près de 3h de transport. A la maison, le temps et la fatigue du transport sont supprimés. En ce qui me concerne, je peux également découper ma journée de travail différemment. Par exemple, en commençant le matin à la maison par le tri des mails, quelques tâches administratives. Cela me permet de partir plus tard, après les bouchons du matin, tout en ayant déjà effectué une partie de travail à la maison.

Pour l'employeur, on comprend facilement les économies qui peuvent être faites, en étant assuré qu'une fraction importante de son effectif n'occupera pas sa place de bureau tous les jours.

Les objections

L'entreprise est un lieu de travail, mais c'est aussi un lien social. Celui-ci serait rompu si l'on généralise ce type de pratique. C'est aussi une crainte des syndicats qui verrait leur influence s'effriter encore plus. On peut répondre à cela que le télétravail est rarement exclusif, et qu'il n'empêche pas de se rendre régulièrement dans son entreprise, même si ce n'est plus quotidiennement.

On peut aussi objecter que les économies faites par l'entreprise sont un gain net, sans que l'employé en tire bénéfice pour lui-même. C'est là où les accords d'entreprise doivent être négociés, afin que chacun puisse évaluer les gains et les charges d'un tel système, pour l'entreprise comme pour le salarié. Tout ceci est assez facilement négociable. La difficulté réside sans doute plus dans la crainte des entreprises comme des employés devant cette nouvelle manière d'organiser le travail.

Que l'on me permette un souvenir personnel. Il y a deux types de cadres : ceux qui se sentent dévalorisés s'ils terminent avant 21h, et s'ils ne ramènent pas de travail le soir ou pour le week-end ; et puis il y a ceux qui se sont jurés de ne jamais ramener de travail à la maison, et de bien cloisonner ces deux mondes.

J'ai longtemps fait partie de cette deuxième catégorie. En cas de forte charge de travail, je préférais rester tard au bureau pour rentrer au milieu de la nuit à la maison. Il ne vous reste plus qu'à réchauffer les restes du dîner au micro-ondes, quand tout le monde dort. Vous avez alors le temps de penser qu'il serait peut-être plus intelligent de rentrer plus tôt, pour pouvoir dîner en famille, et reprendre le travail après, quitte à rompre avec votre serment de cloisonnement. C'est ainsi que petit à petit, on en vient à accepter cette "intrusion" du monde professionnel dans l'intimité famililale.

Un retour à une certaine tradition

Si l'on porte le regard un peu plus loin, on s'aperçoit que ce type de travail ne fait que renouer avec un mode ancien d'organisation de la vie. Pendant des siècles, les agriculteurs, comme les artisans ou les commerçants ont résidé sur leur lieu de travail. Des générations d'enfants ont ainsi été formés à leur futur métier, par un contact quotidien avec la pratique de leur parents. Il est évident  que nous ne somme plus à l'époque où les enfants avaient forcément la même activité professionnelle que leurs parents. Pour autant il y a bien des avantages à ce que l'enfant puisse se rendre compte concrètement de ce que représente le travail d'un adulte. Plutôt qu'un départ tôt le matin quand les enfants dorment encore, un retour le soir quand ils dorment déjà; plutôt qu'une absence quotidienne dans un bureau mystérieux, une présence même épisodique des parents leurs permet de les voir pendant la semaine, et pas seulement le week-end. Ils peuvent les voir aussi au travail tout comme les ont toujours vu leurs prédécesseurs, pas si lointains que celà. Finalement, cette organisation en usine, en atelier ou en bureau n'aura peut-être été qu'une parenthèse de deux siècles dans la vie de travail de l'homme. Le bilan qu'on peut en faire n'est pas spécialement positif et le télétravail n'est par certains côtés qu'un retour à un mode de vie tout à fait traditionnel. 

 

Le télétravail n'est malheureusement pas possible pour tous ceux qui le souhaiteraient. Les emplois de service, dans un site d'accueil de la clientèle (administrations, grandes surfaces, banques, etc.) ne sont pas candidats. On comprend aussi que la plupart des travaux de production qui nécessitent un outillage lourd, et la présence d'une équipe de travailleurs ne peuvent pas se faire à la maison. En plus, ce sont déjà ces emplois mal payés qui sont les plus susceptibles d'être délocalisés.

Il y a évidemment à repenser de manière beaucoup plus large les nouvelles conditions de travail qui sont maintenant possibles et parfois souhaitables. A une extrémité, on trouve certains cadres qui peuvent organiser assez librement leurs  horaires et leurs lieux de travail. A l'autre extrémité, beaucoup d'employés et d'ouvriers sont contraints à des longs déplacements vers un lieu de travail fixe, pour un travail pénible et menacés par la concurrence des pays à bas salaire. Nous ne sommes décidément plus au temps d'une réglementation du travail monolithique et rigide.

23:21 Publié dans Actualités, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ADSL, Travail

01/12/2006

Nicolas Hulot et l'énergie

medium_Ptolemee.3.jpgPensant encore à la discussion entre Nicolas Hulot et Jacques Attali sur le réchauffement de la planète (voir mon article précédent), je me suis livré à un petit exercice historique que je vous livre ci-dessous. On y verra la place de l'énergie dans ce balancement entre le fini et l'infini.

Le monde antique

L'antiquité vivait dans un monde fini dont la Terre était le centre, autour duquel tournait le soleil, les étoiles et mêmes les autres planètes connues (Marc, Jupiter,...). 

La Terre elle-même était très largement inconnue et réduite aux pourtours de la Méditerrannée. Voici donc un monde fini, où les hommes vivant sur différents continents encore séparés par des océans infranchissables, ne connaissaient pourtant pas les limites de leur propre planète. 

Pour les Grecs, la sagesse consiste à trouver sa place dans un monde harmonieux et fini. Pour l'antiquité, la question de l'énergie ne se pose même pas. Elle est solaire ou animale, et l'on se chauffe au bois.

 

 

 

 

La Renaissance  medium_copernican_universe.2.gif

En 1522, Juan del Cano achève le tour du monde et l'expédition de Magellan. Au moment même où l'homme commençait à découvrir l'entièreté de sa planète, Copernic terminait son oeuvre majeure, Des révolutions des sphères célestes, achevée vers 1530. Désormais, la Terre ne serait plus qu'une planète quelconque au sein d'un système solaire lui aussi tout à fait banal. Nous voici dans un monde, où avec Pascal, « le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie ». La Terre n'est plus le centre d'un monde harmonieux où l'homme doit s'insérer.

Ayant enfin réussi à déchiffrer quelques énigmes, comme la pesanteur et le mouvement des planètes, l'homme n'a plus peur que le ciel lui tombe sur la tête. C'est maintenant lui-même qui devient le centre et d'ailleurs maître de sa Terre, au milieu d'un cosmos infini qu'il ne pourra jamais atteindre. Au moment de la Renaissance, la question de l'énergie n'a pas beaucoup évoluée et l'on commence tout juste à extraire le charbon.

 

Le XXéme siècle

Aujourd'hui, l'exploration de la planète est terminée depuis longtemps. Le moins qu'on puisse dire, c'est que l'homme est bien le maître de cet espace clos. Pour autant, il se comporte comme si les ressources naturelles en étaient infinies. C'est ainsi que toute l'économie moderne depuis le XIXème et surtout le XXème siècle est bâtie sur une disponibilité infinie de l'énergie, pour un très faible coût. Cette énergie est très largement basée sur la consommation de carburants fossiles.

Pendant ce temps, l'information est restée rare. Elle était rare pour des raisons de coût et de faible disponibilité du support (papier). Elle était également rare, car contrôlée, voire censurée pour une grande partie des habitants de cette planète.

L'explosion de l'information est une conséquence de l'électronique (Radio et télévision), et maintenant de l'informatique et donc d'Internet. Les tentatives de contrôle ou de censure sont vouées à l'échec à très court terme.

 

Et maintenant,

Internet, aujourd'hui, est en lecture/écriture. Les sources d'information deviennent innombrables avec le phénomène du « User Generated Content ». C'est au moment même où la quantité d'information va devenir infinie, que l'énergie se raréfie.

medium_Power_supply.jpg

Il n'est pas exagéré de dire que nous vivons un autre renversement de perspective, souvent décrit comme le passage à une société de l'information. Jacques Attali voit donc bien l'ouverture de de cette société de l'information (dans l'idéal, elle  se transformera en une société de la connaissance). Mais cette société de l'information ne fonctionne pas sans énergie, et il serait paradoxal que l'infini de l'information soit freinée par le fini de l'énergie.

On voit, que malgré notre aveuglement, des progrès remarquables ont pu être faits dans l'industrie automobile. On en est à 5 litres au 100 km pour une petite voiture et autour de 10 litres aux 100 km pour une grosse, soit près de deux fois moins qu’il y a 40 ans.

Jusqu'à aujourd'hui, rien n'a été fait pour prendre en compte la consommation d'énergie dans la fabrication des équipements informatiques. Restons donc optimiste, car si l'on prend conscience du problème, on peut  s'attendre à de gros progrès dans ce domaine.

27/11/2006

Emission de CO2 : Les serveurs et la bagnole

Nicolas Hulot était l'invité de France Europe Express hier soir sur France3. Il a bien sûr beaucoup parlé de l'inéluctable réchauffement de la planète, et du gaspillage de l'énergie. A ce propos, Jacques Attali, également présent, se réjouit que les avancées technologiques arrivent juste à point, pour remplacer des déplacements physiques qui deviendront de plus en plus coûteux. Il parlait bien sûr à l'ensemble des structures télécom qui peuvent nous éviter de nous déplacer : les video conférences plutôt qu'aux réunions sur place, travail à distance, ...

Par hypothèse, il pense que l'informatique est plus économe que l'ancienne économie. Est-ce si sûr?  D'après Jonathan Schwartz, l'émission ce CO2  nécessaire au fonctionnement énergétique de l'ensemble des serveurs, équivaut à celle de l'ensemble du parc automobile chinois (6 millions de voitures vendues en 2005, au moins 30 millions en circulation).

Cette prise de conscience est extrêmement récente, mais les données s'accumulent:

- "For the most aggressive scenario (50 percent annual growth rates), power costs by the end of the decade would dwarf server prices" affime Luiz André Barroso de Google, dans cette étude.

- Michelle Bailey d'IDC "says U.S. companies spent approximately $5.8 billion powering servers in 2005 and another $3.5 billion or more keeping them cool. That compares with approximately $20.5 billion spent purchasing the equipment" dans cette autre étude.

Je ne vais pas ici m'engager dans un débat, pour savoir qui est le principal responsable du réchauffement de la planète, entre le gaz carbonique ou un nouveau cycle climatique indépendant de l'action de l'homme. Il est incontestable, de toutes façons, que nous vivons dans un monde fini, et que nous ne pouvons plus continuer à consommer l'énergie et les matières premières comme dans un modèle à ressources infinies.

Il va donc falloir prendre en compte l'énergie physique dans les paramètres d'optimisation des "data centers". Il n'y a guère le choix, et de toutes façons les factures d'électricité seront là pour nous le rappeler. Heureusement, là aussi les solutions techniques arrivent.

Solution technique par serveur

- Les processurs multicoeurs s'imposent rapidement, contre des montées énergivores en fréquence d'horloge , qui étaient de toutes façons devenues inefficaces

- De multiples solutions de consolidations sont disponibles dans le monde Unix, LPAR, VPAR NPAR, ou zones Solaris

- Pareil dans le monde PC avec Vmware, Xen , Microsoft Virtual Server et toujours les zones Solaris

- Et surement plein d'autres ...

 

Solution technique et organisationnel sur l'ensemble du parc

Aujourd'hui, un serveur "bien utilisé" tourne en moyenne à 15% de sa puissance nominale. Il est vrai que le dimensionnement de l'infrastructure est calculé par rapport à un temps de réponse, à garantir pendant les pics de charge. Rationnaliser cette infrastructure passe aussi par la mise en commun des ressources CPU au niveau de l'ensemble des serveurs.

Au lieu de réserver un ensemble fixe de ressources CPU par application, il est possible de provisionner chacune de ces applications suivant ses besoins du moment. On utilise des pools de serveurs banalisés qui sont configurés à la volée pour servir telle ou telle application.

Pour revenir au transport, l'esprit de ce genre de technique est finalement très proche du co-voiturage. En cas de problème, le co-voiturage s'organise spontanément, puis chacun reprend ses habitudes. Il est clair que ces habitudes vont changer, pour les transports comme pour la gestion de l'informatique.

Ce n'est pas une économie de pénurie qu'il faut organiser, mais juste un petit peu d'intelligence, pour moins de gaspillage.

10/10/2006

Le prix de l'information

Il y a des jours où les télescopages de l'actualité créent des rapprochements qui rendent songeur.

J'écoutais ce 10 octobre les matins de France Culture qui recevaient Pierre Louette, le PDG de l'agence France Presse. Il se trouve que Pierre Louette connait bien le monde Internet pour avoir lancé l'agence Connectword. Il était intéressant (entre autres) de connaître son point de vue sur la valeur de l'information. Comme on le sait, différentes affaires sont en cours entre Google et la presse belge, ainsi qu'avec l'agence France Presse elle-même, à propos de la rétribution de l'information mise à disposition sur Google News.

Yahoo a adopté une politique différente et est client de l'AFP, comme n'importe quel organisme de presse.

Sans rentrer dans le coeur du problème juridique en cours, Pierre Louette s'est contenté de rappeler que l'agence France Presse fournissait de l'information 24h/24, tout autour de la planète,en six langues. Cette information est recueillie, validée et recoupée par des HOMMES qui ont des salaires, des bureaux et qui prennent parfois de grands risques pour des dépêches semi-anonymes (signées par les initiales de l'agencier). Autrement dit cette information a un PRIX et une VALEUR.

C'est ce même jour où l'on enterre Anna Politkovskaia .




Elle connaissait, elle, le prix et la VALEUR de l'information; ses ennemis aussi.

C'est ce même jour que la GRANDE NOUVELLE est tombée. Le rachat de YouTube par Google, où comment devenir milliardaire en 1 an. Voilà une information (gratuite) qui va créer des milliards de commentaires. Je n'ai juste pas envie d'en rajouter un. Fred Cavazza a encore plus raison aujourd'hui, qu'hier.