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20/07/2017

De Gaulle aurait-il dû proclamer la République

Nous sommes le 25 août 1944. Les résistants, Georges Bidault en tête, demandent au Général De Gaulle de proclamer la République. Celui-ci dans une réplique célèbre, refuse de le faire : « La République n'a jamais cessé d'être ! Vichy fut toujours et demeure nul et non avenu. »

Aujourd’hui encore, après le scandaleux discours du Vel d’hiv d’Emmanuel Macron, je m’interroge, ou plutôt, je pense que le Général De Gaulle, à cet instant, eu tort.

J’imagine tout à fait ses sentiments et sa réaction brutale à la demande de Georges Bidault. Implicitement, je suis accusé de dictature, on me demande de proclamer la République pour rassurer tous ceux qui se méfient de mon pouvoir. Une méfiance qui se prolongera jusqu’en 1958 avec cette fameuse réplique aux journalistes lors de sa conférence de presse du 19 mai 1958 : « Croit-on qu’à 67 ans, je vais commencer une carrière de dictateur ». Méfiance prolongée encore, et même accusation de « coup d’état permanent » suivant le pamphlet de François Mitterrand.

Pour le personnel politique de l’époque, le Général De Gaulle n’était pas un homme politique ordinaire. Et certes, il ne l’était pas ! Dictateur, l’était-il ? L’a-t-il été de 1940 à 1944 ?

C’est là que le terme dictateur révèle sa malheureuse ambigüité. Il y a la dictature au sens romain du terme, quand la République, menacée de mort, confie les pleins pouvoirs à un homme pour une durée limitée, (6 mois normalement), le temps de rétablir la situation. Le sens en a été détourné, dès l’époque romaine d’ailleurs, par des dictateurs à plein temps, hors périodes de danger extrême. Sylla, César en sont deux exemples. Avec la dictature moderne, en 1944, on pense tout de suite aux affreuses tyrannies hitlériennes, de Mussolini, de Staline pour ceux qui avaient les yeux ouverts à la réalité de Moscou. En 1944, on pense aussi au régime de Vichy, dictature de même nature que celles-ci sous couvert d’une procédure à la romaine.

Car Vichy naît le 17 juin 1940 lorsque le président Lebrun appelle le maréchal Pétain à la présidence du conseil. Il se transforme en dictature le 10 juillet 1940 lorsque l’assemblée nationale vote les pleins pouvoirs à Pétain. La procédure en elle-même aurait pu être légale si la dictature de Pétain s’était donnée pour but de sauver la Patrie. C’est ce qu’elle affirmait. Il n’y a plus de débat, sur le fait qu’elle fit le contraire, l’avilit et la trahit constamment, en prenant ses ordres chez l’occupant quand elle ne les devançait pas.

Au Caire en 1941, le Général De Gaulle déclarait « Le 17 juin 1940 disparaissait à Bordeaux le dernier Gouvernement régulier de la France. L’équipe mixte du défaitisme et de la trahison s’emparait du pouvoir dans un pronunciamento de panique. Une clique de politiciens tarés, d’affairistes sans honneur, de fonctionnaires arrivistes et de mauvais généraux se ruait à l’usurpation en même temps qu’à la servitude. Un vieillard de quatre-vingt-quatre ans, triste enveloppe d’une gloire passée, était hissé sur le pavois de la défaite pour endosser la capitulation et tromper le peuple stupéfait. Le lendemain naissait la France Libre.»

Le lendemain, 18 juin 1940, le Général De Gaulle proclamait la France Libre, et appelait à la Résistance. C’est-à-dire, qu’il inaugurait sa propre dictature, exceptionnelle et légitime au regard des intérêts supérieurs de la Patrie. Lui-même ne s’y trompait pas. «  Nous sommes la France » répondait-il à René Cassin, si peu nombreux que nous sommes. Il ne se trompait pas non plus sur la nature de son pouvoir et de son caractère provisoire, jusqu’à ce que tout le territoire français fusse libéré et que le peuple  pusse s’exprimer librement. C’est ainsi qu’après différents Comités de Libération, le Général De Gaulle institua, le 3 juin 1944, le Gouvernement Provisoire de la République Française. Provisoire de la République : rétrospectivement, on peut regretter que ce nom n’ait pas été choisi dès juin 1940. Le Général De Gaulle lui-même n’a pas eu cette audace dans la dénomination de son organisation, alors qu’il l’a eue dès le début, dans ses intentions et sa politique.

Le 25 août 1944 célèbre donc la fin de deux dictatures. La dictature légitime du Général De Gaulle qui sauve la Patrie, et la dictature de trahison qui l’avilissait. Quand le Général De Gaulle refuse de proclamer la République, il dénie non seulement toute existence au régime de Vichy (nul et non avenu), mais aussi le caractère exceptionnel de son Gouvernement Provisoire. Afin de ne pas prêter le flanc aux accusations de dictature tyrannique à son encontre, il choisit de ne pas assumer le caractère exceptionnel de son propre rôle, en affirmant contre toute apparence que la République n’a jamais cessé d’être, qu’elle continuait comme avant. Il a sans doute juridiquement raison mais politiquement tort. Proclamer la République à ce moment historique, c’était au contraire affirmer devant tous, la fin des régimes exceptionnels. Le sien, en remettant son pouvoir au peuple, comme il s’y était engagé, et comme il le fera. L’autre, celui de Vichy,  en déniant toute légalité à ses actes, mais du même coup reconnaissant la blessure infligée. Car « Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré ! », c’était surtout, la République outragée, brisée, trahie, mais la République rétablie !

Dire que la République n’a jamais cessé d’être, que rien n’était avenu, c’était courir le risque, bien avenu, celui-là que la réalité des faits avenus resurgissent. Et c’était le risque que l’on confonde tout, la France et son « gouvernement » de Vichy,  la France et René Bousquet, la France et ses policiers. Parce qu’ils étaient en France sur le territoire français, on affirme aujourd’hui qu’ils étaient la France. Sous prétexte de regarder la réalité en face, de faits qui ont bien eu lieu, l’horreur du Vel d’hiv, perpétrée par des policiers français, Emmanuel Macron redonne une légitimité républicaine à ce régime de trahison.

En proclamant la République, Le Général De Gaulle aurait peut-être évité ce naufrage. Il a les excuses de la situation, de regarder d’emblée l’avenir et la reconstruction de la France. Aujourd’hui, plus personne n’a ces excuses, surtout pas le Président de la République. Il est vrai qu’en termes d’années 40, il préfère ressasser les années 1940 plutôt que de préparer les années 2040.

17/07/2017

Les armées humiliées

Verbatim du nouveau ministre des comptes publics, le dénommé Darmanin : «  Nous avons demandé au ministère de la Défense de tenir le budget qui a été voté en 2017 par le Parlement, ce qui entraîne une réduction des dépenses de 850 millions d’euros. Le budget ne diminue pas, mais l’enveloppe votée devra être respectée. Il faudra assurer le financement des opérations extérieures en trouvant des économies ailleurs »

Il y a donc une réduction des dépenses, mais le budget ne diminue pas ! Du grand n'importe quoi, et même en langue de bois, ce type est un incapable.

Suite au charabias du ministricule en question, c’est bien le budget des armées qui est amputé. Le général de Villiers, qui passait devant la commission de la défense à l’assemblée nationale  a exprimé sa colère : «  je ne me laisserai pas baiser comme ça ». Ces auditions sont, paraît-il, confidentielles. Ces paroles ont donc été diffusées partout, dans la minute suivante. Tout comme le général Soublet, le général de Villiers a été trahi par des parlementaires irresponsables.

L’occasion était trop belle pour Macron de donner un coup de menton.  À la réception du 13 juillet, il a déclaré publiquement, qu’il n’avait pas de conseils à recevoir de qui que ce soit en matière de défense nationale. Montant sur ses ergots, il rappelait que « je suis votre chef » devant le général de Villiers. Comme si ça ne suffisait pas, il rappelle dans le journal du dimanche, qu’en république, il ne peut y avoir de désaccord entre le Président de la République et le chef d’état-major des armées, ou alors c’est celui-ci qui est changé. Il continue en affirmant qu’il tiendra son engagement d’un budget des armées à 2% du PIB en 2025. Je fais ce que je dis et je dis ce que je fais, répète-t-il.

À l’évidence, il se moque du monde. Ce n’est pas en commençant par sabrer les investissements, dans un budget qui a déjà tellement souffert qu’on le remontera par la suite. À mentir ainsi devant tous les français, en premier lieu devant les militaires, devant leur général en chef, il s’attire très probablement la défiance, voire le mépris de tous ceux qui considèrent que la défense est le premier devoir d’un président. L’humiliation publique qu’il a infligée, de manière répétitive, au général de Villiers ne sera sûrement pas oubliée. Je ne donne guère plus de quelques jours avant qu’il ne démissionne. C’est ce qu’il a de mieux à faire.

En attendant, avec cette affaire, suivie d’un nouveau discours au vel d’hiv qui refuse des prétendues subtilités qui distinguent un régime de traîtrise du régime d’honneur et patrie, il montre qu’il n’a rien compris à l’action du Général de Gaulle, dont pourtant il exhibait ostensiblement les mémoires à l’occasion de sa photo officielle.

 

05/07/2017

Proust et les titres de noblesse

En lisant Proust, j’ai éprouvé une satisfaction très snob à ne pas être étonné de voir Oriane devenir duchesse de Guermantes après avoir été princesse des Laumes. De même d’apprendre que le baron de Charlus était le frère du duc de Guermantes.

Comment peut-on être duchesse après avoir été princesse ? Comment un duc peut-il avoir un baron pour frère ?

C’est que la graduation théorique des titres de noblesse met le prince au sommet, suivi du duc, du marquis, du comte, puis du vicomte et enfin du baron. Mais bien des exemples montrent que cet ordonnancement n’a rien de commun avec une hiérarchie stricte, presque militaire. C’est ainsi que chez les la Rochefoucauld, on est prince de Marcillac tant que son père est duc de la Rochefoucauld, titre dont on hérite à sa mort lorsque l’on devient alors chef de famille.

Je suspecte Proust d’avoir eu le même plaisir de connaisseur à piéger ainsi le lecteur, ignorant de ces subtilités, qui s’apprêterait à protester auprès de l’auteur, ou pire encore, s’en étonner dans un salon.