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30/09/2008

Fallait-il voter le plan Paulson ?

Le plan Paulson, c'est juste 700 milliards de dollars versés dans le tonneau percé par l'ivresse d'un système hors de tout contrôle. 700 milliards versés sans aucune compensation, pour tenter d'éviter le naufrage. 700 milliards versé par Henry Paulson, au système bancaire auquel il participait encore, il y a à peine 18 mois, en tant que patron de la banque Goldman Sachs.

Ca paraissait si simple : comme d'habitude quelques établissements trop exposés allaient disparaitre, le contribuable paierait la note, et, une fois le système purgé, tout allait repartir comme avant. Simple crise du capitalisme dont il fallait admirer la propension à s'adapter à toutes les crises, y compris les plus sérieuses comme celle-ci.

C'est alors que Wall Street respire, le CAC 40 remonte de 10% et Henry Paulson est célébré comme le sauveur du capitalisme. Il est vrai que le Président Bush a disparu dans cette affaire, complètement dépassé par les événements ; ce qui vaut sans doute mieux pour tout le monde.

Mais non, le plan Paulson n'a pas été voté par la chambre des représentants. Alors qu'il était célébré comme le symbole de la capacité toujours renouvelée des Américains à réagir aux crises de leur système, voilà que c'est le peuple américain lui-même qui n'en veut pas.

L'inconvénient d'une démocratie, c'est les élections !! La moitié de la Chambre des Représentants est renouvelée dans 5 semaines, le même jour qur l'élection présidentielle. Et que disent les électeurs à leurs représentants ? Ils disent que cette fois-ci, ils ne veulent pas payer pour secourir les dirigeants financiers, au tarif de $2,333 par habitant des Etats-Unis (tous âges confondus). Ils disent que ça fait 30 ans, depuis la révolution libérale reaganienne, que l'on défend un modèle où chacun doit prendre ses responsabilités et ne doit pas compter sur le parapluie de l'Etat en cas de défaillance personnelle. Il disent que ça fait 30 ans qu'on leur dit que tout ce qui ressemble à une solidarité envers ceux qui échouent n'est qu'un encouragement à la paresse.

L'année dernière, 1,5 millions d'américains ont été expulsés de leur foyer faute de pouvoir rembourser leur emprunt. On en prévoit 2,5 millions cette année. Irresponsables sont donc ces 4 millions de ménages incapables de gérer leurs finances personnelles : qu'ils n'attendent aucune aide de l'Etat.

Irresponsables sont les ex-stars des produits dérivés  dont l'avidité a conduit à ces expulsions, et l'aveuglement à croire que le système pouvait perdurer.

Injuste aurait été de leur signer ce chèque en blanc de 700 milliards, de peur que le système ne s'écroule

On peut lire dans la presse américaine, comme le Christian Science Monitor , à quel point ce plan scandalise les électeurs qui y voit, non sans raison, le sauvetage par le contribuable, d'une caste arrogante et irresponsable.

"La plupart des législateurs ont été submergés par les appels et les messages d'électeurs en colère, qui y voit (dans ce texte), les dollars du contribuable à la rescousse des grosses fortunes de Wall Street"

"Most lawmakers had been deluged with calls and e-mail from voters angry that, as they see it, taxpayer dollars would be used to bail out Wall Street fat cats."

On peut lire aussi, dans le New York Times par exemple , comment beaucoup de Représentants n'ont pas voté ce texte,  par simple incapacité à comprendre que le monde a changé.

Un représentant du Texas, Jeb Hensarling, vote non, juste parce que ce plan ressemble à une intervention de l'Etat dans l'économie, une pente glissante vers le socialisme.

"I fear that, under this plan, ultimately the federal government will become the guarantor of last resort, and Madam Speaker, that does put us on the slippery slope to socialism."

Un autre, Paul Ryan du Wisconsin,  est encore plus franc :

"On doit comprendre cette angoisse... Si nous n'arrivons pas à la surmonter, je crains que le pire soit à venir. Le problème est que nous sommes à un mois des élections. On a tous peur de perdre notre job. Tous, la plupart d'entre nous, disent que ce texte doit passer mais je préfèrerais que ce soit toi qui vote pour, plutôt que moi."

"We have to deal with this fear. ... If we fail to pass this, I fear the worst is yet to come. The problem we have here is we're one month away from an election. We're all worried about losing our jobs. All of us, most of us say, this thing needs to pass, but i want you to vote for it, not me. Unfortunately, a majority of us are going to have to vote for us.

Il est très certainement nécessaire d'agir pour que le système bancaire ne s'écroule pas tout à fait. Le vote de beaucoup de représentants contre le plan Paulson est souvent un simple réflexe contre tout ce qui ressemble à une intervention de l'Etat dans les mécanismes "infaillibles" du marché. Pire encore, ce vote est pour certains, pure et simple démission devant leurs responsabilités (comme ce Paul Ryan).

Il y a cet aveuglement et il y a cette lâcheté. Il y a aussi l'écho du peuple américain qui comprend bien qu'il faut agir, mais pas à n'importe quel prix et à condition que les règles du jeu ne soient pas toujours dans le même sens. Décidément, l'ère Reagan est bien finie.

Commentaires

Bonjour,

Et quand la réalité dépasse la fiction, le rêve américain peut devenir le cauchemar américain...

Très amicalement, Jack.

Écrit par : Jack Maudelaire | 30/09/2008

Pour moi, il me paraît clair que le cauchemar ne fait que commencer avec ce premier refus, signe que la confiance dans le système a disparu. Maintenant, tout est possible. De toutes façons, ces 700 milliards sont loins d'être suffisants pour couvrir l'ampleur des dégâts.

Écrit par : René | 30/09/2008

Bonsoir,

Je vous remercie de votre aimable intervention, elle m'a permise de réajuster mon texte pour une juste compréhension...

Quant aux dernières nouvelles, le Président Sarkozy n'a pas hésité à sortir 3 milliards d'euros pour couvrir les premiers dégâts causés par le système américain, et aussi confirmer son appui pour d'éventuelles interventions auprès des banques françaises, et cela ne fait que commencer... bonjour l'avenir !

Très amicalement, Jack

Écrit par : Jack Maudelaire | 30/09/2008

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