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Gilets jaunes, toujours

Comme les « actes » se suivent et se ressemblent, tous les samedis, avec la même cohorte d’images de manifestants jaunes et de policiers cuirassés de noir, le gouvernement, par la voix d’Édouard Philippe, a décidé de pondre une nouvelle loi. Ce qui est bien, en France, c’est que lorsque le gouvernement pond une loi, on ne se pose même pas la question de savoir si elle va être adoptée au Parlement. C’est une évidence qu’on ne discute même pas. Je n’ai pas le détail de la loi en question si ce n’est que l’on va ficher encore un peu plus des individus décrétés dangereux et qui seront interdits, a priori, de manifestation.

Il y a, bien sûr, des casseurs et des pilleurs professionnels parmi les gilets jaunes. Sont-ils des « vrais » gilets jaunes ou portent-ils juste l’uniforme pour profiter de l’aubaine du samedi ? Peu importe, à vrai dire ; ils existent. Mais s’il n’y avait pas de manifestations, samedi après samedi, on ne les verrait pas, si bien qu’ils ne sont qu’un effet de bord, d’une question beaucoup plus profonde.

Donc, le gouvernement se trompe à vouloir traiter l’effet secondaire sans traiter la cause. Je doute d’ailleurs qu’il puisse le faire. Tout cela vient de trop profond. Moi-même, qui suis loin du revenu moyen d’un gilet jaune, je partage l’exaspération accumulée depuis des années face à cette arrogance, ces éternelles leçons de morale, cette traque à l’automobile, cet acharnement fiscal, ce mépris de la province. Ma vie actuelle n’a pas grand-chose à voir avec celle du petit artisan de province ou de l’aide-soignante. Et pourtant, comme assourdi par mes conditions de vie plutôt confortable, je ressens le même découragement, la même résignation. Et puis non ! Tout à coup, on n’en peut plus et ça explose, sans raison, sans plan, sans idée claire dans une sorte de rage incontrôlée, injuste, mais qui emporte tout et surtout qui libère, qui détend, qui réchauffe.

Que peut faire cette équipe de techniciens, d’énarques froids ? Que peuvent-ils penser d’autre que de se rengorger dans leur mépris du peuple qui ne sait pas ce qu’il veut, qui ne sait pas compter, qui veut tout et son contraire. Un bon esprit comme Jacques Julliard est exactement dans cet état d’esprit, alors qu’il n’est qu’observateur. Que peuvent-ils donc ces ministres, le premier d’entre eux, et leur président ? Dans le meilleur des cas, les plus lucides sont conscients que ce ne sont pas des mesures techniques - les seules qu’ils peuvent imaginer – qui règleront le problème. Les autres se disent qu’ils ont bien raison d’attendre que l’orage passe, comme le caprice de l’enfant qui trépigne sur sa chaise haute.

Mais rien n’y fera, la haine accumulée n’est pas assouvie. Les coups de menton des uns et des autres, les images complaisamment passées en boucle des diverses violences ne font qu’exaspérer encore plus. Ce mouvement est suicidaire et désespéré, il s’alimente de son propre haine, haine des puissants et haine de soi-même dans l’impasse de vies « shutdown » exclues de la « startup nation » et qui viennent faire le coup de poing dans la grande ville disruptive.

À vrai dire, je ne vois que le retour au peuple qui permette de résoudre la crise. Le parlement actuel ne représente rien. Le nombre de députés des différents partis est complètement disproportionné. Une majorité qui n’a pas le droit de voter d’amendement qui ne viendrait pas d’elle-même, des commissions d’enquête caricaturales de mauvaise foi, tout ça n’a plus aucun sens ni légitimité. Il faut dissoudre le parlement. Naturellement, Emmanuel Macron n’y recouvrira qu’en dernier ressort. Sa majorité actuelle, qui vote au coup de sifflet, est bien trop confortable. Il faudra bien, pourtant, qu’il s’y résolve.

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