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10/12/2008

La télé publique d'état

Par caprice, le Président de la République veut nommer et révoquer les présidents de l'audiovisuel public. Deux arguments sont invoqués en faveur de ce mode de désignation :

  • La fin de l'hypocrisie qui consiste à passer par un aréopage de personnalités qualifiées comme celles qui composent le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel (CSA)
  • Tous les dirigeants des entreprises publiques sont nommées par le Président de la République ou le gouvernement. Pourquoi faire une exception pour ceux de l'audiovisuel ?

 

  1. L'argument de la fin de l'hypocrisie est typiquement LePennien. A l'époque de sa gloire, Le Pen proclamait qu'il osait dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas. D'après ce type de posture, l'important est d'être authentique quelles que soient les opinions que l'on ait. C'est ainsi que la nomination par le CSA étant réputée truquée (elle l'est sans doute), autant jeter le masque et afficher cyniquement les préférences personnelles ou politiques qui déterminent le choix.

    Entre la bêtise qui peut nous prendre, la bassesse qui parfois nous anime, il y a normalement le filtre de l'intelligence ou de l'éthique, et l'on est pas forcé d'étaler au grand jour tout ce qui ne mérite pas de l'être. On doit aussi ne pas céder à toutes nos envies. C'est même ça qui fait que nous pouvons être un peu civilisé.
    J'ai vu ce bijou dans la vitrine. Dans mon désir d'authenticité et refusant l'hypocrisie, je suis donc passé à l'action, ai brisé la vitrine et emporté le bijou, dit le voleur. Normalement, ça ne marche pas devant les tribunaux.

    L'argument de l'hypocrisie est sans valeur

  2. Pourquoi faire une exception pour l'audiovisuel alors qu'il est normal que le patron d'une entreprise publique soit nommé par le chef de l'Etat. Il en est ainsi de la SNCF, par exemple.

    Il est normal de nommer le patron de la SNCF en tant qu'instrument de la politique des transports et de l'aménagement du territoire. Cette politique fait partie des choix qui sont pris lors des élections. Il est pourtant courant de voir nommer un dirigeant qui n'est pas du même bord politique que la majorité du moment. C'est le cas actuellement. De plus les différentes politiques d'aménagement du territoire ne sont pas un sujet d'opposition radicale entre les différents partis.

    Il n'en est pas de même de l'audiovisuel où toutes les opinions doivent pouvoir s'exprimer de manière équitable. Il n'y a pas et il ne peut pas y avoir de consensus en ce domaine. Il ne doit pas exister une politique de l'information. Il ne doit pas exister une politique de l'émotion, qui en diffusant à haute dose toute sorte de programmes liées au affaires criminelles orientent l'opinion vers une demande de répression encore plus accrue

Les deux arguments sont donc irrecevables. De plus la menace continuelle sur les budgets des différentes entreprises de l'audiovisuel sera un moyen de pression insupportable à tout dirigeant souhaitant conserver un minimum d'indépendance.

On peut donc se joindre à la pétition en ligne de Marianne. Parfois les pétitions sont utiles. Le retrait (partiel) du fichier EDVIGE prouve qu'un fort mouvement d'opinion peut faire reculer des initiatives aussi liberticides.