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03/10/2007

2èmes recontres nationales du blog d'expression local

L'association zevillage :http://zevillage.org/  organise les 2èmes rencontres du blog d'expression locale. Ca se passe à Alençon dans ma région d'origine, où Zevillage regroupe une communauté de télétravailleurs. 

Bien que n'étant pas installé physiquement en Normandie, j'y garde des attaches fortes et fait donc aussi partie de cette association.

Le blog est particulièrement bien adapté à l'expression locale. C'est peut-être même le seul media possible pour elle,  tout comme pour les blogs, un sujet qui les démarque de manière originale. Le sujet en tous cas m'intéresse. Je serai donc à Alençon le 7 décembre pour cet événement.  Merci à Xavier qui organise cette rencontre et m'envoie cette invitation que je relaie ici

 

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Les 2e Rencontres Nationales du Blog d’Expression locale se tiendront le 7 décembre 2007, à Alençon, en Normandie.

 

Pour la seconde année consécutive, ces rencontres proposent aux spécialistes de la blogosphères comme aux néophytes un après-midi d’échanges sur des thèmes variés : blogs, podcasts, législation internet, multimédia, syndication RSS, rédactionnel, etc. Ces ateliers libres (avec inscription préalable) auront lieu de 14 h à 18 h.

 

Un grand concours national ouvert aux bloggeurs néophytes ou confirmés est également organisé autour de 5 catégories : vie locale, culture, économie locale (pour les professionnels), social et santé, et tourisme.  Le vote des internautes, associé à celui du jury composé de 9 personnalités reconnues de la blogosphère élira parmi l’ensemble des inscrits le meilleur blog par catégorie. La remise des prix aura lieu à 19 h 30, à la suite de la conférence débat qui débutera à 18 h.

Ces rencontres auront lieu dans le cadre prestigieux de la Halle au Blé d’Alençon, bâtiment emblématique de la ville dorénavant dédié aux technologies numériques.

http://www.expression-locale.org

Vous êtes cordialement invités à participer ces rencontres et à inscrire votre blog au concours.

25/09/2007

Le POINT ( de vue et image des People )

Je lis le Point depuis sa naissance. J'observe avec tristesse sa dérive qui le classe désormais dans la catégorie de son illustre et presque homonyme chroniqueur princier. IL affirme qu'il gagne des lecteurs. Je n'en serai plus. Son numéro 1827 sera le dernier pour moi.

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Déjà, la couverture énerve. On veut nous accrocher avec "L'homme le plus puissant de France". Nicolas Sarkozy ne serait qu'une marionnette manipulée par son éminence grise et mystérieuse.

Rien de tout cela, évidemment, et ce n'est pas le cabinet noir, mais la vie en rose. Préparez vos mouchoirs, sortez les violons, jouez hautbois résonnez musettes, voici Claude Guéant.

Tout jeune déjà c'était le meilleur. Il est vite repéré comme un des meilleurs préfets de France "Je serais allé n'importe où pour travailler avec lui" raconte l'actuel chef de cabinet du Président. Et c'est la rencontre avec Sarkozy dans lequel il avait déjà décelé des qualités exceptionnelles. Entre gens exceptionnels, on se comprend bien, et aujourd'hui il est ce contrepoids précieux qui permet au tandem de l'Elysée d'avancer en une heureuse synthèse bénfique pour tous. N'en jetez plus, la cour est pleine. Non pas encore, car voici le clou de ce portrait de cour :

Des fleurs pour Cecilia

"Vous savez, pendant votre absence, les fleurs étaient changées chaque jour. Quand elle est revenue, c'est ce qu'il lui a dit, alors qu'il traversait ce bureau longtemps resté vide, place Beauvau. Et puis il s'est tu. Cécilia Sarkozy assure qu'à cet instant Claude Guéant avait les larmes aux yeux. Elle même fut touchée plein coeur. Saisie par ces mots délicatement hardis et ce silence troublé d'émotion, si inattendu de la part de cet homme eminemment pudique"

Si vous n'avez pas vous aussi les larmes aux yeux, c'est que vous n'avez vraiment pas de coeur. Madame Barbara Cartland Anna Bitton signe cet émouvant petit encart et c'est un chef d'oeuvre. A ce niveau de kitch, ça devient sublime. Oui, Claude gardait dans son coeur son doux secret. Le fidèle serviteur remplaçaient humblement les fleurs en  attendant  le retour de sa maîtresse. Chaque jour ce modeste bouquet lui rappelait les jours heureux. A chaque sonnerie de téléphone, son coeur tressaillait : et si c'était elle.

Submergé par ce Niagara de guimauve, le téléphoooooooneu pleure, ce n'est plus Claude Guéant, c'est Cloclo qu'on nous fait revivre. Mais il nous faut quitter les claudettes qui officient à la rédaction de Podium du Point. Voici le nouveau people qui monte : Raymond Soubie.

C'est l'homme des relations sociales. Evidemment c'est moins glamour que les fleurs pour Cecilia. Mais cet homme estimable se retrouve enterré lui aussi à l'encensoir de la Pravda du Point.  Les honneurs, il les a tous reçus et les fuit comme la peste. Tant pis pour lui, il n'en réchappera pas, et il aura droit lui aussi à son tombereau de fleurs. "Raymond Soubie sait tout de la nature humaine... Mais plutôt que d'utiliser son incroyable culture et son brio pour déstabiliser son interlocuteur, il le rassure, le met en confiance"

Angela Merkel, c'est la revanche de " la fille de l'Est", Kosciusko-Morizet fait la fête, Abitbol enfin chef, la grande bouffe de Rassam : c'est au sommaire de ce numéro . Mais y a-t-il quelques articles qui ne racontent pas la vie de nos vedettes préférées dans Gala le Point ?  Oui.

Sociologie : Au coeur des ghettos de riches.  On ne rit pas dans le fond de la classe !
Club privé : Nuit du 4 août au Tir aux pigeons . Silence ! où je vous fais expulser par Brice Hortefeux !
Economie : Mont Blanc - Le luxe au sommet. Je rappelle que le stylo Bic est interdit !
Politique intérieure : Neuilly sur Seine - Casse tête pour la mairie. Voilà qui passionne la France jusqu'à mon village de Valframbert ( 61 )

Seul le bloc-notes de Bernard Henri Lévy sauve l'honneur. Oublions le personnage BHL et lisons son texte : A propos des tests ADN : Quid de mon ami Innocent X, journaliste congolais que j'hésite désormais à nommer et qui a adopté deux orphelins rwandais ayant survécu au génocide... On ne touche jamais, quan on est démocrate, à ces histoires de sang, de preuve par le sang et, donc, par l'ADN.

Et le chiffre des expulsions : Tout dans cette affaire est intolérable. L'idée même de chiffre. Le nombre là où il n'y a que des cas.

Voilà qui est digne de ce qui fut un hebdomadaire d'information, puisque tel est encore le titre du Point. Il faut un chroniqueur extérieur à la rédaction pour oser penser et se souvenir à quoi peut ressembler un vrai journal. Ca n'est plus assez pour que j'achète encore cet hebdomadaire qui n'est plus qu'un roman photo.

11/09/2007

De Guy Moquet à Bernard Laporte, ou de la Résistance à la servilité

Comme tout amateur de rugby, je fus bien déçu de voir un mauvais match France-Angleterre vendredi dernier, pour l'ouverture de la coupe du monde. Heureusement l'intelligence du jeu français a triomphé de la force brute et du rentre-dedans sans imagination des Anglais.

Les Français ont joué à l'anglaise et les Argentins à la française. Déjouant avec élégance les assauts balourds des Français, ils prouvent qu'on peut encore JOUER au rugby en ne pas se contenter d'aligner les kilos de muscle. Bonne nouvelle pour un certain style que les Français peuvent retrouver lors des prochains matchs.

Il n'y aurait pas de quoi en faire un billet. Je ne suis pas un spécialiste et me contente en général de commentaires de café du commerce que je réserve à mes proches.

Mais le café du commerce est partout, "on refait le match" et la coupe du monde sur les radios et dans les journaux spécialisés. On commente la prestation des joueurs et l'on s'improvise expert en motivation. C'est là que j'apprends que Bernard Laporte a fait lire au sacrifié de la sélection (Clément Poitrenaud) la lettre d'adieu de Guy Môquet. Et l'on glose sur le fait de savoir si cette lettre n'aurait pas déstabilisé l'équipe de France. L'émotion les aurait terrassés, au lieu de leur donner la rage de vaincre espérée par nos psychologues de comptoir.

Motivation, préparation psychologique, conditionnement ! c'est donc ça que l'on retient du sacrifice de Guy Môquet.

Pas de pose, de comédie, ni d'emphase dans cette lettre :"Je vais mourir ! 17 ans et demi ! Ma vie a été courte ! Je n’ai aucun regret, si ce n’est de vous quitter tous." Laporte le fait mourir pour ça, pour cette récupération obscène, assortie de la flagornerie courtisane du futur ministre des sports. On sait bien que Nicolas Sarkozy veut faire lire cette lettre dans les écoles le 22 octobre, date anniversaire de l'exécution de Guy Moquet. Laporte a voulu plaire à son maître.

Je me fiche pas mal de savoir si l'on a gagné ou pas, et si l'on a motivé ou démoralisé les joueurs. Je n'imaginais même pas que l'on puisse avoir l'idée d'utiliser ce message d'adieu pour gagner un match de rugby. C'était un message de Résistance, de courage et de simplicité. Bêtise, usurpation de valeurs, grandiloquence et cirage de pompes, voilà la trahison et le crachat que l'on vient de jeter sur la tombe des otages de Châteaubriant. Quelle honte !

03/09/2007

Xavier Darcos : Le ministre des enseignants

J'aimais bien le blog de Xavier Darcos, j'avais même souhaité qu'il continuât  à le tenir tout en restant ministre. Il a préféré retourner à la langue de plomb ministérielle. Ca donne cet interview honteuse dans Ouest-France.

« Je suis le ministre des enseignants » dites-vous. Ce qui signifie ?

Je connais cette maison depuis très longtemps. J'y ai enseigné, je m'intéresse à ce qui se passe dans cette multitude de petites cellules de production que l'on appelle des classes. Et je constate que la réussite de l'école repose sur le rapport très étrange, difficile à théoriser, entre un groupe d'enfants et la personne adulte qui leur transmet un savoir. Je suis donc le ministre des professeurs non par démagogie, mais parce que je crois que, lorsque les enseignants ne se sentent pas bien, l'école elle-même va mal.

Encore un qui s'est trompé de ministère. On le croyait à l'Education Nationale, il est aux enseignants. Tout comme cet ancien Ministre du Général De Gaulle à qui celui-ci  rappelait fortement  "N'oubliez pas que vous êtes Ministre de l'Agriculture, vous n'êtes pas le Ministre des agriculteurs".  L'Education Nationale est donc le ministère des enseignants. On a oublié de créer un secrétariat d'état aux enseignés. Mais on n'a bien sûr pas oublié de créer la commision de réflexion sur la condition enseignante. La réflexion dure depuis les années où François Bayrou était ministre et Xavier Darcos son directeur de cabinet. Le nouveau rapport est attendu pour Noël.

Et les élèves, ah les élèves ! "Le lycéen français est celui qui subit le plus d'heures de cours". Vous avez bien lu : SUBIT. Et c'est le ministre des enseignants qui emploie ce terme. L'accès à la connaissance, le goût et le bonheur d'apprendre, les clés de la liberté ne concernent pas ce ministre et ce ministère. L'élève est là pour subir le gavage et tâcher d'y survivre.

Cette rentrée le confirme et mes souvenirs ne me trompent pas. On ne changera rien à un système qui continue à casser des générations d'enfants.

 Où est le problème ? Les résultats au Bac sont encore en hausse cette année. 

21/05/2007

Les blogs de ministre

 

Il y a, ou peut-être il y avait, les blogs de François Fillon, d'Alain Juppé, de Xavier Darcos. D'autres encore, puisque presque tous les nouveaux ministres ont, avaient, leur blog. Que vont-ils en faire ? Xavier Darcos annonce l'arrêt du sien.

[..] J'ai aujourd'hui l'honneur de participer au Gouvernement. Il ne s'agit plus de commenter mais d'agir, pour mener à bien les projets de réforme voulus par le Président de la République.
Donc, pour quelque temps : adieu. Je vous dis merci de votre fidélité. [..]

Les autres restent en friche, ou se transforment en simple site de communiqués et discours officiels. Avant que Xavier Darcos ne devienne ministre, j'avais voulu lui écrire pour lui demander son avis sur ce sujet. Mais les commentaires sont désactivés, et l'adresse E-mail ne fonctionne pas. Dommage, voici ce courriel :

 

             Bonjour Monsieur Darcos,


Il semble que vous ayez bloqué les commentaires sur votre blog. C'est sans doute dommage même si je peux comprendre qu'un personnage public comme vous soit exposé à toutes sortes de réactions dont beaucoup ne seraient que du pur piratage.


Je voulais juste vous poser une question personnelle. Beaucoup d'hommes politiques, de députés, de maires, tiennent un blog. Il semblerait qu'une fois arrivé aux responsabilités les plus importantes, au gouvernement en particulier, il ne soit plus possible de le faire. Pensez-vous possible d'utiliser ce moyen de communication lorsque l'on est au gouvernement ? Il s'agirait bien entendu d'une expression personnelle du ministre, et pas seulement de son emploi du temps et de la référence aux différents discours prononcés à droite et à gauche. Autrement dit, utiliser le blog comme moyen d'expression personnelle. Cela permettrait, je pense, de compléter la communication actuelle par médias interposés, où il faut s'exprimer en 30 secondes sans aucune possibilité d'exprimer un peu de nuances.


    La rumeur vous rend ministrable. Je ne vous demande pas de le confirmer ou non. Mais si jamais vous le deveniez, que feriez vous de votre blog dont j'apprécie régulièrement la liberté ?
    Cordialement,

Xavier Darcos a répondu de lui-même à cette question : "Il ne s'agit plus de commenter mais d'agir" . Il doit pourtant bien savoir que communiquer est aussi une action. Dans son secteur de l'Education Nationale, il aura surement besoin un jour de vouloir parler directement aux élèves, aux professeurs, aux parents d'élèves. Il arrive bien qu'un ministre écrive des tribunes ou s'exprime dans la presse. Le ton un peu plus détendu et sans contrainte éditoriale des blogs leur donne un moyen complémentaire. Pourquoi l'abandonner ?

17:56 Publié dans Actualités, Blog, Société | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : Blog

18/05/2007

Les années 40

Il faut regarder sans crainte les années 40. Je veux dire les années 2040. C'est maintenant un devoir d'avenir qu'il faut remplir.

Le devoir de mémoire s'est accompli mercredi dernier pendant la cérémonie d'hommage aux 35 fusillés du Bois de Boulogne. Max Gallo a prononcé le discours qu'il fallait (je n'arrive malheureusement pas à le retrouver sur Internet). Parce que ces années 40 furent des années d'ombre et de lumière, la repentance comme la fausse gloriole sont deux faces d'un même refus d'assumer le passé.

Ces héros furent trahis par des Français. On ne fait pas de police sans indicateurs. Il faut lire les mémoires de Jacques Baumel pour le comprendre. C'est bien la Milice et les gestapistes français qui furent les plus dangereux. C'étaient parfois d'anciens policiers, ils connaissaient le pays. Cette collaboration policère fut sans doute plus meurtière encore  que  la Gestapo. A lire Jacques Baumel, on comprend que la Gestapo n'avait pas tant de moyens que cela. Les films donnent une image d'une organisation implacable, terriblement efficace, "à l'allemande" alors qu'elle était composée principalement de pauvres types. Leur bestialité n'aurait surement pas suffi à démanteler certains réseaux de Résistance sans la connaissance du terrain de leurs séides français.

Tout cela est bien connu, et depuis longtemps. Il n'y a pas de tabous à dévoiler, pas de vérités cachées. Assez de complaisance à se retourner sans arrêt vers ces années 40, il faut préparer maintenant les années 40 du XXIème siècle.

La cérémonie du Bois de Boulogne était belle et digne. Nicolas Sarkozy a pris ce jour-là une dimension de Président de la République qui assume le passé et tout le passé. Il fallait sans doute qu'une nouvelle génération accède aux affaires pour qu'on en finisse enfin avec cette période. En finir ne veut pas dire oublier, mais en retenir les leçons. Les leçons c'était de prendre Hitler pour un successeur un peu rustre de Guillaume II. C'était de le voir avec les lunettes du passé sans comprendre son caractère radicalement nouveau et terrifiant.

On a amplement rempli notre devoir de mémoire. Aujourd'hui, il faut regarder le monde tel qu'il est et remplir notre devoir d'avenir. Une génération nous sépare des nouvelles années 40, ce n'est pas trop pour les construire dès maintenant.

16/05/2007

Tu t'es encore ruiné au Casino !

medium_Bigarreau.jpgIl faut prendre tous ses jours de congés avant la fin Mai, sinon l'on perd ses droits et même une prime. J'ai donc passé ma journée en régularisation forcée. Pur paradoxe par rapport au slogan de Nicolas -Travailler plus pour gagner plus - Sarkozy, dont j'ai pu suivre l'intronisation. Cette première journée est à la hauteur de la France, et la cérémonie à la cascade du Bois de Boulogne restera dans nos mémoires.

Retour au quotidien. Et comme je suis là, ce sera mon tour d'aller faire les courses. Mon épouse a beau m'enjoindre de ne plus aller au Casino tellement on s'y ruine, je n'ai pas pu résister. Non, ce n'est pas le démon du jeu, mais en cette dernière journée où la paresse nous sera rétribuée, je ne pouvais  faire autrement que de célébrer le moindre effort, d'aller au plus proche, et donc à ce fameux Casino.

On n'est jamais déçu chez Casino. Admirez ces bigarreaux à 15,10€ le Kilo, et même à 17,24€ en barquette. Comme beaucoup de mari, je ne suis pas très doué pour repérer les prix, mais là, ça valait vraiment le coup d'une photo et même d'une petite note.

Il sont complètement cinglés ! Décidément,  rien ne va plus...

09/05/2007

Internet n'a rien changé

     Ce n'est pas cette fois-ci qu'Internet aura changé la donne. Il n'y aura pas eu d'Etienne Chouard. Cette élection voit le retour  de la politique traditionnelle avec la participation massive et physique des citoyens-électeurs aux meetings de campagne comme aux deux tours de scrutin. Beaucoup comparent cette élection à celle de 1981 ou même de 1965, c'est dire une époque bien ancienne. Comme je pense que la politique et les élections au suffrage universel sont plus importants que le Web, 2.0 ou non, je me suis réjoui de ce retour de la participation.

    L'élection présidentielle française est une élection, dont le premier tour à la proportionnelle intégrale, permet de sélectionner les deux postulants au deuxième tour, qui désignera le vainqueur final. 12 candidats ont droit à un temps de parole équivalent. A l'évidence, certains ne sont là que pour les subsides ( 800 00 Euros par candidat n'ayant pas atteint la barre des 5%) ou pour un accès subventionné aux médias nationaux, sans aucune ambition présidentielle réelle. Mais il serait injuste d'en préjuger : ils ont donc droit au même traitement que les "gros" candidats. Beaucoup parient sur Internet comme contre-pouvoir au système médiatico-politique. Il a très bien joué ce rôle lors du référendum européen, où l'ensemble de la presse et des "élites" étaient manifestement à contre-courant de l'expression de beaucoup de Français. La démonstration en a été faite lors du vote qui a suivi.

    Il se trouve que cette fois-ci le vote correspond à la thématique et aux débats qui ont animé les médias traditionnels. Les chiffres sont là, alors que les manoeuvres souterraines et les complots ne sont jamais démontrés. On se contentera des faits, c'est plus simple et plus sûr. Tout ça ne condamne pas Internet en tant qu'expression démocratique. Les centaines de milliers de voix qui s'y expriment forment une garantie supplémentaire et un garde-fou contre toute tentative de confiscation. Il faut juste se réjouir du retour à la réalité des modes d'expression traditionnelles, peut-être sous la pression d'Internet et du souvenir cuisant du référendum européen.

    François Bayrou a hurlé au complot médiatique qui aurait préempté le choix des Français en imposant le duel Sego-Sarko. Il a rapidement trouvé un soutien dans la blogosphère qui garde la nostalgie d'un candidat "anti-système" qui aurait été SON candidat. Quand celui-ci a commencé à grimper dans les sondages, il retrouva vite le chemin des médias traditionnels qu'il accusait quelques semaines auparavant. Il finit par un vrai succès dans les urnes. Succès qu'il est en train de gaspiller dans sa logique de pouvoir personnel sur un parti qu'il préfère réduit à sa dévotion plutôt que rassemblé, mais partagé avec d'autres. On le reverra dans 5 ans dans une démarche anti établissement pas si éloigné que ça de celle de Le Pen.

    J'ai été très interessé par la démocratie participative de Ségolène Royal. Il semble bien qu'elle s'en soit servie comme d'un piédestal à sa candidature bien plus que de base à un programme qu'elle n'a cessé d'improviser au fur et à mesure de sa campagne. Le désir d'avenir n'est jamais né. Il y a peut-être un problème de fond dans cet échec . On a vu aussi les limites de cette méthode à l'occasion des émissions de TF1 "J'ai une question à vous poser".

    Internet est un contre-pouvoir, un de plus qui vient s'ajouter aux autres. C'est un contre-pouvoir d'expression, de réaction, de protestation et de vigilance. Certains veulent y voir un 5ème pouvoir tout en lui refusant d'ailleurs de participer à des compétitions électorales qualifiées de stérile. Dès que les médias se prennent pour un quatrième pouvoir, ils perdent du même coup tout leur sens de canal d'expression, perdent toute crédibilité, sans rien gagner en terme de pouvoir agissant. Une fois de plus le referendum européen en est l'illustration. Internet tomberait dans le même piège en se prenant pour un cinquième pouvoir. Il est heureux que ces élections n'ait pas permis de donner corps à cette illusion.

    Finissons sur notre nouveau Président. Comme chacun le sait, il se repose et réfléchit sur le yacht de Vincent Bolloré. J'ai trouvé tout à fait bienvenu qu'il se donne  quelques jours de calme après une telle tension. Mais comment peut-on être aussi désinvolte après avoir montré un tel professionalisme tout au long de cette campagne ? Comme je ne crois pas à une quelconque provocation, je mettrais ça sous le compte de la bêtise, tout simplement. On a tous ces moments là, et Nicolas Sarkozy aussi. Mais il va falloir qu'il comprenne rapidement que les vacances d'un Président, c'est à Brégançon (où l'on s'emmerde royalement présidentiellement paraît-il) ou dans la maison de campagne. Sinon, on est plus discret : ça s'apprend aussi.

25/04/2007

Sarkozy : Surmonter sa victoire

Quelles que soient les péripéties de ces prochains jours, je ne vois pas comment Nicolas Sarkozy pourrait être battu. Avec plus de 11 millions de voix, il obtient le meilleur score jamais réalisé par un candidat au premier tour d'une élection présidentielle. Voir les premiers tours des élections présidentielles.

 

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Quand je vois la stagnation des suffrages exprimés de 1981 à 2002, je ne vais pas chercher plus loin une des facettes de la crise de confiance de notre pays. Les chiffres de 2007 montrent que les Français ont décidé de s'intéresser de nouveau à la politique.

Je vois ici ou là, quelques déçus du résultat, dénoncer un n-ième complot médiatique, au services des partis traditionnels et de leurs complices. Le complot médiatique a déjà servi lors du duel avorté Chirac-Jospin, puis pour le referendum européen. Cette fois encore, la collusion des médias et des grands partis est dénoncé pour avoir voulu étouffer les petits candidats. Panurgisme démocratique, dénonce Thierry Crouzet qui réclame un système à la proportionnelle. Il n'a pas du noté que le premier tour de l'élection présidentilelle est justement un scrutin à la proportionnelle intégrale !!

Et si l'on se contentait des faits et des chiffres, du fort taux de participation, et du succès des candidats qui prennent les Français au sérieux. Je me réjouis du résultat des 3 premiers et du recul de Le Pen. Je me réjouis de l'échec des amateurs. Quoi que l'on pense des uns et des autres, ce sont les candidats qui ont un peu travaillé et préparé leur candidature qui ont obtenu les meilleurs résultats. Eliminés, José Bové qui a cru que sa célébrité lui permettait de s'improviser candidat à 15 jours des échéances, ou un Fédéric Nihous qui confond la France avec une amicale de pêcheurs à la mouche.

Il manque au moins 2 millions d'emplois à ce pays, autant de richesses qui ne sont pas créées et autant de désespoir qui n'en finit pas. En mettant la question du travail au coeur de cette élection, Nicolas Sarkozy a posé le bon diagnostic. Avec un projet à rebours de la politique malthusienne de partage du travail, il me semble qu'il propose une bonne solution. Par ailleurs, il s'est donné les moyens politiques de réussir et a montré qu'il savait rassembler son camp. 

Il reste la question de sa personnalité et de l'inquiétude qu'il suscite chez beaucoup. Pourra-t-il résister à sa victoire ?

François Mitterrand comme Jacques Chirac avaient en commun ce cynisme cotonneux qui leur a fait maintenir la France sous anesthésie pendant 25 ans. Leurs nombreux échecs les avaient désabusés. Ils  ne prenaient plus rien au sérieux, jusqu'à leur rôle, dont ils n'ont jamais pris la mesure.

Pompidou comme Giscard ont été élus en héritiers naturels sans que la bataille ne soit bien difficile pour l'un comme pour l'autre.

Et de Gaulle n'est pas de la même catégorie.

Nicolas Sarkozy va être élu dès sa première candidature. Il fait le meilleur score de premier tour, avec une participation électorale record. Il le dit et le répète : je suis parti du dernier rang pour arriver là et je ne dois rien à personne. On doit toujours quelque chose à quelqu'un. Mais nous voilà  avec le premier Président persuadé qu'il ne doit sa conquête qu'à ses propres forces, en dépit et souvent aux dépens, de ceux qui l'ont accompagné. 

Ce qu'on peut deviner du personnage, ce qu'on en rapporte,  laissent penser que Nicolas Sarkozy n'a sans doute pas le meilleur profil pour accueillir avec détachement son futur triomphe. Il a décidé et appliqué sa stratégie sans tenir compte des avis de ses conseillers. Ceux-ci rapportent que "En ce qui concerne la capacité d'écoute, Nicolas a des marges de progression". Comme c'est diplomatiquement dit ! La marge a du s'agrandir. Qui tiendra le rôle de l'esclave rappelant la réalité au général romain , celui qui murmure "Souviens toi que la roche tarpéienne est près du Capitole". Qui sera le fou du Roi ?

 C'est aussi un adepte du complot médiatique, mais avec tous ses excès, j'aime l'enthousiasme et la liberté de Jean-François Kahn

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Ce numéro de Marianne ne m'empêchera pas de re-voter Nicolas Sarkozy. A celui-ci je souhaite, ausi et pour longtemps, des contradicteurs aussi insolents et talentueux.

03/04/2007

Les 50 ans du traité de rhum

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De l'île au trésor de Stevenson "et yo-ho-ho ! et une bouteille de rhum !" au chevalier François de Haddoque et son descendant notre capitaine Haddock du trésor de Rackam le Rouge, on connaît le rôle mythique de cette boisson dans la légende des pirates.

Notre Ambassadeur de France à Rome a eu l'idée originale de décorer le palais Farnèse par ce magnifique drapeau noir. "Sur les fenêtres du bâtiment, des silhouettes inquiétantes prendront vie sous les doigts de Christian Boltanski" précise-t-il . Voilà en effet une belle initiative de notre diplomatie pour fêter le cinquantenaire du traité européen.

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02/04/2007

16 raisons de ne pas lire les programmes

  1. Parce que les programmes ne sont jamais appliqués
  2. Comme les programmes ne sont jamais appliqués, on en déduit que les candidats nous mentent 
  3. Ils mentent surtout en faisant croire que l'on peut chiffrer un programme à une échéance de 5 ans
  4. Prévoir à un an est une illusion, à 3 ans un mensonge, à 5 ans de l'incompétence
  5. Ces programmes à la virgule près font croire à un candidat omniscient, et omniprésent. Vous votez pour un être humain ou pour un demi-dieu ?
  6. Il y a un monde extérieur qui interagit avec la France
  7. Après l'élection présidentielle, il y aura d'autres élections aussi importantes
  8. Et puis aussi des revendications, des conflits, des négociations, des accords. La vie quoi ! 
  9. Ces programmes à la virgule près font croire à un candidat omnipotent. Vous votez pour un Président ou pour un dictateur ?
  10. Un candidat veut généraliser  l'utilisation des logiciels libres dans l'administration. De quoi je me mêle ?
  11. Un candidat veut confier la présidence de la commission des finances à l'opposition. C'est le Président qui décide de l'organisation de l'Assemblée ? De quoi je me mêle ?
  12. Les experts se partagent de la même manière que les électeurs lambda 
  13. Donc ils ne se prononcent pas en fonction de leur expertise
  14. Ou alors c'est que cette expertise n'est pas la bonne clé pour décider
  15. C'est donc à nous de choisir en fonction d'autres critères
  16. Ca tombe bien, c'est aussi le rôle du Président de décider entre les différents avis d'expert

Alors ça sert à rien tout ça ? De toutes façons, la politique est impuissante ? Le Président est du genre neutre ? Oui pour la grammaire, mais il y a quand même des pays qui s'en sortent mieux que d'autres, et c'est aussi grâce aux politiques qui y sont menées. Alors voter pour des programmes, d'accord, mais de voix claire. Les programmes seront oubliés dans six mois. Le Président sera encore là pour plusieurs années. Votez pour ses priorités et les directions qu'il propose. Votez pour lui et ce que vous pensez de sa lucidité, de son caractère et surtout de la confiance qu'il peut inspirer en France et à l'étranger.

20/03/2007

Français Votez pour moi

Difficile en ce moment d'échapper aux émissions politiques. C'est ainsi qu'hier soir je me retrouve, un peu par hasard, au milieu de "Français votez pour moi" .

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Un court reportage était consacré aux fonds d'investissement à travers l'exemple de Monsieur Gilles Roland. Monsieur Gilles Roland est le Président Fondateur de Fin'Active, un fond d'investissement spécialisé dans l'achat, le redressement et la revente d'entreprises en difficulté. A suivre ce reportage, pas de doute sur la victime désignée de cette soirée. Tout accuse Monsieur Gilles Roland comme le "salaud" de service qui dépèce les entreprises pour en sucer le sang au plus vite avant de tout revendre avec une belle plus-value au passage.  Mais Monsieur Roland était là, et jamais je n'ai été aussi frappé par le déplacement des certitudes.

Il y avait aussi Marie-Georges Buffet dont le Parti fut naguère le représentant et le seul interprète autorisé d'autres certitudes. Ah ! la belle époque où l'on était certain du sens de l'histoire, où l'on pouvait décrypter le dessous des cartes avec cette bonne vieille grille de lecture hegelo-marxiste. Comme il était simple d'interpréter les guerres à la lumière des conflits d'intérêts capitalistes. Tout était clair alors, pourvu que l'on ait le bon code et les bonnes clés de déchiffrement des contradictions du capitalisme. Certes on se vivait exploité, mais avec la certitude d'être dans le sens d'une inéluctable Histoire qui verrait un jour le triomphe de ses idées, avec la certitude de faire partie de cette avant-garde qui avait les moyens de comprendre et d'agir, pour accélérer le mouvement vers la libération révolutionnaire. Le vrai pouvoir finirait par revenir aux mains des travailleurs, l'avenir était, sinon radieux, en tous cas écrit et de toutes façons meilleur que le passé et le présent.

Mais non, Madame Buffet représente un parti qui n'ose même plus dire son nom. Et c'est toute intimidée qu'elle interrogea Monsieur Roland sur le rôle de l'entreprise et si vraiment il n'y avait pas moyen de traiter les salariés (on n'ose plus parler de travailleur) comme une "variable d'ajustement".

Les certitudes ont changé de camp.  C'est en effet mon métier répond tranquillement Monsieur Gilles Roland. J'investis dans des entreprises en difficulté, je prends donc des risques et j'en attends un retour légitime  en terme de bénéfices.

- Mais vous détruisez de l'emploi au passage. C'est toujours l'emploi qui est la variable d'ajustement.

- Je peux en supprimer à court terme et en créer à long terme, mais de toutes façons ces entreprises étaient condamnées et je les sauve de la disparition.

On comprend bien que le monde de Monsieur Roland est un monde où le travail salarié est une charge comme une autre. Ni plus ni moins importante qu'une autre, mais sans aucune connotation sentimentale.

Ce n'est tout simplement pas le sujet, ni le métier de Monsieur Roland.

Le dialogue s'arrête là. Mais quel contraste entre cette tranquille assurance de Monsieur Gilles Roland qui a les clés et le pouvoir permettant d'agir sur notre économie capitaliste et le désarroi des anciens maîtres de LA solution qui ne peuvent plus que faire appel à la compassion, faute d'outils d'analyse et d'action sur un monde qui leur échappe. C'est bien le drame de la gauche "alternative". Elle n'a plus pour programme que d'interdire les licenciements et de revenir à un équilibre capital/travail des années 70. L'avenir de l'extrême gauche est dans le retour aux années Giscard ! C'est dire sa défaite totale dans la bataille des idées. La gauche n'a jamais eu le pouvoir économique, elle a parfois eu le pouvoir politique et pendant très longtemps elle avait le monopole du pouvoir culturel. Elle a tout perdu, et elle n'a  même pas le début d'une proposition alternative. Ce n'est une bonne nouvelle pour personne. 

14/03/2007

Les parkings votent Bayrou. Pas moi

Ah, ces déplacements en province. Les levers à 5h30 pour l'avion ou le train du matin et le retour tard quand les enfants dorment déjà.  Le plus dur de la journée c'est le parking. Encore engourdi à 7h du matin, arriver dans celui de la Gare du Nord et cette odeur d'urine mêlée au gaz d'échappement. Vous qui débarquez de l'Eurostar, Welcome in France. Hier j'étais en déplacement à Lille, TGV de 7h28. Quel miracle ! Dans le parking Vinci de la Gare du Nord, on diffuse des enregistrements d'oiseaux. Voilà qui me rappelle ce disque 45 tours de mon enfance qui nous faisait passer une journée avec leurs chants, depuis l'alouette du matin jusqu'au rossignol du soir. L'aigle trompette, l'alouette turlute et la cigogne craquette. Le commentaire un peu pédant de ce vieux disque me revient pendant que je traverse le parking. Autre miracle, l'odeur a disparu et ça sent  le printemps. C'est la campagne idéalisée telle qu'on nous la diffuse, que l'on entend et que l'on sent dans les parkings de la Gare du Nord. 

De retour le soir, c'est la queue habituelle ! Seule la caisse du milieu fonctionne et permet de payer son tribut, 22 Euros  la journée. Dans le parking, les mêmes chants vous  accueillent. L'enregistrement a dû tourner en boucle toute la journée pour saluer ce printemps précoce. Soudain, couvrant les oiseaux : ding dong, les cloches du village. Le message, est là, évident, c'est la force tranquille qui revient encore dans cette campagne. Même les parkings votent pour lui. Ce paysage bucolique, ce clocher, cet homme enraciné dans sa terre, le plus rural de nos candidats, aujourd'hui c'est Bayrou évidemment. Je l'annonçais déjà le 15 décembre !!  il a le meilleur slogan  "Nombreux sont ceux qui disent : nous aimons la France de toutes nos forces. Aujourd'hui elle a besoin de toutes nos forces"

Jacques Chirac, qui garde son sens politique, a bien senti le vent et réussit son meilleur discours en nous avouant, enfin, son amour. Les autres candidats ont également suivi mes conseils, ils ont laissé tomber la "rupture tranquille" et "l'ordre juste" . Mais il leur manque encore ce côté terrien qui va faire la différence cette année. Sarkozy a bien tenté un recentrage. Après avoir avoué qu'il ne buvait jamais de vin, il s'est mis à plafonner dans les sondages. Du coup il a tenté le Sancerre, mais il le supporte  mal et commence à dire beaucoup de bêtises. Ségolène Royal qui a pourtant des références, n'exploite pas son long combat en faveur du chabichou.  Et c'est François Bayrou - le seul candidat qui sait conduire un tracteur - (avec José Bové sans doute ) qui devient le chouchou des sondages et des commentateurs. Une fois de plus les Français auront déjoué les pronostics en le plaçant en position d'être au second tour.

Je déteste ce faux bon sens, toujours qualifié de paysan. Bayrou parle beaucoup de la dette. La dette est une contrainte, ce n'est pas un programme. Bayrou ne fait pas de promesses, "qui nous ont fait tant de mal", il nous dit des contes de fées. C'est l'alliance de l'épée et du bouclier. On prend le meilleur de chaque camp, et miraculeusement tout le monde s'entend pour se rassembler sous sa houlette. "Si je suis élu président de la République, le peuple français aura donné un mandat impératif aux forces politiques du pays"  affirme-t-il. François Bayrou se trompe d'élection, on ne vote pas pour les forces politiques du pays, on vote pour un candidat. La parcours de celui-là ne plaide pas pour ses qualités d'écoute. Bayrou est le seul "rassembleur" qui ait  vidé son parti. N'y restent plus que ceux  veulent bien se dévouer au service exclusif de son ambition personnelle. Comment nous faire croire qu'en un mois, ce parti vide se transformera en un parti de gouvernement. Une base de 29 députés ne devient pas une majorité. Bayrou devra cohabiter avec le vainqueur des élections législatives qui serait probablement le Parti Socialiste. Voter Bayrou, c'est l'immobilisme assuré qui fut sa politique au ministère de l'Education nationale. C'est un non-choix et c'est repousser pour 5 ans de plus les réformes nécessaires à ce pays. Je ne voterai pas pour lui. 

01/03/2007

Libéralisme contre capitalisme

Quand Jacques Chirac proclame que « Le libéralisme est aussi dangereux et conduira aux mêmes excès que le communisme », de quoi parle-t-il ? Voilà une phrase qui ne peut que stupéfier des anglo-saxons pour qui le libéralisme est plutôt synonyme de démocratie et même d'un positionnement assez à gauche.

En France, les adversaires du libéralisme le qualifient d'ultra-libéralisme, et ce qu'ils combattent est en réalité une évolution dite néo-classique, plus connue sous le nom de l'école de Chicago. Alors que la théorie classique du libéralisme accorde une place dominante au travail, cette école de Chicago place le capital comme unique facteur de production.

Les défenseurs du libéralisme croient défendre la liberté individuelle et rejette toute contestation dans les ténèbres du modèle socialo-communiste et du goulag.

Et voilà comment ses partisans comme ses adversaires ne parlent que d'un des modèles possibles du libéralisme qui est le développement du capitalisme actuel.

medium_Valerie_Charolles.jpgC'est que le libéralisme est comme la démocratie, il en fait partie et en est le pendant dans le domaine économique. C'est la thèse centrale du livre de Valérie Charolles, qui développe cette théorie d'un libéralisme neutre :

"Sans préférence avérée pour le travail ou le capital, il peut aller vers le capitalisme ou la social-démocratie en fonction d'éléments qui lui seront ajoutés, mais il ne présuppose a priori ni l'un ni l'autre"

Le capitalisme actuel est donc une des incarnations possibles du libéralisme. Qui conteste cet avatar est accusé d'en contester aussi les fondements, à savoir la concurrence libre et non faussée. Il est alors facile d'agiter l'épouvantail socialo-communiste pour imposer le capitalisme actuel comme inéluctable et répondant à une logique d'ensemble à laquelle nous ne pouvons que nous plier. Il s'agit donc de s'adapter . Ajoutons à cela la mondialisation qui, elle aussi s'impose à nous, et qui est ressentie comme une concurrence à la baisse sur les salaires. Chacun craint le risque de déclassement et de prendre le descenseur social. Cette impuissance "aboutit à un système de références dans lequel les individus se sentent continuellement menacés et n'imaginent pas pouvoir s'extraire du système".

Et ce n'est pas la campagne actuelle qui pourrait nous donner l'espoir de pouvoir  agir sur ce système. Comme le rappelle Jacques Attali, les polémiques sur le chiffrage des programmes (35 milliards sur 5 ans) représentent 3 ans de bénéfice de Total et même moins d'un an de bénéfices d'Exxon. On voit où est l'argent, et c'est dire que la marge de manoeuvre des Etats est devenue dérisoire et renforce ce sentiment d'impuissance.

Pour revenir au livre de Valérie Charolles, elle ne se contente pas de décrypter ce discours pseudo-libéral au service du capitalisme actuel. Elle ne tombe pas dans une fumeuse théorie du complot des méchants capitalistes, mais montre que que les règles financières et comptables appliquées aujourd'hui pénalisent le travail au dépens du capital. Le travail salarié est une charge comptable alors que le libéralisme y voit la seule source de richesse. Dans ces conditions il ne faut pas s'étonner que la logique capitaliste du profit à court terme pousse à la compression de cette charge. Comme par ailleurs, la France réussit le prodige de baser une grande part de son imposition, et toute la protection sociale sur une base salariale, on a là les secrets du modèle français et de son échec.

Le libéralisme proclame avec raison qu'il n'est de richesse que d'homme, mais les règles de comptabilité classent le travail comme une charge. Imaginons que l'on puisse mettre à l'actif l'expérience, le savoir-faire et tout le capital immatériel que représente les salariés. C'est toute une gestion qui pourrait être infléchie dans un sens plus favorable à cet homme. De manière assez inattendue, ce sont les clubs de foot qui sont en avance dans ce domaine en demandant à ce que leurs joueurs puissent figurer à l'actif de leur bilan et non plus uniquement en charge dans leur compte de résultat.

A livre Valérie Charolles, on se donne quelques armes pour sortir de l'impasse actuelle. Son livre mérite bien cet exergue de Wittgenstein :

"Quel est ton but en philosophie ?
Montrer à la mouche l'issue par où s'échapper de la bouteille à mouches" 

15/02/2007

Recruteurs : encore un effort

 

"De moins en moins d'informaticiens frappent à la porte des DSI et des SSII" affirme "Le Monde Informatique"dans son numéro du 9 février dernier. Je me suis encore fait avoir par ce marronnier. J'étais pourtant assez égoïstement content :

"Objets de toutes les convoitises : les compétences... La concurrence se durcit sur un marché qui s'assèche.."

Tout va bien donc, ça devrait faire repartir les salaires à la hausse. Et bien, pas pour moi. La dernière fois que que l'on m'a parlé d'employabilité, j'avais compris que la bonne fenêtre se situait entre 30 et 45 ans. Ce n'est déjà plus vrai puisque le même Monde Informatique nous apprend que "des consignes circulent toujours pour ne pas recruter au-delà de 35 ans ou d'une certaine durée de chômage". Voilà donc l'explication de cette pénurie d'informaticiens, c'est que l'on ne recrute plus qu'en dessous de 35 ans.

Le cabinet de recrutement F3S fait encore mieux puisqu'il a fait paraître une annonce recherchant un chasseur de tête âgé de 28 à 35 ans. J'imagine déjà les prochains titres de la presse :

Le chômage baisse ! chez les 28-35 ans

 

P.S. La société FS3 a quand même été condamné à 500 Euros d'amende après la plainte de la Halde (Haute Autorité de lutte contre les discriminations).

07/02/2007

Un programme ne se construit pas comme Wikipedia

Entre un référendum et une élection présidentielle, on est en train de s'apercevoir qu'il y a une différence de nature profonde. Le pari de Ségolène Royal était de prolonger la victoire du Non au référendum européen, par une stratégie d'encouragement d'un mouvement citoyen contre la coalition bien pensante des médias et des élites.

Son initiative a surpris tout le monde et son désir d'avenir a été reçu avec beaucoup de bienveillance et de sympathie. Les internautes ne pouvaient que s'intéresser à la construction d'un programme, dont la méthode apparaît copié sur le fonctionnement de Wikipedia. Elle a donc gagné avec aisance la première manche contre des éléphants balourds qui n'ont jamais pu remonter leur handicap de départ.

Dans l'euphorie de cette première victoire, Ségolène Royal a oublié qu'elle avait également bénéficié de l'appui constant des médias traditionnels à l'affût d'une nouvelle star et de l'intérêt de certaines élites ravies d'accompagner un phénomène qu'elles pensaient pouvoir récupérer.

Mais elle n'a pas renvoyé l'ascenseur ! Elle n'a pas su flatter les intellectuels et les médias en leur laissant leur place habituelle. L'apport de Jack Lang s'est avéré nul de ce point de vue. Face à un Nicolas Sarkozy archi-préparé, qui contrôle une bonne partie des médias traditionnels et qui bénéficie de multiples sympathies dans la blogosphère, la partie est trop inégale. Cette deuxième manche est donc un échec total.

Entre un référendum et une élection présidentielle il y a  la même différence qu'entre un commentaire de texte et une authentique création littéraire. Le texte est donné, il ne sera plus modifié et son contour est fini. Les candidats sont des êtres humains au discours variable. Pour un référendum l'incertitude n'est due qu'au jugement sur le contenu  d'un texte figé. Il y a bien longtemps que les responsables politiques ne mettent plus en jeu leur charge, suivant le résultat d'un référendum. 
Lors  d'une élection, l'incertitude est entretenue par le mouvement des candidats qui adaptent constamment leur comportement et leur discours au déroulement de la campagne. On vote autant, sans doute plus pour une personnalité, que pour un programme. Elle sera  plus fidèle à elle-même, qu'à un programme toujours trop optimiste et très vite inadapté aux circonstances de l'histoire.


Le texte du référendum est connu, c'est la base commune du débat. Les programmes doivent être créés et ils sont différents. A l'antithèse d'un Lionel Jospin, le pari de Ségolène Royal repose sur cette croyance en la possibilité d'une création collective. Le parallèle avec Wikipedia est frappant et l'a certainement inspirée. Elle n'a pas étudié assez cette encyclopédie. Quelles que soient les discussions sur la qualité et la pertinence des articles de Wikipedia, son ambition se limite au recensement de connaissances acquises. Ses principes fondateurs précisent bien que :

"Ce n'est pas non plus l'endroit où faire part de vos opinions, expériences ou débats — tous nos éditeurs se doivent de respecter l'interdiction du travail original et de rechercher une exactitude aussi poussée que possible"

Elle aurait du tenir compte de l'expérience de Wikipedia. Sans l'appui des médias qui lui sont devenues hostiles, en méprisant les apports  des experts officiels, pour parier sur ce surgissement populaire, l'ambition de Ségolène Royal paraît démesurée. La création collective est une vieille chimère.  "La poésie doit être faite par tous. Non par un" écrivait Lautréamont. Il a inspiré les surréalistes qui ont laissé quelques oeuvres écrites à plusieurs mains.  Très vite, chacun suivit son propre chemin. Et puis on ne croise pas tous les jours un Eluard ou un René Char.

Pour une fois, soyons un peu cruel. On peut faire un tour sur les blogs de soutien à sa candidature, chez "centpenséespourvous" on apprend que :

"La lutte, c'est donc du "Seule contre tous". Et pourtant, faut gagner le match sinon peut-être pas nous, mais nos enfants et petits-enfants étoufferont à cause de l'effet de serre...et connaîtront ... un remake de l'engloutissement de l'Atlantide. Hausse du niveau des océans de 6 mètres prévue scientifiquement avant 2050 par les scientifiques, dans l'état actuel des choses..."

La troisième manche commence la semaine prochaine avec ce genre de contribution...

La belle n'est pas jouée, mais il faudrait beaucoup d'erreurs dans les autres camps et une personnalité qui se révèle soudain exceptionnelle pour que Ségolène Royal puisse revenir dans le jeu.

30/01/2007

Windows 95 à Vista, de la fièvre à l'indifférence

Le 24 août 1995, on faisait la queue toute la nuit pour avoir le précieux carton.

Regardez les informations américaines du 24 août  ou les archives de l'INA (journal de France2).

Sur France2, on parle de cette sortie au tiers du journal, c'est le service public.

TF1 avait fait l'ouverture du sien avec un reportage de 10 minutes célébrant l'événement. Je ne sais pas si cette archive est disponible.

On pourra comparer avec le lancement de Vista ce soir, également prévu sur TF1 : 600 000 Euros pour 2 minutes avec Flavie Flament

Les budgets publicitaires seront aussi faramineux, mais entre le mois d'août et cette sortie hivernale, c'est le passage d'une véritable chaleur à cette morne résignation. 

25/01/2007

Une réunion de l'UMP

 

A lire le pilonnage anti-sego qui se déchaîne sur tous les médias, traditionnels ou bloguesques, on se demande comment elle pourra se sortir de cette mauvaise passe. Mais après tout, ça fait partie du parcours normal de tout candidat, et qui pleure en janvier peut triompher en mai, ou l'inverse. Madame Royal est en grande difficulté, on pourra juger de son caractère et de son aptitude à surmonter les épeuves. Je ne suis pas de ceux qui la sous-estiment.  Elle a pulvérisé ses rivaux socialistes, ils ne lui pardonnent pas, et ses difficultés actuelles viennent de là, car elle n'a pas d'équipe et elle n'est pas préparée.

Hier soir, Patrick Devedjian était l'invité d'une réunion à La Celle Saint-Cloud, c'était l'occasion d'aller voir si l'on sonne déjà  la curée du côté de l'UMP.

Après les remerciements d'usage, voici la vedette du meeting qui s'avance au pupitre. Les applaudissements sont polis, la salle a besoin d'être chauffée, mais ce ne sera pas pour ce soir. Patrick Devedjian est un bon orateur, il parle sans notes pendant trois quarts d'heure. C'est pour nous expliquer pourquoi l'UMP a choisi la bonne stratégie pour propulser "Nicolas" (tout le monde l'appelle Nicolas) à l'Elysée.

Pour les valeurs comme le pouvoir d'achat ou le travail, ils ont su récupérer des thèmes traditionnels de la gauche en évitant l'erreur de faire une campagne libérale vouée au même échec qu'Alain Madelin en 2002. Quand au  déroulement de cette campagne, ils ont choisi un congrès de désignation du candidat après celui des socialistes. De cette manière, nous profitons au mieux de "l'effet congrès" assure-t-il. Les événements lui donnent raison pour l'instant, mais le ton comme le fond de son discours ne sont pas triomphalistes. C'est tout juste s'il s'autorise à évoquer la bravitude, et les gaffes d'Arnaud Montebourg.

"Tout le monde dit des bêtises, ou fait des gaffes. Moi aussi, bien sûr. Mais quand j'en fais, j'essaie de ne pas en faire un événement. Alors que là, on met Arnaud Montebourg au piquet, du coup tout le monde en parle. Quel amateurisme ! "

Dans ce genre de réunion, on s'attend à un tir de barrage, et aux effets de manche faciles. Patrick Devedjian a trop d'expérience pour taper aussi fort en début de campagne. Il a plutôt refroidi la salle en n'accordant pas tant d'importance aux sondages qui sont  bons pour Nicolas. "La semaine dernière, on était battu, aujourd'hui c'est mieux, et je préfère quand les chiffres sont bons, mais la situation peut encore se retourner". Patrick Devedjian ne crie pas victoire, il a raison. "On n'est jamais à l'abri d'un événement imprévu, ou même d'une faute".

Vient le tour de la salle, elle est presque pleine, et il reste encore quelques dizaines de places sur les 500  disponibles. Beaucoup de sexagénaires, Monsieur et Madame, 4 ou 5 étudiants, et quelques autres  qui ne sont plus l'un et pas encore l'autre.

Ca commence fort en réclamant que l'on arrête de taper sur les riches. On continue par les droits des propriétaires et les 34 Milliards d'Euros pour l'aide au logement. Patrick Devedjian a des réponses plus raisonnables que les questions, et il propose de redéployer ces sommes pour aider à l'accession à la propriété. Visiblement, il connait le sujet, il cite le Danemark et la nécessité de créer un marché hypothécaire.

Tout ça risque de tourner à la réunion de co-propriétaires, et je commence déjà à ronchonner. Je réussis à récupérer le micro pour demander ce qu'ils comptent faire pour l'éducation nationale. Ma question ne porte pas sur le diagnostic, que tout le monde admet, ni même sur le projet qui est connu, mais bien sur les moyens de réussir une réforme qui ne se termine pas, comme d'habitude, par une capitulation devant la rue. Il répond par la suppression des ZEP et de la carte scolaire, et propose la création de campus, "à l'américaine", pour de grands pôles universitaires régionaux. Quant aux moyens, il compte sur la persuasion auprès des enseignants, la prochaine cible de Nicolas, qui connaissent bien les mauvais chiffres d'un système qu'ils continuent pourtant à défendre.

En France, on a longtemps nié les problèmes. Après de nombreux rapports et commissions, on a enfin accepté un diagnostic, on commence à se mettre d'accord sur certains remèdes, on en n'est pas encore aux moyens politiques de faire accepter un traitement qui puisse réussir.

Et pourtant sur d'autres sujets, comme l'Europe, Nicolas propose une stratégie. Si vous m'élisez, vous acceptez le principe d'une ratification parlementaire d'éléments institutionnels européens (Ministre des affaires étrangères, vote à la majorité qualifiée).  C'est tiré par les cheveux, mais au moins on est renseigné sur les moyens.

La réunion se termine avec une dame qui évoque ses jeunes années à Neuilly et les mérites municipaux de Nicolas Sarkozy. Mais plus personne n'écoute, c'est l'heure de la galette et du "verre de l'amitié".

18/01/2007

Heidegger et les Justes de France

Voilà le genre de rapprochement qui va en exaspérer beaucoup. C'est l'actualité qui le fait pour moi dans ce Figaro du 18 janvier, et les deux événements comme les deux articles m'ont frappé par leur parution le même jour. Jacques Chirac rend hommage aux Justes de France. Ce sont ces hommes et ces femmes qui ont sauvé des Juifs de la déportation et de la mort. Une plaque est dévoilée au Panthéon pour leur rendre hommage. Chacun connait l'histoire du village du Chambon sur Lignon dont toute la population se ligua pour cacher et sauver plusieurs milliers de Juifs.

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Frédéric Salat-Baroux, le secrétaire général de l'Élysée déclare : « Dans les moments les plus effroyables de l'histoire de France, l'État s'est effondré, les élites se sont effondrées, mais la Nation française, dans ce qu'elle a de plus profond, a été là ».  Opposition trop facile et caricaturale entre une élite qui aurait failli et une France profonde qui serait restée fidèle à ses valeurs. On sait bien que la trahison, la collaboration, l'indifférence, la résistance passive et l'héroïsme ont été partagés par toutes les couches sociales et intellectuelles sans qu'on puisse accuser ou glorifier l'une d'entre elles.

 

 

 

C'est bien ce même 18 janvier que le Figaro Littéraire titre sur la parution de "Heidegger à plus forte raison" sous lamedium_heidegger.2.jpg direction de François Fédier. Cet ouvrage répond à Emmanuel Faye qui n'accusait plus seulement Heidegger d'aveuglement, voire de complicité avec le nazisme, mais carrément d'avoir introduit le nazisme dans la philosophie. La polémique des philosophes ne porte plus que sur le niveau et la durée de l'engagement d'Heidegger avec le nazisme. On pourrait se désintéresser de cette polémique de philosophes, qui n'intéresserait qu'eux-mêmes.

Mais quand dans ce même Figaro,  Rémi Brague déclare à propos de ces polémiques : "Elles profitent à tout le monde, et pas seulement aux éditeurs et journalistes. Aux auteurs : quand on est incapable d'écrire une oeuvre, on peut toujours attaquer Heidegger. Aux lecteurs : une fois un penseur discrédité, on peut s'épargner la peine de l'étudier et de s'exposer aux questions cruciales qu'il pose."

En tant que lecteur, je me pose effectivement la question de l'étude. Même si je les déteste tous les deux, je peux comprendre que l'on apprécie, comme écrivain, un Paul Morand ou même un Céline. Mais ils sont romanciers et on ne leur demande pas autre chose qu'un art qui s'appuie sur le réel, mais ne le décrit pas et surtout ne prescrit rien. Pour Heidegger, j'en suis resté à une conception de la philosophie qui ne soit pas qu'une scolastique en tant que science du commentaire coupé du réel. Autrement dit, j'attends de la philosophie une aide pour " penser sa vie et vivre sa pensée ". C'est la définition d'André Comte-Sponville reprise par Luc Ferry dans son ouvrage "Qu'est-ce qu'une vie réussie". Je sais bien que ces deux là sont accusés de trop bien vendre une philosophie vulgarisée. C'est surtout un retour à une tradition d'une philosophie qui soit "aussi praticable, au sens fort du terme : susceptible de donner lieu à des directives réelles dans la conduite de sa vie".


 

Dans cette optique, comment comprendre qu'un des plus grands philosophes du XXème siècle puisse garder ce titre et ce prestige ? Au minimum, il n'a rien vu et rien compris au cataclysme qui s'abattait sur son propre pays. Dans le pire des cas, sa pensée est compatible ou consubstantielle au nazisme. Dans tous les cas, sa conduite et sa pensée le disqualifie complètement en tant qu'aide à penser sa vie. Pour répondre à Rémi Brague, en tant que lecteur, je n'ai pas le temps ni l'envie de m'exposer aux questions cruciales qu'il poserait, quand sa réponse au nazisme a été aussi terrifiante de bêtise ou plus probablement de consentement.

Je doute qu'on ait lu Heidegger au Chambon sur Lignon. Le rapprochement est trop facile, mais c'est l'actualité qui l'impose. On n'en déduira pas bêtement les mêmes conclusions que Monsieur Salat-Baroux. Il suffira de rappeler le nom de Jean Cavaillès. La plus haute culture est compatible avec l'héroïsme, mais elle l'est aussi avec l'ignominie.

Ce constat-là étant fait, je n'ai pas connaissance que les philosophes se soient VRAIMENT attaqués à ce problème. Il y a pourtant urgence. 

10/01/2007

Pour répondre aux juristes

PetitJuriste et Versac ne comprennent pas ma note d'hier. En voici donc une explication :

Question de méthodes

  1. Je ne conteste pas à Monsieur Rolin ou à quiconque le droit de discuter un projet de loi. Les éclairages techniques des juristes sont toujours les bienvenus.

  2. Je conteste la méthode et surtout la source du document, qui n'est pas authentifiée. L'avant projet de loi  sur lequel a travaillé  Monsieur Rolin le 6 janvier est un lien vers son blog. S'il s'agissait d'un texte dont la provenance est légitime, qu'il nous en indique la vraie source. On ne l'a pas, il s'agit donc évidemment d'une fuite. Outre l'auteur de la fuite, Monsieur Rolin est doublement condamnable : Travaillant sur un texte non authentifié et illégalement publié, sa méthode est scientifiquement nulle, politiquement et juridiquement contestable.
                   
  3. Dans une note du 3 janvier,  Monsieur Rolin est  "fasciné par le phénomène d’emballement que l’on qualifiera, faute de mieux, de « politico-médiatique »". Dans son désir de scoop, il succombe lui-même à ce phénomène d'emballement. La démocratie est-elle mise en danger par ce projet de loi, qu'il faille utiliser des méthodes aussi contestables et une précipitation aussi imprudente ? Je pense quant à moi, qu'elle se porterait mieux si l'on vérifiait ses sources et que les fonctionnaires chargés d'élaborer la loi ( l'auteur de la fuite, par exemple ) observaient leur devoir de réserve.

  4. La meilleure preuve en est qu'une nouvelle note, aujourd'hui 10 janvier 2007, commente une autre version du projet de loi. La source est cette fois-ci précisée ici. C'est encore une fois une source non officielle, et l'on n'est toujours pas assuré que l'on commente le véritable texte.

  5. Ne pas se laisser emballer consisterait à attendre une version définitive et authentifiée du texte, avant de la commenter et d'éclairer les non-spécialistes que nous sommes.

 

Question de fond

Aborder la question du logement par la gestion de l'échec, du juridique et donc des conflits est une vision défaitiste. Je persiste  à espérer et donc à encourager une politique qui fasse de l'accessibilité au logement, une priorité nationale. Quelques pistes ont déjà été évoquées : "Accélération des cessions foncières de l'État ; simplification des procédures administratives ; plans locaux d'urbanisme favorables à la densification ; exonérations fiscales ; limitation des recours abusifs ... Pour résoudre la crise du logement, il faut d'abord construire !" La question de l'opposabilité n'est donc qu'un outil qui doit forcer la puissance publique à prendre les moyens de cette politique. Sur cette question de fond, j'admets que l'on ait une vision plus prudente si ce n'est soupçonneuse. Elle est largement diffusée dans la presse et dans les blogs qui ne manquent pas de recenser les très nombreuses promesses non tenues.

Il y a un droit à l'éducation, on sait construire des écoles. Il y a un droit aux soins, on sait construire des hôpitaux. Sans aveuglement, mais avec une réelle conviction, je persiste à faire confiance à notre capacité à construire aussi des logements. C'est mon côté Don Quichotte.