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30/09/2015

Raphaël Enthoven résoud le problème de la vie

Il commence à m’énerver celui-là, Raphaël Enthoven. Le voilà qui pérore tous les matins sur Europe1 à une heure matinale ; il m’arrive de tomber dessus. Avec cette manière d’affirmer des paradoxes comme des évidences, les interrogations du moment comme des problèmes résolus depuis longtemps. Le pauvre auditeur se retrouve attardé par le beau parleur qui est déjà passé à autre chose. Quoi ? Vous vous interrogez encore sur la vie, la mort, la souffrance ? Mais tout ça est connu depuis longtemps, depuis toujours. Moi y en a vous expliquer : La vie n’est pas sacrée, c’est une évidence  et « quand la question se pose de choisir entre une vie trop longue et une mort digne, le choix de la vie est un choix mortifère. » Pauvres idiots que nous sommes : Le choix de la vie est mortifère et donc le choix de la mort c’est la vie. Bon sang mais c’est bien sûr, comme la vie c’est la mort et que la mort c’est la vie, tout ça n’a aucune importance.

La guerre, c’est la paix.

La liberté, c’est l’esclavage.

 L’ignorance, c’est la force.

La vie, c’est la mort.

Viva la muerte !

29/09/2015

Vie quotidienne à l'élysée

On n’apprend pas grand’ chose dans ce documentaire à la gloire de Gaspard Gantzer.

Ou plutôt si, un scoop que personne ne semble avoir relevé. C’est à propos d’une résolution de l’ONU. On aurait bien aimé savoir laquelle, mais on ne nous le dit pas. En tous cas, la France s’apprête à voter contre, et ça ne plait pas au américains. On voit le conseiller diplomatique de Gaspard Gantzer François Hollande raconter comment Fabius a déjà reçu un coup de téléphone « viril » de John Kerry. Et de continuer : « Vous allez avoir un appel de Kerry et Mogherini cet après-midi. Je vous conseille de ne pas le prendre » On ne connait pas la fin de l’histoire, comment a voté la France, finalement, et si cette discussion téléphonique a bien eu lieu.

Qui au bout du fil ? John Kerry et Federica Mogherini, le secrétaire d’état américain, et le chef de la diplomatie européenne.

À 28, on est plus fort que tout seul, disent-ils. L’Europe est la première puissance économique du monde, seule la dimension européenne nous permettra de peser sur les grandes orientations politiques, disent-ils encore. Et c’est quand la France exerce un choix différent de celui du grand protecteur, que l’on voit l’Europe, en la personne de Federica Mogherini , l’Europe tenue en laisse par les US, chargée de ramener le dissident à la raison.

28/09/2015

La mort à Samarkande

« le perpétuel futur, le triomphe des destins qu'on hâte en s'insurgeant contre eux ». Cette citation me rappelle l’histoire de la mort à Samarkande que j’avais lue dans un livre de Jean Baudrillard sur la séduction.  C’est tout ce qu'il m'en reste d'ailleurs..

Voici  l’histoire. C’est un conte persan. A Bagdad, un jeune homme rencontre une femme qui lui fait un signe. Il la reconnaît aussitôt comme la Mort. Terrorisé, il va voir le Calife et lui demande son meilleur cheval, pour fuir le plus vite possible, le plus loin possible, jusqu’à Samarkande. Le Calife, surpris, accepte quand même sa demande, et laisse partir le jeune homme. Mais il veut en savoir plus. Il retrouve la jeune femme et lui reproche d’avoir fait fuir ainsi un bon et loyal soldat. Mais la jeune fille lui répond, qu’elle n’a pas voulu lui faire peur. C'est juste un geste de surprise qui lui a échappé, à voir le jeune homme à Bagdad alors qu’elle a rendez-vous avec lui, le soir même à Samarkande.

Qu’est ce qui me plaît dans cette histoire ? On n’échappe pas à son destin ? Voilà qui n’est guère séduisant. Est-ce le côté oriental ? Bagdad, Samarkande, autant de cités légendaires. On est tout de suite dans le royaume imaginaire des mille et une nuits, d’une mythologie non familière, des contes pour enfant. C’est peut-être ça alors, le secret de cette histoire. Elle nous ramène aux histoires que nous contaient nos mamans. Celles qui font un peu peur, histoires d’ogres, de loups, de fées, de princesses.  Mais qui se terminent bien, malgré tout. Alors que notre jeune persan ne peut échapper à son rendez-vous avec la mort.

Mécanique de vaudeville aussi, où l’on va forcément se retrouver nez à nez avec celui, celle que l’on voulait éviter (Ciel, mon mari !). Portes qui claquent et quiproquos, cocus et coquins nous font encore rire, bien que leur mécanique soit bien usée. C’est toujours la même histoire de celui qui se croit trop malin, s’emmêle dans ses intrigues, pour fuir un mensonge, en invente un autre, encore plus gros. Tout le monde a compris, sauf lui, qui s’enfonce, à mesure qu’il croit échapper au piège. Pris dans les sables mouvants, il ne faut plus bouger, paraît-il. Plus on s’agite, plus on est pris.

Puis il me revient ce quatuor de Schubert « La jeune fille et la mort » de Schubert et cet autre mythe de la jeune fille enlevée par la mort. Mythe inversé, puisque c’est la jeune fille séduisante qui est enlevée par la mort. La jeune fille est la vie, enlevée par la mort, alors que dans le conte persan, la jeune fille est la mort qui a rendez-vous avec  le jeune homme ; elle ne l’enlève pas, c’est lui qui court à sa rencontre. Masculin et féminin n’ont pas la même relation avec la mort, semble-t-il.

Ce sont les rêveries qui montaient en moi en lisant cette phrase des  Vies minuscules de Pierre Michon « le perpétuel futur, le triomphe des destins qu'on hâte en s'insurgeant contre eux »

24/09/2015

Sommes-nous vraiment en guerre ?

Sur le blog de Hervé Resse , cet ami virtuel, chez lequel je laisse parfois quelque commentaire, on lit ceci : « Sans rire, je crois que la 3ème guerre mondiale a commencé il y a 14 ans et 11 jours, ce 11 septembre 2001, par ces actes parfaitement symboliques, annonciateurs jusque dans leur esthétique d'une guerre d'un genre inédit. »

On trouve le même genre de réflexion, en genre pompeux, chez René Girard à propos de sa lecture de Clausewitz : 

« Nous sommes passés des guerres nationales au terrorisme. C'est la fin de toute ritualisation de la guerre, c'est la violence généralisée ». Des guerres nationales au terrorisme : oui. Violence généralisée, certainement pas, en tous cas pas contre nous, mais bien dirigés par nous vers des ennemis désignés comme tels. Deux tours et 3000 morts à New York valent l’Afghanistan et l’Irak ravagés, des centaines de milliers de morts et le chaos dans tout le Moyen Orient. Nous, c'est à dire l'Occident en général, même si nous, Français, n'y participons pas toujours directement.

Montée aux extrêmes : « Aujourd'hui, on voit que c'est environnemental: l'augmentation de la population mondiale, le réchauffement planétaire... Tout ce qui menace l'humanité aujourd'hui peut être vu comme une conséquence de cette montée aux extrêmes. » Alors, les problèmes environnementaux, c’est la guerre ? René Girard essaie absolument de plaquer une théorie de la guerre avec une situation contemporaine  qui n’a rien à voir.

Mais, j’ai beau retourner le problème dans tous les sens, je ne vois pas de guerre, en tous cas pas ici. Je ne vois pas de milliers de morts, civils ou militaires. Je ne vois pas de gens qui fuient, parce qu’ils ont tout perdu. Je ne vois personne qui soit terrorisé. Je les vois au Moyen Orient, en Afrique, là où les peuples sont vraiment terrorisés, massacrés, violés, fuyant l’horreur. Une horreur islamiste, mais aussi l’horreur des bombardements qui tombent des hélicoptères d’Assad, des avions américains, français ou encore saoudiens au Yemen.

La guerre, nous la portons chez l’ennemi. Nous n’en subissons guère les conséquences. Y a-t-il montée aux extrêmes, y compris là bas, y compris contre l’état islamique ? Sûrement pas. On envoie quelques avions, qui bombardent, sans conviction, sans vraie volonté d’en finir. Et surtout pas de troupes au sol ! Attention à ne pas déplaire à la Turquie, au Qatar, à l’Arabie Saoudite !  C’est à dire ceux qui s’accommodent bien de ce pseudo état islamique, qui le manipulent, même si parfois la marionnette leur échappe. Tout ça est un jeu compliqué où certains savent à peu près ce qu’ils veulent et d’autres comme nous, qui en subissons parfois les répliques : quelques abrutis poseurs de bombes, qui mitraillent, des cibles précises, ou même n’importe qui a la malchance de se trouver là. Arrêtons de parler d’ultra violence comme veut nous le faire croire René Girard.

Nous vivons l’époque la moins violente depuis les temps bibliques. Regardez la conférence de Steven Pinker ou lisez  Robert Muchembled pour une analyse plus étayée.

 

11/09/2015

La pensée unique

La pensée unique est celle que l’on entend partout, à laquelle on ne peut pas échapper, portée par les leaders d’opinion. Quand on parle de pensée unique c’est pour la dénoncer, et pour se targuer de ne pas être du troupeau. En fait, est unique, celui qui ne pense pas comme tout le monde, qui ne pense pas comme la pensée unique. Donc il y a deux uniques, la pensée unique, et l’unique qui ne pense pas comme la pensée unique. Si bien qu’il y a au moins deux pensées uniques : la pensée unique et ma pensée, unique puisqu’elle n’est pas du troupeau de la pensée unique.

En fait la pensée unique c’est la pensée avec laquelle on n’est pas d’accord. Quand on pense être bâillonné, persécuté, parce qu’original, on accuse les autres pensées de pensée unique. Toute pensée qui n’est pas la mienne est une pensée unique, si bien qu’il y a autant de pensées uniques que de pensées avec lesquelles je ne suis pas d’accord. Et voilà comment un adjectif finit par dire exactement le contraire de ce qu’il est censé signifier. Ce qui est la définition  d’un monde orwellien.

Exemple de pensée unique : la doctrine libérale pro-européenne qui réclame des réformes pour assouplir le marché du travail et renforcer la compétitivité. Elle domine la scène médiatique depuis 20 ans, mais elle n’arrive pas vraiment à convaincre au-delà. C’est pour ça qu’elle se considère comme minoritaire alors qu’elle s’exprime partout. Elle enrage que sa domination médiatique ne se traduise pas dans les urnes ni surtout, dans les politiques suivies. Et c’est alors qu’elle accuse son opposé : les souverainistes, de repli sur soi, de France moisie, de populisme et de pensée unique.

C’est donc comme ça qu’on distingue les deux pensées uniques. Il y a la pensée unique populiste et la pensée unique de l’élite.  Ce serait peut-être plus simple de ne plus les nommer unique, non ?

07/09/2015

De la trahison en politique

Et donc de François Hollande

C’est dans Marianne, où l’on discute trahison et promesses non tenues. Bien sûr François Hollande tient la vedette avec son discours du Bourget : "Mon ennemi c’est le monde de la finance". À ne pas confondre, paraît-il, avec mon ennemi c’est la finance. Il y aurait une nuance, mais je n’ai pas compris laquelle. Toujours est-il que de grands esprits, Michel Onfray, Luc Ferry, Nicolas Baverez s’expriment à ce propos : la trahison. Et bizarrement, tous se rejoignent, ou presque.

Pour Michel Onfray, il fallait être un demeuré pour avoir cru, si peu que ce soit aux promesses dudit Hollande. Il était évident qu’il ne ferait pas ce qu’il avait dit. C’est donc de votre faute si vous l’avez cru. Vous n’avez rien compris, vous n’avez qu’à vous en prendre à vous-même.

Son de cloche en harmonie chez Luc Ferry pour qui on ne peut promettre la prospérité sans la production de richesses. S’appuyant sur cette évidence et sur Aristote, Hollande a bien eu raison de ne pas faire ce qu’il avait dit et de se rallier aux bonnes pratiques économiques.

Nicolas Baverez élabore une théorie de la trahison qui se justifie, d’après lui, d’après deux critères : elle doit être conforme à l’intérêt supérieur du pays et elle doit être efficace. Prenant exemple sur la politique algérienne du Général de Gaulle, il explique que, bien que revenu au pouvoir, pour conserver l’Algérie française, de Gaulle a fini pour adopter la politique strictement inverse au nom du développement privilégié de la métropole.

A croire ces trois penseurs, la trahison des engagements est donc une figure ordinaire de la démocratie. Il n’y a pas à s’en offusquer plus que ça. Et si les naïfs et les rêveurs  croient encore à la vertu de la parole donnée, ils n’ont qu’à lire Machiavel qui a démontré, il y a bien longtemps maintenant, que morale et politique n’ont rien à faire ensemble.

Donc, c’est de ma faute. Je n’ai rien compris au système. Je n’ai pas à me plaindre.

Et pourtant, je ne pense pas être aussi demeuré que ça. J’ai voté Hollande pour une seule raison : la promesse de renégocier l’infâme TSCG. Je ne suis pas si naïf ; je ne demandais même pas un résultat, mais juste de reprendre les négociations, avec un résultat que l’on pouvait espérer meilleur, moins obsédé par les équilibres budgétaires, un petit peu plus vers des objectifs sociaux. Sarkozy l’avait négocié, ce traité. Je ne pouvais pas attendre de lui qu’il se renie (malgré tout ce qui vient d’être dit plus haut à propos de la trahison). J’ai donc voté Hollande en me disant qu’il y avait plus de chances d’avoir un meilleur accord avec lui, puisqu’il avait écrit dans ses engagements officiels : « Je proposerai à nos partenaires un pacte de responsabilité, de gouvernance et de croissance pour sortir de la crise et de la spirale d’austérité qui l’aggrave. Je renégocierai le traité européen issu de l’accord du 9 décembre 2011 en privilégiant la croissance et l’emploi, et en réorientant le rôle de la Banque centrale européenne dans cette direction. »

Il n’en a rien été comme chacun le sait. Et pour moi le quinquennat était terminé au bout de 3 mois. Le reste ne m’intéresse pas, entre bricolage fiscal, pactes divers et variés, chocs de simplification : limes à ongle de la boîte à outils économiques, là où il faudrait le courage d’une vraie politique. Passons.

Revenons à la trahison et aux conditions qu’en donne Baverez : l’intérêt supérieur et l’efficacité opérationnelle, avec l’exemple de l’Algérie et de Gaulle. Dans ses mémoires, de Gaulle prétend qu’il a toujours su où il voulait aller, mais qu’il ne pouvait pas se dévoiler trop vite, fidèle à sa théorie du chef qui doit garder le mystère et la surprise dans la prise de décision. On a du mal à le croire et il semble bien qu’il n’avait rien décidé de précis, si ce n’est que l’autorité de l’état ne pouvait plus être bafouée, et que ce ne serait certainement pas l’armée qui déciderait de la politique à mener.  Alain Peyrefitte raconte comment il lançait ou faisait lancer des idées : intégration, autodétermination, partition. Tout cela fut tenté avant que l’on se décide à parler d’indépendance. Tout ça a pris 4 ans. Enfin et surtout, tout ça a été validé par le referendum d’avril 1962.

Que l’on compare maintenant les deux attitudes. L’une qui consiste à essayer une politique, constater son échec, en essayer une autre moins rigoureuse mais non pas complètement opposée, enfin se résoudre à la « trahison », mais après l’avoir annoncée solennellement, puis en ayant soin de la faire valider par le peuple.  Tout ça sur une durée de 4 ans. On aura essayé.

L’autre, qui n’essaie même pas, qui se couche tout de suite, qui ne dit pas ce qu’il fait et le fait voter par un parlement aux ordres.

Une autre trahison, encore chaude, celle d’Alexis Tsipras. Lui, au moins a essayé de faire plier les institutions, s’est battu pendant 6 mois, petit pays face à l’Europe entière coalisée. Constatant l’impasse, il organise un referendum sous les injures de toute l’Europe. Surprise, le peuple est plus courageux que ses dirigeants.  Malgré cet appui éclatant, Tsipras trahit son peuple et signe un nouveau plan de capitulation. Trahison, mais trahison après 6 mois de lutte. Trahison mais démission, qui remet son mandat aux électeurs qui jugeront alors si la trahison est conforme aux intérêts supérieurs du pays (pour l’efficacité du plan de pillage du pays, on me permettra d’en douter).

Alors, contrairement à nos 3 penseurs, je ne me résous pas à admettre que les promesses de campagne n’ont aucune importance, que l’on n’a qu’à se renseigner et qu’il est évident que tout ça n’est que simulacre. Non pas que je demande que l’on s’engage à faire EXACTEMENT ce qu’on a dit. Tout n’est pas prévisible, les bonnes intentions peuvent échouer devant des oppositions, des circonstances, des rapports de force. Je demande juste que l’on ne fasse pas EXACTEMENT le contraire, sans avoir essayé, sans le dire, en louvoyant, et surtout sans le faire approuver par le peuple.

La démocratie n’est qu’un simulacre, on le constate tous les jours, mais c’est aussi un idéal auquel je refuse ne plus croire.