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29/10/2008

Un dos maçonné

Vraiment, Rimbaud aurait bien fait de tourner un "dos maçonné" à ses anciennes activités littéraires ?

C'est ainsi que René Char image une rupture qu'il essaie de défendre malgré l'évidence d'un parcours qui finit très banalement.  Tout indique, en effet, qu'après ses trois années de poésie, Rimbaud  s'est très communément rangé. Il voulait faire de l'argent, se marier, et ne parlait plus de ses poésies. Juste des rinçures, disait-il, quand il daignait encore en parler.

René Char ne pouvait pas mieux dire avec ce dos maçonné. Rimbaud quittait ce cadeau de la vie qu'on nomme adolescence. Une, deux ou trois années pendant lesquelles tout est questionné, remis en cause et rejeté. Tout le discours parental et scolaire n'a plus aucune légitimité ; on a la chance alors de pouvoir construire le sien. Peu en profitent, il est bien compliqué de ne plus avoir les certitudes de l'opinion commune. Voilà une période dont beaucoup se souviennent avec mépris comme l'instant où l'on se pose la questions idiote du "sens de ma vie".

Il faut juste admettre que la vie n'a de sens que celui qu'on lui donne. Mais non, ils préféreront se rendormir comme passager d'un processus biologique qu'on appelle la vie. Après cette période vraiment trop dérangeante, on accueille avec soulagement le confort de l'opinion toute faite (mais par qui ? n'est plus une question) et de la vie comme habitude. Le dos est bien maçonné, bardé de certitudes qu'on ne remettra surtout plus en question. Bétonnons, colmatons,  et ne revivons plus jamais cette période si dérangeante.

D'autres, plus rares, se décident alors à prendre les commandes. La voie n'est plus tracée par d'autres et il s'agit de voir au loin, jusqu'au tombeau bien ouvert qui nous attend tous, pour retrouver quoi ? L'éternité.

27/10/2008

La publicité posthume de Soeur Emmanuelle

Mais qui suis-je donc pour dire ma gêne à écouter ce message posthume de Soeur Emmanuelle ? Rien de ce que je peux faire ne peut se comparer.

Enregistré deux ans avant sa mort voici ce qu'elle nous dit :

"Lorsque vous entendrez ce message, je ne serai plus là. En racontant ma vie, toute ma vie, j'ai voulu témoigner que l'amour est plus fort que la mort. J'ai tout confessé - le bien et le moins bien - et je peux vous le dire. De là où je suis, la vie ne s'arrête jamais pour ceux qui savent aimer".

On ne pourra même pas accuser quelque requin qui voudrait faire du fric sur le dos de la sainte. C'est bien elle qui aura enregistré ce message au profit de son association d'aide aux défavorisés (Asmae-Association Soeur Emmanuelle).

En entendant cette pub, ce matin, j'ai tout simplement été épouvanté. Comment peut-on parler de la mort sur ce ton guilleret, sur un air d'opérette, comme s'il s'agissait d'une simple plaisanterie ? Ceux qui me lisent savent que je n'ai aucune hostilité à l'égard du message du Christ et que mes incertitudes aimeraient bien se tranformer en véritable Foi.

Mais à entendre cette voix, qui n'est pas d'outre tombe, j'ai eu le sentiment que tout était faux. Comme si, décidément, la mort n'était rien qu'un simple passage d'où l'on pourrait encore nous parler, comme si de rien n'était, et que rien ne changeait, fondamentalement. Comment pouviez-vous, sans rien en savoir, affirmer avec tant de certitude, ce que vous connaissez peut-être, mais que vous ne pouvez plus nous dire, malgré ce subterfuge ? La technique permet ce genre d'illusion ; croyez-vous que cet espèce "d'enregistrement-réalité" puisse nous tromper ? Il nous plonge, au contraire, dans l'épouvante de la mort, comme un spectacle de plus.

 

 

17/10/2008

Des sifflets du Stade de France à Bernard Tapie

Les sifflets du Stade de France lors de la Marseillaise précédant le match France-Tunisie sont un bon exemple d'une certaine impuissance du politique.

  1. Ces sifflets sont intolérables
  2. Il faut donc les sanctionner, comme le prévoit la Loi
  3. La meilleure sanction est de suspendre le match et de poursuivre les fauteurs de trouble

Ca ne marche pas, nous disent les "experts" :

  1. On ne peut le faire que pour un match amical. Lors d'un match officiel, on sanctionnerait l'Equipe de France. Les supporters de l'équipe adverse auraient beau jeu de siffler la Marseillaise pour faire annuler la rencontre et du même coup faire perdre l'équipe de France
  2. On arrive à cette absurdité, que l'on sanctionnerait les sifflets lors d'une rencontre amicale sans enjeu, tout en les tolérant au cours d'une partie officielle
  3. On ne peut pas faire évacuer 80 000 personnes d'un stade de manière impromptue (NDLR : Mais que fait-on en cas d'incident grave, écroulement d'une tribune, incendie ? On les laisse tous brûler à l'intérieur ???)
  4. Donc c'est impossible. Le politique aura, une fois de plus, fait la preuve de son impuissance
  5. Voilà ce que disent les commentateurs qui ont la partie facile à critiquer ce genre de décisions précipitées. Ils se gardent bien d'avoir le début d'une idée pour contrecarrer des sifflets qu'ils jugent tous insultants.

Voilà Bernard Tapie qui arrive, hier soir, dans l'émission d'Arlette Chabot. Une fois de plus, il fait le spectacle, et met tout le monde dans sa poche (y compris votre serviteur).

Et voici sa solution : Les siffleurs sont dans une logique d'escalade. On a sifflé lors du France-Algérie, et du France-Maroc, il faut faire encore plus fort pour le France-Tunisie. Et il faut que ça se voit, que ça s'entende, et qu'on en parle à la télé. La réussite a été totale, puisque le Président de la République lui-même s'en est mêlé. Soyons certains, qu'à la prochaine occasion, ils tenteront d'être encore plus visibles et bruyants.

Mais quel est le problème ? Ils couvrent la Marseillaise de leurs sifflets. Il suffit de couvrir leurs sifflets de la Marseillaise. Le moyen est fort simple, coupons les micros d'ambiance et ne filmons pas les siffleurs. On ne les verra pas, on ne les entendra pas. La Marseillaise sera toujours jouée et triomphera des siffleurs. Ceux-ci, déçus qu'on ne parle plus d'eux puisque ils n'auront pas été entendus abandonneront vite des sifflets inaudibles qui ne scandaliseront plus personne.

Ce n'est pas pour rien que Bernard Tapie est populaire chez ces siffleurs. Il les comprend, il peut donc aussi trouver des armes contre leurs excès.

10/10/2008

Karl Popper, Socrate et le fondamentalisme

La recherche de l'erreur est le moteur du progrès scientifique. Une expérience réussie, qui confirme une théorie, n'apporte rien à cette théorie qui existait déjà précédemment. Elle a de la valeur à titre de preuve et de consolidation, mais elle n'apporte rien de plus à nos connaissances. L'expérience positive consolide la position acquise, mais ne conquiert pas de nouveaux territoires. L'expérience qui démontre la fausseté d'une assertion ouvre de nouvelles questions. On ne sait pas encore, à ce moment, la portée de cette expérience et il faudra de nombreux travaux pour savoir si elle a une valeur dans le cadre de la théorie, si elle amène à des corrections de détail, ou si elle est le prémisse à la construction d'une nouvelle et meilleure théorie. De toutes façons, elle amène des questions, démontre que l'on n'a pas atteint la vérité et que le progrès n'a pas atteint sa fin.

C'est pour cette raison que Karl Popper mettra l'accent sur la notion de falsifiabilité. Une assertion, nous dit-il, doit être suffisamment précise pour que l'on puisse la falsifier, c'est à dire la réfuter, sinon elle n'a pas de valeur scientifique. Autrement dit, à l'assertion "p" il doit être possible de concevoir la proposition opposée "non-p" qui ait un sens, et qui doit pouvoir être expérimentée dans le domaine considéré.

Les XVIIIème et surtout XIXéme siécles ont été des âges de la croyance en la vertu morale, sociale et politique du progrès scientifique. Le XXème siècle aura vu cette croyance s'écrouler sous les coups de la technique d'Hiroshima. Il verra aussi, de manière moins aveuglante, mais tout aussi destructrice de ses fondements religieux, la science dépouillée de sa prétention à un accès possible à la vérité.

Il ne nous reste plus que le doute, l'approximation et l'inconfort de la recherche de l'erreur, moteur du progrès scientifique. Le progrès scientifique reste possible, mais il a changé de nature.

Comment ne pas voir que la science retrouve l'enseignement de Socrate. "Tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien". La science au début du XXème siècle croyait avoir résolu tous les problèmes.  Elle croyait tout savoir, elle a compris que non. Elle croyait pouvoir accéder à la vérité, elle sait maintenant que c'est impossible. Elle croyait à un modèle simple, à une grande Loi qui résumerait tout, et d'où toute sa connaissance découlerait. La mécanique quantique a balayé cette croyance, de nature religieuse. Il ne lui reste plus que l'incertitude.

Socrate laissait ses interlocuteurs insatisfaits, agacés. Ils n'avaient pas trouvé de réponse, et Socrate ne voulait pas, ne prétendait pas leur en donner. Il les mettait en face de notre ignorance. C'est le chemin parcouru qui représente l'enseignement de Socrate, ce n'est pas le résultat. C'est aujourd'hui aussi le constat auquel la science doit faire face avec lucidité.

Dans ces conditions, et si la science ne peut plus être une certitude, quelle en est la valeur ? D'autre type de recherche, essentiellement religieuse, que l'on qualifie aujourd'hui de fondamentalisme, se retrouve en position d'interroger la science. Après avoir été rejeté comme bavardage et superstition par le scientisme triomphant, le fondamentalisme peut à son tour dénoncer la science comme recherche illusoire d'une vérité qui ne vaut pas mieux que la sienne, puisqu'elle avoue son impuissance, alors que lui ne doute pas de la vérité de sa révélation. Ce ne sont plus les conséquences techniques de la science qui sont alors rejetées mais trois siècles de progrès scientifique.

14:33 Publié dans Philo, Science | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : popper, socrate

08/10/2008

On revote le plan Paulson

Après le premier plan Paulson, les députés américains viennent de voter le second. 612 milliards cette fois, contre 700 pour le premier. Il est vrai que celui-là est voté tous les ans, alors que l'autre ne devrait être qu'exceptionnel, même s'il ne sera pas suffisant.

Ce budget de 612 milliards est le budget de la défense américaine, voté tous les ans, mais avec beaucoup moins de débats que l'autre.

C'est à Chalmers Johnson, professeur à l'université de San Diego que l'on doit cette mise en parallèle pleine d'enseignements. On peut lire son analyse sur le site de Contreinfo.

Voilà qui va consoler Bernard-Henri Lévy. Il s'inquiétait que les 700 milliards du plan Paulson ne pourrait plus être disponible pour les guerres d'Irak et d'Afghanistan. Rassurez-vous cher BHL, l'industrie militaire américaine continue à bien se porter.

C'est tous les ans qu'on lui vote un plan Paulson