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Philosophie de l'impôt

J’en avais lu un compte-rendu dans le Figaro. L’auteur Philippe Nemo y défendait une position de principe par rapport au taux de prélèvement obligatoire qu’il estimait confiscatoire. J’avais haussé les épaules sans vouloir aller plus loin. Encore un ultra libéral. (On est forcément ULTRA libéral). Un autre compte-rendu, beaucoup plus complet, paru sur l’excellent site Actu-philosophia (http://www.actu-philosophia.com/Philippe-Nemo-Philosophie-de-l-impot) m’a fait changer d’avis.

En effet le commentaire de Thibaut Gress soulève d’emblée la question fondamentale de l’ouvrage. Sur quelle évidence se base l’équivalence quotidiennement proclamée entre l’impôt et la justice sociale ? Qu’est ce qui justifie que les plus riches paient plus ? Est-ce si évident ? En interrogeant une évidence, un fait acquis et en cherchant à en dévoiler les fondements, Philippe Nemo fait une œuvre véritable de philosophe. Et quelles que soient ses positions par rapport à ce sujet, le fait de poser la question est entièrement légitime. Il interroge un consensus, une routine de pensée et d’expressions. En quoi l’impôt est-il justifié ? À quoi sert-il ? Comment le répartir ?

Car dans le contexte mondialisé tel qu’on le connait, à l’intérieur d’une Union Européenne qui circonscrit de plus en plus les politiques nationales, il ne reste plus guère que la fiscalité comme outil de pilotage économique du pays. Et encore ! Car la loi de finances elle-même est examinée et validée par la commission de Bruxelles à partir de critères que l’on ne discute plus.

Philippe Nemo n’hésite pas à affirmer qu’il existe des théories fausses sur l’impôt, qui ont toutes en commun d’affirmer qu’il est d’intérêt général d’assurer la justice sociale en réduisant les inégalités par le prélèvement fiscal. « Elles écartent donc le problème moral que pose en elle-même la confiscation. Et elles présupposent que l’égalité est désirable par soi. » Passons sur le terme « confiscation » qui fait polémique. Néanmoins, il est clair que la balance entre une certaine redistribution au nom de la justice sociale et une non moins certaine ponction n’est jamais vraiment remise en cause. Ou si elle l’est c’est au nom de l’efficacité économique, de l’exil fiscal et des paradis qui vont avec, jamais au nom de la liberté de disposer de ses revenus.

Parler de « justice sociale » revient à faire comme si la « spoliation » d’autrui ne posait aucun problème moral et comme si « l’égalité était désirable en soi, indépendamment du niveau absolu de richesses atteint par chaque citoyen. Sur ces bases, on entend fonder une fiscalité qui sera uniquement destinée à appauvrir une partie de la population pour en enrichir une autre. » Nous sommes ici au cœur du problème : derrière les évidences de notre époque se joue une évidence morale, axiologique même, jugeant qu’il va de soi, qu’il est bon de faire de l’égalité un principe inconditionné, et mauvais voire immoral de douter de cette affirmation.

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