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24/11/2008

Travailler le dimanche

La question du travail dominical agite nos députés, l'Eglise catholique, et les commentateurs.

Il m'arrive de travailler le week-end et la nuit. Je viens même de passer deux week-ends de suite chez un client (d'où mon silence sur ce blog : on ne peut pas être partout !!)

La mission consistait en diverses mises à jour logicielles et matérielles. En jargon informatique, on parle d'upgrade. Pour être plus précis, ce client fait tourner son entreprise avec SAP : prototype du progiciel dévoreur de budget pour certains, facteur clé de l'efficacité industrielle pour d'autres.

Quoi qu'il en soit, toute la production de cette entreprise, depuis l'approvisionnement jusqu'à la distribution chez ses clients est sous le contrôle de SAP. Une opération lourde, de remplacement ou d'upgrade de composants logiciels suppose l'arrêt du service, et ne peut donc s'effectuer qu'en heures non ouvrées, pour ne pas pénaliser l'activité ordinaire de l'entreprise.

Opérations techniques et planning

Voici le programme de ces deux week-ends :

  • 8 et 9 novembre :
    • Remplacement de serveurs
    • Upgrade de l'Operating System (Solaris 8 vers Solaris 10)
    • Upgrade de la base de données (Oracle 9.2 vers Oracle 10.2)
    • Tests et recettes SAP au niveau fonctionnel et technique
  • Lors de premier week-end, SAP n'est pas modifié. Il s'exécute dans la même version au dessus d'un socle technique différent
  • Temps de travail :
    • Samedi 8 novembre : de 8h à 22h30
    • Dimanche 9 novembre : de 9h à 16h
    • J'ai fait le week-end tout seul
    • Temps de travail en heures non ouvrées: 22 heures

 

  • 14-15-16 novembre
    • Upgrade SAP de la version 4.6C vers la version ECC6
  • Temps de travail et planning :
    • Vendredi 14h : Préparation de l'opération et dernière mise au point
    • Vendredi 14 21h : Démarrage de la sauvegarde
    • Samedi 15 à partir de minuit : Démarrage de l'upgrade SAP
    • Dimanche 16 novembre à 5h30 du matin : Fin de l'upgrade
    • Dimanche 16 à 6h : Lancement de la sauvegarde
    • DImanche 9h : Fin de la sauvegarde - Tests techniques et fonctionnels jusqu'à 14h
    • Dimanche 18h : Retour à la maison
  • Nous étions deux lors de ce deuxième week-end
  • Temps de travail en heures non ouvrées pour chacun : 21 heures

Aspects réglementaires et financiers

Dans mon entreprise, ce type de mission est basée sur le volontariat. Sachant que nous ne sommes pas très nombreux à avoir des compétences SAP, on a vite fait le tour des volontaires potentiels. Disons qu'on s'arrange entre nous, et que le management nous laisse nous débrouiller. Au cours d'une année, il faut compter une petite dizaine d'opérations de ce type.

Il est en principe interdit d'effectuer plus de onze heures consécutives, qui doivent elles-mêmes être suivies d'un repos de onze heures également. Dans notre cas, ce type de réglementation n'est pas applicable ; il n'est d'ailleurs pas appliqué. J'ai travaillé du vendredi 14 heures jusqu'au samedi matin à 7 heures du matin avec une  pause d'une heure pour le dîner.

Financièrement, les interventions en heures non ouvrées sont facturées double au client. Dans le cas des opérations des deux week-ends, la proposition est de :

  • Samedi 8 novembre : Upgrade Oracle = 1 jour x 2 = 2 jours (le dimanche ne sera pas compté, car il est dû à des problèmes techniques)
  • Upgrade SAP du 14 au 16 novembre = 40 heures = 5 x 8 heures x 2 = 10 jours
  • Une journée normale (ou tranche de 8 heures) est facturée 1250 Euros + 150 Euros de frais de déplacement
  • L'ensemble des deux week-ends a donc été facturé (1250 x 12) + (150 x 6 )  = 15 900 Euros
  • En heure ouvrée, le même nombre d'heures aurait été facturé (1250 x 6) + (150x6) = 8400 Euros

En ce qui nous concerne, nous sommes payés en heures supplémentaires 250 Euros bruts par tranche de 4 heures non ouvrées. Cela fait un total de 64 heures. 64 heures divisées par 4 donnent 16 x 250 Euros = 4000 Euros bruts, au prorata des heures supplémentaires de chacun.

L'opération reste bénéficiaire pour mon employeur qui facture le double. En principe, le doublement de tarif lui est très largement profitable puisqu'il verse 2x250 Euros bruts pour une surfacturation qui est supérieure à 1000 Euros (1250 dans ce cas de figure). Dans notre exemple, la différence ne lui pas autant favorable du fait du premier week-end qui ne sera pas totalement facturé au client, mais qui devrait m'être payé aux heures effectivement réalisées (Normalement !!)

Quelques réflexions

Les prix de journée peuvent paraître exhorbitants. Ce sont pourtant les tarifs ordinaires pour ce type d'intervention. A ma connaissance, un consultant Oracle ou SAP est souvent facturé 1400 Euros la journée, 1800 dans certains cas. Pour des missions d'administration technique de longue durée, une SSII sera plutôt entre 600 et 800 Euros suivant le profil.

On doit noter que ce type d'intervention est extrêmement stressant. Une erreur de manipulation ou une mauvaise préparation peut mettre en péril l'ensemble de la manipulation, qui devra être reportée dans le meilleur des cas, ou qui nécessitera un retour en arrière toujours périlleux, ou même mettre au chômage technique l'ensemble de l'entreprise en cas de grave problème.

A titre personnel, je ne refuse pas ce genre d'interventions (même si ce type de tâche technique ne fait plus partie de mon activité ordinaire). Elles font un complément  de revenus nonnégligeables, et il n'y en a jamais plus d'une par mois. Par ailleurs, j'ai la faculté d'organiser mon temps de travail de manière assez libre. Voilà pourquoi je suis prêt à travailler certains week-ends, ou certains soirs quand il y a besoin. Pendant des périodes moins chargées, je m'autorise des journées moins pleines sans que l'on vienne compter mes heures. C'est une confiance réciproque, profitable à  mon employeur comme à moi-même.

Je ne suis pas du tout certain que cela soit valable pour tous ceux qui sont menacés d'une extension légale des journées de travail jusqu'au dimanche, telle que les discussions actuelles le prévoient. Les opérations d'upgrade informatiques que je viens de décrire font partie des travaux de maintenance qui se font, par nature, lorsque l'activité ordinaire est arrêtée. Je ne vois aucune valeur à généraliser ces travaux aux tâches qui peuvent être effectuées en heures ouvrées. Tout ce qu'on peut en attendre est un léger effet sur l'emploi et une hausse des prix non négligeable. Tout cela, à condition que ces heures soient rémunérées en heures supplémentaires, ce qui n'est assurément pas garanti si cette pratique se généralise.

Le repos du dimanche a été rendu obligatoire par une Loi du 18 novembre 1814, supprimé en 1880, puis rétabli en 1906. Nous vivons sous ce régime depuis un siècle, cela n'empêche pas les trains de rouler le dimanche, ni d'avoir du courant éléctrique, d'être soigné en cas de besoin, ou d'effectuer des opérations de maintenance. La suppression de cette journée aurait des effets négligeables sur le plan économique et catastrophiques sur le plan social comme sur le plan symbolique des valeurs.

Commentaires

Je suis heureuse que tu te sois enfin sorti de ce dos en maçonnerie !!!

J'aime bien ce point de vue, loin des belles théories et des effets de paroles de gens qui ne savent jamais trop de quoi ils parlent mais pourvu qu'ils en parlent.

Le seul gros bémol que j'entrevois au niveau de cette loi est le volontariat. Car si dans la plupart des grandes boites, le travail du dimanche sera proposé (sous l'oeil vigilant des comités d'entreprise, d'établissement, syndicats et autres multitudes), il sera imposé dans la plupart d'entreprises plus petites et notamment dans le commerce. C'est bien simple, si tu n'es pas prêt à sacrifier tes week-ends, je dis bien tous tes week-ends, difficile de trouver un job dans un commerce d'une grande zone de chalandise. Là, c'est le dernier arrivé qui se tape les corvées. Au bout d'un an, voire plus, il ou elle peut commencer à dire : non, ne comptez pas sur moi le week-end systématiquement, ou à Pâques ou aux Rameaux.

Je suis a priori pour que les gens puissent travailler quand ils le souhaitent, avec double paie et repos compensateur de deux jours d'affilée. Je me méfies de la nature humaine par contre. Mais qui ne tente pas ne peux pas savoir. Une loi à l'essai ?

Écrit par : Cath | 10/12/2008

Chère Catherine,

Heureusement que tu es là pour me faire rappeler que j'ai un blog !!

Je pourrais ne pas être hostile à cette loi si celle-ci n'était pas aussi visiblement poussée par le lobby des grandes surfaces qui veulent ainsi finir de tuer les autres commerces. Et puis, les conditions de travail, de choix et de salaire n'y ont rien à voir avec ma propre expérience, assez favorisée.

Écrit par : René | 10/12/2008

Comme dit Orhan Pamük (prix Nobel de littérature 2005), romancier turc et parfois musulman, quand ça l'arrange (*) : "le pire ennemi de la prière, ce sont les horaires de train". Valable le dimanche ?
(*) Il le dit lui-même !

Écrit par : Nicorazon | 30/12/2008

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