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29/06/2017

Les maîtres du monde ne portent pas de cravate

À propos de la pantalonnade (si l’on peut dire) de l’absence de cravate des députés de la France insoumise, Eric Zemmour fait remarquer que Jean-Luc Mélenchon est en retard d’une guerre. Les nouveaux maîtres du monde ne portent pas de cravate. Feu Steve Jobs tout comme Mark Zuckerberg ont bien soin de ne jamais mettre de cravate en public, en espérant donner une image « cool », décontractée, joyeuse de leur entreprise. « Kick butt and have fun » proclamait mon ancien patron Scott MacNealy.

Ce pseudo scandale a éclipsé le vrai scandale de l’élection du bureau de l’assemblée nationale. De son président de Rugy, politicien méprisable qui trahissait sa parole en ne soutenant pas le gagnant de la primaire de la belle alliance populaire, à la nomination de Richard Ferrand par le Président de la République à la tête du groupe en marche, en passant par les vice-présidents dont aucun n’appartient à l’opposition, et l’élection de Thierry Solère au poste de questeur normalement réservé à l’opposition.

26/06/2017

Macron ne résiste pas à l’hubris

C’était prévisible. Il a tout gagné en un an. Qui se souvient de Manuel Valls disant qu’il n’y a pas d’avenir pour une aventure solitaire ? Ce n’est plus un avenir, mais l’aventure a été solitaire. Quelques deuxièmes couteaux recrutés au PS (Richard Ferrand) que personne ne connaissait avant, le soutien du duo infernal Attali-Minc, qui jusque-là portait malheur, la méfiance de la presse qui n’y voyait qu’une bulle, les peaux de banane de Manuel Valls, la soi-disant vacuité du programme.

Et il gagne. La présidentielle, les législatives, son premier mois à l’Élysée. Tout lui réussit, même ce qu’il rate. Les expressions malheureuses qui auraient pu lui coûter chères : l’absence de culture française, la colonisation comme crime contre l’humanité. C’est le candidat des banquiers, de la France qui gagne, il va rançonner les petites retraites avec la CSG. Tout passe, rien ne lasse sous les applaudissements de la presse énamourée.

Comment résister ? On rappelle sans cesse, qu’il fut l’assistant de Paul Ricoeur, sans qu’on sache vraiment quel a été son travail. Ça lui donne un vernis philosophique, une sorte de passeport automatique pour la sagesse, l’alibi culturel qui plaît dans le 6ème arrondissement.

Alors, il insiste. Voilà une « task force » anti-terroriste directement dépendante de l’Élysée. Richard Ferrand est mis en cause. Peu importe, il le nomme président des marcheurs à l’assemblée. On n’imagine pas que ses députés votent pour un autre candidat. D’ailleurs, il n’y en a pas eu. Il a été élu à l’unanimité. Aujourd’hui, on annonce qu’il souhaiterait réunir le congrès pour y faire un discours ; la veille du discours de politique générale du premier ministre. Celui-ci trouve ça normal, paraît-il. J’ai bien du mal à croire qu’il puisse apprécier cette humiliation. On sait bien que ce genre de discours est révisé par le Président de la République. Mais, quand même, c’est bien le premier ministre qui engage sa responsabilité avec celle de « son » gouvernement. Il est vrai qu’Édouard Philippe est un illustre inconnu, qui ne pèse rien. À l’époque Sarkozy, le collaborateur Fillon avait quand même un passé politique un peu plus consistant. Quel qualificatif faut-il alors pour décrire l’actuel premier ministre ?

Tout ça ne présage rien de bon. La France l’a élu contre tous les autres. Un peu comme moi qui n’y croit pas, mais qui espère se tromper. Les réformes libérales, l’Europe, la modernité. Tout ce à quoi on a cru, qui nous a déçus. Ça n’a jamais été jusqu’au bout, et le peu qui a été fait ne marche pas. Parce qu’on n’a pas été assez loin, répondent les libéraux. Paradoxe de la demi-mesure qui ne marche pas, du saupoudrage inutile, de vouloir préparer l’avenir tout en préservant le passé.

On le dit presque à chaque fois. Cette fois-ci, c’est la dernière chance, il n’y aura pas d’excuses. Il a tous les pouvoirs. Comme les autres, et même un peu plus. Il a eu raison contre tout le monde. Pour se faire élire. Mais, en politique, on n’a pas raison tout seul, tout le temps.

22/06/2017

Un ministère fond de tiroir

Et donc, il n’y a pas que Bayrou, mais aussi Sylvie Goulard et Marielle de Sarnez. Le Modem gouvernemental est décapité. C’étaient d’ailleurs les seules personnalités connus de ce micro parti. Bon débarras doivent se dire Macron et Philippe, sauf qu’il faut les remplacer. Visiblement, ça n’a pas été simple. Parce qu’en plus, ils se sont mis des contraintes ridicules, comme la stricte parité homme femme, faire appel à la société civile en plus de l’équilibre politique nécessaire à tout gouvernement. Donc il fallait trouver des femmes, récupérer des inconnus du Modem et ne pas trop recruter à droite qui ne demande que ça.

On se retrouve alors avec une inconnue à la justice, Nicole Belloubet, professeur de droit, quand même. On se retrouve avec Florence Parly aux armées, un deuxième couteau de l’équipe Jospin, partie chez Air France puis à la SNCF, où elle n’a guère brillé. Elle fut secrétaire d’état au budget, il y a plus de vingt ans ; elle se retrouve aux armées où elle n’y connait rien.

Pas de vedette, pas de poids lourd. Si c’était un vrai désir de renouvellement, s’il y avait eu un vrai choix de la part du duo Macron Philippe, pourquoi pas ? Mais tout semble montrer qu’ils n’ont récupérer que quelques rares fonds de tiroir.

D’une part il semble que certains aient refusé parce qu’ils ne s’en sentaient pas capables. Et puis surtout, cette chasse à l’homme continuelle, cette litanie des affaires où le moindre soupçon se transforme en mise en cause,  commence à en rebuter plus d’un. La transparence se transforme en inquisition. Les meilleurs n’ont pas envie de se retrouver au tribunal de Mediapart. Je les comprends. Quand on pense que les députés vont être obligés de faire des notes de frais avec justificatifs, que tout le monde pourra consulter, il faut alors être vraiment dévoué pour se soumettre ainsi  à la vigilance voyeuriste de la presse, des réseaux sociaux et des incorruptibles. Je suis archi contre cette loi de soi-disant moralisation. Qu’on leur foute la paix ! Qu’on leur donne un forfait, et qu’ils s’en débrouillent ! De quel droit puis-je savoir dans quel restaurant a déjeuné tel ou tel député ?

02/06/2017

Le bonheur selon Paul Veyne

Comme un imbécile, j’achète Le Point pour m’occuper pendant le déjeuner. Je passe vite sur FOG (je ne me donne même plus le plaisir de m’en énerver). Une interview de Gerald Darmanin, qui casse du Fillon (il a bien raison) et explique pourquoi il est rentré au gouvernement. Une autre interview, cette fois-ci d’Élisabeth Badinter à propos de la polémique sur les femmes empêchées de sortir dans le quartier de la porte de la chapelle. Je suis d’accord avec presque tout ce qu’elle dit. Malgré tout, je lis ces pages avec distraction, pour passer le temps, sans intérêt particulier.

Et puis, un vieillard de 86 ans, Paul Veyne. Il nous parle de l’antiquité, de l’Énéide - chaque vers est magnifique, mais l’ensemble est ennuyeux – de l’Odyssée et des grecs. Je me surprends à sourire, me sentir heureux dans cet autre monde que pourtant je connais si peu. Il veut finir sa vie en grec ancien. Alors il a cherché un texte pas encore traduit. Il y en a encore. Philostrate est celui qui a écrit la vie plus ou moins légendaire d’Apollonios de Tyane. On sait peu de choses sur Appolonios, mais sa réputation de sagesse, d’ascétisme, de thaumaturge en a fait un personnage mythique qui peuple certains ouvrages d’ésotérisme. Cette biographie est connue depuis longtemps, mais pas les lettres.

Paul Veyne a trouvé les lettres d’amour de Philostrate. Ce n’est pas un chef d’œuvre, mais ce sera inédit en français, c’est ça qui l’intéresse. Il y travaille plusieurs heures par jour. C’est inutile, ce sera lu par dix érudits, mais il y met toute sa science et tout son amour d’un autre monde. Il en est heureux. Moi aussi, quelques instants.

01/06/2017

Le style du Général

J’ai admiré au-delà de n’importe qui d’autres ses mémoires de guerre, la façon sans égale dans l’histoire dont il a porté tout un pays sans d’autre moyen que sa volonté et son caractère. Le style s’en ressent dont la grandeur est à la hauteur de l’épopée. Ça continue avec les mémoires d’espoir quand il raconte l’affaire algérienne. Après, ce sont des considérations économiques, écrites pour se justifier de la fausse légende qui lui aurait fait dire que « l’intendance suivra ». Le chapitre est alors presque ennuyeux. Il abuse des anaphores : c’est ainsi que j’ai pris telle ou telle mesure, c’est ainsi que, c’est ainsi que. On remarque à peine ce tic d’écriture dans les mémoires de guerre, il finit par agacer dans les mémoires d’espoir.