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  • Une critique de Telerama

    À propos d’un livre et d’un écrivain que je ne connais pas, mais la critique est tellement prétentieuse et sans aucun sens que je me donne la plaisir de la recopier ici :

    «Avec ce livre rempli d'échos et de réverbérations, de craquements et de soupirs retenus, Christian Oster poursuit en finesse sa quête du vide, ce trop-plein quotidien», écrivait-on dans Télérama à propos de Rouler.

    La quête du vide, ce trop-plein quotidien !

  • Pierre Manent

    Moins connu que le précédent (Marcel Gauchet) , moins célébré en tous cas. J’ai lu son histoire intellectuelle du libéralisme pendant mes études de philo. Comme je regardais la chaîne de Natacha Polony, je suis tombé sur un entretien entre lui et Coralie Delaume. J’en retiens une réflexion : alors qu’il se trouvait aux États-Unis pour un débat avec un « neo conservateur », celui-ci lui disait que le problème de l’Europe est qu’elle n’avait plus de volonté, qu’elle avait renoncé à agir. Alors que les américains, croyaient toujours au pouvoir de la volonté et de l’action.

    Remarque tout à fait juste, mais encore trop optimiste pour l’Europe. On voit ça avec l’affaire de la dénonciation du traité de contrôle des armements nucléaires iraniens. Trump déchire les engagements de son pays et enjoint aussitôt tous les autres d’en faire de même, de cesser tout commerce avec l’Iran sous peine de lourdes sanctions financières. Que fait l’Europe ? Car, en l’occurrence, il ne s’agit pas de volonté, du désir d’agir sur les événements, mais seulement de se défendre. Il n’est pas question d’offensive mais de préservation de ses intérêts dans un cas de figure où il est évident que les États-Unis outrepassent leur droit, et le droit tout court. Eh bien, même dans ce cas de figure, l’Europe et la France s’apprêtent à capituler. Ce n’est même pas une question de croire à la volonté, c’est l’abandon en rase campagne au moindre froncement de sourcil du protecteur américain. Nous sommes un protectorat, dans le sens colonial du terme, sans même être assuré de la protection américaine au sens militaire.

  • Marcel Gauchet

    Décidément, je n’arrive pas à comprendre le prestige dont il jouit. Il est vrai que je n’ai jamais lu aucun de ses livres, juste quelques entretiens. À chaque fois, je suis frappé par son incohérence. Par exemple, ceci :

    « Je ne suis pas d’accord cependant avec la manière extensive dont Régis Debray manie le concept de « sacré ». Elle me semble plus analogique que rigoureuse. Il y a « sacré », au sens strict, là où il y a matérialisation de l’au-delà dans l’ici-bas. Il y a en ce sens des lieux sacrés, des objets sacrés, des personnes sacrées. Ce qui les fait tels, c’est d’être habités par une présence tangible du surnaturel dépassant leur réalité naturelle. Mais toute réalité supérieure qui vient s’incarner dans un lieu, un objet ou une personne n’est pas forcément d’ordre religieux. »

    Jusque-là, tout va bien, ou presque. Il n’est pas d’accord avec la définition de Régis Debray tout en la reprenant à son compte. Mais, peu importe ; sa définition du sacré est cohérente. Il poursuit :

    « Après, la confusion vient du télescopage entre cette sacralité et la disposition humaine au sacrifice. Serait « sacré » tout ce pourquoi on est prêt à se sacrifier. De nouveau, c’est un abus de mots : il y a des sacrifices qui n’ont rien de sacré, qui se produisent en dehors de toute justification hétéronome – nous pouvons nous sacrifier pour notre pays, pour nos proches, tout en sachant que notre adhésion est purement rationnelle ou subjective. L’abnégation sacrificielle peut être religieuse comme elle peut être « laïque ». Au lieu d’user du concept de sacré de manière indiscriminée, parlons d’une disposition humaine générale à préférer autre chose à soi-même, dont le religieux a été un véhicule majeur, mais qui est indépendante de lui et qui est destinée à lui survivre. »

    Il prétend qu’il y a des sacrifices qui n’ont rien de sacré, se font sans aucune justification hétéronome, tout en donnant pour exemple, le sacrifice pour la patrie ; ce qui est justement l’exemple typique d’une cause qui nous dépasse. Puis il conclut en reprenant une distinction – cette fois-ci pertinente – entre le sacré et le religieux, puisque le religieux est une expression du sacré, mais pas la seule.

  • Villes anglaises

    La première fois, on ne remarque rien. Justement parce qu’il n’y a rien. Rien qui signale qu’on arrive en ville. À Cambridge, à Ely, à Peterborough, il n’y a rien à l’entrée de la ville. Rien c’est-à-dire qu’on ne traverse pas ces horribles zones commerciales qui assiègent chacune de nos villes petites, moyennes et grandes. On se rend compte alors comment la France a été ravagée par ces enseignes, non seulement d’un point de vue économique mais surtout blessée profondément dans son environnement esthétique. J’en viens à haïr encore plus les supers marchés où pourtant, je me rends régulièrement.

    En Angleterre, ce que j’en ai vu, on arrive en ville quand on commence à voir des maisons, quelques immeubles et des feux rouges. Ils ont des systèmes de « Park and Ride » partout où l’on est passé. Ce sont des parkings à l’entrée des villes et des navettes qui vous amènent en centre-ville, tous les quarts d’heure, parfois toutes les dix minutes. Du coup les villes ont un centre vivant, avec des commerces, des pubs et des gens qui y vivent.

  • La marquise découvre l'amour

    Les confidences de la marquise de Merteuil sur sa découverte de l’amour. Un délice d'espièglerie, d'intelligence et de perversité.

    « Je sentis que le seul homme avec qui je pouvais parler sur cet objet sans me compromettre, était mon confesseur. Aussitôt je pris mon parti ; je surmontai ma petite honte ; et me vantant d’une faute que je n’avais pas commise, je m’accusai d’avoir fait tout ce que font les femmes. Ce fut mon expression ; mais en parlant ainsi, je ne savais, en vérité, quelle idée j’exprimais. Mon espoir ne fut ni tout à fait trompé, ni entièrement rempli ; la crainte de me trahir m’empêchait de m’éclairer : mais le bon Père me fit le mal si grand, que j’en conclus que le plaisir devait être extrême ; et au désir de le connaître, succéda celui de le goûter. 

    Je ne sais où ce désir m’aurait conduite ; et alors dénuée d’expérience, peut-être une seule occasion m’eût perdue : heureusement pour moi, ma mère m’annonça peu de jours après que j’allais me marier ; sur-le-champ la certitude de savoir éteignit ma curiosité, et j’arrivai vierge entre les bras de M. de Merteuil.

    J’attendais avec sécurité le moment qui devait m’instruire, et j’eus besoin de réflexion pour montrer de l’embarras et de la crainte. Cette première nuit, dont on se fait pour l’ordinaire une idée si cruelle ou si douce, ne me présentait qu’une occasion d’expérience : douleur et plaisir, j’observai tout exactement, et ne voyais dans ces diverses sensations, que des faits à recueillir et à méditer. Ce genre d’étude parvint bientôt à me plaire : mais fidèle à mes principes, et sentant, peut-être par instinct, que nul ne devait être plus loin de ma confiance que mon mari, je résolus, par cela seul que j’étais sensible, de me montrer impassible à ses yeux. Cette froideur apparente fut par la suite le fondement inébranlable de son aveugle confiance ; j’y joignis, par une seconde réflexion, l’air d’étourderie qu’autorisait mon âge ; et jamais il ne me jugea plus enfant que dans les moments où je jouais avec plus d’audace. »

  • Il se suicide à 104 ans

    David Goodall est un scientifique australien. Il se porte bien, n’a pas de maladie chronique, mais il estime qu’il n’a plus la qualité de vie suffisante pour la prolonger. Après une tentative de suicide ratée en début d’année, il avait demandé aux autorités australiennes de bénéficier d’un suicide assisté. Mais devant leur refus, il avait été contraint de voyager jusqu’en Suisse, où plusieurs fondations offrent ce service. «J’aurais préféré terminer en Australie et je regrette vraiment que l’Australie soit en retard sur la Suisse» en matière de droit à mourir, avait-il expliqué devant les journalistes mercredi dans un hôtel de Bâle. C’est la fondation suisse Eternal Spirit qui a accepté de l’aider à se donner la mort.

    Eternal Spirit avait mis à sa disposition un appartement où le centenaire a pu être entouré de ses petits-enfants et d’un ami jusqu’à ses derniers instants. «Je ne veux plus continuer à vivre», avait-il répété la veille devant les médias, affirmant n’avoir aucune hésitation. Pour montrer qu’il ne ressentait pas de tristesse, ni de regret de quitter la scène, il s’était mis à chanter, d’une voix encore forte, un extrait en allemand de l’Hymne à la joie de la 9e symphonie de Beethoven, sa musique préférée, une performance saluée par des applaudissements.

    Jeudi, après un dernier repas avec sa famille –fish and chips et cheesecake, ses plats préférés – il s’est allongé et un assistant a placé une intraveineuse dans son bras. Mais conformément à la législation suisse, c’est le centenaire qui a lui-même ouvert la valve pour libérer le produit létal à base de pentobarbital de sodium, un sédatif puissant qui à forte dose stoppe les battements du cœur.

    Selon le Dr. Nitschke, M. Goodall a souhaité que son corps soit donné à la médecine, ou bien, en cas de refus, que ses cendres soient dispersées localement. Il a demandé qu’il n’y ait aucune cérémonie après son décès. Devant le vif intérêt suscité par son cas, des dizaines de journalistes du monde entier étaient présents mercredi à Bâle, le scientifique a dit espérer que cela aurait pour effet de pousser l’Australie et d’autres pays à revoir leur législation. L’aide au suicide est illégale dans la plupart des pays. Elle était totalement interdite en Australie jusqu’à ce que l’État de Victoria légalise l’année dernière la mort assistée. Mais cette législation, qui ne rentrera en vigueur qu’en juin 2019, ne concerne que les patients en phase terminale avec une espérance de vie de moins de six mois.

    En Suisse en revanche, la loi stipule que toute personne en bonne santé mentale et qui a depuis un certain temps exprimé le souhait constant de mettre un terme à sa vie, peut demander ce qu’on appelle la mort volontaire assistée, ou MVA. Exit International et Eternal Spirit exhortent tous les pays à suivre l’exemple de la Suisse afin de permettre aux gens de choisir de mourir «dans la dignité». «C’est un droit humain d’être en capacité pour un adulte rationnel de prendre une telle décision», a estimé le Dr. Nitschke.

    Cette histoire m’a fait frissonner toute la journée et une bonne partie de la nuit. Je n‘ai jamais pensé à la mort avec une telle intensité. Si bien que je me retenais de m’endormir de peur que ce soit la dernière fois. Tout, dans cette histoire, (et il y en aura d’autres) annonce que la mort va devenir de plus en plus un « service », payant bien entendu. Puisque la « fondation » en question, avec ce nom ridicule d’Eternal Spirit doit tarifer sa « prestation » à un niveau plus que confortable pour elle. Il ne s’agit que de fournir la seringue, le produit chimique et le dernier repas en famille. Tout ça au milieu des applaudissements des badauds qui saluent le « courage » du futur défunt. Naturellement, on parle de mort dans la dignité, du droit de choisir sa fin de vie. Mais chacun ressent bien que ce droit se transforme doucement en devoir, qu’il faut suivre l’exemple de ces précurseurs. Quand on s’approche du bout, il faut dégager la place, et le faire proprement, en chantant.

    Ce n’est pas que ma vie soit si réussie que je tienne à la prolonger, mais dès aujourd’hui, je suis épouvanté par la pression sociale qui s’appesantit pour inciter à raccourcir le temps de « l’inutilité ».