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24/09/2008

Le homard impromptu de Versailles

Il faut attendre la fin de ce débat entre Philippe Tesson et Jean-Jacques Aillagon (Président du domaine national de Versailles) pour entendre un argument de poids en faveur de cette exposition Jeff Koons. C'est Jean-Jacques Aillagon qui défend son idée :

"J'observe souvent dans les musées, pas seulement à Versailles,  les visiteurs, et je suis souvent frappé par leur très grande inattention. Ils ne regardent pas vraiment les oeuvres et les décors qui les entourent. Et je pense que la présence d'un objet atypique dans le circuit d'un musée et dans le circuit d'un monument, c'est une invitation à mieux regarder le monument"

On ne regarde pas assez, c'est vrai. On visite Versailles au pas de course en deux heures, sans avoir le temps ni la patience, souvent, de déchiffrer ce qui se montre là. C'est un art déjà ancien qu'il faut dévoiler.

34cb248175ca9ce9cd5026475c5ad2ce.jpgOn n'en dira pas autant de cet énorme objet, immanquable. Ce homard géant s'impose tellement que l'on ne voit que lui. Vous ne voulez pas de l'art contemporain, semble-t-il nous dire. Eh bien, je me pose là, devant vous, et vous serez bien obligé de me regarder. Baudruche boursouflée qui obstrue ce salon de Mars : ce n'est pas un dialogue entre deux époques auquel nous sommes invités, c'est notre siècle qui exhibe son impuissance à séduire.

Non pas que, sur le principe, l'art contemporain n'ait pas sa place à Versailles. Jean-Jacques Aillagon a raison de le souligner. Versailles a bougé entre le pavillon de Louis XIII, puis le palais de Louis XIV et les travaux de Louis-Philippe. Il n'est donc pas scandaleux que Versailles soit aussi de notre époque et pas seulement une image figée du passé.

On rêve d'un art plus modeste dans ses dimensions et qui sache se faire aimer sans la violence de son obésité. On rêve d'un homard, ou de tout autre objet dont la modernité se découvre  par surprise. Posé sur une cheminée à côté d'objets d'une époque plus ancienne, on ne le remarquerait tout d'abord pas. Et ce serait alors la découverte d'une amitié entre les siècles. Comme Montaigne dialoguant avec Lucrèce et la Renaissance avec l'Antiquité, ce pourrait être la reconnaissance d'une parenté à travers les siècles, et non ce tintamarre visuel qui couvre la voix des anciens.

Depuis que Duchamp exposa son urinoire en déclarant : c'est de l'Art, en 1917 ! Ca fait maintenant plus de 90 ans que l'Art s'interroge sur lui-même. De cette remise en cause, il n'est toujours pas sorti, et de cette interrogation génialement provocante à l'époque, le homard de Jeff Koons n'est que le sempiternel pastiche. Cette exposition de Versailles démontre cruellement que nous en sommes toujours aux interrogations, pas encore à l'heure de la création.

Commentaires

Bonjour,

Pour les "blaireaux" qui ne voient rien : Personne ne peut rien pour eux !!!
C'est dommage !!! L'éducation et l'éveil à la culture c'est un travail de tous les jours auprès des enfants, le plus tôt possible...

Je ne suis pas élitiste, mais malheureusement réaliste...

Patrimonialament votre !

Écrit par : Vissec | 16/02/2009

Idée très intéressante

Écrit par : Code de réduction Cdiscount | 04/11/2010

Merci pour ce merveilleux article. C’est un authentique bonheur de lire la position de personnes savant de quoi ils parlent ! Bonne continuation dans votre entreprise. Au plaisir de vous consulter à nouveau !

Écrit par : Steph | 16/10/2014

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