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08/12/2016

Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée

Ou comment l'on passe d'une délicieuse fantaisie de Musset aux épaisses caricatures d'aujourd'hui entre ouverture et fermeture.

Car, pour en revenir à un débat qui a agité la France, le mariage pour tous et sa manif associée, le principal argument des partisans du mariage pour tous est que l’ouverture d’un droit, d’une liberté n’enlève rien à ceux qui l’ont déjà. Pourquoi protestez-vous disent-ils, ça ne change rien pour vous. Vous pouvez toujours vous marier entre mari et femme, vous le restez sans changement si vous l’êtes déjà. Qu’est-ce que ça peut vous faire si deux hommes ou deux femmes obtiennent le droit de se marier comme vous ? Ça ne vous enlève rien et d’ailleurs ça renforce l’institution du mariage en l’ouvrant à d’autres catégories. Vous masquez votre homophobie par des semblants d’argument anthropologiques (un papa et une maman).

On retrouve le même type de débat à propos  de l’immigration. Mais qu’est-ce que ça peut vous faire si des immigrés viennent s’installer en France, deviennent Français ? Vous le restez, sans aucun changement et d’autres le deviennent. Et alors ?

Et maintenant, supposons que l’on ouvre la profession de médecin à des étudiants en kinésithérapie, à des infirmières. Que l’on accorde le titre d’inspecteur des finances à tout énarque, pas seulement à ceux qui sortent « dans la botte ». On s’accorderait à dire que ça dévalorise le titre de médecin comme la qualification d’inspecteur des finances. Il est vrai que l’on prend ici comme exemple, des qualifications données sur un critère de classement, ou de réussite à un examen, dont chacun s’accorde à dire qu’ils conditionnent la validité du titre. Ce ne serait pas comparable à la question du mariage ou de la nationalité qui concernent des hommes égaux en droit du fait même de leur qualité d’homme. Ce n’est certes pas directement comparable, mais illustre bien le fait que tout groupe, toute institution ne définit pas seulement par sa définition mais aussi par ses membres. Dans tout groupe organisé il y a des conditions d’accès, et les changer modifie la nature du groupe. On ne doit donc pas s’étonner ni se scandaliser, si l’ouverture du mariage à tous a fait réagir des membres de cette institution qui estiment qu’elle en est changée, y compris pour ceux qui étaient déjà mariés dans la forme traditionnelle.

Il y a là deux formes de pensée où l’on reconnait facilement des clivages politiques traditionnellement attachés à la gauche et à la droite, mais en fait plus exactement, ce qui sépare les libéraux des conservateurs. Les libéraux considèrent que, par principe, l’ouverture est meilleure. Tout doit être fait pour faciliter les échanges comme source d’enrichissement mutuel. Tout doit être fait contre le protectionnisme et le repli sur soi. Deux termes que l’on retrouve sans cesse dans les discours de François Hollande. C’est donc la défense de l’Europe à tout prix, contre la nation, taxée de nationalisme, ou contre la protection de l’économie taxée de protectionnisme.

Il est clair que cette ouverture pour tous atteint, paradoxalement, ses limites, ses frontières. Car une ouverture incontrôlée finit par détruire la définition du groupe, son identité. À force de se remplir, on ne sait plus ce qui le définit. La disparité des membres se traduit par le vide de ce qui définit le groupe. Quand tout le monde peut rentrer dans un club, il n’a plus lieu d’être, quand plus rien ne le distingue. On ne peut pas se contenter du contenant sans se préoccuper du contenu.

Caricature dira-t-on. En effet, tout comme il est caricatural de rabaisser les défenseurs d’une certaine continuité à la France racornie, moisie, et pourquoi pas, nauséabonde, on ne peut pas non plus dire que les partisans de l’ouverture veulent dissoudre toutes les institutions dans un ensemble informe.

Néanmoins, ouverture, accueil et tolérance étant unanimement considérés comme des notions positives, le simplisme du débat fait que ceux qui y mettent des nuances sont aussitôt soupçonnés, puis vite accusés de fermeture, de repli et d’intolérance.

 

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