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06/01/2016

Les Loannas de la République

Dans cette France du devoir de mémoire, on commémore, on commémore. Cette semaine, on ne pourra pas échapper à la commémoration des assassinats de Charlie Hebdo. Ça commence par des Légions d’honneur qu’ils auraient sûrement refusées de leur vivant, après l’avoir brocardée de toute leur vie, de tous leurs dessins, de tous leurs écrits. Tant pis pour eux, ils ne pourront échapper aux honneurs posthumes, aux croix d’honneur, aux plaques de marbre. Cabu avec une Légion d’honneur ! Non seulement il l’aurait refusée, mais il n’avait rien fait pour la mériter, et c’est très bien comme ça.

Mais ce n’est pas tout. On commémore aussi à la télévision. Difficile d’y échapper cette semaine. Une émission spéciale, deux, ça va ; dix, ça commence à être le trop plein. Avant-hier soir, j’arrive sur l’une d’entre elles. On y raconte ces journées des assassinats, de la traque, des assauts. Naturellement, on nous annonce des révélations, des images jamais vues, l’histoire secrète du 7 janvier. Par principe, je n’achète plus jamais un journal qui titre sur des révélations, le plan secret, le pouvoir caché des francs-maçons. C’est toujours bidon.

C’est de la télévision, pour une fois je regarde quand même. Je sais que je n’apprendrai rien, mais peut-être que l’émission ira un peu au delà de l’émotion.

Le 7 janvier, tout ou presque a été filmé en direct. Les images ont tourné en boucle. Le lendemain aussi, jusqu’à l’assaut final à Dammartin-en-Goële, à l’Hyper Casher. Il n’y a plus qu’à faire le montage avec des commentaires qui rappellent et éclaircissent les faits, si c’est encore nécessaire.

Mais non, tout est formaté en téléréalité. Des images, et les témoignages des acteurs. Au confessionnal du loft de la République. Le commissaire de police, le ministre de l’intérieur, de la justice, le premier ministre et jusqu’au Président, qui nous font part tour à tour de leurs états d’âmes pendant ces instants. Tous les Steevy et les Loannas de la République face aux décisions à prendre et qui viennent pleurnicher pour nous expliquer comme c’est dur. Trente secondes d’images des policiers autour de l’HyperCasher et trente secondes de témoignage du ministre. Dois-je donner l’ordre de donner l’assaut ? À ce moment-là, je pense à tous ces gens prisonniers dont le sort dépend de ma décision, aux policiers qui vont donner l’assaut, aux risques qu’ils vont prendre…Le visage grave, il rejoue son rôle, se commente, se selfise. Ils font juste leur boulot, on l’espère, on ne lui demande pas de commenter. Ou plutôt si, on lui a demandé de se commenter et il croit se grandir en acceptant.

C’est le ministre ou le Président.

Il devrait parler de ce qu’il a fait. Il parle de lui. Obscène.

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