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28/09/2015

La mort à Samarkande

« le perpétuel futur, le triomphe des destins qu'on hâte en s'insurgeant contre eux ». Cette citation me rappelle l’histoire de la mort à Samarkande que j’avais lue dans un livre de Jean Baudrillard sur la séduction.  C’est tout ce qu'il m'en reste d'ailleurs..

Voici  l’histoire. C’est un conte persan. A Bagdad, un jeune homme rencontre une femme qui lui fait un signe. Il la reconnaît aussitôt comme la Mort. Terrorisé, il va voir le Calife et lui demande son meilleur cheval, pour fuir le plus vite possible, le plus loin possible, jusqu’à Samarkande. Le Calife, surpris, accepte quand même sa demande, et laisse partir le jeune homme. Mais il veut en savoir plus. Il retrouve la jeune femme et lui reproche d’avoir fait fuir ainsi un bon et loyal soldat. Mais la jeune fille lui répond, qu’elle n’a pas voulu lui faire peur. C'est juste un geste de surprise qui lui a échappé, à voir le jeune homme à Bagdad alors qu’elle a rendez-vous avec lui, le soir même à Samarkande.

Qu’est ce qui me plaît dans cette histoire ? On n’échappe pas à son destin ? Voilà qui n’est guère séduisant. Est-ce le côté oriental ? Bagdad, Samarkande, autant de cités légendaires. On est tout de suite dans le royaume imaginaire des mille et une nuits, d’une mythologie non familière, des contes pour enfant. C’est peut-être ça alors, le secret de cette histoire. Elle nous ramène aux histoires que nous contaient nos mamans. Celles qui font un peu peur, histoires d’ogres, de loups, de fées, de princesses.  Mais qui se terminent bien, malgré tout. Alors que notre jeune persan ne peut échapper à son rendez-vous avec la mort.

Mécanique de vaudeville aussi, où l’on va forcément se retrouver nez à nez avec celui, celle que l’on voulait éviter (Ciel, mon mari !). Portes qui claquent et quiproquos, cocus et coquins nous font encore rire, bien que leur mécanique soit bien usée. C’est toujours la même histoire de celui qui se croit trop malin, s’emmêle dans ses intrigues, pour fuir un mensonge, en invente un autre, encore plus gros. Tout le monde a compris, sauf lui, qui s’enfonce, à mesure qu’il croit échapper au piège. Pris dans les sables mouvants, il ne faut plus bouger, paraît-il. Plus on s’agite, plus on est pris.

Puis il me revient ce quatuor de Schubert « La jeune fille et la mort » de Schubert et cet autre mythe de la jeune fille enlevée par la mort. Mythe inversé, puisque c’est la jeune fille séduisante qui est enlevée par la mort. La jeune fille est la vie, enlevée par la mort, alors que dans le conte persan, la jeune fille est la mort qui a rendez-vous avec  le jeune homme ; elle ne l’enlève pas, c’est lui qui court à sa rencontre. Masculin et féminin n’ont pas la même relation avec la mort, semble-t-il.

Ce sont les rêveries qui montaient en moi en lisant cette phrase des  Vies minuscules de Pierre Michon « le perpétuel futur, le triomphe des destins qu'on hâte en s'insurgeant contre eux »

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