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19/06/2008

Je repasse mon Bacc

Sujet de Bacc philo : Peut-on désirer sans souffrir ?

Je m'apprêtais à tenter l'exercice ; peut-être le présenterai-je bientôt au jury blogosphérique.

Et puis la rêverie du bachelier solitaire me fit rappeler le seul vers de Corneille qu'on n'oublie jamais. Le désir en est le sujet du premier vers dont les trois suivants feront ma dissertation d'aujourd'hui.

Et le désir s'accroît quand l'effet se recule
Son mol instrument l'est tant qu'il est minuscule
Se dresse rectiligne à percer les rondeurs
Le court instant de sa véritable grandeur

 

16/06/2008

Après le NON irlandais

    Après la France, ex grande puissance fatiguée, les Pays Bas, moyenne puissance prospère, c'est l'Irlande, ex petite puissance et nouveau tigre de l'Europe, qui n'en veut décidément pas.

Une France en déclin craint de voir sa personnalité dissoute dans un ensemble européen où son importance se dilue au fur et à mesure de l'intégration de nouveaux pays.

L'Irlande, au contraire, n'a rien à regretter d'un passé de colonie britannique, jalonné de massacres et de famines qui en font un exemple de colonisation parmi les plus atroces de l'histoire. Il suffit juste de rappeler les massacres de 1649, que certains qualifient de génocide, ou la grande famine de 1848.

Le 10 mai 1972, ce sont 84,6% des Irlandais qui votaient Oui au référendum d'adhésion à l'Union Européenne. Le moins qu'on puisse dire, c'e'st que d'un point de vue strictement économique, ils n'ont pas eu à se plaindre de ce choix. Ils ont maintenant le PIB par habitant le plus élévé de l'Union, juste derrière le Luxembourg.

Et pourtant ils votent Non ; et ce n'est pas la première fois.  En 2001 déjà ils votaient Non au Traité de Nice en pleine euphorie économique. Ils ratifiaient ce Traité de Nice lors d'un nouveau référendum en 2002. A voir sur Euractiv.com, l'historique des référendums irlandais concernant l'Europe.

Ca commence à faire beaucoup de Nons :

  • Le Non du Danemark au Traité de Maastricht en juin 1992
  • Le Non du Danemark à l'Euro en septembre 2000
  • Le Non de l'Irlande au Traité de Nice en juin 2001
  • Le Non de la France au Traité constitutionnel en mai 2005
  • Le Non des Pays Bas au Traité constitutionnel juin 2005
  • Ce Non de l'Irlande au Traité de Lisbonne en juin 2008

Seuls, deux pays ont voté Oui par voie référendaire : L'Espagne et le Luxembourg.

A chaque fois, on a inventé des solutions de contournement du vote populaire. Le Danemark n'a pas adopté l'Euro, mais la couronne danoise est dépendante de l'Euro. On a refait voter l'Irlande pour le Traité de Nice. La France a finalement ratifié le Traité de Lisbonne par voie parlementaire, après avoir refusé le traité constitutionnel.

J'ai pris partie, en son temps, pour le vote parlementaire du Traité de Lisbonne dont je pense encore aujourd'hui qu'il était le seul moyen de sortir l'Europe de son impasse. Car s'il y a beaucoup de Nons, il y a encore plus de Ouis. Le Traité de Lisbonne et sa ratification parlementaire représentaient un compromis entre le respect nécessaire des pays ayant déjà voté Oui et la possibilité donnée aux autres de prendre en compte certaines de leurs réticences. Le peu de différences entre les deux textes ne fait que refléter le rapport de forces et de population entre ceux ayant déjà approuvé le projet et les autres.

Il est clair que l'on ne va pas recommencer l'opération pour l'Irlande, en attendant la décision des Anglais ou des Polonais qui pourraient remettre l'édifice à plat une fois encore.

En réalité, il faut en terminer avec ce processus de ratification pour ceux des pays qui le souhaitent, conserver des statuts particuliers au sein de l'Europe pour ceux qui se sont arrêter à mi-chemin, et passer à l'étape suivante.

C'est la nature de cette étape qui, à mon avis, a entraîné l'échec de la présente. Ce traité a d'abord été présenté comme Constitution, puis Traité constitutionnel, (qu'est ce que c'est ?), puis comme Traité tout court. En fait cela a toujours été un traité et jamais une constitution. Toujours un assemblage péniblement négocié de mesures techniques et jamais un texte définissant la nature, les valeurs, et l'organisation des pouvoirs au sein d'une Union aux contours définis.

L'approche de Jean Monnet qui enserre les états par des accords techniques de plus en plus contraignants a eu pour effet de créer un ensemble de liens si forts qu'ils rendent quasi impossibles la reprise des conflits intra-européens. Cette méthode extrêmement pragmatique et bien peu exaltante a quand même réussi à créer un ensemble unique au monde et dans l'histoire des hommes. Jamais auparavant, des états souverains ne se sont associés de manière si étroite et pacifique sans être sous la domination ou l'invasion du plus fort d'entre eux. L'Europe n'est pas un empire né d'une conquête, c'est une union librement décidée, née de défaites et de retraits d'anciennes colonies. Il serait absolument tragique de s'arrêter là, ou pire encore de revenir en arrière.

On dit du référendum que les électeurs ne répondent pas à la question posée. Dans un article tragique d'aveuglement, Alain Lamassoure le qualifie même de procédure la plus prisée des dictateurs. D'après lui et tous ceux qui s'opposent à cette procédure, les électeurs ne peuvent pas répondre à un texte bien trop compliqué ; ils répondent donc à d'autres questions.

Si la France en déclin et l'Irlande en expansion votent Non, c'est sans doute que la question économique qui forme l'immense majorité du texte n'est pas leur premier souci, lorqu'il s'agit de l'Europe. Si la France puis l'Irlande ont répondu Non pour des raisons bien différentes, c'est qu'ils répondent aux questions qui les préoccupent et non à celles qu'on leur pose. C'est la nature de la question elle-même qu'il faudrait interroger qui, visiblement, n'est pas celle que les peuples attendent.

Je demeure persuadé que la méthode Monnet a fait son temps, et qu'elle n'est plus adaptée à l'Europe, là où elle est arrivée aujourd'hui.

Il est clair qu'il faut changer de perspectives et proposer aux peuples un texte qui dise ce qu'est l'Europe, quelles sont ses valeurs et son projet. Un texte qui pose des principes et une vision en laissant délibérément les questions techniques aux soins de ceux dont c'est le rôle d'en débattre, c'est à dire les parlements. Ca s'appelle une Constitution, une vraie cette fois, de même type que celle de la France ou des Etats-Unis. L'occasion a été manquée pour cette fois-ci, et les peuples qui ont eu l'occasion de s'exprimer directement n'ont pas manqué de le dire. On ne peut plus continuer à construire une Europe à base de quotas laitiers ou de niveau de décibels des tondeuses à gazon. Les peuples veulent s'exprimer sur l'essentiel, c'est à dire la nature, l'organisation et les valeurs de cette Union librement décidée.

La Communauté Economique Européenne est morte en 1993 dans les textes. En réalité, l'Europe n'a jamais cessé d'être exclusivement économique. Pour marquer spectaculairement cette étape essentielle qui marquerait le début d'une Union politique et la fin de la Communauté Economique Européenne, seul un référendum européen, le même jour, pour tous les européens à la majorité simple du OUI ou du NON permettra de créer cette entité nouvelle que personnellement j'appelle de mes voeux.

06/06/2008

Générateur de couvertures Sarkozy

    Ce fut un moment futile comme on les aime. Surtout au début, avant que tout le monde s'y mette et que ça devienne pesant. Vous vous souvenez des couvertures de Martine ? Comme celle-ci par exemple :

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ou chez Xavier de Mazeond qui s'était laissé tenter par l'exercice.

Le site a fermé pour des raisons obscures, alors qu'il générait une publicité gratuite et plutôt sympathique pour le personnage de Martine. Mais il paraît que le code source est toujours disponible (de toutes façons il ne doit pas être bien compliqué) et surtout l'idée ne peut pas être fermée, elle.

C'est l'article de Marianne, assez drôle d'ailleurs, qui me donne l'idée que l'on pourrait faire renaître un générateur de couverture, mais pour Nicolas Sarkozy cette fois-ci.

"Selon l'OJD, les 252 couvertures qui ont été consacrées à Sarkozy ont fait vendre 110 millions de magazines en 2007.(..)  600 000 exemplaires écoulés dont 200 000 en kiosque"  pour la première interview de Carla Bruni dans l'Express.

Malgré sa baisse dans les sondages, Sarkozy fait toujours vendre. On s'interroge maintenant sur ses rapports avec les femmes, avec les psys. Mais on risque bientôt d'être à court d'idées.

Marianne propose déjà une future couverture : Sarkozy et les macarons :

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Il faut industrialiser tout ça, que tout le monde s'y mette dans un esprit très Web 2.0. Bref, il faut libérer le code du générateur Martine pour en faire un générateur de couverture Sarkozy, qui pourra déjà nous en révéler des facette encore inconnues, en commençant par ses six cerveaux qu'on vient de lui découvrir.

Espérons pour Carla que tout ça ne finira pas par un "Sarkozy : Carla c'est fini. Martine mon nouvel amour"

03/06/2008

Annulation de mariage à Lille : Tout le monde est à sa place (ou presque)

Dans cette affaire de l'annulation de mariage à Lille, il y a plusieurs parties prenantes :

  • Le tribunal de grande instance de Lille
  • Le pouvoir politique
  • Les mariés

Le juge du tribunal d'instance prend en compte la demande des mariés qui considèrent l'un comme l'autre que la virginité de l'épouse est une qualité essentielle dont la dissimulation constitue pour les deux parties une rupture du contrat de mariage.

Dans ces conditions, on peut s'étonner que la future épouse ait consenti à un mariage dont elle connaissait l'invalidité par rapport aux valeurs essentielles partagées par le couple. Pourquoi, en effet, se marier, si elle savait que son futur mari ne pourrait accepter le fait qu'elle ne soit plus vierge. Dans ce cas, il aurait été tellement plus simple de ne pas dire "oui". Mais ceci n'est que commentaire et opinion dont je conçois qu'un juge n'ait pas à tenir compte pour se baser sur des faits, et sur une demande qui semble correspondre à la demande commune des deux époux. En tant que juge, je ne vois pas ce qu'il pouvait faire d'autre que d'aquiescer à cette demande. Par rapport au texte de Loi, il n'a pas à prendre partie sur le fait que la virginité soit, ou non, une qualité essentielle de la future épouse. Il ne fait que prendre en compte le fait que ce mensonge de la future épouse était reconnu par les deux parties comme quelque chose, important pour les deux, et qui donc vaut annulation.

Voilà l'argument juridique défendu par son représentant le plus célèbre (eolas). Tout repose sur le fait que les deux époux soient d'accord pour annuler ce mariage du fait de la non-virginité de l'épouse seule. Ce sont les faits, et on peut comprendre qu'un juge n'ait pas à faire des hypothèses non étayées. Ce juge entend que les deux parties sont d'accord pour considérer la virginité de l'épouse comme une caractéristique essentielle de la validité du mariage. On peut comprendre qu'il n'ait pas à prendre partie sur cette croyance privée, et qu'il acquiesce à une demande qui les satisfait tous les deux. En tous cas, c'est ce qu'ils affirment.

En considérant que la virginité n'est pas importante, le juge prendrait partie, dans un débat de société, par rapport à une très vieille tradition, commune aux religions chrétiennes et musulmanes, dont il ne peut ignorer le poids.

 

En tant que pouvoir politique qui fait les Lois, ses représentants et nous-mêmes qui les choisissons, ne peuvent pas être aussi littérals par rapport au texte de Loi. Il apparaît en effet très probable que ce jugement correspond plus au souhait de l'homme qu'à celui de l'épouse. Celle-ci, en effet, y a sans doute trouver un moyen d'échapper à un mariage auquel elle a consenti tout en sachant fort bien qu'il ne pouvait satisfaire son mari. Si elle y a consenti, pour accepter plus tard d'y renoncer alors qu'il aurait été plus simple de le refuser à l'avance, on peut penser que cette première acceptation n'était pas complètement libre.

Par ailleurs, si le juge peut entendre le fait que la virginité soit une qualité essentielle de la future épouse, puisqu'elle est revendiquée comme telle par les deux, il appartient aux représentants de la société de se prononcer sur cette valeur. C'est leur liberté dira-t-on. C'est surtout la liberté de l'homme d'exiger que la femme renonce à sa liberté sexuelle. Comme le dit Catherine Kintzler :

"Lorsqu'un monsieur demande une vierge, il réclame une femme qui n'aura pas usé de cette liberté. Il s'en trouve, et ne pas user d'une liberté, c'est aussi une liberté : mais c'est le droit de la femme de ne pas en user, son droit à elle. Lui, quand il exige cela, il dit qu'il ne veut pas de cette liberté pour les femmes. Il exige donc pour les femmes la privation d'un droit fondamental"

En théorie, la virginité est demandé aux deux futurs époux. C'est en tous cas la tradition chrétienne. Dans la pratique, elle n'est éventuellement vérifiable que chez la femme. L'inégalité de traitement et de condition est patent. Par rapport à une très vieille tradition qui ne fait plus partie de nos valeurs, le pouvoir politique a donc raison d'intervenir dans une affaire qui n'est surement pas "strictement privée". Cette affaire décidera si oui ou non la viriginité de la femme est reconnue comme une valeur essentielle pouvant valider le mariage. Et le mariage n'est évidemment pas qu'une affaire privée. Le législateur est toujours intervenu dans le domaine de cette cellule de base de la société, qu'elle soit maritale ou de la même famille d'association (PACS).

 

Tout va pour le mieux dans cette affaire. Le juge ne sort pas de son rôle en prenant acte de la demande commune des époux. Le pouvoir politique intervient et fait appel d'une décision qui menace gravement l'égalité de condition de l'homme et de la femme. Et les époux, l'époux en tous cas, que demande-t-il ?

Il demande à la société civile de prendre partie par rapport à des valeurs strictement privées. Il lui demande de valider le fait qu'un mensonge sur la virginité, et donc que la virginité elle-même soit considérée comme une condition sine qua non de son mariage. Il demande donc à ce que ses convictions privées soient validées par la Loi. Comme l'écrit Alain-Gérard Slama dans le Figaro :

"Il témoigne que la raison juridique, dont le propre est de résister à toutes les formes d'arbitraire, se laisse de plus en plus envahir par les passions et les caprices des intérêts particuliers, voire de l'obscurantisme. De la même façon que la mauvaise monnaie chasse la bonne, le droit, investi par les revendications de droits, tend à devenir un levier au service de groupes et lobbies, religieux, ethniques, sexistes, qui cachent, derrière le chantage au déni de droit, à la discrimination et au racisme, la poursuite d'un statut qui les dispense de respecter les codes, qui les excepte de la loi générale."

C'est bien là, en effet, le coeur du débat. Si la virginité constitue une condition essentielle du mariage, c'est l'affaire de chacun, et de ses convictions religieuses. C'est donc une affaire strictement privée sur laquelle les instances judiciaires n'auraient pas du avoir à se prononcer. En portant l'affaire au tribunal, les époux exercent un chantage auprès de ses représentants pour qu'ils prennent partie dans un débat qui les dépassent. Il est heureux que ce jugement soit discuté sur la place publique et que la pression de l'opinion ait libéré le juge d'une responsabilité qui ne pouvait être la sienne, qui est maintenant celle du pouvoir politique, de nous-mêmes, pour renvoyer la virginité dans la sphère des convictions et des comportements privés.

15/05/2008

Attali pète les plombs

    Depuis qu'il a fait sa grosse commission, Jacques Attali ne se retient plus. Son cervolcan crépite et bouillonne à plein gaz. Sa dernière émanation est un FART . Ce FART est un nouvel ensemble formé de la France, l'Allemagne, la Russie et la Turquie. Par rapport à l'Union Européenne, il n'est ni dedans, ni dehors. Peut-être derrière..

France, Allemagne, Russie, Turquie pour un nouveau bouquet. Tous les trois, nos anciens ennemis, nous affirme-t-il. Mais notre visionnaire connaît mieux l'avenir que son Histoire. Il a du oublié nos relations avec la Sublime Porte depuis François 1er au moins, et l'alliance russe toujours recherchée quand notre diplomatie est intelligente. O Delcassé !

Le FART est sensé équilibrer les puissances montantes comme la Chine, l'Inde et même l'Afrique. On ignorait jusqu'alors que l'Afrique était une puissance unifiée, ayant atteint le milliard d'habitants. 

Jacques Attali voit loin, mais ça fait beaucoup de pétards mouillés lancés aux peuples qui mettront mille ans, dit-il avant de digérer l'entrée de la Turquie.

Attali voit le FART en facteur de paix tôt manié par son cerveau fécond. Mais pourquoi le FART dans cet ordre Jacques ? Avec le FRAT, tu lancerais une ode heureusement mieux inspirée, pour nos amis anglo-saxons. L'excellent chroniqueur Arthur Goldhammer n'a pas manqué de renifler derrière ce FART certaines effluves nauséabondes que tout anglophone repère plus naturellement que nous.

Une usine à gaz à lui tout seul, commente Arthur.

Et quand en plus elle ne produit que du vent..

09/05/2008

Quand Bobo-Psy commente l'affaire Fritzl

 

C'est dans Le Point et chez Karim Sarroub que l'inénarrable Jacques-Alain Miller, héritier du non moins inénarrable de Jacques Lacan, livre son analyse sur l'abominable affaire Fritzl.

Extraits de la péroraison de Diafoirus Miller:

"Le Point : Qu’est-ce qui peut conduire un individu à un tel degré de perversion ?
Jacques-Alain Miller : Une bonne éducation, à l’ancienne, de hautes vertus morales... Je m’explique. Par quels traits Das Inzest-Monster, comme l’appellent les Autrichiens, restera- t-il dans les annales cliniques et policières ? Vous pensez bien qu’il ne le devra pas au seul fait de l’inceste, pratique fort répandue, ni non plus au nombre de ses victimes. S’il est exceptionnel, c’est par la ténacité, la constance, l’endurance. Ce qui sort de l’ordinaire, c’est la régularité invariable d’un acte immonde, la méthode, la minutie et l’esprit de sérieux investis dans l’accomplissement solitaire d’un forfait unique s’étendant sur un quart de siècle. Pas une erreur, pas un faux pas, pas un acte manqué. Total quality. Ce sont là autant de qualités éminentes traditionnellement attribuées au caractère germanique. Mises au service de la science et de l’industrie, elles ont fait la réputation des pays de langue allemande. D’ailleurs, c’était un ingénieur en électricité, et il disait à sa femme qu’il descendait dans sa cave pour dessiner des plans de machines.
Si Gilles de Rais en France, Erzsebeth Bathory en Hongrie, grands féodaux des XVe et XVIe siècles, restent dans les mémoires, c’est au contraire pour le désordre de leur conduite, leurs viols et assassinats innombrables. L’Autrichien, petit notable provincial, lui aussi est un tyran, mais purement domestique. Il mène une existence parfaitement « popote », mais dédoublée. Il est fidèle à sa fille Elizabeth, unique objet de sa jouissance, dont il fait en quelque sorte une seconde épouse. Il lui donne sept enfants, le même nombre qu’à son épouse légitime. Il semble que l’on ne puisse lui reprocher ni avortement ni contraception : c’est un bon catholique. Il opère dans la plus grande discrétion, sa conduite n’est l’occasion d’aucun scandale, d’autant que cette seconde famille, il la fait vivre sous terre, dans des cagibis aveugles où l’on ne peut se tenir debout, à la Louis XI."

Comme l'affaire de Bruay en Artois en son temps, comme Marguerite Duras en extase ( coupable , forcément coupable ) à l'époque de l'affaire Grégory, le bobolandais psy se doit de délivrer sa vision.

Vie bourgeoise, éducation catholique, rigueur allemande : Kinder, Küche, Kirche sont les trois mamelles de l'abomination pour ne pas dire du nazisme. "La maison natale de Hitler est à une heure et demie d’Amstetten par la route, Mauthausen plus proche encore"  remarque encore le pontife. On n'échappera pas non plus au fameux "père sévère" dans l'ignominie.

La psychanalalyse, qui garde son intérêt théorique, se meure des Trissotins qui l'incarnent. A force de haine d'une vie bourgeoise dont ils partagent en rougissant les avantages matériels, ils finissent par y voir la racine de pulsions qu'ils dominent par leur savoir quand d'autres y succomberaient de leur aliénation.

De Hitler lui-même, et Beria, en passant par Dutroux jusqu'à Fourniret, il ne manque pas d'exemples de vie de bohême associée à l'ignoble. On en trouvera autant derrière l'apparence d'une vie bien rangée, chez Goebbels jusquà ce Fritzl. Le Mal ne se laisse pas réduire à un mode de vie.

30/04/2008

Fabriqué en dollars, vendu en Euros

Quand le dollar perd 10 cents face à l'euro, Airbus perd un milliard estime Louis Gallois, président d'EADS.

Airbus fabrique en Euros et vend en dollars.

Il y en a d'autres qui font le contraire.

Des fabricants de matériel informatique, comme le mien par exemple. Chez Sun, on fabrique en dollars et on vend en Euros. Le taux de change est alors très favorable pour le vendeur, beaucoup moins pour le client. C'est aujourd'hui la zone Euro, y compris la France, qui tire les résultats, alors que la zone américaine se traîne.

Un de nos clients, qui a une filiale au Brésil, s'est fourni là bas à des prix beaucoup moins élevés que ce qu'il nous paie en France pour les mêmes équipements. A voir la différence, il n'est pas loin de penser qu'il s'est fait rouler. 

Du coup, il essaie de se fournir au Brésil plutôt qu'ici, pour ses nouveaux matériels à destination de la France. 

28/04/2008

Elkabbach devrait lire Bossuet

Il y a l'information financière et boursière. Quelques minutes ou même quelques secondes d'avance peuvent faire la différence. On peut comprendre l'importance d'être le premier et des investissements que cela nécessite. Des décisions sont prises à partir de ces informations, des décisions qui peuvent engager plusieurs milliards.

Il y a des informations stratégiques qui alimentent les gouvernements. Chaque pays entretient des services de renseignement pour ça. Avoir la bonne information au bon moment est évidemment un avantage qui peut être décisif.

Et puis il y a l'information qui nous arrive tous les jours, et maintenant de façon continue. Une information liquide pour sa capacité à prendre toutes les formes qui la portent et surtout pour parce qu'elle s'écoule comme un flot au passage duquel peu de sédiments survivent, déjà noyées par la vague suivante. C'est l'information ordinaire, que l'on trouve partout, sans valeur intrinsèque car disponible en mille endroits.

Il y avait naguère une culture du scoop que l'on peut sans doute comprendre. Si vous êtes un journal quotidien et que vous "sortez une info" que n'ont pas les autres, vous gardez un avantage pendant toute une journée. A l'heure des radios et des télévisions d'information continue, à l'heure d'Internet, cet avantage n'est plus que de quelques minutes. Autrement dit, il n'existe plus. Quand on cherche une information sur Internet, elle n'est pas classée par ordre d'apparition dans le temps, mais par ordre d'influence et de popularité de celui qui l'émet.

Le vrai scoop c'est d'avoir en direct telle personnalité qui s'exprimera sur votre média. Cette personnalité n'étant pas douée d'ubiquité ne pourra être que sur votre média à ce moment-là, et pas ailleurs. Vous avez une exclusivité qui ne peut pas être cassée.

Jean-Pierre Elkabbach croit encore qu'annoncer la mort de Pascal Sevran cinq minutes avant les autres lui donnera un avantage. Il aurait du penser que :

  • Si j'écoute Europe1 à ce moment-là, je n'écoute pas RTL et je ne sais donc pas qu'il est le premier à l'annoncer. Une primauté qui d'ailleurs m'indiffère.
  • Si l'information est vraie, j'aurais la même partout ailleurs dans les minutes qui suivent
  • Comme l'information est fausse, mon degré de confiance envers Europe1 va être sérieusement écorné

Tout à perdre et rien à gagner pour une radio généraliste comme Europe1 dans ce type de faux scoop :

  • Le principal atout des médias institutionnels réside dans le savoir-faire et l'expérience accumulée par leur rédaction face à l'amateurisme supposé, au manque de temps et de ressources matérielles des internautes et des bloggeurs
  • Ces médias auraient donc tout intérêt à jouer la carte de la qualité, de la réflexion et de l'analyse, portées par des signatures qui restent connues et souvent respectées
  • La course au people sera toujours perdu par plus trash que vous

Le summum est atteint quand le même Elkabbach donne une interview à La Croix le 11 avril, pour enjoindre 10 jours après ses journalistes d'Europe1 d'annoncer cette pseudo mort de Pascal Sevran.

Extrait de cette interview titrée : Face à la peopolisation de la presse, Jean-Pierre Elkabbach contre-attaque en créant un comité d'éthique à Europe1:

La Croix : Pourquoi voulez-vous créer un comité d’éthique au sein d’Europe 1 ?

Jean-Pierre Elkabbach : Il ne s’agit pas pour nous de donner des leçons, de nous opposer au progrès, mais de nous interroger : les nouvelles technologies posent des problèmes inédits à notre métier. Si elles permettent d’élargir l’offre à la planète et de favoriser comme jamais l’accès à l’information pour tous, elles s’accompagnent par ailleurs d’une suspicion : quelle est la part du vrai et du faux, de l’annonce et du ragot, du savoir et de l’opinion ?
Une information lancée sur le Net peut être reprise par tous les médias hexagonaux, voire internationaux. À l’ère de l’immédiateté, de l’apparence, de la dictature de l’émotion, la contagion est générale.

La Croix : Et qui, selon vous, empoisonne le système ?

Jean-Pierre Elkabbach : Des sites qui, pour exister, pour faire un coup, pour nuire à un adversaire, lancent des rumeurs, des fausses informations, des ragots, des nouvelles non vérifiées.

La revue Commentaire fête ses 30 ans. Elle se porte bien, merci pour elle, visant le haut de gamme et surtout la différence. Voici ce qu'en dit Jean-Claude Casanova dans une interview à Nonfiction.fr :

"Vous m’avez demandé au début : qu’est-ce qui distingue une revue ? La presse ne peut pas fournir ce que nous proposons. La page du Monde, c’est environ 10 000 signes, or nous proposons des articles plus longs, entre 25 000 et 50 000 signes. D’autre part, on ne trouve pas en France, de magazines à haut niveau intellectuel comme ceux qui existent depuis longtemps dans le monde anglo-américain"

Et plus loin, parlant de son goût des citations, celle-ci de Bossuet : "Dieu se moque de ceux qui se plaignent tous les jours des effets dont ils sont les causes"

Jean-Pierre Elkabbach devrait lire Commentaire, et Bossuet !

23/04/2008

Retour des 24 Heures du Mans

Ils reviennent de l'enfer nous dit Ouest-France :

"Des carcasses noircies de voitures découpées. Des moteurs posés sur des châssis qui crachent des flammes. Des centaines de personnes ivres et souvent couvertes de boue. Une ambiance "fin du monde" s'est emparée des campings des 24 Heures du Mans où un homme a été grièvement blessé d'un coup de couteau, samedi soir".

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Au Mans, on annonce au micro : "Nous vous rappelons qu'il est interdit d'introduire dans l'enceinte des tronçonneuses, des haches, des masses.." Un médecin témoigne : "Quelques personnes victimes de surdose d'exctasy. Mais moins de gens ivre mort. Il faut dire qu'il y avait moins d'Anglais"

C'est pourtant un spectacle bien paisible dimanche dernier à Alençon pour qui passait aux alentours de la route du Mans. C'est le retour des motards après les 24 Heures. On se presse sur les trottoirs pour les applaudir, les photographier et les saluer. Eux répondent aux applaudissements et ravissent les badauds par des démarrages vrombissants sur une roue au passage du feu vert. D'autres s'arrêtent au bord du trottoir fumer une cigarette ou manger un sandwich. Les badauds s'approchent alors pour admirer et toucher la moto. C'est tout juste s'ils ne demandent pas des autographes. Tout ça sous le regard débonnaire de quelques gendarmes qui se contentent de rester dans leur camionnette.

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Ce ne sont pourtant pas des vedettes de la course que l'on vient applaudir mais juste des spectateurs qui ont eu la chance d'aller au Mans. Il est vrai qu'on peut les confondre, et que pour un oeil non exercé il n'y a pas de différence visible entre les motos de compétition, leur pilote et ces motards qui rentrent tranquillement chez eux. Le spectacle n'est pas si différent entre la course et le grondement des moteurs dans les rues d'Alençon. Le motard partage le même prestige sur la route comme sur le circuit.

Je me prends au jeu de rester là quelques instants, moi aussi à regarder le défilé, et surtout ses spectateurs. Comme moi, comme ces motards peut-être, ils ont l'air d'ignorer tout des rites barbares qui se déroulent aux alentours du circuit du Mans.

16/04/2008

Les années 2020 vues par Microsoft

Ca s'appelait IHM ou Interface Homme Machine, Microsoft Research préfère maintenant parler de HCI ou Human Computer Interaction. Le terme interaction est en effet bien meilleur pour décrire la relation Homme-Machine telle qu'elle commence à se dessiner pour les années 2020. C'est cette relation qui fait l'objet de cette étude disponible sur le site de Microsoft (.pdf).

Les chercheurs de Microsoft décrivent le basculement d'un modèle de type GUI ( Graphical User Interface ), basée sur les actions du clavier, de la souris et de la navigation dans des menus plus ou moins standardisés vers une interaction beaucoup plus variée entre LES hommes et DES ordinateurs. Ce qu'on appelle ici ordinateurs, faute de mieux, est la famille d'équipements de tous ordres qui constituent et constitueront notre environnement numérique :

  • L'ordinateur lui-même, le PC pour faire simple, qui ne devient qu'un outil parmi d'autres de notre environnement numérique
  • Le téléphone portable
  • Les équipements de localisation ( GPS, caméra de surveillance)
  • Numérique embarqué dans les vêtements
  • Numérique embarqué dans le corps humain
  • Consoles de jeux
  • Robots de tous ordres
  • ...

Ce ne sont que quelques exemples de ce qui est disponible aujourd'hui, sans préjuger des équipements à venir dans les dix prochaines années.

Mais c'est surtout le fait qu'il faut désormais se préoccuper de la relation entre DES hommes et DES machines. Le Personnal Computer, ordinateur personnel en relation avec un seul utilisateur est un modèle qui disparait. Il s'agit maintenant d'un environnement multiple : on vient de le voir. Il s'agit surtout de prendre en compte la dimension multiple et  sociale de cette relation.

Prenons l'exemple de la santé et de l'électronique qui sera de plus en plus finement intégré à notre corps pour s'assurer de son bon fonctionnement et pallier certaines de ses défaillances

  • La frontière devient floue entre l'homme biologique et les équipements électroniques de mesure, de surveillance, de traitement qui lui sont greffés.
  • Parmi toutes ces informations, lesquelles doit-on rendre disponible et pour qui : le corps médical, la famille, le "patient"
  • Ces équipements permettent de localiser et s'assurer du bien-être des enfants ou des personnes agées. Où est la frontière entre l'attention et la surveillance ?
  • Aurons-nous le droit, d'un point de vue de la norme sociale, de nous débrancher et de se retirer du circuit d'informations qui nous immerge ?

Toutes ces questions sont le signe d'un changement radical de la manière dont on aborde l'interaction homme-machine. Il ne s'agit plus du tout d'un problème technique d'ergonomie mais d'un ensemble de sujets qui débordent de beaucoup une discipline où l'aspect technique est devenu mineur face à l'ampleur des problèmes philosophiques et sociologiques qui sont en jeu.

Un autre changement radical est dans le style et le ton extrêmement méfiant de ce rapport. Il faut se souvenir des prestations pas si anciennes de Bill Gates, ou de n'importe quel dirigeant informatique d'ailleurs, pour mesurer l'écart. Ce n'étaient que prospectives enthousiastes décrivant l'explosion bienfaitrice des technologies informatiques, un PC par habitant de la planète, tout le monde connecté partageant des valeurs communes en abaissant les frontières entre les hommes.

Tout dans cette étude  est interrogation inquiète :

  • L'intégration à notre corps d'équipement de surveillance de notre santé est-elle acceptable seulement en cas de maladie ou sera-t-elle généralisée ? Qui aura accès et contrôlera cette information ?
  • Comment allons-nous prendre en compte la complexite de l'interaction homme-machine et se prémunir contre ses effets parasites ?
  • SI nous sommes constamment assistés par des calculateurs électroniques, que deviennent nos facultés natives de calcul, de mémoire ?
  • La mémoire quitte son support biologique individuel, fugace et imparfait. Elle migre sur un réseau collectif, persistant et sans erreurs.

Le passé ne s'efface plus. C'est la fin de l'éphémère.

On peut lire aussi les commentaires d'Hubert Guillaud sur Internetactu

11/04/2008

La représentation démocratique peut-elle être fidèle ?

1 - Où l'on apprend chez DirtyDenys que les ennuis de Nathalie Kosciusko-Morizet dans l'affaire des OGM trouvent sans doute leurs racines dans un Grenelle de l'Environnement auquel les députés n'ont pas été conviés. Quand ces mêmes députés sont sommés de voter un texte à la préparation duquel ils n'ont pas participé, on ne s'étonnera pas qu'ils se révoltent. Surtout qu'ils estiment être tout aussi légitimes pour ce prononcer sur cette affaire, que n'importe quelle association issue de la "société civile".

Débat entre deux formes de représentation.

 

2 - Quand un bloggeur irresponsable (c'est moi) appelle au sabotage des Jeux Olympiques de Pékin, il illustre bien cette irresponsabilité dans le sens où le bloggeur en question sait très bien que son appel n'aura aucun effet. Il peut donc se réjouir innocemment du joyeux monôme qui a ridiculisé l'hypocrisie pompeuse de la cérémonie olympique. N'importe qui dans une situation de responsabilité serait bien obligé de se préoccuper des conséquences politiques d'un tel appel.

Il y a là une illustration classique des différents niveaux de compromis entre une éthique de conviction et une éthique de responsabilité. Ca devient moins banal si l'on observe que l'élection des représentants politiques se fait à partir de l'expression des opinions et des idées, quand la pratique quotidienne de ces représentants élus va se frotter aux faits et aux conséquences des décisions qu'ils vont prendre. L'élection est une coupure, que certains ont pu qualifier de trahison, entre un mode de fonctionnement et une expertise après l'élection qui reposent sur d'autres principes que ceux qui ont présidé au choix de l'élu en amont de cette élection.

 

3 - Enfin et pour rester sur le terrain de la manifestation, on a raison de souligner que l'élection ne fait pas tout. On ne délègue pas tous les pouvoirs à une majorité dictatoriale contre une minorité qui n'aurait le droit de s'exprimer que cinq ans plus tard. Toute décision du pouvoir politique peut être contestée directement par le peuple ou n'importe quelle association de citoyens qui s'estime en droit ou en situation de devoir s'y opposer. Il ne manque pas d'exemple de projets de réforme, ou même de textes de lois qui, contestés par l'expression citoyenne directe, se soient vus retirer par le même gouvernement qui venait de les promulguer. Mais ce droit à la protestation reste une tolérance qui se traduit par une épreuve de force entre le pouvoir élu et ceux qui contestent, sans aucune procédure d'arbitrage prévue pour trancher le conflit. Ce n'est pas un droit positif qui compléterait par une expression citoyenne directe la représentation démocratique élue.

 

Ces trois anecdotes peuvent servir d'apéritif à la lecture du texte de Bruno Bernardi paru sur la vie des idées et dont voici la présentation :

"L’opposition entre représentation et participation est commune dans la pensée politique. Mais est-elle bien formée ? Pour B. Bernardi, il y de fortes raisons d’en douter. L’histoire conceptuelle de la notion de représentation montre qu’on en a abusivement réduit la signification à la seule constitution de l’assemblée des représentants."

Bruno Bernardi y expose les différents aspects de l'opposition entre la représentation démocratique  et la participation réelle de chacun à la prise de décision. Un débat que la diffusion massive de l'Internet rend de plus en plus présent. 17 pages qui méritent l'effort de s'arrêter un peu plus longuement que le temps moyen de butinage.

Bon week-end.

08/04/2008

Ah, quel beau bordel !

 

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Malgré ce dispositif abracadabrantesque ce fut un vrai bordel. La flamme qui s'éteint, les relais ne se font pas, panique chez les flics. On imagine les ordres et contre-ordres, les coups de téléphone paniqués, l'ambassadeur de Chine en apoplexie, Alliot-Marie qui se cache, Sarkozy qui se terre.

Le bide monumental, un gigantesque fiasco, un cauchemar de flic, j'en trépigne de joie en regardant les "Marx Brothers à Olympie", "Maciste perd la flamme", "Mr Bean est médaille d'or".

32 cars de CRS, 160 hommes, la flamme encadrée par des policiers en rollers ! des pompiers joggers ! Pompier, que dire de mieux ? Tout est en toc dans ce cérémonial grotesque qui commence à Olympie avec de fausses prêtresses sorties d'un film de Cecil B. DeMille. Car a qui doit-on cette course de la flamme qui symbolise la fraternité entre les peuples ? A ce bon Docteur Goebbels en personne pour les JO de Berlin en 1936.

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C'est dire que de voir tomber le décor dans un ridicule aussi complet a de de quoi réjouir. On ne pouvait mieux célébrer la mort de Charlton Heston, cet acteur de peplum qui finit en représentant de marchands d'armes. Du peplum il y en a, on ne lésine pas sur le carton pâte, les sonneries de trompette, les serments pompeux que l'on scande à grand coup sur une poitrine d'airain. L'homme important s'étend s'enfle et se travaille mais les enfants conspuent Matamore et sifflent l'imposteur en criant au Guignol. C'est donc hier où l'on a vu que l'olympisme est nu. Tué par la politique, le dopage, le chauvinisme, ce n'est plus qu'un gigantesque business. Pourquoi pas d'ailleurs, mais qu'on arrête de nous bassiner avec les grands sentiments et la fraternité entre les peuples.

 

 

Il paraît que le CIO vient de se réveiller. J'attends avec impatience le spectacle de leur solennité rubiconde et vexée que l'on dérange leurs petites affaires. Son Président se dit préoccupé ; on aura droit à un communiqué à l'eau de rose appelant à préserver un idéal qui a été trahi tant de fois.

Ce n'est plus de boycott qu'il faut parler c'est de sabotage. C'est facile, il suffit de ne pas regarder les retransmissions. En plus avec le décalage horaire on aura pas beaucoup d'efforts à faire.

18/03/2008

George Bush légalise la torture

Tout le monde se passionne pour les élections américaines. George Bush fait déjà partie de l'histoire, il n'intéresse plus personne. On ne comprend pas l'Amérique qui a voté Bush et on déteste le personnage. Sans illusion aucune, c'est à peine si l'on parle du veto qu'il vient d'opposer à une loi votée par le Congrès américain interdisant les "interrogatoires poussés".

Tout vient du 11 septembre, bien sûr. En tant que Français, j'ai du mal à comprendre le traumatisme consécutif à l'attentat contre les tours. Le dialogue avec mon ami Nicolas de Rauglaudre à propos du livre de René Girard : Achever Clausewitz m'a donné une piste.

Clausewitz et la première guerre mondiale

L'envers de la fameuse formule "La guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens" est représentée par la théorie de la montée aux extrêmes. Selon Clausewitz, la guerre "parfaite" visant à la mise hors de combat de l'adversaire, voire à son anéantissement, se caractérise par la mobilisation croissante de tous les moyens pour parvenir à l'objectif. L'adversaire est obligé de réagir à cette montée en puissance s'il ne veut pas être vaincu. Il répondra donc par un accroissement similaire de ses moyens, franchira un palier supplémentaire, s'il veut reprendre l'avantage. Et ainsi de suite. L'archétype de la guerre ne peut que monter aux extrêmes des moyens de chaque combattant. Cette violence pure, Clausewitz souligne qu'elle peut et d'ailleurs qu'elle doit rester contrôler par le pouvoir politique qui, seul, décide et tente de réaliser ses buts de guerre.

La première guerre mondiale a représenté l'archétype de cette montée aux extrêmes sans contrôle politique réel. A l'évidence, du côté français, les buts de guerre n'étaient pas en proportion du gigantesque massacre. Joffre ne rendait plus compte au gouvernement. Il finît par être écarté, mais c'était trop tard, et la logique de la violence extrême était devenue inarrêtable. Du côté allemand, c'est le Grand Etat Major qui avait pris le pouvoir politique par une interprétation falsifiée des théories de Clausewitz.

Raymon Aron qui observait la guerre froide la décrivait comme "paix impossible, guerre improbable". L'arme atomique par ses capacités d'anéantissement définitif et réciproque rendait impossible une montée aux extrêmes. C'est d'ailleurs ce qui s'est passé, mais il n'était plus là pour le voir puisqu'il disparut en 1983, six ans avant la chute du mur de Berlin. Il n'est plus là non plus pour penser le terrorisme et le 11 septembre. Après lui, René Girard cherche à achever Clausewitz.

 

Le 11 septembre

René Girard est français, mais il vit en Amérique. Il peut mieux comprendre leurs sentiments. Et si le 11 septembre était comparable au coup de pistolet de Sarajevo : un événement mineur au regard de la survie d'une nation mais qui a dégénéré. L'attitude de Bush est finalement assez comparable à l'escalade aveugle des gouvernements de 1914. Mais lui n'a pas trouvé en face, une entité nationale bien identifiée. D'où la mythification d'Al Quaida auquel on a associé un territoire : l'Afghanistan ( c'est en partie vrai ) et même des alliés : l'Irak ( c'est une imposture ).


L'Amérique de Bush était prête à monter aux extrêmes, mais cet ennemi insaisissable n'est pas de nature à entrer en résonance avec ce type de violence. Ces guerres d'Afghanistan et d'Irak finiront par une retraite déguisée, car elle ne peuvent pas être gagnées contre un ennemi qui n'est pas là.

 

L'Amérique torture

Il est une autre guerre beaucoup plus inquiétante. C'est la chasse mondiale à tout individu qui peut avoir des liens avec Al Quaida. Dans cette guerre de nature policière, mais qui utilise des moyens militaires, c'est le Patriot Act, c'est le recours "légalisé" à la torture, qui font tomber l'Amérique dans le piège pourtant bien connu du couple terrorisme-répression policière. C'est ce recours qui illustre l'escalade de la violence : Aux attentats suicide, on oppose la torture.


Que Al Quaida est réussi à faire de la plus grande démocratie du monde, un état où l'on revendique la torture, passe presque inaperçu. C'est pourtant là à mon avis que se situe le plus grand danger. D'une part on sait que ça ne sert à rien, mais surtout George Bush aura été le Président de la torture. Il n'avait pas besoin de cela pour ternir encore son mandat. Pendant un temps, il a sans doute représenté fidèlement une certaine Amérique traumatisée. Il ne représente plus rien, et les trois candidats à la Présidence, d'autres encore comme le sénateur Ted Kennedy  ont condamné "l'un des actes les plus honteux" de la présidence de George Bush.

 

Nouvelles violences

On n'en a pas fini avec la violence. D'après René Girard :

"Il semble que nous ne parvenions pas à penser le pire et c’est à cela que peut nous aider Clausewitz. Il y a aujourd’hui trois questions terrifiantes : l’écologique avec la raréfaction des ressources naturelles, la militaire avec l’accroissement des forces de destruction nucléaire et celle des manipulations biologiques. Aux États-Unis, l’écologie est sous-estimée par les républicains qui la considèrent comme une manoeuvre contre la liberté économique. La fin du communisme a déchaîné le capitalisme. Si la concurrence économique est positive, elle peut aussi se transformer en guerre. La vie économique n’est pas libérable totalement. Par exemple, aux États-Unis, les meilleurs spécialistes de l’industrie atomique sont susceptibles de mettre leur talent au service d’officines privées au nom de la libre entreprise, alors qu’en France l’État et son administration sont encore un facteur de sécurité de par le contrôle qu’ils exercent sur ce type d’activité."

14/03/2008

Le Père Desbois et la Shoah par balles

Le Père Desbois consacre sa vie à recueillir les derniers témoignages de la Shoah par balles. Pendant l'occupation nazie, en Pologne, en Ukraine, en Biélorussie et dans les pays baltes, les Einsatzgruppen fusillèrent plus d'un million de juifs. A cela il faut ajouter les tziganes, membres du Komintern ou toute autre population devant être anéantie.

Les victimes étaient rassemblées par train ou camion. Elles creusaient leur propre fosse avant d'être fusillées. Les cadavres étaient ensuite recouverts de terre. Cela se passait en 1941-1942, dans les territoires de l'Union Soviétique occupés, principalement en Ukraine. Les derniers témoins ont maintenant 80 ans. C'étaient des enfants à l'époque du massacre.

Le Père Desbois va voir sur place ces témoins. Il les interroge sur ce qu'ils ont vu. En retrait, il écoute les récits de cette vieille dame. C'était une enfant de 10 ans. Elle "tassait" les cadavres dans la fosse. Quant tout était recouvert, le sang continuait à suinter du charnier pendant des jours entiers.

Depuis plus de 60 ans, les gens ne parlent pas. Ils ne parlent pas parce que personne ne les interroge. Dans ces pays, le communisme a fermé les bouches. On craint encore le retour du KGB. Ils parlent au Père Desbois parce que c'est un prêtre catholique étranger qui recueille cette parole qui ne sera bientôt plus.

Le Père Desbois écoute sans émotion apparente, il ne met pas en scène son indignation. Il n'est pas là pour le devoir de mémoire : une expression qu'il n'aime pas, tout comme Simone Veil. C'est aujourd'hui que les fosses communes sont aux portes des villages ukrainiens. On s'en approche, des os et des crânes sont visibles ça et là : on est parfois pouchassé par un chien qui en a fait son repère. Certains recherchent encore les dents en or qui auraient pu ne pas être arrachées. Il n'y a plus de signes de la présence des juifs dans ces régions anéanties par les bourreaux nazis. On ne peut rien bâtir dans ces confins de l'Europe tant que ces cadavres ne reposeront pas en paix, nous dit le Père Desbois.

C'était mercredi soir sur FR3.

P.S. si vous cherchez dans Google : "Desbois Shoah" 

La première entrée est un site négationniste : Tout sauf Sarkozy : Association nationale pour la défense des valeurs républicaines.

Le Père Desbois y ait traité de "pronocrate mémoriel". Peut-on faire quelque chose pour que Google ne référence plus ce site ?

07/03/2008

Caissière, ça mène à tout à condition d'en sortir

Acrimed, observatoire des médias, publie une étude formidable sur la manière dont les médias traitent de Anna Sam. Anna est caissière, et son blog : Les tribulations d'une caissière, s'est retrouvé propulsé en tête des classements.

« Une caissière fait recette grâce à un blog à succès » (20 minutes.fr, le 6 janvier)." C'est tout ce qui intéresse les médias, de la vie d'Anna. C'est le fait d'être devenue connue, presque une star, qui va publier un livre : une caissière qui sait écrire, et qui n'est plus caissière. Elle s'en est sortie, ce qui n'est pas le cas des 170 000 autres, dont le blog d'Anna décrit la vie quotidienne.

On s'intéresse à Anna pour ce qu'elle n'est plus. Le fond de ce qu'elle a vécu, ce qu'elle raconte n'a pas d'intérêt. Ce qui est intéressant, c'est l'ascension médiatique et sociale qu'elle symbolise.

On ne l'interroge pas sur les conditions de vie de toute une profession. Les salaires, les horaires, les petits chefs, les clients : bon d'accord, mais ce qui fait rêver c'est la belle histoire de celle qui aura eu le talent et sans doute un peu de chance pour en sortir. Car il s'agit d'en sortir et sûrement pas de se préoccuper des 170 000 autres qui n'ont pas cette belle histoire à raconter.

Mine de rien, l'histoire d'Anna en dit long sur les médias. Mais ils ne font que refléter la disparition de toute analyse sociale au profit de la montée en épingle de quelques réussites individuelles visibles.

04/03/2008

To rock or not to rock : Keith Richards pose pour Vuitton

Le vieux forban fait de la pub maintenant. Voilà le genre de nouvelles qui me réjouit. J'imagine son rire carnassier quand il a été approché pour cette campagne. Après Catherine Deneuve, classique, Gorbatchev, pas tellement vendeur, Vuitton va rimer avec Satisfaction.

Il paraît que David Bowie a fait de la pub pour Vittel. Du rock à l'eau plate, c'est vraiment n'importe quoi. La campagne est passée inaperçue, évidemment. Celle-là sera forcément un succès. Tous les ex-fans des sixties au portefeuille et au ventre rembourré ( ce n'est mon cas ni pour l'un ni pour l'autre ) vont pouvoir réconcilier les goûts de leur jeunesse avec leur nouveau statut social.

Keith Richards a toujours eu le cynisme en bandoulière, il pourra le mettre dans son sac Vuitton et ré-interpréter "Papa's Got a brand new bag", le standard de James Brown.


82ba753d1cc4bb2e0f2777b1cc365af5.jpgLa photo Vuitton. On distingue un crâne sur la table de nuit. To rock or not to rock ? Ca n'a jamais été une question pour Keith - Hamlet - Richards.

La tête de mort est d'ailleurs très tendance, elle ressuscite si l'on peut dire :

"Le crâne humain ne fait plus peur. Plusieurs marques de luxe (Dior, Fendi) l'ont utilisé dans leurs récentes collections, apposant ce sourire de mort sur des foulards, maillots de bain, sacs et bijoux.

Chez Damien Hirst, figure incontournable de l'art conceptuel, l'image prend une tournure particulièrement provocante: l'une de ses récentes créations représente un faux crâne humain incrusté de 8'601 diamants et d'une pierre rose pâle de 55 carats de chez Bentley & Skinner. Prix: 125 millions de francs pour ce symbole ultime de la collision entre l'imagerie macabre et l'univers futile du strass et du bling-bling.
Comment expliquer cet engouement? «Comme le tatouage, la tête de mort exprime une revendication de liberté, qui se retrouve d'ailleurs dans le regain d'intérêt pour les Harley-Davidson», relève Stefan Fraenkel, observateur de tendances
( quel beau métier : N.D.L.A ) à l'Ecole hôtelière de Lausanne."

Ce crâne est-il celui de son père ? On sait que Keith Richards laisse courir la rumeur qu'il en aurait sniffé les cendres. Il n'a d'ailleurs arrêté l'héroïne qu'après s'être réconcilié avec son père qu'il n'avait pas vu pendant 25 ans. Etonnante histoire.

 

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Mais, revenons à la métaphysique, sujet à peine moins futile. Vous souvenez-vous de Rancé, celui de la Vie de Rancé écrite par Chateaubriand ? Armand-Jean Le Bouthillier de Rancé vivait sous Louis XIV une vie moins qu'austère comme tant d'autres religieux de l'époque. Amoureux fou de la duchesse de Montbazon, il fut le dernier de ses innombrables amants. La légende dit qu'il ne se sépara plus du crâne de sa maîtresse pour l'emporter jusqu'à la Trappe. C'est en effet là qu'il finît sa vie, à refonder l'ordre monastique dans une discipline de dépouillement extrême. On ne saura pas si le souvenir de sa maîtresse posé sur son bureau lui inspirait des sentiments de contrition ou de nostalgie.

Des sentiments qu'on imagine mal chez le roi du riff.

03/03/2008

Deux découvertes en deux bonds : Jean-Claude Michéa, un discours de Bob Kennedy

Vagabondant sur des blogs, j'arrive chez Jean-Baptiste Rudelle qui publie peu mais bien. Il commente un livre de Jean-Claude Michéa, L'empire du moindre mal. Il y a deux heures encore, je ne connaissais pas l'auteur ni donc ce livre.

ab3bf25c3f7df188906714065facb7f7.jpegJean-Baptiste Rudelle en dégage une idée qui éclaire l'impasse actuelle de la Gauche. Conformément à ses traditions comme à ses convictions, la droite défend une politique de défense des intérêts privés et d'une fiscalité modérée contre une gauche plus favorable au renforcement de la place de l'Etat. Jusque là tout va bien. Mais l'affaire se gâte lorqu'il s'agit des questions d'immigration et de sécurité. La gauche "généreuse" qui défend une politique d'intégration et de régularisation "(ce qui ne peut qu’encourager de nouveaux candidats à l’immigration) défend objectivement les intérêts des plus riches." De même quand il s'agit de l'insécurité qui touche d'abord les quartiers populaires où la droite est très à l'aise pour préconiser une politique répressive contraire aux valeurs traditionnelles de la gauche mais qui peut séduire les habitants de ces quartiers, exaspérés par cette insécurité.

Bref, la Gauche est dans un cul-de-sac intellectuel. La Droite aussi d'ailleurs, mais elle s'en fiche. Droite comme Gauche sont dans la même impasse. Mais la Droite qui accepte le modèle actuel, ou s'y résigne, a l'avantage de défendre une politique d'adaptation à une réalité que chacun constate, quand la Gauche est dans l'impossibilité de choisir entre cette réalité qu'elle refuse et une alternative qu'elle n'a pas ( encore ?? ) conceptualisée.

Jean-Baptiste Rudelle m'avait déjà mis sur la piste du livre de Valérie Charolles : Libéralisme contre Capitalisme. Je n'ai pas eu à le regretter. Il est toujours temps de  le lire.

Je vais donc me procurer le livre de Jean-Claude Michéa qui semble éclairer quelques pistes. A la recherche d'autres références, voici une interview de Jean-Claude Michéa sur le site de Marianne, et cette citation magnifique de Bob Kennedy, extraite de L'empire du moindre mal :

 

 

Le 18 mars 1968, quelques semaines avant son assassinat, Bob Kennedy prononçait, à l'Université du Kansas, le discours suivant : « Notre PIB prend en compte, dans ses calculs, la pollution de l'air, la publicité pour le tabac et les courses des ambulances qui ramassent les blessés sur nos routes. Il comptabilise les systèmes de sécurité que nous installons pour protéger nos habitations et le coût des prisons où nous enfermons ceux qui réussissent à les forcer. Il intègre la destruction de nos forêts de séquoias ainsi que leur remplacement par un urbanisme tentaculaire et chaotique. Il comprend la production du napalm, des armes nucléaires et des voitures blindées de la police destinées à réprimer des émeutes dans nos villes. Il comptabilise la fabrication du fusil Whitman et du couteau Speck, ainsi que les programmes de télévision qui glorifient la violence dans le but de vendre les jouets correspondants à nos enfants. En revanche, le PIB ne tient pas compte de la santé de nos enfants, de la qualité de leur instruction, ni de la gaieté de leurs jeux. Il ne mesure pas la beauté de notre poésie ou la solidité de nos mariages. Il ne songe pas à évaluer la qualité de nos débats politiques ou l'intégrité de nos représentants. Il ne prend pas en considération notre courage, notre sagesse ou notre culture. Il ne dit rien de notre sens de la compassion ou du dévouement envers notre pays. En un mot, le PIB mesure tout, sauf ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue »Quarante ans après, on aurait évidemment le plus grand mal à trouver, en France, un(e) représentant(e) de la Gauche ou de l'Extrême gauche capable de formuler une critique aussi radicale de l'idéologie de la Croissance.

C'était ça aussi l'esprit de 1968...

Un bond chez Jean-Baptiste, un rebond à la mémoire de Bob Kennedy, c'est Internet comme je l'aime.

27/02/2008

Non, on ne peut pas tout dire sur son blog ( ou dans la presse )

Quand Nicolas Sarkozy traite de "pauvre con" un visiteur du Salon de l'Argriculture, il est dans un endroit public et dans l'exercice de ses fonctions ( si l'on peut dire ) . C'est une information, avérée, et d'ailleurs enregistrée et filmée. Une information qui n'est pas passionnante ni fondamentale, dont on peut préférer s'amuser, c'est mon cas, mais qui nous dit des choses sur le comportement et le caractère du chef de l'état.

Quand Nicolas Sarkozy envoit ou reçoit des SMS de son ex-épouse, c'est une conversation privée dont la teneur, quelle qu'elle soit,  n'a pas à être divulguée.

La distinction n'est pas toujours nette, s'agissant d'un personnage public, comme Nicolas Sarkozy, qui joue avec sa vie privée ( à ses dépens ).

En ce qui concerne Madame Noachovitch, la distinction est plus simple, c'est une personne privée, qui, à ma connaissance, n'est pas en situation de pouvoir, politique ou judiciaire. Elle a donc le droit de ne pas voir des propos privés, quels qu'ils soient, rapportés, déformés, ou faux comme elle l'affirme,  sur la place publique.

Luc Mandret fait un copier-coller d'un autre blog ( Claude Askolovitch ) qui, lui même, se fait l'écho du Canard Enchaîné qui rapporte des propos qu'auraient tenus Madame Noachovitch lors d'un dîner privé. Tout ça au conditionnel. "Dommage pour la liberté d'expression" commente Luc Mandret à la suite de l'injonction de Madame Noachovitch lui demandant d'effacer la note en question. Il se contente de ce regret. Ce n'est pas le cas des nombreux commentateurs qui crient à la censure, aux méthodes dictatoriales, et à la menace contre la démocratie.

Le blog de Luc Mandret vaut mieux que ce colportage de ragot non avéré, non vérifié, appartenant à la sphère privée de Madame Noachovitch. Il devrait plutôt être content d'avoir eu à effacer cette note qui fait tâche.

On pourra apprécier diversement les actions qui sont engagés par Nicolas Sarkozy ou Madame Noachovitch. Ils ont le droit de demander à ce que leurs propos privés le restent.

En ce qui me concerne, je revendique aussi le droit de dire des bêtises, des propos déplacés, voire des horreurs au prochain dîner ches mes amis. J'attends d'eux qu'ils ne les rapportent pas ou qu'ils les retirent s'ils sont diffusés sur la place publique. Ce que je dis dans mon blog est public. Ce que je dis en privé doit le rester.

La dérive liberticide n'est pas du côté de Nicolas Sarkozy, en ce qui concerne le SMS, ni du côté de Madame Noachovitch pour l'affaire qui la concerne. Elle est bien du côté des flics de la pensée et de l'expression privée qui se permettent de colporter sans aucune mesure des ragots qui n'intéressent personne. Dans cette affaire, nul est le bon terme pour qualifier le match détestable entre la presse poubelle et cette note de caniveau.

26/02/2008

Améliorez votre anglais avec Nicolas Sarkozy

Ce qu'il y a de plus compliqué dans une langue, c'est d'en comprendre les histoires droles et les insultes. Heureusement notre Président est là. Pas franchement pour les histoires droles, mais bien pour les insultes. Son fameux " casse toi pauv'con" fait le tour du monde, le cauchemar ou le délice des traducteurs. Ce Salon de l'Agriculture restera comme son Waterloo ou il vient de gagner une célébrité mondiale à la hauteur de l'infortuné Général Cambronne.

Si donc vous souhaitez améliorer votre anglais, vous pourrez vous instruire sur Mediapart ou chez Arthur Goldhammer ( un excellent blog américain qui décortique l'actualité française ). Les commentaires sont savoureux, et l'on y découvrira aussi les différentes contributions pour les hispanophones et nos amis italiens.

Fuck off, buzz off, screw off pour casse toi ???

asshole, jerk, dumb ass pour pauvre con ???

Le débat est ouvert, fort complexe, dépendant du lecteur britannique, américain, voire australien. On n'a pas tous les jours cette occasion de découvrir les secrets d'une langue étrangère. Merci Président.

18/02/2008

La Shoah en CM2

C'était à la fin des années 60. Contrairement à ce que l'on affirme aujourd'hui, l'histoire de l'extermination des juifs était enseignée, même si elle n'était pas nommée comme aujourd'hui, Holocauste puis Shoah.

J'ai lu le Journal d'Anne Frank en classe de 6ème. Je peux témoigner que beaucoup de mes camarades, si ce n'est tous, le lisait également. Pour nous, l'antisémitisme est un sentiment qui n'existait pas. Aujourd'hui encore, c'est quelque chose que je ne COMPRENDS pas dans le sens fort du terme. C'est à dire qu'il m'est tout à fait étranger et proprement incompréhensible. Si l'antisémitisme persistait sans doute chez certains adultes, il était refoulé ; et c'est  mieux ainsi. Pour autant, j'ai su dès le CM2, et sans doute avant, que cette perversion existe, ainsi que ses conséquences effroyables.

L'antisémitisme que l'on croyait à jamais extirpé n'est pas mort. Sa renaissance a même coïncidé avec les injonctions sur le devoir de mémoire, en particulier lors de la diffusion du feuilleton Holocauste. Il est triste de constater que ce "devoir de mémoire" ne sert à rien, pire encore, est sans doute "contre-productif". Comme le dit Alain Finkielkraut : "Le temps est révolu où la mémoire de la Shoah protégeait les Juifs de l’antisémitisme. Aujourd’hui, elle les y expose. Plus on en parle et plus ça énerve". L'obsession mémorielle a même des effets pervers, à se focaliser sur un passé qui ne nous apprend pas à déchiffrer le présent.

On répète les analyses d'Hannah Arendt sur la banalité du mal  et l'industrialisation nécessaire au massacre de masse.

Hannah Arendt ne pouvait pas le savoir, mais depuis, le Cambodge et le Rwanda nous ont appris qu'un génocide n'avait nullement besoin d'une administration moderne ni d'un niveau de développement industriel pour être "efficace". On massacre autant et aussi vite à la machette. Qu'on pense aussi aux horreurs plus récentes encore en Guinée Bissau et au Libéria. Alors, le génocide est devenu impossible en Europe, réservé à l'Afrique ou à l'Extrême Orient ? Toujours pas, puisque le partitionnement de l'ex Yougoslavie a donné lieu à des débuts de génocide en plein coeur de l'Europe.

Il ne s'agit pas ici de se livrer à une compétition victimaire particulièrement obscène, mais de constater que si la Shoah crée une fracture par son caractère premier, elle n'est pas restée singulière. Avec tout le respect du aux victimes du passé, ce qui nous intéresse avant tout est de pouvoir distinguer, comprendre et agir contre des agissements génocidaires du même ordre tout en étant chaque fois spécifiques.

Je n'ai pas de réponse à ces questions, mais quelques certitudes. L'initiative de Nicolas Sarkozy pousse au paroxisme un devoir de mémoire et d'émotion dont l'histoire récente nous montre l'inefficacité si ce n'est la nocivité. Bonne conscience pour les adultes, aveuglement des enfants.