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26/02/2009

Plus on en sait, plus on est pareil

Notre ancêtre avait peur. Peur des phénomènes naturels qu'il ne comprenait pas, peur d'animaux féroces beaucoup plus forts que lui. Pourtant notre ancêtre prit conscience de sa différence et proclamât sa radicale différence avec le monde, avec l'animal, avec d'autres membres de l'espèce humaine : les femmes, les esclaves, les étrangers. Tout ce qui n'était pas lui.

Et puis l'homme prit le pouvoir et devint maître du monde en le comprenant de mieux en mieux, en le mettant à son service. Nous sommes aujourd'hui les maîtres du monde, sans concurrence aucune, et n'avons plus peur de rien que de nous-mêmes.

Dans le même temps, les indices s'accumulent d'une certaine continuité dans le règne animal dont nous faisons partie intégrante. Si rupture il y a entre l'homme et l'animal, elle est de moins en moins nette, de moins en moins visible. Elle est de plus en plus une question de quantité et non de qualité. Les animaux souffrent, ont des émotions, des joies, des peines. On peut trouver des traces de sentiments vis à vis de la mort de leurs congénères. Certains singes bonobos peuvent apprendre plus de 500 mots et en transmettre à leurs descendants.

Freud racontait déjà cette histoire de l'homme, qui se découvre de moins en moins unique :

"Dans le cours des siècles, la science a infligé à l'égoïsme naïf de l'humanité deux graves démentis. La première fois, ce fut lorsqu'elle a montré que la terre, loin d'être le centre de l'univers, ne forme qu'une parcelle insignifiante du système cosmique dont nous pouvons à peine nous représenter la grandeur. Cette première démonstration se rattache pour nous au nom de Copernic, bien que la science alexandrine ait déjà annoncé quelque chose de semblable. Le second démenti fut infligé à l'humanité par la recherche biologique, lorsqu'elle a réduit à rien les prétentions de l'homme à une place privilégiée dans l'ordre de la création, en établissant sa descendance du règne animal et en montrant l'indestructibilité de sa nature animale. Cette dernière révolution s'est accomplie de nos jours, à la suite des travaux de Ch. Darwin, de Wallace et de leurs prédécesseurs, travaux qui ont provoqué la résistance la plus acharnée des contemporains. Un troisième démenti sera infligé à la mégalomanie humaine par la recherche psychologique de nos jours qui se propose de montrer au moi qu'il n'est seulement pas maître dans sa propre maison, qu'il en est réduit à se contenter de renseignements rares et fragmentaires sur ce qui se passe, en dehors de sa conscience, dans sa vie psychique."

Pour se rassurer, on rédéfinit de manière toujours plus fine le domaine exclusif de l'homme. Nous seuls serions capables d'exprimer des idées et pas seulement des besoins, de nous projeter vers l'avenir, d'avoir conscience de nous-mêmes et de notre mort certaine.

L'homme prit le pouvoir et devint maître du monde. C'est à ce moment où il devrait jouir de sa connaissance tellement plus étendue et de sa toute puissance, qu'il prend conscience qu'il n'est pas si différent de l'environnement qu'il a mis en esclavage. L'ADN est partout et joue le même rôle, de la bactérie jusqu'à l'homme. Et pourquoi jusqu'à ? Il joue le même rôle pour la bactérie comme pour l'homme et le puceron.

Toute puissance de l'homme et de son savoir, et retour de l'homme à sa banalité d'animal, peut-être de système biologique identique aux autres. Plus on en sait, plus on est pareil. La concomitance  historique est frappante. Mais je n'arrive pas à y voir qu'une coïncidence, sans pourtant discerner le lien entre les deux.

18:26 Publié dans Philo, Science | Lien permanent | Commentaires (1)

19/02/2009

Heureusement il reste le café

Grâce  à cette brochure, on peut apprendre tous les bons moyens d'attraper un cancer. Le vin, jusque là responsable du paradoxe français, est désormais interdit, même à faible dose. En fait, le vin est surtout bon pour la prévention des maladies cardio-vasculaires -  pour l'instant !!

Il nous reste le café. Dans la section : questions fréquemment posées de cette brochure :

Le café donne-t-il le cancer ?
> Non.
Pourquoi ?
L’effet de la consommation de café sur le risque de cancers a été examiné dans de nombreuses études, en particulier pour le cancer du pancréas. Dans le cadre du rapport WCRF/AICR 2007, la relation entre consommation de café et le risque de cancers du pancréas et du rein a été évaluée. L’effet de la consommation de café sur le risque de ces deux cancers est considéré comme
peu probable.

Je note que l'on ne répond pas à la question pourquoi ? On dit juste qu'une étude n'a rien prouvé. C'est donc encore possible. La prochaine étude le prouvera certainement. Dépêchons-nous donc de boire notre (nos) café quotidien avant d'apprendre qu'il est aussi cancérigène.

J'avais cru comprendre que le café était mauvais, justement pour le coeur. Il faut donc alterner : on compensera le café par un peu de vin pour combattre les maladies cardio-vasculaires, puis une tasse de café pour combattre les effets du vin sur le cancer. Boire ou mourir, il faut choisir. Que prenez-vous aujourd'hui ? une dose de cardio-vasculaire ou une bonne rasade de cancer.

Quant à moi, j'ai choisi. Le cancer c'est l'angoisse de l'attraper qui nous ronge et nous le donne avant même qu'il ne soit là.

En attendant, vivons un peu.

13/02/2009

Principes d'inertie

Galilée a donné son nom au principe d'inertie en physique.  Un point matériel abandonné à lui-même (et suffisamment éloigné de tous les autres points) effectue un mouvement rectiligne uniforme. Le mouvement est l'état stable et l'immobilité l'exception. Ce qui fait dire à Bergson (La pensée et le mouvant) que "La science moderne date du jour où l'on érigea la mobilité en réalité indépendante. Elle date du jour où Galilée, faisant rouler une bille sur un plan incliné, prit la ferme résolution d'étudier ce mouvement de haut en bas pour lui-même, en lui-même, au lieu d'en chercher le principe dans les concepts du haut et du bas, deux immobilités par lesquelles Aristote croyait en expliquer suffisamment la mobilité."

Rien n'a changé dans le mouvement de la bille. Elle garde la même direction et la même vitesse. Ce n'est donc pas le monde qui change avec Galilée, mais Galilée lui-même, et nous avec lui, qui prenons la ferme résolution de voir le monde différemment. Avec Galilée, Copernic et Newton, la science moderne naît, qui de cette nouvelle façon de voir le monde renverra la terre du centre de l'univers à sa place banale de planète parmi d'autres. Du coup, l'homme passe d'un monde clos à l'univers infini.

Par la même occasion, la conception fixiste d'Aristote est battue en brèche, rendant pensable la notion même de mouvement, de changement des mentalités, et de révolution scientifique. Désormais, c'est le mouvement qui est naturel. Galilée déverouille tout le Moyen-Age, et pas seulement du point de vue scientifique. L'Eglise ne s'y trompa point. L'immobilité était sagesse, stabilité, respect des traditions et des anciens. Elle  devient immobilisme, stagnation, routine. Qui n'avance pas recule, le progrès comme la croissance : de l'économie, de la population, de la consommation d'énergie, est l'état stable et normal. La croissance économique doit continuer, sans but, sans que plus personne n'en attende une vie meilleure. Mais elle doit se poursuivre, sous peine d'écroulement du système.

Tant que l'univers est infini, les courbes de croissance peuvent se poursuivre sans crainte de rencontrer de barrières. Mais nous savons désormais que notre terre est close. Nous voilà dans la situation du prisonnier, confiné dans son espace, qui a connaissance de l'univers infini, sans pouvoir en jouir, ni l'exploiter.

La croissance économique, basée sur les produits matériels, apparaissant limitée par les ressources de la terre, on invente la croissance virtuelle de l'économie financière. On a cru alors, avoir repoussé les limites du monde matériel en développant une activité qui s'entretient elle-même par création de produits dérivés qui se dérivent eux-mêmes à l'infini, puis se dispersent en ayant perdu leurs racines et leur raison d'être.

Patatras, tout retombe dans l'inconsistance d'une croissance qui s'entretenait de sa propre inertie, sans reposer sur un point d'appui qui la soutienne fermement. Se pose-t-on la question de la croissance pour la croissance, de l'épuisement des ressources naturelles ? Parfois, mais de manière accessoire. Il s'agit d'abord de retrouver la bonne courbe, celle qui doit reprendre sa course vers le haut en ignorant le mur qui se rapproche de plus en plus. Notre Président est l'incarnation de ce point matériel abandonné à lui-même qui croit être maître de son mouvement quand il ne fait que suivre son principe d'inertie. Comme le dit Malakine, (dans un autre contexte : celui de la réforme des universités) "On retrouve également son obsession du bougisme, la réforme pour la réforme, l'action pour la posture volontarisme, la polémique comme preuve du courage politique. Chez Sarkozy, une réforme n'est jamais une réponse à un problème identifié. Elle se justifie en elle-même"

On ne reviendra pas à l'immobilité. D'ailleurs laquelle ? Il faut prendre en considération le force qui entretient ce mouvement. Car nous ne sommes pas un mobile circulant dans le vide, qui se suffit de son impulsion première. Notre mouvement consomme de la force et de l'énergie. Il s'agit maintenant de diminuer les frottements pour consommer moins, et récupérer les forces que nous consommons.