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07/09/2015

De la trahison en politique

Et donc de François Hollande

C’est dans Marianne, où l’on discute trahison et promesses non tenues. Bien sûr François Hollande tient la vedette avec son discours du Bourget : "Mon ennemi c’est le monde de la finance". À ne pas confondre, paraît-il, avec mon ennemi c’est la finance. Il y aurait une nuance, mais je n’ai pas compris laquelle. Toujours est-il que de grands esprits, Michel Onfray, Luc Ferry, Nicolas Baverez s’expriment à ce propos : la trahison. Et bizarrement, tous se rejoignent, ou presque.

Pour Michel Onfray, il fallait être un demeuré pour avoir cru, si peu que ce soit aux promesses dudit Hollande. Il était évident qu’il ne ferait pas ce qu’il avait dit. C’est donc de votre faute si vous l’avez cru. Vous n’avez rien compris, vous n’avez qu’à vous en prendre à vous-même.

Son de cloche en harmonie chez Luc Ferry pour qui on ne peut promettre la prospérité sans la production de richesses. S’appuyant sur cette évidence et sur Aristote, Hollande a bien eu raison de ne pas faire ce qu’il avait dit et de se rallier aux bonnes pratiques économiques.

Nicolas Baverez élabore une théorie de la trahison qui se justifie, d’après lui, d’après deux critères : elle doit être conforme à l’intérêt supérieur du pays et elle doit être efficace. Prenant exemple sur la politique algérienne du Général de Gaulle, il explique que, bien que revenu au pouvoir, pour conserver l’Algérie française, de Gaulle a fini pour adopter la politique strictement inverse au nom du développement privilégié de la métropole.

A croire ces trois penseurs, la trahison des engagements est donc une figure ordinaire de la démocratie. Il n’y a pas à s’en offusquer plus que ça. Et si les naïfs et les rêveurs  croient encore à la vertu de la parole donnée, ils n’ont qu’à lire Machiavel qui a démontré, il y a bien longtemps maintenant, que morale et politique n’ont rien à faire ensemble.

Donc, c’est de ma faute. Je n’ai rien compris au système. Je n’ai pas à me plaindre.

Et pourtant, je ne pense pas être aussi demeuré que ça. J’ai voté Hollande pour une seule raison : la promesse de renégocier l’infâme TSCG. Je ne suis pas si naïf ; je ne demandais même pas un résultat, mais juste de reprendre les négociations, avec un résultat que l’on pouvait espérer meilleur, moins obsédé par les équilibres budgétaires, un petit peu plus vers des objectifs sociaux. Sarkozy l’avait négocié, ce traité. Je ne pouvais pas attendre de lui qu’il se renie (malgré tout ce qui vient d’être dit plus haut à propos de la trahison). J’ai donc voté Hollande en me disant qu’il y avait plus de chances d’avoir un meilleur accord avec lui, puisqu’il avait écrit dans ses engagements officiels : « Je proposerai à nos partenaires un pacte de responsabilité, de gouvernance et de croissance pour sortir de la crise et de la spirale d’austérité qui l’aggrave. Je renégocierai le traité européen issu de l’accord du 9 décembre 2011 en privilégiant la croissance et l’emploi, et en réorientant le rôle de la Banque centrale européenne dans cette direction. »

Il n’en a rien été comme chacun le sait. Et pour moi le quinquennat était terminé au bout de 3 mois. Le reste ne m’intéresse pas, entre bricolage fiscal, pactes divers et variés, chocs de simplification : limes à ongle de la boîte à outils économiques, là où il faudrait le courage d’une vraie politique. Passons.

Revenons à la trahison et aux conditions qu’en donne Baverez : l’intérêt supérieur et l’efficacité opérationnelle, avec l’exemple de l’Algérie et de Gaulle. Dans ses mémoires, de Gaulle prétend qu’il a toujours su où il voulait aller, mais qu’il ne pouvait pas se dévoiler trop vite, fidèle à sa théorie du chef qui doit garder le mystère et la surprise dans la prise de décision. On a du mal à le croire et il semble bien qu’il n’avait rien décidé de précis, si ce n’est que l’autorité de l’état ne pouvait plus être bafouée, et que ce ne serait certainement pas l’armée qui déciderait de la politique à mener.  Alain Peyrefitte raconte comment il lançait ou faisait lancer des idées : intégration, autodétermination, partition. Tout cela fut tenté avant que l’on se décide à parler d’indépendance. Tout ça a pris 4 ans. Enfin et surtout, tout ça a été validé par le referendum d’avril 1962.

Que l’on compare maintenant les deux attitudes. L’une qui consiste à essayer une politique, constater son échec, en essayer une autre moins rigoureuse mais non pas complètement opposée, enfin se résoudre à la « trahison », mais après l’avoir annoncée solennellement, puis en ayant soin de la faire valider par le peuple.  Tout ça sur une durée de 4 ans. On aura essayé.

L’autre, qui n’essaie même pas, qui se couche tout de suite, qui ne dit pas ce qu’il fait et le fait voter par un parlement aux ordres.

Une autre trahison, encore chaude, celle d’Alexis Tsipras. Lui, au moins a essayé de faire plier les institutions, s’est battu pendant 6 mois, petit pays face à l’Europe entière coalisée. Constatant l’impasse, il organise un referendum sous les injures de toute l’Europe. Surprise, le peuple est plus courageux que ses dirigeants.  Malgré cet appui éclatant, Tsipras trahit son peuple et signe un nouveau plan de capitulation. Trahison, mais trahison après 6 mois de lutte. Trahison mais démission, qui remet son mandat aux électeurs qui jugeront alors si la trahison est conforme aux intérêts supérieurs du pays (pour l’efficacité du plan de pillage du pays, on me permettra d’en douter).

Alors, contrairement à nos 3 penseurs, je ne me résous pas à admettre que les promesses de campagne n’ont aucune importance, que l’on n’a qu’à se renseigner et qu’il est évident que tout ça n’est que simulacre. Non pas que je demande que l’on s’engage à faire EXACTEMENT ce qu’on a dit. Tout n’est pas prévisible, les bonnes intentions peuvent échouer devant des oppositions, des circonstances, des rapports de force. Je demande juste que l’on ne fasse pas EXACTEMENT le contraire, sans avoir essayé, sans le dire, en louvoyant, et surtout sans le faire approuver par le peuple.

La démocratie n’est qu’un simulacre, on le constate tous les jours, mais c’est aussi un idéal auquel je refuse ne plus croire.

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