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10/02/2008

Outreau sur Sarthe : L'affaire Leprince

9a9c93e60e826372c2394eb0c97f8e99.jpgLa justice, quand elle a trouvé un coupable, ne cherche plus la vérité. C'est Outreau, et c'est l'affaire Leprince.

Il y A 13 ans que Dany Leprince s'est accusé du meurtre de son frère Christian.

La femme de celui-ci Brigitte et leurs deux filles, Audrey et Sandra seront également assassinées. Seule la dernière, Solène, échappera au carnage. Dany Leprince est aussi accusé par sa femme Martine et sa fille Celia. Ca fait beaucoup. Sauf que sa femme comme sa fille ne l'ont pas accusé lors de leur première déposition et racontent d'abord une soirée ordinaire. La mémoire leur revient et elles affirment avoir vu Dany frapper son frère, mais jamais Brigitte ni ses deux filles.

Les deux frères habitent deux maisons voisines de quinze mètre à Thorigné-sur-Dué, dans la Sarthe. Dany est agriculteur. C'est un travailleur acharné, mais les affaires ne marchent pas très bien. C'est pour ça qu'il a un deuxième travail à l'abattoir de la Socopa à Cherré à quelques kilomètres de là. Il se lève tous les jours à 2h30 du matin pour travailler à l'abattoir, puis il continue sa journée à la ferme. Son frère Christian est aussi un gros travailleur, mais il est dans un meilleur secteur. Il est carossier. Il a réussi, il n'a pas besoin d'un deuxième emploi ni de travailler le dimanche.

Les deux frères s'entendent bien. Christian a même prêté 10 000 francs à Dany. La reconnaissance de dettes a été retrouvée, bien en évidence, au milieu des corps ensanglantés, pour mieux accuser Dany. Sauf que personne n'a jamais entendu dire ni affirmé que Christian ait réclamé le remboursement de cette dette. Et d'ailleurs, si Dany avait des difficultés financières, il n'était pas pour autant au bord de la banqueroute.

Le 4 septembre 1994, c'est un carnage innommable dans la maison de Christian. Christian, sa femme Brigitte et deux de leurs filles Audrey et Sandra sont littéralement déchiquetés par une arme de boucher : une feuille, mais aussi un couteau à désosser.

Le 5 septembre, Martine, la femme de Dany, raconte une soirée ordinaire. Son mari Dany est rentré des champs vers 21 heures, a dîné et s'est couché pour se réveiller le lendemain à 2h30 pour aller à son travail à la Soopa. Elle-même s'est couchée à 23h sans avoir rien remarqué. Sa fille Celia raconte la même histoire.

Le 9 septembre à 22h 55, Martine affirme avoir vu son mari frapper Christian avec un objet brillant. Elle crie : "arrête, arrête !" rentre dans la maison de Christian pour y trouver Brigitte, Audrey et Sandra mortes. Elle ne cherche pas la dernière fille Solène. Puis elle rentre chez elle regarder la télé ( Culture Pub ) et va se coucher. Son mari était déjà endormi.

Pendant ce temps, depuis le 7 septembre, Dany est en garde à vue. Il avoue la meurtre de Christian à la 46ème heure de garde à vue, le 9 septembre également. Avant, après l'accusation de sa femme que les gendarmes lui auraient assénée ? Les horaires ne sont pas clairs. En tous cas, il n'avoue pas et n'avouera jamais le meurtre de Brigitte et de ses deux filles.

C'est fini. Il y a eu aveu, accusation. On ne cherche plus. Et pourtant :

  • On ne trouvera jamais aucune trace de Dany dans la maison de Christian
  • On ne trouvera jamais aucune trace de sang sur les vêtements dont on est certain qu'il les portait ce soir-là
  • On trouvera des traces de chaussures Dr Martens qui ne lui appartiennent pas
  • Des empreintes marquent le passage de 2, peut-être trois personnes
  • 24 scellés sont restés non analysés
  • Personne ne comprend comment Solène a pu échapper au massacre. Martine affirme l'avoir emmenée chez la grand-mère puis ramenée chez elle. La grand-mère nie ces faits
  • Dany affirme avoir pris la fameuse feuille le 4 septembre au soir, alors que sa femme dit qu'elle l'a prêté deux jours auparavant

Aucun fait matériel n'accuse Dany Leprince. Il a été condamné sur ses aveux, qu'il a rétractés, et sur les accusations de sa femme et de sa fille. Jugé en décembre 1997, il est condamné à perpétuité assortie de 22 ans de sûreté. Dix ans plus tard, sa mère s'est suicidée.

A la suite d'un reportage réalisé par Nicolas Poincaré qui cosigne ce livre avec Roland Agret, un complément d'enquête a été ordonné par la Cour de cassation. On attend toujours les résultats.

Pas de mobile, pas de faits, pas de preuves matérielles, un dossier baclé. Dany Leprince doit être rejugé.

Pour plus d'informations, allez sur Le site de l'affaire Leprince ou procurez vous le livre de Roland Agret et Nicolas Poincaré

 

Correction : Cette note du 10 février a été corrigée le 2 avril pour prendre en compte les remarques d'Audrey du 1er avril que l'on peut lire en commentaire de cette note :

Le premier texte était :

"Il y A 13 ans que Dany Leprince s'est accusé du meurtre de son frère Christian, de la femme de celui-ci Brigitte et de leurs deux filles, Audrey et Sandra. " (...) "Il avoue la meurtre de Christian à la 46ème heure de garde à vue, le 9 septembre également. Avant, après l'accusation de sa femme que les gendarmes lui auraient assénée ? Les horaires ne sont pas clairs. En tous cas, il n'avoue pas et n'avouera jamais le meurtre de Brigitte et de ses deux filles"

Il y avait donc contradiction sur la nature des aveux de Dany Leprince. Celui-ci n'a bien avoué que le meurtre de Christian. Aveu qu'il a rétracté par la suite. Quant à sa femme Martine, elle ne l'a également accusé que de ce meutre là et pas des autres. Du fait ce cette première accusation, les gendarmes ont imputé à Dany Leprince la responsabilité de tout le massacre, mais aucun aveu, ni accusation de témoins ne fait état des autres victimes. 

06/02/2008

Mais quel est le problème avec Mediapart ?

Mediapart est un projet de presse sur Internet qui se veut indépendant. Ce projet a été lancé et est animé par Edwy Plenel, ancien directeur de la rédaction du Monde.

Avant même qu'il ne démarre ( le 16 mars ), on l'accuse :

  • d'être soutenu par Ségolène Royal ( c'est vrai )
  • d'être soutenu par François Bayrou ( c'est vrai )
  • d'être payant ( c'est vrai )
  • d'être animé par Edwy Plenel ( c'est vrai )

Pour ma part, et ceux qui me font l'honneur de me lire le savent, je ne suis pas précisément d'extrême gauche, ni ancien trotskyste comme Edwy Plenel. J'ai même voté Sarkozy. Ce qui ne m'empêche pas de soutenir et d'avoir cotisé pour le projet Mediapart. Parce que :

  • Je m'inquiète de voir les groupes Dassault, Pinault, Bernard Arnaud, Bouygues, Bolloré, Lagardère posséder les trois quarts de la presse française, écrite ou télévisuelle privée
  • Le Monde est en pleine crise et Libération tente de survivre
  • Il y a de la place pour tout le monde sur Internet, puisque par définition l'espace est infini
  • Un modèle payant ne me scandalise pas
  • Je me réjouis donc de la naissance d'un nouveau média au projet et à l'inspiration différente de ce qui existe aujourd'hui

Certains n'y croient pas, ne sont pas convaincus et prévoient l'échec. Jusque là, pourquoi pas ? Quoiqu'il serait plus élégant de souhaiter le succès à une aventure en gestation.

Pour une question de nom de site, Mediapart est attaqué par le groupe belge Média-Participations. Edwy Plenel réagit à sa manière. Et Versac à la sienne : Et si le problème de Mediapart, c'était Plenel : Après avoir saluer le projet qui "reste intéressant, passionnant", il s'en prend à Edwy Plenel et à son article qualifié de "torchon odieux". Sur le fond de l'affaire, Edwy plenel est accusé d'amateurisme et d'incompétence pour n'avoir pas vérifier que le nom Mediapart n'était pas déjà utilisé, ou pouvait prêter à confusion. Accusé aussi de jouer les victimes et de se défendre avec outrance et des épithètes "incroyables"  "qui puent la haine".

Le mieux est de juger sur pièces, mais la défense d'Edwy Plenel n'est pas aussi violente, et surtout il n'attaque pas les personnes. Ce qui n'est pas le cas de Versac qui conclue : "Tant que MediaPart sera dirigé par un bonhomme aussi odieux que Plenel[...] je ne m'abonnerai pas.

Versac s'étonne ensuite de certains commentaires, dont le mien : "Je dois dire que je me passerais bien, actuellement, des trolls, des procès d'intention à deux balles de commentateurs à sens unique, des insultes graves sur quelques autres lieux nauséabonds et des spams à contrôler sans cesse."

Moi je m'étonne de la vindicte dont est l'objet Edwy Plenel et son projet. La presse écrite a tendance à caricaturer les blogs. Certains blogs ont du mal à accueillir des anciens de cette presse sur Internet. L'avenir est évidemment au brassage et au dialogue entre ces deux médias.

Encore une fois, personne n'est obligé de s'abonner à Mediapart. Personnellement je ne m'abonne pas à Arrêt sur images. Mais je n'ai pas de problèmes avec eux, et leur souhaite de réussir. Quel est le problème avec Mediapart ? Je ne comprends toujours pas.

01/02/2008

Lettres de Gaza

Rebondir de blog en blog, c'est une liberté qui reste possible dans Gaza emmuré. Quand il y a de l'électricité !

Olivier, qui me cite régulièrement, ( merci Olivier ! ) m'a fait rebondir sur Philosophie, anachronisme et “ignorance”. Parcourant ce nouveau blog, j'arrive sur le billet : Gaza sans lumières... 

Ca fait longtemps que je souhaite parler de Gaza. Mais qu'en dire, vu d'ici,  et des rares images qui nous parviennent ? Quel avenir pour un jeune de Gaza entre le désespoir et le terrorisme ? Bombe humaine pour porter l'enfer d'où l'on vient en échange d'un paradis que des prêcheurs sans scrupule vous ont promis.

Heba vit à Gaza avec ses deux enfants. Elle a fait des études de Marketing en Jordanie, une époque heureuse dans les années 1997-2000 "quand les Palestiniens pensaient à la liberté, à la réforme, au développement et quand ils pensaient qu'ils pourraient construire un état palestinien"

Aujourd'hui, la vie à Gaza assiégée, est rythmée par les coupures d'électricité, le rationnement, la vie chère. Tous  enfermés dans ce petit territoire, sans aucune perspective d'avenir.

Voici ce qu'elle écrit en un peu plus de 40 mots décrivant "40 ans de violence dans les territoires palestiniens occupés" :

"Sitting silently on the remains of once her home, she stared in despair at her children dusty broken toys. The picture of her brother martyr is laying on the ground grey in the dim light. She touched her swollen face in agony listening to loud sounds of factional fighting. “Are you afraid” asked her husband. “I think I got too numb to fear a thing”.

"Assise en silence sur les vestiges de ce qui fut sa maison, elle fixait désespérément les débris poussiéreux des jouets de ses enfants. La photo de son frère martyr est posé sur le sol gris dans la faible lumière. Elle touche son visage tuméfié en écoutant les bruits du combat entre factions. "As-tu peur», demanda son mari. «Je suis vraiment trop sonnée pour craindre quoi que ce soit".

Au delà de l'opinion que l'on peut avoir sur ce conflit interminable, la vie à Gaza est une tragédie. Pour comprendre mieux ce qui s'y passe, le blog de Heba permettra peut-être de traverser le mur qui enferme ses habitants. Nous sommes libres d'y aller quand ils ne le sont pas de sortir.

30/01/2008

Les produits dérivés, c'est comme ...

C'est comme Jérome Kerviel : il ne voulait même pas piquer dans la caisse, mais juste montrer qu'il pouvait le faire, gagner une réputation au sein de sa banque. Le voilà réputé, bien au delà de sa tour de la Défense. Le voilà superstar. Produit ou charge dérivée ?

C'est comme l'open source, on ne vend pas le code. On se rémunère sur le service et le support : des produits dérivés.

C'est comme la mondialisation. L'entreprise moderne est sans usine. On vend du savoir-faire, de la conception. La fabrication, c'est bon pour les Chinois : produit dérivé.

C'est comme Google, un moteur de recherche qui vend de la pub. C'est comme Google, une agence de pub qui offre des services de recherche. Lequel est le produit dérivé ?

C'est comme sur Facebook, on a des amis. Quelques uns le sont aussi dans la vie terrestre : produits dérivés de Facebook

C'est comme Second Life. On dit que des avatars auraient muté, se seraient matérialisés, dérivés sur la planète Terre.

C'est comme le nouvel amant de Carla Bruni, on dit "qu'en vrai", il est aussi Président de la République.

C'est comme ce blog : Du monde réel au monde virtuel...Et inversement. Pas si mal comme titre, finalement.

26/01/2008

Au coeur de l'informatique financière

 

5 milliards ou plus, partis en fumée

. Au delà de la folie du système financier, où tout le monde est dépassé, je vous propose un petit aperçu de l'informatique qui régit les transactions financières.

 

Lustre : un Cluster File System

Le coeur de ces systèmes est formé de grilles de calcul qui utilise la plupart du temps un FileSystem spécifique : Lustre  ( racheté récemment par SunMicroSystems : mon employeur )

Un File System est un dispositif logiciel qui permet à l'ordinateur de traiter les fichiers. Accéder, ouvrir, modifier, sauvegarder, déplacer les fichiers : toutes ces opérations finissent par se traduire par des lectures/écritures sur les moyens de stockage : un ou une série de disques durs dans la plupart des cas. Sachant que la très grande partie de l'activité informatique se réduit à des manipulations de fichiers, on voit l'importance du File System. Faisant l'interface entre le logiciel applicatif et le matériel, le File System est au coeur du système d'exploitation. Dans la vie courante, un File System n'est géré que par un seul ordinateur qui accède à ses propres fichiers.

La mise en réseau a fait naître des systèmes de fichiers partagés, dont le plus célèbre, et encore très largement utilisée est NFS ( Network File System ). NFS est bâti sur un serveur de fichiers qui s'occupent des accès physiques en lecture/écriture. Ce serveur répond aux requêtes de ses clients qui délègue les opérations physiques au seul et unique serveur NFS. Il ne peut y avoir qu'un seul serveur NFS par système de fichiers ( ou par répertoire ). NFS reste populaire, mais trouve vite sa limite au delà d'une centaine de clients où les performances s'écroulent.

Beaucoup d'autres File Systems existent, qu'ils soient de type réseau ( AFS, NFS, Parallel NFS ) ou mono serveurs ( VxFS, EXT4, NTFS ) ou partagés ( Shared QFS ) et Lustre qui nous intéresse ici.

Lustre a été conçu dès le départ pour gérer des très grands nombres :

  • Des milliers de clients
  • Des milliards de fichiers
  • Des tailles gigantesques ( au delà du Po = 1 million de GigaOctets )
  1. Au lieu d'un unique serveur, Lustre est architecturé autour d'un grand nombre de serveurs de données ( Object Storage Servers OSS ou Object Storage Targets OST ) qui gèrent l'accès aux données physiques répartis sur des systèmes de disques attachés à ces serveurs. Aujourd'hui, le seul FIle System supporté pour ces OST est EXT4, dans l'avenir, une migration est prévu sur ZFS ( encore un autre système de fichiers ). Attention à ne pas confondre ce système de fichiers "local" qui donne accès aux données pour les OST avec le système de fichiers global qui permet l'accès à ces données pour les milliers de clients. Les données des fichiers sont réparties sur l'ensemble de ces OST. L'information concernant la localisation des fichiers est contenu dans le Metadata Server.
  2. Lustre utilise un ou plusieurs serveurs de métadonnées : le Metadata Server ( MDS ). Qu'est ce qu'une métadonnée dans ce contexte ? Il s'agit de l'ensemble des informations qui caractérisent un fichier : Propriétaire, droits d'accès, localisation, access time, et diverses informations de gestion qui permettent au système d'accéder aux données.
  3. Sachant qu'il y a des milliers de noeuds qui peuvent travailler sur un même fichier, il faut utiliser un "distributed lock manager" efficace. Au lieu de verrouiller le fichier entier, Lustre ne pose de lock que sur la partie du fichier qui est manipulé par le client. Cela permet de poser des milliers de locks sur le même fichier sans avoir à gérer trop d'accès concurrentiels sur le même objet.
  4. Grâce à cette architecture, Lustre autorise des performances démesurées : Des tailles de File System supérieures au PetaByte, 5000 ou plus create/sec sur un seul File System, un débit global de plusieurs centaines de GigaBytes/seconde.

Ci-dessous un schéma de principe d'une architecture Lustre.

2a8eb1e245ec361f64a6bdfbe11c92cb.jpg

 

Dans la mesure, où il permet à des milliers, voire à des dizaines de milliers de serveurs de se partager les mêmes ressources fichier, Lustre est très utilisé dans les applications de Grid Computing. Un seul serveur, si puissant soit-il, ne peut plus délivrer la puissance nécessaire pour des applications comme la prévision météo, la recherche sismique ou génomique et aussi les applications financières comme les simulations de type Monte Carlo. Ce sont des applications de type Redshift, dont j'ai déjà parlé ici. Très gourmandes en CPUs, en moyens de stockage et en réseau rapide comme le protocole Infiniband.

Les entreprises financières ouvrent largement leur budget pour ces applications sophistiquées s'exécutant sur des infrastructures gigantesques. C'est un représentant de la Deutsche Bank qui s'exclamait ainsi à propos d'Infiniband :

"For every ten milliseconds for latency we reduce in our automated trading infrastructure, we can bring in an additional $200 Million in revenue per annum."

Chaque milliseconde vaut 20 millions de dollars... Il manque peut-être un système de contrôle pour éviter une catastrophe à 5 milliards.

23/01/2008

Rapport Attali : Commencer par la fin

Comme souvent, ce sont l' introduction et la conclusion qu' il faut lire en premier. Je ne me suis donc pas attardé sur l' ensemble des plus de 300 propositions pour la libération de la croissance française. De toutes façons je n' en ai pas vraiment le temps en ce moment. Le rapport entier est disponible ici (.pdf).

On a déjà commenté le fait que ce rapport constitue un véritable programme de gouvernement dont la légitimité démocratique est plus que discutable. Dans une démocratie normale, ce ne serait pas si grave, car le Parlement aurait une vraie pratique de contrôle sur les propositions du gouvernement. Mais nous sommes en France, où le Parlement ne fait qu' enregistrer.

Commençons donc par la fin :

"La conduite d’ensemble de ces réformes ne peut ni être déléguée
à tel ou tel ministre ni mise dans les mains de telle ou telle administration, même spécialement créée pour cela. Elle ne pourra être conduite que si, au plus haut niveau de l’État, une volonté politique forte (que seuls le président de la République et le Premier ministre portent) les conduit et convainc les Français de leur importance"

"Toutes les décisions devront être lancées entre avril 2008 et juin
2009."

Le rapport prévoit même le séquencement de l' ensemble des décisions allant jusqu' à planifier le vote des différentes lois :

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Si l' on ajoute à cela, en revenant au tout début du rapport, que :

"Ceci n’est ni un rapport, ni une étude, mais un mode d’emploi
pour des réformes urgentes et fondatrices. Il n' est ni partisan,
ni bipartisan : il est non partisan.
Ceci n’est pas non plus un inventaire dans lequel un gouvernement
pourrait picorer à sa guise
, et moins encore un concours
d’idées originales condamnées à rester marginales. C’est un
ensemble cohérent, dont chaque pièce est articulée avec les
autres, dont chaque élément constitue la clé de la réussite du tout."

Autrement dit : Interdit de picorer, c' est tout ou rien et l' on vous fixe la marche à suivre. Dans ces conditions, que reste-t-il au politique ? Il n' acceptera pas de passer par ces conditions, et certaines propositions ne seront sûrement pas retenues. Il sera alors un peu trop facile à la commission de se défausser sur le non-respect intégral de son "programme" si les objectifs n' en sont pas atteints. Attitude un peu irresponsable, on en conviendra. Ce n' est d' ailleurs pas le rôle d' une commission d' être responsable dans le sens politique du terme. Mais dans ce cas, qu' elle s' abstienne d' injonctions aussi maximalistes.

14/01/2008

Sarkozy et les oppositions : Action - Réaction

D'Alain Badiou à François Bayrou les opposants regardent le présent et l'avenir avec le rétroviseur des années 40. J'ai déjà écrit cela quelque part : Il faut regarder sans crainte les années 40. Je veux dire les années 2040.

Alain Badiou voit dans l'élection et l'action de Nicolas Sarkozy le signe d'un pétainisme toujours vivace :

 "la subjectivité de masse qui porte Sarkozy au pouvoir, et soutient son action, trouve ses racines inconscientes, historico-nationales, dans le pétainisme"

Pétainisme, dans ce sens, représente la soumission à des valeurs étrangères :

"les Français n’ont qu’à accepter les lois du monde, le modèle yankee, la servilité envers les puissants, la domination des riches, le dur travail des pauvres, la surveillance de tous, la suspicion envers les étrangers, l’homme français […] versus l’homme africain […]".

A lire sur nonfiction.fr, l'analyse de son dernier livre : " De quoi Sarkozy est-il le nom ? " ou encore l'entretien accordé au Nouvel Observateur.

 

Dans un genre évidemment différent, François Bayrou dans ses voeux, en appelle à la Résistance :

"Résister à une société des rapports de force. Résister à une société qui considère les femmes et les hommes non pas comme des citoyens, mais uniquement comme des cibles de communication, des éléments de production et de consommation. Résister en réclamant d’y voir clair, d’être informés en temps utile, quand les décisions se préparent, en exigeant la responsabilité du citoyen qui seule permet l’épanouissement. Résister par l’éducation, par la culture. Résister par la démarche de coopération, de mutualisme. Dans le monde comme il est, dans la mondialisation dominée par un modèle unique, résister au nom de ses valeurs, c’est un projet de société et c’est un projet de civilisation."

Voilà deux postures, finalement jumelles, qui ne se définissent que par réaction à une invasion qui nous submerge, à des forces qui nous dépassent. Collaboration ou Résistance, d'une manière honteuse ou héroïque n'existent que par réaction. Ce fut le mérite du Général De Gaulle de voir plus loin et de s'attacher dès le début à un programme dynamique qui ne se définissait pas par rapport aux circonstances, pour lui temporaires de l'occupation, mais bien par rapport à un futur à construire, une fois le désastre dépassé.

De de Gaulle à Sarkozy, il y a le gouffre de l'austérité morale et financière à l'impudence affichée des deux. La comparaison s'arrêtera là. Autant que d'autres, je suis exaspéré par le côté  "Je me la suis faite"  et "M'as-tu-vu" de Nicolas Sarkozy. Mais si l'on est bien obligé de voir, on n'est pas obligé de regarder, d'examiner, de disséquer, d'analyser, de radiographier, de commenter, et de gloser à l'infini. On l'a assez dit, il a toujours un coup d'avance. Je n'ai pas cité le Parti Socialiste qui réussit l'exploit d'être aussi brouillon dans le vide, que Nicolas Sarkozy dans le trop-plein de propositions. Les opposants comme les analystes, à se définir en fonction d'un agenda qui n'est pas le leur, seront toujours perdants.

Je regardais hier, Henri Guaino dans l'émission de Christine Ockrent. On lui posait une question sur l'impuissance du politique. Non, le politique n'est pas impuissant, répondait-il. Le politique peut, et d'ailleurs doit, agir sur la société. Quoi qu'on dise et qu'on pense de l'omnipotence revendiquée de Nicolas Sarkozy, elle est le signe d'une politique qui veut agir. A la limite, peu importe les directions de sa politique, mais en réhabilitant l'action et la prise de responsabilité, il impose un modèle que l'on avait oublié depuis bien trop longtemps. Bien des aspects de sa politique me déplaisent et même me révulsent, singulièrement en matière judiciaire et de politique de sécurité. Néanmoins il aura, de toutes façons, démontrer que l'action est encore possible.

Après le ni-ni mitterrandien et la cynisme désabusé chiraquien, cette secousse en elle-même est salutaire.

08/01/2008

Jean-François Kahn à l'antique

    Jean-François Kahn n'est certes pas une antiquité, il bouillonne encore. C'est  Olivier qui me met sur la piste de cet interview dans le Monde. J'aime Jean-François Kahn. Excessif en tout, il réussit à être notre plus grand polémiste...du centre !! Une position qui l'a protégé des dérives habituelles de ce type de journalisme qui finit souvent dans le caniveau de l'injure personnelle. Ce n'est pas son style, même s'il excelle dans l'injustice et la caricature.

Ca ne suffirait pas à nous le faire aimer. Mais il y a surtout son oeuvre de patron de presse : Vous avez dirigé trois journaux, dont deux que vous avez créés, commence Raphaëlle Bacqué du Monde, en l'interrogeant. Qui dit mieux ? Il fonde L'événement du Jeudi qui n'a pas survécu 2 ans à son départ. Il repart à zéro avec Marianne, il aurait quelque raison de s'y croire nécessaire. Et pourtant, il part à 70 ans pour se concentrer sur une écriture qu'il espère moins éphémère. Libération lui consacre aussi un beau portrait.

Toujours pas d'antiquité ? Si, grâce à Cicéron, comme exemple d'un style qui ne passe plus :

Faut-il aussi repenser la façon de faire du journalisme ?

Cela me fait mal de le dire, mais nous allons devoir changer notre mode d'écriture. Il y a un type de phrase qui est mort. Je le regrette, parce que je suis d'une génération qui aime ces phrases cicéroniennes, c'est-à-dire une phrase construite, longue, avec des incidentes. Il faut des phrases plus courtes.

Et c'est  Zone Franche, à la fin de l'année dernière, qui nous rappelait la comparaison entre le style de Démosthène et celui de Cicéron :

  • Démosthène : Celui à qui on ne peut rien retrancher n' a rien dit que de parfait.
  • Cicéron : Celui à qui on ne peut rien ajouter n' a rien omis de tout ce qui pouvoit embellir son ouvrage

Démosthénique, est le titre de la note de Gilles Martin sur Zone Franche. Ce n'est pas avec un titre pareil qu'il va faire exploser ses statistiques. Surtout que Jean-François Kahn nous le rappelle :

Il faudrait donc appauvrir son vocabulaire et ses références ?

Oui, car beaucoup de gens de moins de 40 ans n'ont plus les références d'avant. Je reçois des lettres de lecteurs qui me disent qu'ils ne comprennent pas tout ce que j'écris. J'avais parlé du boulangisme, en référence au général Boulanger, ils pensaient que j'évoquais un pâtissier. J'ai écrit : "C'est une division du monde à la Yalta." Mais qui sait encore ce qu'est Yalta ?

Et qui sait encore qui sont Cicéron et Démosthène ? Mais, nous les blogs, avons l'hypertexte et Wikipedia. Alors voilà pour Cicéron, et voilà pour Démosthène. Et voilà pour Fénelon qui imaginât leur dialogue.

Et VOILA PAS pour un certain GuiM. Je compte sur  le tag nofollow sur le lien précédent pour pouvoir le citer sans lui apporter une notoriété qu'il ne mérite pas (avec d'autres, innombrables). Sous couvert d'expérience statistique, GuiM accumule les mots clés que vous imaginez pour vérifier que :

"Il n'y a donc bien que le cul qui fait tourner le monde"  : Bravo !! quelle formidable découverte.

"PS : Ce billet sera supprimé dans la nuit, il n'a pour vocation qu'un but statistique " Son billet est toujours là, bien sûr. Faux comme le cul qu'il fait mine d'analyser

17/12/2007

Comment en parler tout en n'en parlant pas ?

Juste comme ça. Et ça me fait mon billet le plus court.

Dans quelques jours, il sera incompréhensible sauf à chercher ce qui a pu faire toutes les conversations de ce lundi 17 décembre 2007. Un vrai bloggeur met le nom des deux héros dans son titre : il gagne sur les 2 tableaux

12/12/2007

Khadafi le fils caché de Mussolini

a26cca4494232195ea9775ea843eecb3.jpg07c71d8657378a3cac540490bfb6b2bb.jpgL'important c'est le menton.

Mussolini, qui était plutôt grassouillet, s'entraînait devant son miroir à dégager et pointer le menton en étrave de bateau qui brave la tempête. Le regard est impérieux, toujours tourné vers des hauteurs et un avenir que lui seul distingue et comprend. C'est là qu'il nous guide dans un immense amour pour son peuple. Dommage que Charlie Chaplin ne l'ait pas pris comme modèle de son Dictateur, il aurait été bien plus drôle. Hitler et Staline, venus du froid, ont tout de suite fait frémir. Le Duce n'a jamais réussi à vraiment faire peur. Comme dirait Aznavour, il nous semble que la dictature est moins pénible au soleil. On aime trop les Italiens, qui ne sont plus des Romains depuis longtemps, c'est pourquoi on ne les prend pas trop au sérieux. Parfois ça les vexe, alors ils inventent le fascisme, la Mafia et les Brigades Rouges.

 

f0dbf66e4e4c31d935caf2b0a99c5d9b.jpg74fddcf40d82e867f0faac2df7a67db0.jpgC'est pareil avec Khadafi, qui naquit en 1942 alors que la Libye était occupée par l'Italie. Est-ce un fils caché de Mussolini ? En tous cas, le coup de menton est très réussi, à l'image de son père putatif. Il en a pris toutes les attitudes et les mêmes discours interminables aux masses qui somnolent et se demandent qui est ce clown qui s'agite derrière ses micros. Il égale presque son modèle, mais comme tous les copieurs, il en fait trop. Caricature de caricature, le voilà en Général Tapioca . 

 

 

 

 

2aab6ebabe8bcb06766e0da7860d11d1.jpgce674dbb86223cbf8de0b3dd1a9c5534.jpgIl vieillit et s'empâte. Ce n'est plus un meton pointé vers le ciel, mais noyé dans les replis de l'âge. Tout fout le camp sur ce visage hirsute et mal rasé. Le regard est désabusé après 40 ans de dictature qui ne l'amuse plus. Il vieillit et se met à ressembler à Saddam Hussein, autre dictateur des sables en bien plus féroce. On ne lui souhaite pas la même fin, mais juste qu'il se retire sous la tente qu'il affectionne tant, à méditer sur l'ingratitude du peuple qui aura déjà oublié son "Guide".

04/12/2007

Mediapart : un nouveau confrère

Dans la presse, il est de tradition de souhaiter "bonne chance à un nouveau confrère". Je ne suis pas journaliste, mais simple blogueur. Ce qui ne m'empêche pas de souhaiter bonne chance à Edwy Plenel. J'ai appris à mieux l'apprécier en l'écoutant parfois sur RTL, où j'ai découvert quelqu'un d'infiniment plus tolérant et modeste que l'image de chef de secte qu'il traîne depuis son passage au Monde.

Plutôt que de faire des paris sur la comète et de pontifier sur un modèle économique dont on ne connait pas tout, ne serait-il pas plus simple d'attendre les premières parutions et de juger sur les faits plutôt que sur des hypothèses. La blogosphère est parfois bien présomptueuse et donneuse de leçons, voire injurieuse.

C'est si difficile de souhaiter le succès de quelqu'un plutôt que de lui prévoir le plantage ? Il y a de la place pour tout le monde sur le Net et je souhaite qu'Edwy Plenel et son équipe trouve la leur.

En ce qui me concerne, j'ai envie de l'encourager, et je m'abonne à Mediapart.

27/11/2007

A propos du rapport Olivennes

    La numérisation de la musique, de l'image et de l'écrit menace les distributeurs des objets qui portaient ces oeuvres. Ce sont eux qui crient le plus fort, un de leur représentant, Denis Olivennes a proposé des mesures de filtrage, de marquage, d'avertissement et de sanction contre le téléchargement. Dans le débat en cours, je voudrais juste apporter quelques réflexions à propos de cette question:

  1. Nous assistons à la mort du droit d'auteur tel qu'il a été défini par Beaumarchais au XVIIIème siècle. A ce propos, on oublie souvent de remarquer que ce droit d'auteur proclame la propriété littéraire attachée au livre, mais aussi et surtout en ce qui concerne Beaumarchais à la représentation théâtrale. L'oeuvre n'est plus vendue une fois pour toutes, mais génère des droits d'auteur à chaque représentation. Le théâtre n'existe que s'il est représenté, et pourtant dès cette époque, le texte qui n'est qu'immatériel par rapport à la représentation vivante a réussi à faire valoir ses droits. Un droit qui se prolonge aujourd'hui encore à travers des sociétés d'auteur comme la SACEM.
  2. A la même époque, Condorcet défendait une position très "2.0" en affirmant que les idées et leur expression étaient faites pour être diffusées gratuitement et contribuer au progrès de l'humanité. On ne s'appauvrit pas en diffusant une idée : elle n'est pas perdue pour son auteur qui peut même l'enrichir par les contributions de ses lecteurs.
  3. La création littéraire est peu menacée par la dématérialisation. Elle dispose avec le livre d'un objet autonome, à très longue durée de vie, facilement transportable et qui ne tombe pas en panne. Toutes qualités dont on ne voit pas aujourd'hui d'équivalent sous la forme électronique.
  4. Le cinéma peut garder également un avantage par une diffusion dans des salles de grande qualité acoustique et visuelle, quasiment impossible à reproduire chez soi. La séance de cinéma est également assortie de tout un contexte de séduction, de sortie, et de moments partagés dont on ne peut pas trouver d'équivalent chez soi. De plus un film, comme un livre est rarement vu ou lu plus d'une fois ou deux.
  5. Ce n'est évidemment pas le cas de la musique qui s'écoute de très nombreuses fois et dont le format électronique est équivalent au format matériel sous forme de CD. C'est bien pour ça que c'est la musique qui cristallise tous les débats autour du téléchargement et de la dématérialisation. Il n'y a aucun avantage et aucune différence entre le CD que j'achète et le MP3 que je télécharge. Mis à part des éventuels bonus et surtout un meilleur encodage : une piste intéressante.
  6. Autant le droit d'auteur est ancien, autant la question des droits musicaux est récente. Jusquà l'apparition et la large diffusion du disque, la musique n'avait pas d'autre support que l'intermédiaire de la partition. Des partitions qui représentaient une source de revenus non négligeable, mais réservé à un public restreint de musiciens, dont le volume n'avait rien à voir avec l'explosion des années 60.
  7. L'opulence ( c'est le moins qu'on puisse dire ) de l'industrie musicale et de certains créateurs est donc relativement récente. Eille correspond aux révolutions, technique du disque vinyle, musicale des Beatles, et des moeurs symbolisée par mai 68. Il en reste encore quelques survivants comme les Rolling Stones ou Johnny Hallyday. Un modèle et une culture dont les patrons de l'industrie musicale ont toujours la nostalgie, qui a bercé leur adolescence et qu'ils tentent de reproduire indéfiniment avec son cortège de fric et de défonce. Le modèle "Sex and drugs and Rock'n Roll" and Money.
  8. Le disque est mort, remplacé par le CD qui a encore amplifié le volume d'affaires. Pas de chance, la révolution technique qui suit le CD met tout par terre en supprimant à terme des intermédiaires devenus inutiles.

Des études tendent à démontrer qu'il n'y a pas "de relation directe entre le partage de fichiers poste-à-poste et les ventes de CD au Canada. L’analyse de toute la population du Canada ne révèle aucune relation, positive ou négative, entre le nombre de fichiers téléchargés à partir de réseaux poste-à-poste et le nombre de CD vendus. Autrement dit, nous ne trouvons aucun élément probant qui laisse croire que l’effet net du partage de fichiers poste-à-poste sur les ventes de CD est soit positif, soit négatif, pour l’ensemble du Canada."  Elle prouve que le CD résiste mieux que prévu. Néanmoins d'après Jacques Attali : "La consommation payante de musique enregistrée continue de s’effondrer : elle a baissé de 20% dans les 9 premiers mois de 2007, et de moitié en cinq ans." Par ailleurs :

  1. Ce document "comporte l’analyse de données d’enquête canadiennes et les résultats sont représentatifs de la population de Canadiens âgés de quinze ans et plus."
  2. Je ne connais pas d'adolescent qui achète de la musique. Ils n'en ont d'ailleurs pas les moyens, quand on leur offre un CD, il nous prenne pour des extra-terrestres.
  3. Les habitudes de consommation ne changent pas si vite, et beaucoup d'adultes sont réticents au "piratage"
  4. Je ne vois pas comment un support payant pourrait résister bien longtemps face à une offre  gratuite équivalente

Ce n'est donc qu'une affaire de temps, et je ne donne pas 5 ans avant la fin de l'industrie du CD tel que nous la connaissons. ( Rendez-vous en 2012 ). Le problème est bien dans l'équivalence de l'offre. Il n'y a peut-être une porte de sortie dont Labosonic donne un bon exemple : "Le 30 octobre dernier, est sorti  le nouvel album de Saul Williams. Le système de commercialisation est radicalement différent, puisque le site de l'artiste propose l'intégralité de l'album en téléchargement libre, mais avec une restriction de format, la qualité sonore sonore étant limitée à un fichier MP3 de qualité moyenne. L'utilisateur payera s'il désire un format de meilleure qualité sonore (MP3 mieux encodé ou FLAC)."

Nous sommes donc en face de 2 types d'offre : Une gratuite et médiocre, une payante avec toute la qualité musicale. C'est peu-être une issue possible à la crise actuelle. (Même si je ne m'explique pas comment on pourra empêcher la rediffusion du format de meilleure qualité. Je ne m'y connais pas assez en encodage pour en discuter.)

Au fond le CD est assez comparable au livre de poche : On a l'intégralité du contenu à un prix abordable. Pour avoir mieux, il faut, soit acheter des équipements d'écoute de haute qualité ( les équipements HI-FI ), ou des éditions plus luxueuses avec un appareil critique de qualité ( La Pléiade par exemple ). Le CD représentait un bon compromis, abordable pour les classes moyennes. On sait que cette classe moyenne est menacée par la paupérisation d'un côté et  la richesse toujours plus extravagante de la classe dominante de l'autre :

"Tout semble indiquer que ce noyau central, idéalement situé aux environs de 2 000 euros de salaire mensuel, doit faire face à un vrai malaise et connaît, comme par capillarité, la remontée de difficultés qui, jusqu’à présent, ne concernaient que les sans-diplôme, les non-qualifiés, les classes populaires. A la manière d’un sucre dressé au fond d’une tasse, la partie supérieure semble toujours indemne, mais l’érosion continue de la partie immergée la promet à une déliquescence prochaine."

La crise du CD comme symptome de la crise des classes moyennes, de la segmentation de l'offre entre le hard discount et les magasins de luxe ? En tous cas, l'analogie est frappante. Comme dit toujours Jacques Attali : "plus le virtuel est gratuit, plus le réel prend de la valeur." Et au milieu ? Entre une offre musicale à bas prix, et des concerts vivants à 500 Euros, il est à craindre qu'il n'y ait plus rien.

25/11/2007

23 and me, et moi, et moi, émoi

Nous allons pouvoir connaître notre avenir. Notre avenir médical en tous cas. C'était un rêve - ou un cauchemar -. C'est maintenant possible avec "23 and me", 23 étant notre nombre de chromosomes. Et moi, et vous, qui avons maintenant  la possibilité théorique de connaître nos prédispositions à telle ou telle maladie, le risque d'attraper un cancer ou au contraire une bonne résistance aux accidents cardio-vasculaires. Il suffira de fournir un échantillon de salive. Pour 1000 dollars, "23 and me" analyse vos gènes et vous dresse une cartographie de vos risques médicaux.

En fait, je connais très bien mon avenir. A 53 ans, il m'en reste 30. Je fais le bravache, comme ça, mais voilà une phrase qui n'est pas si facile à écrire froidement, et encore moins à regarder en face. En ce qui concerne ma santé et mon avenir, je suis très autruche. Mais c'est mon affaire après tout.

Sauf que beaucoup de gens s'intéressent à moi : une pensée qui devrait me consoler d'un avenir dont il faut bien admettre qu'il se rétrécit. On a tellement d'amis. Nos banquiers, assureurs, employeurs sont surement très intéressés par les risques qu'ils prennent en pariant sur notre longévité.

Ce que l'on peut savoir, aurons-nous le droit de l'ignorer ? Aurons-nous encore le droit de prendre des risques pour notre santé, pour les finances de la Sécu, alors que mon génotype me dit que j'ai intérêt à faire un footing tous les matins ? Un intérêt qui risque de se tranformer en devoir.

D'autres qui ont le courage de regarder leur avenir seront "contents" de savoir qu'ils ont un fort risque cancéreux et prendront des mesures d'hygiène pour retarder et peut-être déjouer le pronostic. Ils pourraient se sentir en droit de ne plus financer la santé de ceux qui ne prennent aucune précaution.

Nous n'en sommes qu'au début, et si nous savons que certaines maladies comme la chorée de Huntington ont une cause génétique clairement identifiée, on est loin de tout savoir sur le sujet, et la génétique ne contient pas tout notre destin. Tout ça demande des capacités de calcul gigantesque, l'alliance de l'industrie informatique et de la biologie génétique.

23 and me a été fondée par Anne Wojcicki, plus connue sous le nom de Madame Google, depuis son mariage avec Serguei Brin, l'un des 2 fondateurs. On ne sera donc pas étonné de l'intérêt de Google qui pourra faire profiter "23 and me" de ses capacités de calcul, et qui en saura encore plus sur nous, jusqu'au coeur de nos chromosomes.

Via Affordance, et le très long article de Wired qui dit tout sur la question.

20/11/2007

Pour le vote parlementaire du Traité de Lisbonne

    L'Europe se bâtit depuis 50 ans suivant les principes de Jean Monnet, l'anti de Gaulle. Elle se bâtit par accumulation d'accords particuliers qui, petit à petit, ont créé une Union Européenne des réglements, des quotas laitiers, et de niveau maximum en décibels des tondeuses à gazon. J'ai regretté que le projet de constitution européenne entérine cette Europe des petits pas en lui donnant le caractère solennel et fondateur d'une Constitution. On a raté l'occasion de changer de dimension, de se dégager des contingences pratiques pour définir un vrai projet qui dise ce qu'est l'Europe, quelles sont ses valeurs et son projet. Au lieu de cela, on a voulu donné la force et le prestige d'une constitution à des accords techniques de circonstance.

    Et pourtant, j'ai voté Oui. Sans enthousiasme, mais en prenant conscience que cet accord résultait d'un compromis. La vision que j'exprime plus haut est très française, elle est loin d'être partagée par les autres pays, qui sont plutôt satisfaits de la construction actuelle à la Jean Monnet.  Cette vision française cherche à profiter du poids de l'Union Européenne au service d'un nouveau pôle de puissance qui viendrait équilibrer les super-puissances actuelles et futures. La Constitution de 2005 est une fausse constitution et un vrai traité. On pouvait donc la considérer comme une étape qui pourrait être dépassée, contrairement à une vraie Constitution dont l'objectif est d'établir des principes pour une très longue durée.

    Maintenant que l'on connait le résultat du référendum de 2005, que faire et que penser du Traité de Lisbonne, de sa soumission au vote du Parlement dont le résultat sera très certainement contraire ? A lire les quelques réactions actuelles, je suis une fois de plus frappé du caractère franco-français des analyses qui ne prennent tout simplement pas en compte la dimension évidemment européenne du Traité de Lisbonne.

    Mettons-nous à la place de nos partenaires qui ont voté Oui au Traité constitutionnel. Pour faire simple, on va dire l'Allemagne.

    Je suis l'Allemagne. Après le Non de la France au référendum, j'attends les élections présidentielles françaises, car je sais que Chirac n'a plus les moyens politiques de faire évoluer la situation. Pendant ces 2 ans d'attente, j'observe qu'aucun projet n'a vu le jour : aucun contre-traité, aucune contre-proposition, que l'on aurait pu discuter. J'observe aussi qu'aucun des candidats à l'élection présidentielle n'a présenté de propositions alternatives. Par conséquent, je suis dans une situation où je dispose d'un texte et de la légitimité de mon Oui à ce texte. Un Oui tout aussi légitime et respectable que le Non de la France : En 2007, 18 pays ont voté pour le Oui, représentant les 2/3 de la population européenne. Je n'ai donc qu'une seule base de travail, le Traité,  et un rapport de forces favorable au Oui. Par ailleurs, une Europe amputée de la France est gravement blessée et peut-être condamnée. Ce n'est pas mon intérêt ni celui de l'Europe. Négocions. Négocions avec la France. Négocions sur les seules bases existantes, à savoir ce traité, mon obligation de respecter le Oui de mes concitoyens à ce traité, et l'absence de propositions de la France.

    De mon point de vue d'Allemagne, il n'est donc pas question de modifier l'esprit et le fond d'un Traité, approuvé par les 2/3 des Européens, pour faire plaisir à une France qui n'a même pas présenté de projet alternatif. Je n'ai pas non plus de mandat pour modifier profondément un texte qui a été approuvé par un vote légitime de mon peuple ou de ses représentants. Je n'ai donc pas le droit de le faire, et le rapport de forces ne m'y incite pas. Un toilettage du texte suffira à sauver la face de chacun, en échange de l'assurance que la France votera ce "nouveau" texte ; c'est à dire en échange d'un vote au Parlement français. Ce qui fut fait à Lisbonne. Comme je suis magnanime, je laisse le nouveau petit coq français chanter une victoire qui n'est pas la sienne.

    La vérité est que la France n'a pas eu les moyens ni la volonté de construire un autre projet. Aucun des candidats à l'élection présidentielle n'a proposé quoi que que ce soit dans ce sens. Elle s'est mise dans une position où elle n'a eu qu'à se soumettre ou se démettre.

Revenons en France :

  1. Le candidat Sarkozy a clairement énoncé qu'il re-négocierait un Traité et le soumettrait au vote du Parlement. Il a été élu.
  2. Il a effectivement "re-négocié" le Traité suivant ces bases.
  3. Une majorité parlementaire a été également élue en approuvant cette proposition.
  4. Cela fait donc 2 votes au suffrage universel qui prennent en compte ces propositions clairement exposées.
  5. Le Parlement est légalement apte à ratifier ce Traité.
  6. Un vote par référendum est biaisé par des considérations extérieures à la question. Le référendum était aussi un référendum entre les anti-Chirac et les pro-Chirac ( Il y en avait ? ). Un nouveau référendum serait également un référendum pro ou anti-Sarkozy. Je ne retiens pas cet argument, car un vote parlementaire est également biaisé, dans le sens où les parlementaires sont tout autant influencés par leur dépendance vis à vis du pouvoir exécutif et de ses moyens de coercition, à travers les inverstitures et toute une gamme de moyens de pression. Le Parlement et ses quelques centaines de membres est plus facilement manipulable que le suffrage universel.

Face à cet état de fait, quelques arguments :

  1. La France a voté Non à 54,67% lors du référendum du 29 mai 2005.
  2. Le Président comme les parlementaires sont élus par le suffrage universel, qui a donc une légitimité supérieure au vote indirect des parlementaires, puisque ce vote populaire en est la source.
  3. On élit un candidat, comme une majorité, en tant que représentant d'un compromis acceptable, en tous cas le moins mauvais, de ce que l'on souhaiterait réellement. On n'élit pas pas un candidat, en bloc, avec toutes ses propositions. En ce sens, si Sarkozy a été élu, rien n'autorise à dire que sa proposition à propos du Traité Européen est également majoritaire. Je ne retiens pas non plus cet argument. La démocratie ne se limite pas au suffrage universel et elle s'exprime quotidiennement par les opinions et les manifestations d'opposition. Pour prendre un exemple historique, on se souvient que François Mitterand retirât son projet d'étatisation de l'école privée face à des manifestations vigoureuses des partisans de l'école privée. Il comprit qu'il blessait gravement les convictions de ce qui n'était qu'une minorité politique et électorale, mais que pour autant, il outrepassait le mandat pour lequel il avait été élu. L'actualité montre que la question des régimes spéciaux se heurte également à une opposition vigoureuse ( même si l'on peut contester les moyens ). Un compromis sera trouvé entre un programme annoncé et la défense d'intérêts légitimes, qui exprimera le rapport de forces entre ces deux expressions démocratiques. On ne constate rien d'équivalent à propos du Traité Européen.
  4. Un vote du Parlement, presque certainement positif, constitue en fait un déni démocratique face à un vote de type référendaire dont le résultat négatif est quasiment aussi certain

    On peut se prêter au jeu stérile de refaire l'histoire. Le candidat Sarkozy aurait pu ne rien dire et re-négocier quand même : Il aurait trahi ses électeurs.

    Il pourrait re-soumettre au référendum un traité non-modifié ( Il n'a aucun moyen d'imposer un nouveau texte ). Dans ce cas, il s'expose à coup sûr à un vote négatif. On ne met pas au référendum un texte dont on est presque certain qu'il sera refusé. Donc, il serait obligé de ne rien faire, ni référendum, ni autre expression légale. Il bloquerait délibérément l'Union Européenne. Faute de solutions, l'Europe ne pourrait que se geler ou se déliter dans un processus ou chacun reprend ses billes. Il n'est pas impossible aussi que l'Europe se disloque en blocs du Oui, du Non, d'intérêts divergents qui ne tarderaient pas se transformer en rivalités, pour ne pas dire pire. Qui peut prendre cette responsabilité ?

    Le candidat Sarkozy a donc proposé la seule issue politiquement raisonnable, dont on ne se cachera pas qu'elle constitue une violation du vote référendaire du 29 mai 2005. Il prend acte de l'inaction de la France. Une France qui n'a pas été capable de proposer une autre solution à travers des candidats représentant une force visible et représentative aux élections présidentielles. Une force visible en France et un petit peu convaincante au niveau de l'Europe. Rien de tout cela n'a vu le jour.

Il prend acte de la supériorité de fait de l'Union Européenne par rapport au vote référendaire du 29 mai.

    Voilà un fait scandaleux, mais qui n'est pas vraiment nouveau. Pour en revenir à François Mitterand, on se souvient comment il fit abolir la peine de mort face à une opinion majoritairement opposée ( et qui l'est peut-être encore ). Qui le lui reproche ?  La France est une et indivisible. Quel que soit un désir hypothétique des Corses ou des Bretons, un vote populaire pour leur retrait de la République serait considéré comme illégal.

    La France du Non est minoritaire en Europe. Elle peut toujours sortir de l'Europe, mais elle n'a aucun moyen de modifier le contenu d'un texte qui a été approuvé par une majorité d'autres pays. Elle ne peut pas imposer une volonté qui n'est même pas exprimée clairement, et qui ne se traduit pas par une représentation politique identifiée. Elle a juste un pouvoir de blocage.

    Il n'ya pas d'autres politiques possibles alors. Si, mais deux seulement : Sortir de l'Union Européenne, ou se donner le mal de définir, de proposer et de convaincre nos partenaires qu'un autre texte est possible. On ne voit aujourd'hui pas l'ombre du commencement de ce type d'action. Un action qui, néanmoins, reste ouverte et possible avec l'approbation du Traité de Lisbonne. Celui-ci ne constitue qu'une étape dans la construction européenne.

    Démocratie contre Union Européenne  ? Oui. Les partisans d'un nouveau référendum doivent aller au bout de leur logique qui est un blocage et sans doute une désagrégation de l'Europe. Les partisans du vote parlementaire doivent aller au bout de leur logique qui est un forçage de l'expression du référendum. Ce forçage ayant été largement, mais pas totalement, validé par 2 élections successives. Les rapports de force comme le respect de l'expression démocratique des autres pays ne laissent pas de place à d'autres alternatives pour l'instant. Je soutiens le vote parlementaire. Le débat est ouvert.

17/11/2007

Match de Foot - Le Pen 3 : France 0

 

Soiré télé hier soir avec le film sur René Bousquet joué par Daniel Prévost. Assez décevant de mon point de vue, mais une réplique m'a frappé. " La police allemande n'avait que 2400 hommes ". Je ne sais pas si ce chiffre est exact, mais il donne une idée de l'impuissance de la Gestapo à contrôler un pays de 40 millions d'habitants sans la collaboration plus qu'active d'hommes comme Bousquet.

Fin du film. Je zappe sur TF1. C'est la fin du match "amical" France-Maroc. Et ces sifflets. On n'entend que ça. Dès que la France touche le ballon, elle est sifflée. Je lis sur Yahoo que :

"Dans un Stade de France garni du rouge marocain et vibrant aux phases offensives des joueurs d'Henri Michel, la France ensuite  été régulièrement malmenée jusqu'au but de Nasri à la 76e minute."

On n'ose pas parler des sifflets évidemment. Que la communauté marocaine encourage son équipe de coeur est plutôt sympathique. Qu'elle siffle l'équipe de France à Saint-Denis n'est pas fait pour arranger les choses.

Pendant ce temps Le Pen tient son congrès du Front National pour se faire réélire à la soviétique pour la 18ème fois : En voilà un qui va se réjouir.

Bousquet et ces sifflets : ça fait beaucoup pour une triste soirée.

A la fin du match, les commentateurs : " C'était un beau match. J'espère que vous avez passé une bonne soirée ". Non

09/11/2007

Non à la réforme

Bloqués hier soir en arrivant à la Gare du Nord, les voyageurs ne sont plus en voiture "silence". On dégaine les portables pour prévenir la famille d'un blocage dont on ne peut pas encore prédire l'issue. Mais la SNCF fait des progrès de communication. Elle annonce clairement qu'une manifestation d'étudiants bloque la voie pour une durée indéterminée.

Les étudiants se veulent solidaires de la fonction publique. Une solidarité qui n'a pas l'air partagé dans ce TGV ni par cette voiture de moins en moins "silence" et de plus en plus débridée. Chacun rappelle sa famille : Connard de Julliard. Oui ils en parlent aux infos. Font chier ces étudiants.. 

On nous annonce maintenant 1 heure de retard et donc de blocage. Nous sommes à 100m de la gare, mais les portes sont verrouillées. Impossible de sortir. Quand enfin nous pouvons arriver à quai, c'est pour rester coincé dans l'embouteillage de queue de manifestation.

C'est donc reparti avec l'UNEF et son patron Bruno Julliard. Ce jeune homme était déjà vieux en 1980. Il appelle ses maigres troupes à rejoindre les mouvements de grève qui s'amorcent. Ca fait partie de leur formation. Ils s'entraînent à la lutte pour conserver des avantages acquis qu'ils n'ont pas encore, et défendre une pré-retraite à laquelle ils rêvent déjà. N'étant pas fluidifiés par les enveloppes de l'UIMM, ils ont peu de moyens. Ils n'ont donc qu'une seule bannière, une seule pancarte et un seul slogan que l'on se transmet depuis 30 ans, au nom des éclatants succès de notre Université.

Non à la réforme. Quelle réforme ? Peu importe. Non à la réforme !

05/11/2007

La mondialisation de Facebook ( et de Google )

 

Facebook a tout d'un projet Open Source

Reprenant, de manière plus sérieuse, cette définition du graphe social d'après Mark Zuckerberg :

“C’est l’ensemble des relations de toutes les personnes dans le monde. Il y en a un seul et il comprend tout le monde. Personne ne le possède. Ce que nous essayons de faire c’est de le modeler modéliser, de représenter exactement le monde réel en en dressant la carte (to mirror the real world by mapping it out).”

Et si l'on considérait Facebook en tant que réseau social, sous l'angle du développement, dans le sens de développer une application, écrire du code. On parle ici de la comparaison avec des projets "Open Source" basés sur la contribution de volontaires à la création, l'amélioration et l'ajout de fonctionnalités à un programme ou un ensemble de programmes. Et si j'ai bien compris, Facebook doit son succès à la multitude d'applications qui peuvent être construites au-dessus de son API. Et si j'ai bien compris aussi, la nouveauté de Facebook était d'insuffler de la vie là où les autres ( LinkedIn, Viadeo, ..) se contentent de cartographier un ensemble de relations statiques.

Vous avez compris : d'un point de vue développeur, les LinkedIn, Viadeo et consorts sont juste des plates-formes déclaratives, tandis que Facebook vous offre la possibilité d'écrire votre propre code à travers ses API. La déclaration de Zuckerberg est assez surprenante de ce point de vue, car sa description du graphe social est une description purement statique qui, justement, peut s'appliquer aux réseaux sociaux "traditionnels", alors que l'originalité de Facebook est d'offrir une plate-forme dynamique. Il ne s'agit pas uniquement de répertorier ses amis ou relations, mais à tout instant de faire vivre ce réseau en y intégrant ses activités : un nouveau billet sur son blog, des photos sur Flickr que je viens de déposer, etc..

Si l'on considère Facebook comme une application, c'est une application en perpétuel mouvement, comme la vie, écrite par des millions de développeurs, et en langage naturel, qui plus est. On n'est pas loin d'avoir modélisé une partie du monde réel ( soyons moins mégalo que Mark Zuckerberg ) dans une application informatique écrite en langage naturel. On n'est pas loin du Graal de l'informatique.

Sauf qu'il y a un MAIS

De manière comparable à n'importe quel projet Open Source, les contributeurs sont guidés par une double motivation

  • Se rendre visible en démontrant ses capacités de tous ordres : sociales,  professionnelles, artistiques, ..
  • En tirer bénéfice sur le plan professionnel

Là où ça se gâte, c'est quand on lit les conditions d'utilisation ( traduites par Jean-Marie le Ray )  :

"En transférant votre Contenu utilisateur où que ce soit sur le site, automatiquement vous accordez, déclarez et garantissez que vous avez le droit d'accorder à la Société ( the company ) une licence - irrévocable, perpétuelle, non exclusive, transférable, libre de droits, mondiale (assortie du droit de sous-licencier) - d'utiliser, de copier, d'exécuter et d'afficher publiquement, de reformater, de traduire, d'extraire (en tout ou en partie) et de distribuer ce Contenu utilisateur à quelque fin que ce soit, en relation avec le site ou avec sa promotion, ainsi que de mettre au point des produits dérivés et d'incorporer tel Contenu dans d'autres produits, de même que vous accordez et autorisez l'exploitation de sous-licences sur lesdits produits. À tout moment, vous pouvez retirer votre Contenu utilisateur du site. Si vous choisissez de le faire, la licence accordée ci-dessus s'éteindra automatiquement, même si vous reconnaissez que la Société peut archiver et conserver des copies de votre Contenu utilisateur."

Utiliser, copier, modifier, redistribuer : tout ça rappelle furieusement le mode de fonctionnement de type GPL. J'ai le droit d'utiliser le logiciel. En échange de quoi, mes modifications sont mises à disposition de la communauté. Sauf que ce n'est pas de la communauté dont parle Facebook dans ses conditions d'utilisation, mais bien de la société, ( the company ) c'est-à-dire de l'entité capitalistique qu'elle incarne. Il s'agit là d'un détournement caractérisé de l'esprit de l'Open Source. Les contributions volontaires sont mises, tout aussi volontairement que dans le modèle "Open Source", à la disposition d'une structure capitalistique en tout point comparable à l'ogre Microsoft. Mais Facebook, comme Google a compris qu'il était vain de chercher à reproduire un modèle périmé de logiciel sous licence, développé par des équipes internes. La dimension mondiale, dynamique et en perpétuel mouvement de ces logiciels impose de recourir à la participation de tous les contributeurs. Le logiciel "fait maison", à la Microsoft, ne peut plus lutter contre la contribution sans cesse renouvelée des développeurs de projet de type "Open Source". Ce n'est même plus un modèle économique, ni la volonté de tirer partie d'une force gratuite, volontaire, potentiellement infinie qui fait la supériorité du modèle. C'est que ce logiciel est représentatif d'une portion du monde réel en perpétuel construction, qu'une entreprise - de quelque puissance qu'elle puisse être - est structurellement incapable de modéliser.

Pour la mondialisation de Facebook ( et de Google )

Facebook, comme Google d'ailleurs, s'arroge le droit de monopoliser les droits d'utilisation commerciale de toutes ces contributions. Car c'est nous qui fournissons l'information. Facebook comme Google ne fournissent que des plates-formes qui permettent de les exploiter ( pas grand chose, finalement ). C'est déjà pas mal, mais surement pas suffisant pour se donner le droit de capturer toute cette propriété intellectuelle et sociale au profit de quelques Km² de la Silicon Valley. Je ne sais pas si l'on a déjà vu un tel accaparement de la contribution de millions d'individus au profit de si peu . Autant le dire, je ne suis pas de ceux qui admirent cet exploit capitalistique. Et si je me réjouis de l'inventivité de ces entreprises, je m'effraie de la société de surveillance qui est en train de se mettre en place devant nos yeux admiratifs dans le pays du "Patriot Act". Les services rendus ont tout des caractéristiques d'un service public à la française au niveau mondial. Je sais bien que cette notion de service public a été tellement détournée au profit d'intérêts catégoriels qu'elle a peu de chance de séduire dans sa version française. Je sais bien que les intérêts financiers et surtout politiques sont tellement énormes que cette notion de Software As A Service PUBLIC n'est pas prête de s'imposer. Et puis, de toutes façons, on ne va pas reproduire les tentatives pathétiques et vouées à l'échec comme le Géoportail. Il s'agit plutôt de réfléchir à une nationalisation mondialisation de ces services. Dans le même esprit que ce qui a été fait à la Libération, il s'agirait de rendre à la communauté mondiale ce qui lui appartient de fait. Pas de pub, mais des services financés par la communauté au profit de tous. Qui aurait parié sur l'avenir des projets "Open Source" face à la logique capitalistique des entreprises de type Microsoft. Et pourtant le modèle a démontré sa capacité d'innovation et de résistance. Nous sommes aujourd'hui dans la même situation. Les alternatives sont comparables, à l'échelle mondiale. Et le combat dépasse de beaucoup la simple évolution de logiciels informatiques. Il s'agit de toute la connaissance du monde, de la carte dynamique des relations sociales et d'autres services que nous n'imaginons pas encore.

Dans cette bataille des réseaux sociaux, Google vient de répliquer avec son initiative " Open Social". On comprendra que je ne m'intéresse pas du tout à ce combat de prédateurs. En revanche, via Olivier Ertzscheid, je trouve cette idée :

"if Google proposes an OpenSocial API, it will get adopted in seconds, if some unknown entity propose the very same API, nobody will notice it. What is happening is that Google is quickly becoming the globally recognized entity in charge or defining the evolution of the Web: Google is quickly taking the role of W3C that, according to Wikipedia, is “the main international standards organization for the World Wide Web (abbreviated WWW or W3).”

Il faut aller plus loin. Que ce rôle, de facto, de normalisation de Google comme de Facebook, soit reconnu et que donc, ces entreprise deviennent la propriété de tous et non pas de quelques individus de la Silicon Valley. Jamais autant de vrai pouvoir n'a été concentré aux mains de si peu de persoonnes vivant en consanguinité sur une portion de territoire aussi exigüe. Quel que soit leur talent, il est grand, ces entreprises sont guidées par une culture et un environnement beaucoup trop fermée pour être capable de servir les aspirations d'une population beaucoup plus multiforme. Cette situation n'est donc  pas tenable à moyen terme. Faute de nouveau vocabulaire, on est bien obligé d'employer l'ancien. Et qu'on se rassure si nécessaire, je n'oublie rien des méfaits des diverses expériences collectivistes. La véritable mondialisation devra pourtant passer par l'appropriation collective des ces moyens d'information, au niveau mondial. Je ne sais pas si le W3C, ou l'ONU ou l'UNESCO est la bonne structure pour cela. Il est probable qu'il faudra inventer un modèle nouveau qui ne stérilise pas toute la souplesse et l'inventivité dont font preuve les structures capitalistiques. Ce combat est de même nature que celui qui a été mené par Richard Stallman en son temps, avec le succès que l'on sait. Il est tout aussi utopique, tout aussi nécessaire et tout aussi réalisable.

28/10/2007

Ancrez 15 milliards à Facebook

Bon, tout le monde le sait et en parle. Microsoft investit 240 Millions de dollars dans Facebook pour une prise de participation de 1,6%. Chacun a pris sa calculette pour en déduire une valeur de 15 Milliards de dollars. C'est Facebook le nouveau blockbuster. On a eu Myspace, mais c'est déjà fini ( bien fait pour Rupert Murdoch ! ), puis Second Life ( c'est quoi déjà ? ), c'est maintenant Facebook qui crée l'événement.

Je ne vais pas discuter ici de l'intérêt de Facebook, d'autres le font mieux que moi. C'est Nicholas Carr qui me donne une des visions les plus amusantes sur cette prise de participation. Il rappelle que nous ne savons pas tout sur cet accord, et que cette participation est plus un investissement stratégique que financier.

Mais le chiffre de 15 milliards de dollars reste intéressant, car il fixe une première valeur qui s'impose sans coup férir, grâce au prestige financier de Microsoft et à la furie de succès autour de Facebook. Cette espèce de méthode Coué et  d'autosuggestion, mais ici à l'échelle du Web, est décrite sous le nom de "mental anchor" dans une étude de l'université de Corpus Christi ( Texas ) que nous pointe Nicholas Carr.

Ancrer dans l'esprit est d'ailleurs une vieille expression française que cet article théorise.
Et voici l'expérience ( traduction libre de l'étude universitaire )

Faites tourner  la roulette qui tombe, sur le 10, par exemple. Puis demandez si le nombre de pays africains ayant un siège à l'ONU est de plus ou moins 10% du total des pays représentés  - mauvais esprit antiaméricain : Euh, c'est où l'Afrique ? demande l'étudiant de Corpus Christi (NDLR) - . La plupart des sondés répondront plus de 10 et que la bonne réponse est plus proche de 25. Là où ça devient amusant, c'est quand la roulette tombe sur le 65 et que vous posez la même question, vous obtiendrez un nombre beaucoup plus élevé que la première réponse (25) et qui sera plus proche de 45%. Autrement dit, on constate qu'un nombre tiré au hasard et n'ayant aucun rapport avec la question peut néanmoins vous influencer. Vous n'avez aucune idée de la réponse et vous vous raccrochez à n'importe quelle valeur disponible.

Mais si la valeur qui vous est fournie, provient d'une autorité, vous vous accrocherez encore plus à cette valeur. Et voilà comment ce premier chiffre de 15 milliards de dollars est à peine discuté et devient la référence de valorisation de Facebook.

On sait que Google veut  numériser TOUT le savoir du monde. Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook est déjà arrivé au même niveau de mégalomanie. Francis Pisani nous raconte qu'on lui demande ce qu'est ce "social graph"

“C’est l’ensemble des relations de toutes les personnes dans le monde. Il y en a un seul et il comprend tout le monde. Personne ne le possède. Ce que nous essayons de faire c’est de le modeler modéliser, de représenter exactement le monde réel en en dressant la carte (to mirror the real world by mapping it out).”

Mégalomane comme Google, et tout aussi adroit financièrement comme le prouve cette manoeuvre de  "mental anchor" c'est bien parti pour Facebook .

22/10/2007

Nous en sommes pas dignes de Guy Môquet

Manoeuvré par le Parti Communiste, arrêté par le régime de Vichy puis fusillé par les balles allemandes, Guy Môquet est bien la victime de toutes les saloperies de l'époque.

Sa lettre d'adieu est un moment sublime de pureté qui témoigne de la grandeur de ce tout jeune homme. Une grandeur et une pureté qui aurait du rassembler tout le monde.

Mais voilà, du corporatisme le plus étroit de certains professeurs, des circonvolutions des historiens, en passant par Bernard Laporte jusqu'aux accusations de manoeuvre contre les régimes spéciaux des cheminots !!, la France poisseuse aura montré qu'elle n'a rien perdu de son esprit de boutique. Rois de la combine, de la démerde, des coups par en dessous, du marché noir et des lettres anonymes, incapable de voir au delà de sa casemate, voilà bien une France éternelle, celle qu'on déteste et qui ne connait que sa petite soupe.

En 1976, on avait réussi à accuser Soljenitsyne de perturber les élections cantonales , il fallait se surpasser dans la connerie en 2007. C'est fait.

18/10/2007

La nouvelle laïcité

Suivant les conseils de mon ami Olivier lors d'une soirée, triste comme une défaite en demi-finale, puis joyeuse comme un anniversaire, je poursuis notre lecture du livre de Benoît XVI : Jésus de Nazareth

b254d165cf2f5f902bd08b8444c08240.jpgLe Sermon sur la montagne est au centre de la prédication du Christ. C'est à cette occasion que Jésus prononce ses célèbres béatitudes : " Bienheureux les pauvres de coeur, ils connaîtront le Royaume de Dieu, .." . Mais c'est à propos d'un autre sujet, qui peut nous paraître mineur à nous autres occidentaux, que ce livre m'a une fois encore passioné.

Une querelle entre Jésus et les juifs de son temps concerne ce qui est autorisé ou non pendant le Sabbat. A ce propos, Benoît XVI nous présente le livre d'un savant juif Jacob Neusner : "A Rabbi talks with Jesus. An Intermillenian Interfaith Exchange". Et c'est l'occasion d'un autre dialogue avec ce Rabbin, qui donne à cette querelle une portée tout à fait considérable et à ma connaissance très nouvelle, dans la position de l'Eglise par rapport à la laïcité.

"Rendez à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César" est devenu presque un proverbe qui est censé fonder la laïcité. Il ne l'interdit pas en tous cas. Mais Jésus, le personnage historique, ne pouvait pas prévoir que César s'appelerait bientôt Constantin. Martyrisée puis tolérée, ce sera bientôt la religion chrétienne qui tolèrera les autres, pendant une courte période, avant de devenir la religion officielle et non tolérante de l'Empire, sous Théodose. Pendant de longs siècles, pouvoir politique et pouvoir religieux se sont presque confondus. En France, le Roi très chrétien est Roi " par la grâce de Dieu ". Si elle maintient toujours son autonomie politique par rapport à Rome et à son propre clergé, la monarchie ne se conçoit pas en dehors de l'autorité morale de l'Eglise qui fonde l'organisation sociale et juridique.

La séparation de l'Eglise et de l'Etat, de la sphère religieuse et de la sphère publique, ne date que d'un siècle. Elle fut imposée par les circonstances politiques à une Eglise qui n'en voulait pas. Certains la soupçonnent toujours de vouloir revenir dessus.

C'est là où la méditation de Benoît XVI à propos de la querelle du Sabbat donne un éclairage nouveau à cette affaire de la laïcité. 19 siècles d'histoire de l'Eglise laissent la place à une vision complètement renouvelée d'une question qui se pose à toutes les religions, et de la manière la plus brûlante en terre d'Islam.

L'interprétation courante de la querelle du Sabbat est de donner à Jésus une posture libérale par rapport à une conception rigoriste, fixiste et pour tout dire un peu bornée de ses règles. " Le Sabbat a été fait pour l'homme et non l'homme pour le Sabbat " : cette interprétation ne va pas encore au coeur de la question. Le vrai scandale pour le Rabbin Neusner, la clé de la nouvelle Torah pour Benoît XVI, est dans l'affirmation que " Le fils de l'homme est le maître du Sabbat " . Le fils de l'homme, c'est Jésus lui-même, qui prend la place de la Torah. Et le rabbin de citer un extrait du Talmud babylonien :

"Rabbi Shimlaï rapporta 613 préceptes qui ont été transmis par Moïse ; 365 préceptes négatifs correspondant aux jours de l'année solaire, et 248 correspondent aux parties du corps humain. Sur quoi David vint et en réduisit le nombre à 11. Sur quoi Isaïe vint et en réduisit le nombre à 6. Sur quoi Isaïe vint une seconde fois et en réduisit le nombre à 2". Dans le libre de Neusner, vient immédiatement après le dialogue suivant : Est-ce cela que Jésus le sage avait à dire ? demande le Maître. Pas exactement, mais à peu près. Qu'a-t-il omis. Rien. Qu'a-t-il ajouté alors ? Lui-même ( c'est moi qui accentue ). Tel est le point central de l'effroi causé par le message de Jésus aux yeux du juif croyant. Le caractère central  du je de Jésus dans son message qui donne une nouvelle direction à toute chose."

C'est toute la fonction sociale du Sabbat, et de la Torah qui est en jeu ici. Elle est en jeu pour la religion juive, comme elle pourrait l'être pour l'Islam ou pour la Chrétienté. Le Christ en s'affirmant maître de la Torah ne se situe plus au niveau d'un simple prophète qui interprète, mais au niveau de Dieu qui est au dessus de toute Loi. Comme le dit Benoît XVI :

"La Torah avait pour tâche de fournir à Israël un régime juridique et social concret à ce peuple particulier, qui est d'une part un peuple bien déterminé, dont la cohésion interne est assurée par la filiation et la succession des générations, mais qui est, d'autre part, d'emblée et par nature porteur d'une promesse universelle. Dans la nouvelle famille de Jésus, que l'on appellera plus tard l'Eglise, ces différents dispositifs juridiques et sociaux ne peuvent avoir de validité générale dans leur littéralité historique. C'était bien là le problème au début de "l'Eglise des Nations" et l'objet de la controverse entre Paul et les "judaïsants". Reporter l'ordre social d'Israël tel quel sur tous les hommes de tous les peuples aurait constitué, de fait, la négation même de l'universalité de la communaute de Dieu en train de se constituer."

Je ne sais pas si l'on voit bien l'importance de ce dialogue qui s'établit entre le rabin Neusner et Benoît XVI. Benoît XVI abandonne toute prétention de l'Eglise à fixer des règles sociales et juridiques. Celles-ci sont laissées à la liberté des hommes de se fixer leurs propres règles. Reprenant ses propres termes :

" L'absence de toute dimension sociale dans la prédication de Jésus, que Neusner critique avec beaucoup de discernement d'un point de vue juif, cache un événément d'une portée historique universelle, sans équivalent dans toute autre culture : les dispositifs politiques et sociaux concrets sont renvoyés de la sphère immédiate du sacré, de la législation du droit divin, à la liberté de l'homme, qui à travers Jésus, est enracinée dans la volonté du Père et qui, partant de lui, apprend à discerner ce qui est juste et bon. "

La laïcité qui, historiquement, a été un accomodement, une reculade sur laquelle certains fondamentalistes voudraient revenir, est maintenant placée au coeur de la singularité de la prédication de Jésus. C'est le caractère divin de la personne de Jésus qui redonne aux hommes la maîtrise de leur organisation sociale. La laïcité n'est plus une concession, elle est maintenant revendiquée, elle témoigne de la divinité du Christ, elle est donc au coeur de la Chrétienté et l'Eglise ne cherchera pas à reprendre un pouvoir social qu'elle a exercé pendant si longtemps.

Le livre de Benoît XVI est signé Joseph Ratzinger et la préface précise qu'il s'agit de réflexions personnelles, qu'il ne fait pas oeuvre de magistère. Ce n'est donc pas l'Eglise toute entière qui s'exprime ainsi. Mais Benoît XVI sait bien qu'il n'est pas un auteur catholique comme les autres, que sa parole pèse du poids de son autorité de Pape même si la fonction pontificale n'est pas engagée en tant que telle. On peut néanmoins penser que la nouvelle laïcité ne sera pas remise en cause.

Pas besoin d'être extra-lucide pour voir dans le "sans équivalent dans toute autre culture" une allusion à l'Islam. Dans sa position, Benoît XVI ne peut pas se permettre d'être plus précis. Il se contente de souligner le caractère unique de la prétention de Jésus à être Dieu incarné sur terre. Pour l'Islam, il n'y a Dieu que Dieu et Mahomet est son prophète. Beaucoup, en Occident, souhaite voir l'Islam suivre le même chemin de sécularisation que le christianisme, en resituant la Charia dans son contexte historique qui n'est plus le nôtre : autrement dit l'adoucir et l'édulcorer.

La laïcité chrétienne refondée par Benoït XVI sur le caractère divin du Christ - qui n'est pas un prophète - montre que l'on parle ici du coeur d'une religion, et non pas d'une simple interprétation libre de règles provisoires.