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Proust et un sujet de dissertation

« Nous sentons dans un monde, nous pensons, nous nommons dans un autre, nous pouvons entre les deux établir une concordance mais non combler l'intervalle. »

De certains bons écrivains, on est reconnaissant, parfois envieux, qu’ils sachent exprimer clairement ce que l’on pense ou ressent confusément. Pour d’autres c’est la beauté de la phrase ou du vers qui suscite notre admiration. Pour d’autres encore, c’est la manière dont ils mènent leur intrigue, le mouvement du roman qui soutient l’intérêt et l’avidité du lecteur à tourner les pages pour avoir le « fin mot » de l’histoire.

Avec Proust, rien de tout ça. Il n’exprime pas clairement ce que l’on ressent confusément. D’une part, il n’est pas toujours clair, d’autre part ce ne sont pas des pensées ou des sensations que l’on aurait eues et qu’il dévoilerait pour nous. Nous n’avons jamais ressenti cela, ne l’avons jamais pensé. Là où ne nous voyons sur un tableau qu’un paysage, plus ou moins bien peint, plus ou moins évocateur, sans plus, il distingue les motifs, l’intention du peintre, ses trucs, ses astuces, le jeu des couleurs et des formes que nous ne voyons tout simplement pas. De même pour un morceau de musique, on se contente « d’aimer bien », de trouver ça joli. Lui développe une myriade de sensations, et d’idées. Je ne sais plus quel surréaliste parlait de Lautréamont (ce doit être André Breton) comme de « l'expression d'une révélation totale, qui semble excéder les possibilités humaines”. On pourrait dire la même chose de Proust, sa richesse de vocabulaire, sa profusion de mots répond à la surabondance de détails qui ne sont vus et retranscrits que par lui, invisibles au troupeau qui en aperçoit quelques lueurs par intermittences à l’aide de cette lanterne magique, qu’est pour nous, parfois, Proust.

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