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  • Les jeunes filles en fleurs

    Je relis la recherche. Après avoir redécouvert avec plaisir le côté de chez Swann, je me mets à l’ombre des jeunes filles. Pour l’instant, elles ne sont pas là, puisque je dîne avec le marquis de Norpois. Je note çà et là quelques remarques.

    Celle-ci, par exemple, qui montre comment un homme comme ce Norpois compense son rang relativement modeste dans la hiérarchie nobiliaire par sa carrière dans la diplomatie. Alors qu’un duc de Guermantes n’a besoin que de naître pour se trouver dans le haut du panier, il faudra au Marquis de Norpois une fortune colossale ainsi qu’un certain talent dans sa fonction pour faire partie des gens qui comptent. On parle aussi du mariage de Swann avec Odette, qui lui a refermé bien des entrées dans les salons parisiens. Bizarrement, comme l’écrit Proust, c’est après sa mort qu’Odette et sa fille Gilberte pourront, elles, être reçues, alors même qu’elles n’ont plus le passeport Swann pour y être présentées.

    Autre étrangeté, surtout aujourd’hui : le désir du narrateur d’aller voir la Berma dans Phèdre, le refus de son père, pour préserver sa santé fragile, pour finalement lui accorder ce plaisir. On imagine mal aujourd’hui un adolescent qui trépignerait d’impatience d’aller voir Phèdre à la comédie française. En tous cas, notre narrateur est déçu. Il y va, accompagné de sans grand-mère, cherchant désespérément dans l’interprétation de la Berma ce qui justifie sa renommée. Son père est surpris par sa réception alors que sa grand-mère rapportait comment il paraissait passionné, ouvrant béants ses yeux et ses oreilles pour ne rien rater de ce moment. Mais il était à la recherche de ce qu’il ne trouvait pas, de l’extraordinaire, non pas fasciné par l’émotion, encore moins transi de plaisir.

  • Peut-on ne pas parler de Trump

    C’est un groupe de folk qui se produit en Europe. Ils racontent qu’ils se sont lancé un défi : passer une journée entière sans parler de Trump, sans prononcer son nom. Ils n’ont toujours pas gagné leur pari. Renaud Girard, dans le Figaro, raconte à peu près la même histoire. Après une semaine passée aux États-Unis, il rapporte comment les chaînes d’information sont littéralement obsédées par Trump. Que ce soit CBS ou FoxNews, c’est Trump 24 heures sur 24. Sur CBS, c’est un exercice de critique qui se transforme en minutes de haine, en 24 heures de haine. Sur FoxNews, c’est plus nuancé, qui passe d’un support sans conditions à une position plus prudente. C’est toute l’Amérique qui est obsédée par ce personnage tellement il est hors de la norme d’un président ordinaire, ou comparable à d’autres figures politiques familières.

    Tout le monde s’accorde à le juger inculte, vulgaire, brutal, sans aucune pudeur. Pour autant, et Renaud Girard le rappelle, ce personnage extravagant n’a pas provoqué de catastrophes. À comparer avec le si correct George W Bush, il n’a pas des millions de morts à son passif ni de guerre déclenchée sous un faux prétexte.

    D’autres commentateurs soulignent combien Trump réussit à faire l’actualité jour après jour. Pour cela, ils lui accordent un formidable talent politique. Je suis, bien sûr, réservé par rapport à ce jugement car je ne mets pas le talent politique dans le fait de faire l’actualité. Mais c’est sans doute ça qui a permis son élection. Il fascine tout le monde, électeurs comme commentateurs. C’est un Sarkozy à la puissance dix, quand lui aussi se démenait pour toujours être en avance sur l’information puisque c’est lui qui la créait. Mais il arrive toujours un moment où ce n’est pas l’homme politique qui crée l’événement mais l’événement qui arrive sur lui, il en devient parfois la cible au lieu d’être celui qui lance la flèche. C’est peut-être aussi ce qui est en train d’arriver à Macron. Pour l’instant, malgré le tir de barrage de la presse américaine, de l’obsession du soi-disant complot russe, on ne peut que constater que Trump passe à travers les balles. Ce qui fait que je maintiens mon pronostic sur sa survie politique.

  • Florence Parly : Un moment de lucidité

    Elle déclare que l’on ne peut plus compter sur le soutien américain en tout lieu et en toute circonstance. En conséquence il faut avoir une politique de défense autonome, au niveau européen

    Elle vient de découvrir ce que n’importe qui peut et doit savoir, qu’en dernier ressort, on ne peut compter que sur soi-même pour sa défense nationale. On peut avoir des alliés, mais ce ne sont que des alliés qui nous aideront s’ils le souhaitent et si c’est leur intérêt à ce moment. Mais nos cercles dirigeants ont tellement pris l’habitude de se réfugier sous le parapluie américain qu’ils n’imaginent même plus que celui-ci puisse être refermé à tout instant. L’avantage de Trump est qu’il proclame bruyamment ce qui se faisait plus poliment auparavant. On peut peut-être espérer une prise de conscience de nos dirigeants. Plus probablement, ils pensent que l’épisode Trump est un mauvais moment à passer et que tout redeviendra comme avant. Sauf que, comme avant, c’est comme maintenant, en plus discret.

  • Jacques Attali et 2030

    Je regarde avec intérêt cette conférence de Jacques Attali à Polytechnique. C’était en 2015, et je tombe dessus par hasard en me baladant sur Youtube. Il parle sans notes, en expliquant que pour comprendre ce que l’on dit, il faut l’avoir en tête et non pas sur papier. Pourquoi pas ? Il essaie de dégager de grandes tendances dont il pense qu’elles se prolongeront jusqu’en 2030. Parmi celles-ci, il pense que l’aspiration à la liberté individuelle est une aspiration très ancienne qui perdurera, au moins en Occident. Il a sans doute raison, tout en soulignant que cette caractéristique est propre à l’Occident et qu’il n’est pas exact de l’attribuer au reste du monde. Associée à cette aspiration et censée y répondre, est le marché. Le marché tel qu’on l’entend en économie, le marché qui permet à chacun de répondre à ses besoins sans que rien d’autre que la limitation des moyens interférents. Ce marché est mondial, ses acteurs aussi, alors que la loi reste sous la dépendance des états, à l’intérieur des frontières. Il y a là une contradiction de fond qui n’est pas résolue.

    Pour Attali, on le sait, cela ne pourrait être réglé que par un gouvernement, au moins des règles mondiales. Il y a bien des tentatives en ce sens, des réunions de chef d’État, des organisations internationales, mais à part des photos de groupe, peu de résultats concrets en sortent. D’après lui, l’histoire nous enseigne que ce type de contradiction se résout le plus souvent par un retour aux frontières plutôt qu’à une organisation transnationale.

    Passant à la géopolitique, il affirme que les États-Unis resteront la première puissance mondiale, même si son pouvoir continuera à décliner. Il ne pense pas que la Chine deviendra la prochaine superpuissance. Selon lui, la Chine a trop de problèmes à résoudre en interne, comme son système de retraites, pour s’imposer au niveau international. Ce n’est d’ailleurs pas sa tradition. Elle devrait se contenter de défendre ses intérêts, son approvisionnement en matières premières, sans se mêler plus des affaires du monde. Il compare la situation actuelle à la fin de l’Empire romain, qui déclinait doucement, sans être remplacé par une autre puissance. L’empire déclinait alors que le monde se romanisait. Aujourd’hui, c’est pareil. Le monde s’occidentalise continuellement, s’américanise, pour être plus précis alors que les États-Unis déclinent doucement.

    Il donne quelques chiffres, à propos de la population, une des seules prévisions dont on est à peu près sûr. Dommage que ses chiffres soient faux. Oui, la population de l’Inde dépassera celle de la Chine. Oui, la population de l’Afrique va encore augmenté, sans doute aux alentours de deux milliards en 2030. Mais non, il n’y aura pas plus de Turcs que de Russes, et sûrement pas plus de Nigérians que de Chinois.

    Au total, et en fin de conférence, on n’en sait pas beaucoup plus sur le monde en 2030, même si l’ensemble du propos n’est pas inintéressant.