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  • Infanticide dans des tribus brésiliennes

    Certaines tribus brésiliennes pratiquent l’infanticide à l’égard d’enfants handicapés, ou même de jumeaux ; ils sont censés porter malheur. Des anthropologues considèrent que nous n’avons pas à légiférer ni à sanctionner de telles coutumes. En effet, ces tribus ont toujours été maltraitées voire exterminées au nom de notre prétendue civilisation. C’est toujours au nom de ce prétexte que nous avons voulu leur imposer notre mode de vie. Et l’on sait quelles en ont été les conséquences tragiques pour beaucoup d’entre elles. De quel droit se mêler de leurs coutumes ? Qu’est ce qui justifie notre prétendue supériorité morale ? D’ailleurs, si les enfants handicapés sont tués, c’est parce qu’ils ne peuvent pas survivre dans un environnement trop hostile pour eux. Les garder en vie menacerait la survie de la tribu toute entière. L’État a-t-il le droit d'interférer dans des traditions semblant inhumaines au monde extérieur, mais qui ont permis, depuis le fond des âges, la survie  collective dans un environnement hostile? Même si la technique moderne permettrait de les sauver, introduire dans leur univers symbolique une solution possible à un problème par des moyens autres que ceux sous contrôle de leurs pratiques traditionnelles revient à déséquilibrer leur culture, à remettre en cause leurs croyances, à blesser peut-être mortellement une civilisation.

    Que l’on puisse aujourd’hui se poser ce genre de question montre bien à quel point nous ne croyons plus à nos valeurs, au point que nous les considérions comme valables dans un environnement donné, mais inapplicable à d’autres contextes. On est bien loin d’une déclaration universelle des droits de l’homme.

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  • Philosophie de l'impôt

    J’en avais lu un compte-rendu dans le Figaro. L’auteur Philippe Nemo y défendait une position de principe par rapport au taux de prélèvement obligatoire qu’il estimait confiscatoire. J’avais haussé les épaules sans vouloir aller plus loin. Encore un ultra libéral. (On est forcément ULTRA libéral). Un autre compte-rendu, beaucoup plus complet, paru sur l’excellent site Actu-philosophia (http://www.actu-philosophia.com/Philippe-Nemo-Philosophie-de-l-impot) m’a fait changer d’avis.

    En effet le commentaire de Thibaut Gress soulève d’emblée la question fondamentale de l’ouvrage. Sur quelle évidence se base l’équivalence quotidiennement proclamée entre l’impôt et la justice sociale ? Qu’est ce qui justifie que les plus riches paient plus ? Est-ce si évident ? En interrogeant une évidence, un fait acquis et en cherchant à en dévoiler les fondements, Philippe Nemo fait une œuvre véritable de philosophe. Et quelles que soient ses positions par rapport à ce sujet, le fait de poser la question est entièrement légitime. Il interroge un consensus, une routine de pensée et d’expressions. En quoi l’impôt est-il justifié ? À quoi sert-il ? Comment le répartir ?

    Car dans le contexte mondialisé tel qu’on le connait, à l’intérieur d’une Union Européenne qui circonscrit de plus en plus les politiques nationales, il ne reste plus guère que la fiscalité comme outil de pilotage économique du pays. Et encore ! Car la loi de finances elle-même est examinée et validée par la commission de Bruxelles à partir de critères que l’on ne discute plus.

    Philippe Nemo n’hésite pas à affirmer qu’il existe des théories fausses sur l’impôt, qui ont toutes en commun d’affirmer qu’il est d’intérêt général d’assurer la justice sociale en réduisant les inégalités par le prélèvement fiscal. « Elles écartent donc le problème moral que pose en elle-même la confiscation. Et elles présupposent que l’égalité est désirable par soi. » Passons sur le terme « confiscation » qui fait polémique. Néanmoins, il est clair que la balance entre une certaine redistribution au nom de la justice sociale et une non moins certaine ponction n’est jamais vraiment remise en cause. Ou si elle l’est c’est au nom de l’efficacité économique, de l’exil fiscal et des paradis qui vont avec, jamais au nom de la liberté de disposer de ses revenus.

    Parler de « justice sociale » revient à faire comme si la « spoliation » d’autrui ne posait aucun problème moral et comme si « l’égalité était désirable en soi, indépendamment du niveau absolu de richesses atteint par chaque citoyen. Sur ces bases, on entend fonder une fiscalité qui sera uniquement destinée à appauvrir une partie de la population pour en enrichir une autre. » Nous sommes ici au cœur du problème : derrière les évidences de notre époque se joue une évidence morale, axiologique même, jugeant qu’il va de soi, qu’il est bon de faire de l’égalité un principe inconditionné, et mauvais voire immoral de douter de cette affirmation.

  • Les souvenirs de Léon Daudet

    Il a connu toutes les célébrités de l’époque, en politique comme en littérature. On le connait pour ses portraits, ses mots, et ses duels. Aussi pour son rôle au côté de Charles Maurras. Et c’est toute la troisième République qui revit. Une époque qui s’éloigne de plus en plus. Les injures volaient et cela ne se terminait pas au tribunal, mais sur le pré. Parfois, cela tenait du suicide. A l’occasion du scandale du Panama, Déroulède attaque ainsi Clemenceau : «Ce complaisant dévoué et cet infatigable intermédiaire, si actif et si dangereux, vous le connaissez tous; son nom est sur toutes les lèvres, mais pas un de vous ne le nommerait, car il est trois choses en lui que vous redoutez: son épée, son pistolet, sa langue. Eh bien moi, je brave les trois et je le nomme: c'est monsieur Clemenceau.» Les conditions du duel furent fixées ainsi : les adversaires se tiendraient à 25 pas et auraient six balles à tirer. Connaissant l’habileté de Clemenceau, tout le monde pensait que Déroulède y resterait. Cependant, les deux en sortirent vivants sans une seule blessure. C’est dire néanmoins, le degré de violence de cette époque. Le sens de l’honneur était exacerbé, et il n’était pas question de se dégonfler. Même un être aussi pacifique que Proust ne dérogeait pas. Léon Daudet raconte comment il s’est cru offenser par un éventuel adversaire qui l’aurait taillé en pièces. Heureusement, la conciliation put se faire et d’ailleurs l’homme en question n’avait nullement eu l’intention d’offenser Proust qui, comme nous le confirme Daudet, n’avait rien d’un spadassin.

    Mais aussi, paradoxalement, on y voit des ennemis irréductibles qui se parlent, qui dialoguent, qui dînent ensemble. Au lendemain du « J’accuse », Daudet et son ami Georges Hugo vont rendre visite à Zola. Et selon Daudet, celui-ci les reçut fort aimablement en les assurant de la traîtrise de Paty de Clam. Cela n’empêchera pas Daudet de couvrir d’insulte l’auteur du fameux article, d’en faire un portrait haineux, jusqu’à dénigrer son physique. Une autre fois, toujours pendant l’affaire, fut organisé un dîner où tout Paris était, dreyfusards et antidreyfusards, réunis pour une soirée où l’on s’était promis de ne pas en parler. Eh bien, la soirée ne se termina pas comme le fameux dessin de Caran d’Ache, mais le plus tardivement, alcooliquement et pacifiquement du monde.

  • L'affaire Skripal

    C’était la ridicule affaire Skripal où l’on accuse la Russie d’avoir tenté d’empoisonner un ex-espion. C’est un produit d’origine russe, donc c’est la Russie, donc c’est Poutine lui-même qui en a donné l’ordre. On se demande pourquoi il n’a pas laissé de carte de visite. Tous les membres de l’OTAN ont décrété la culpabilité de Poutine, la presse également sans attendre les résultats de l’enquête. On apprend au compte-goutte que « les chercheurs du laboratoire britannique de Porton Down ont reconnu ne pas être en mesure d'établir le pays d'où provenait l'agent innervant utilisé dans cette tentative d'assassinat » Tout ceci ne prouve rien, ni dans un sens ni dans un autre. En tout cas, rien ne justifiait l’hystérie anti-russe qui a suivi avec expulsions de diplomates par plusieurs dizaines de pays occidentaux. La Russie a répliqué en expulsant exactement le même nombre de personnel des diverses ambassades ou consulat à Moscou et Saint Pétersbourg. Ce brouhaha n’a guère d’importance, et on suppose que les diplomates en question reviendront à leurs postes dans quelques mois.

    Par contre, ce qui se passe en Syrie est beaucoup plus grave. On accuse pour la nième fois Assad d’avoir gazé la population. Bizarrement, à chaque fois que le régime gagne une bataille, qu’il récupère un territoire, il ne pourrait pas d‘empêcher de ponctuer sa victoire par un bombardement au gaz. Il est vraiment trop bête. À chaque fois, les russes fermeraient les yeux, quand ils n’encourageraient pas le crime. Car bombarder à l’explosif est toléré mais pas le gaz. C’est une ligne rouge. Donc, « la communauté internationale », c’est-à-dire l’OTAN proclame qu’elle ne va pas laisser ce crime impuni. Trump envoie des tweets imbéciles et prévenant le monde entier et les russes que ses beaux missiles vont bientôt arriver. Et Macron fait savoir qu’il est en contact direct avec lui, qu’il a les moyens de riposter tout seul, qu’il ne se dégonflera pas comme Hollande la fois précédente.

    On sent que ça les démange. Une bonne guerre que l’on est sûr de gagner, pour en finir avec la Russie qui a le culot de ne pas s’aplatir devant l’OTAN. Une bonne guerre pour montrer à la Chine qui est le plus fort. Une bonne guerre où l’on bombarde de loin, avec le maximum de destruction chez l’adversaire, et le maximum de contrats pour reconstruire.

    Je ne sais pas comment tout ça va finir. Obama avait suffisamment d’autorité pour résister aux va-t-en-guerre. Trump a sans doute bien envie de prouver qu’il ne doit rien aux Russes et qu’il n’a pas peur de leur rentrer dedans. Le plus écœurant est de lire ou d’entendre toute la propagande des roquets de la presse qui relaie sans aucune précaution toute l’hystérie anti-russe.