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Les gilets jaunes

Ce mouvement vient de la province, ce n’est pas une insurrection ou une révolte parisienne comme l’étaient tous les autres mouvements de l’histoire de France. De 1789 à 1968, c’est le pavé parisien qui mettait le feu aux poudres, suivi par la province, de loin sans rien décider, sans influence sur l’histoire. Aujourd’hui, c’est la province qui monte à Paris libérer sa colère, c’est la province qui fait l’histoire. Autrefois Paris imposait sa loi et ses révolutions aux provinciaux conservateurs qui détestaient le désordre et  qui ne souhaitaient rien si ce n’est  qu’on leur fiche la paix. Aujourd’hui c’est un Paris embourgeoisé jusqu’à la caricature qui craint la province venue envahir ses voies piétonnes et ses marchés bio. Je voyais un reportage de M6 qui suivait des manifestants. À un moment, l’un d’entre eux disait « on va leur montrer qui on est à Perpignan ». Ils renversaient, puis brûlaient des voitures. Avenue Kléber, à un passant qui tentait de s’interposer, ils répliquaient que ceux qui avaient les moyens d’habiter là avaient bien les moyens d’en racheter une autre.

C’est la haine de la province méprisée contre tout ce qui est parisien, gouvernement, hommes politiques, journalistes, et habitants confondus dans un même sac de bienpensants moralistes. La veille de la manifestation, l’Assemblée nationale voyait un texte d’interdiction de la fessée !

C’est une révolte qui vient des taxes. C’est la révolte de ceux qui fument des clopes et qui roulent au diesel suivant l’expression du pauvre Benjamin Grivaux. Il ne croyait pas si bien dire. C’est la révolte de ceux qui en ont assez qu’on leur fasse la morale, parce qu’ils fument, boivent parfois trop, et font beaucoup de kilomètres. La révolte de ceux qui ne supportent plus le harcèlement continuel qui pourchasse les automobilistes : la limitation de vitesse à 80 km/h, les radars, les PVs, le stationnement, les péages d’autoroute. Tout cet arsenal répressif au nom de la sécurité ou de l’écologie et  qui remplit les poches de l’État quand ce n’est pas celles de sociétés privées auxquelles on délègue les tâches de rançonnement.

Quand on donne 5 milliards aux plus riches pour aller chercher la perte de recette en augmentant la CSG des retraités, quand on maintient le cap vers une destination inconnue, quand on décrit la France comme une « startup nation » qui n’aurait ni culture ni histoire si ce n’est celle de ses crimes, quand on ment effrontément sur la fiscalité écologique qui finance tout sauf l’écologie, quand on fantasme une chemise brune sous le gilet jaune, quand enfin on ne cache pas son mépris pour la France des campagnes et des petites villes, alors ceux qui n’en peuvent plus de l’arrogance des puissants sont prêts à s’enflammer à l’étincelle de la taxe de trop, du mot de trop, du désespoir de trop.

Je  ne sais pas comment tout cela va se poursuivre. Je ne sais pas ce que va dire ou faire Macron. Probablement qu’il ne le sait pas lui-même. Comme il veut se forger une image à la Thatcher qui ne cède pas, il maintiendra son cap, en pariant sur la lassitude des gilets jaunes, leur fatigue et le retournement de l’opinion qui condamne les violences. Cela lui a si bien réussi face à la SNCF, il s’imagine sans doute qu’il réussira là aussi, là où tous les autres, qu’il méprise, ont reculé. S’il ne fait rien, s’il maintient son cap, il risque une explosion décidément incontrôlable. S’il recule, il sait que son quinquennat est terminé, qu’il ne lui restera plus que la gestion du quotidien, de la politique rustine et des réformettes fiscales à coup de 2% d’allègement par ci pour 1,6 de taxes  par là.

Finalement, je parierais qu’il va tenter le passage en force, en espérant que les fêtes de Noël étoufferont la révolte. Il rêve déjà sans doute à ce qu’il dira après, vantant son énergie et son caractère, des acclamations de la presse libérale et de son nouveau titre d’homme de fer.

En tous cas, pour une fois, on ne s’ennuie pas, en France, à suivre l’actualité.

P.S. Je ne reconnais pas Jacques Julliard dans l’article lamentable qu’il a laissé passer ce matin dans le Figaro. Critiquer les gilets jaunes parce qu’ils ne sont pas organisés, n’ont pas de leader et ne savent pas ce qu’ils veulent, sauf « passer à la télé » c’est ne pas comprendre qu’on peut être à bout sans pour autant avoir une solution ou un chef pour les porter. C’est d’ailleurs probablement une des causes du désespoir des gilets jaunes. Être conscient qu’ils n’ont pas d’alternatives, pas de programmes, pas de vision, aucune théorie intellectuelle qui porte un horizon même pas radieux, mais au moins existant.

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