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14/10/2015

Un boulot intéressant... Intéressant ?

Est-ce que ton travail est intéressant ? C’est une question que l’on se posait naguère. Aujourd’hui, on a un boulot. Un boulot, ça paye bien (ou pas), c’est pas trop loin pour y aller (même en RER),  y a une bonne cantine, on m’emmerde pas trop. Intéressant ? Je n’entends plus jamais cette question, je ne la pose plus, ni aux autres ni à moi-même ? Posons-là quand même.

-          Est-ce que mon travail est intéressant ?

-          C’est un boulot, ça me fait vivre. En fait je suis en mission longue durée. Ce n’est pas tout à fait pareil. La mission peut s’arrêter inopinément. À 60 ans, je ne peux pas me plaindre. J’ai un boulot, ou c’est tout comme.

 

J’ai commencé ma vie professionnelle comme agriculteur. Je ne voulais pas m’insérer dans le système. Et surtout, ni commander ni être commandé. Je me sentais utile. J’avais vraiment la conviction d’avoir un travail utile, nécessaire, vital. À l’époque, on était persuadés que nos surplus étaient utiles pour nourrir des gens moins favorisés. On était fier de nos gains de productivité. Intéressant n’était pas le sujet. Aujourd’hui, on l’accuse cette agriculture productiviste. Comme si elle pouvait ne pas l’être. Qui a  envie de payer pour une réserve d’agriculture à l’ancienne avec veau, vache, cochon, couvée. Si j’étais resté agriculteur, peut-être me sentirais-je maintenant inutile, et même nuisible : à cause de la pollution, du réchauffement climatique, de la planète !

 

-          Est-ce qu’il existe encore un travail intéressant ?

-          Je ne sais pas vraiment. Après, j’ai complètement changé de métier.

 

Je travaillais chez un constructeur informatique. Intéressant ? Oui, parce que ça m’a permis d’être au contact des technologies, au fur et à mesure qu’elles arrivaient. Et puis Sun MicroSystems était vraiment dans le peloton de tête à ce moment-là. J’ai cru, comme beaucoup, à l’utopie Internet. Un mode d’égal à égal, permettant à chacun de proposer ce qu’il a de mieux, de l’échanger. J’étais content de participer à ça. Mais ce n’était pas la même certitude d’être utile que lorsque je nourrissais mes contemporains.

 

-          Bon alors, ça existe encore un travail intéressant ?

J’aurais envie de répondre comme Simone Weil dans  Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale

« Le travail ne s’accomplit plus avec la conscience orgueilleuse qu’on est utile, mais avec le sentiment humiliant et angoissant de posséder un privilège octroyé par une passagère faveur du sort, un privilège dont on exclut plusieurs êtres humains du fait même qu’on en jouit, bref une place. »

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