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Les souvenirs de Léon Daudet

Il a connu toutes les célébrités de l’époque, en politique comme en littérature. On le connait pour ses portraits, ses mots, et ses duels. Aussi pour son rôle au côté de Charles Maurras. Et c’est toute la troisième République qui revit. Une époque qui s’éloigne de plus en plus. Les injures volaient et cela ne se terminait pas au tribunal, mais sur le pré. Parfois, cela tenait du suicide. A l’occasion du scandale du Panama, Déroulède attaque ainsi Clemenceau : «Ce complaisant dévoué et cet infatigable intermédiaire, si actif et si dangereux, vous le connaissez tous; son nom est sur toutes les lèvres, mais pas un de vous ne le nommerait, car il est trois choses en lui que vous redoutez: son épée, son pistolet, sa langue. Eh bien moi, je brave les trois et je le nomme: c'est monsieur Clemenceau.» Les conditions du duel furent fixées ainsi : les adversaires se tiendraient à 25 pas et auraient six balles à tirer. Connaissant l’habileté de Clemenceau, tout le monde pensait que Déroulède y resterait. Cependant, les deux en sortirent vivants sans une seule blessure. C’est dire néanmoins, le degré de violence de cette époque. Le sens de l’honneur était exacerbé, et il n’était pas question de se dégonfler. Même un être aussi pacifique que Proust ne dérogeait pas. Léon Daudet raconte comment il s’est cru offenser par un éventuel adversaire qui l’aurait taillé en pièces. Heureusement, la conciliation put se faire et d’ailleurs l’homme en question n’avait nullement eu l’intention d’offenser Proust qui, comme nous le confirme Daudet, n’avait rien d’un spadassin.

Mais aussi, paradoxalement, on y voit des ennemis irréductibles qui se parlent, qui dialoguent, qui dînent ensemble. Au lendemain du « J’accuse », Daudet et son ami Georges Hugo vont rendre visite à Zola. Et selon Daudet, celui-ci les reçut fort aimablement en les assurant de la traîtrise de Paty de Clam. Cela n’empêchera pas Daudet de couvrir d’insulte l’auteur du fameux article, d’en faire un portrait haineux, jusqu’à dénigrer son physique. Une autre fois, toujours pendant l’affaire, fut organisé un dîner où tout Paris était, dreyfusards et antidreyfusards, réunis pour une soirée où l’on s’était promis de ne pas en parler. Eh bien, la soirée ne se termina pas comme le fameux dessin de Caran d’Ache, mais le plus tardivement, alcooliquement et pacifiquement du monde.

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