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16/06/2008

Après le NON irlandais

    Après la France, ex grande puissance fatiguée, les Pays Bas, moyenne puissance prospère, c'est l'Irlande, ex petite puissance et nouveau tigre de l'Europe, qui n'en veut décidément pas.

Une France en déclin craint de voir sa personnalité dissoute dans un ensemble européen où son importance se dilue au fur et à mesure de l'intégration de nouveaux pays.

L'Irlande, au contraire, n'a rien à regretter d'un passé de colonie britannique, jalonné de massacres et de famines qui en font un exemple de colonisation parmi les plus atroces de l'histoire. Il suffit juste de rappeler les massacres de 1649, que certains qualifient de génocide, ou la grande famine de 1848.

Le 10 mai 1972, ce sont 84,6% des Irlandais qui votaient Oui au référendum d'adhésion à l'Union Européenne. Le moins qu'on puisse dire, c'e'st que d'un point de vue strictement économique, ils n'ont pas eu à se plaindre de ce choix. Ils ont maintenant le PIB par habitant le plus élévé de l'Union, juste derrière le Luxembourg.

Et pourtant ils votent Non ; et ce n'est pas la première fois.  En 2001 déjà ils votaient Non au Traité de Nice en pleine euphorie économique. Ils ratifiaient ce Traité de Nice lors d'un nouveau référendum en 2002. A voir sur Euractiv.com, l'historique des référendums irlandais concernant l'Europe.

Ca commence à faire beaucoup de Nons :

  • Le Non du Danemark au Traité de Maastricht en juin 1992
  • Le Non du Danemark à l'Euro en septembre 2000
  • Le Non de l'Irlande au Traité de Nice en juin 2001
  • Le Non de la France au Traité constitutionnel en mai 2005
  • Le Non des Pays Bas au Traité constitutionnel juin 2005
  • Ce Non de l'Irlande au Traité de Lisbonne en juin 2008

Seuls, deux pays ont voté Oui par voie référendaire : L'Espagne et le Luxembourg.

A chaque fois, on a inventé des solutions de contournement du vote populaire. Le Danemark n'a pas adopté l'Euro, mais la couronne danoise est dépendante de l'Euro. On a refait voter l'Irlande pour le Traité de Nice. La France a finalement ratifié le Traité de Lisbonne par voie parlementaire, après avoir refusé le traité constitutionnel.

J'ai pris partie, en son temps, pour le vote parlementaire du Traité de Lisbonne dont je pense encore aujourd'hui qu'il était le seul moyen de sortir l'Europe de son impasse. Car s'il y a beaucoup de Nons, il y a encore plus de Ouis. Le Traité de Lisbonne et sa ratification parlementaire représentaient un compromis entre le respect nécessaire des pays ayant déjà voté Oui et la possibilité donnée aux autres de prendre en compte certaines de leurs réticences. Le peu de différences entre les deux textes ne fait que refléter le rapport de forces et de population entre ceux ayant déjà approuvé le projet et les autres.

Il est clair que l'on ne va pas recommencer l'opération pour l'Irlande, en attendant la décision des Anglais ou des Polonais qui pourraient remettre l'édifice à plat une fois encore.

En réalité, il faut en terminer avec ce processus de ratification pour ceux des pays qui le souhaitent, conserver des statuts particuliers au sein de l'Europe pour ceux qui se sont arrêter à mi-chemin, et passer à l'étape suivante.

C'est la nature de cette étape qui, à mon avis, a entraîné l'échec de la présente. Ce traité a d'abord été présenté comme Constitution, puis Traité constitutionnel, (qu'est ce que c'est ?), puis comme Traité tout court. En fait cela a toujours été un traité et jamais une constitution. Toujours un assemblage péniblement négocié de mesures techniques et jamais un texte définissant la nature, les valeurs, et l'organisation des pouvoirs au sein d'une Union aux contours définis.

L'approche de Jean Monnet qui enserre les états par des accords techniques de plus en plus contraignants a eu pour effet de créer un ensemble de liens si forts qu'ils rendent quasi impossibles la reprise des conflits intra-européens. Cette méthode extrêmement pragmatique et bien peu exaltante a quand même réussi à créer un ensemble unique au monde et dans l'histoire des hommes. Jamais auparavant, des états souverains ne se sont associés de manière si étroite et pacifique sans être sous la domination ou l'invasion du plus fort d'entre eux. L'Europe n'est pas un empire né d'une conquête, c'est une union librement décidée, née de défaites et de retraits d'anciennes colonies. Il serait absolument tragique de s'arrêter là, ou pire encore de revenir en arrière.

On dit du référendum que les électeurs ne répondent pas à la question posée. Dans un article tragique d'aveuglement, Alain Lamassoure le qualifie même de procédure la plus prisée des dictateurs. D'après lui et tous ceux qui s'opposent à cette procédure, les électeurs ne peuvent pas répondre à un texte bien trop compliqué ; ils répondent donc à d'autres questions.

Si la France en déclin et l'Irlande en expansion votent Non, c'est sans doute que la question économique qui forme l'immense majorité du texte n'est pas leur premier souci, lorqu'il s'agit de l'Europe. Si la France puis l'Irlande ont répondu Non pour des raisons bien différentes, c'est qu'ils répondent aux questions qui les préoccupent et non à celles qu'on leur pose. C'est la nature de la question elle-même qu'il faudrait interroger qui, visiblement, n'est pas celle que les peuples attendent.

Je demeure persuadé que la méthode Monnet a fait son temps, et qu'elle n'est plus adaptée à l'Europe, là où elle est arrivée aujourd'hui.

Il est clair qu'il faut changer de perspectives et proposer aux peuples un texte qui dise ce qu'est l'Europe, quelles sont ses valeurs et son projet. Un texte qui pose des principes et une vision en laissant délibérément les questions techniques aux soins de ceux dont c'est le rôle d'en débattre, c'est à dire les parlements. Ca s'appelle une Constitution, une vraie cette fois, de même type que celle de la France ou des Etats-Unis. L'occasion a été manquée pour cette fois-ci, et les peuples qui ont eu l'occasion de s'exprimer directement n'ont pas manqué de le dire. On ne peut plus continuer à construire une Europe à base de quotas laitiers ou de niveau de décibels des tondeuses à gazon. Les peuples veulent s'exprimer sur l'essentiel, c'est à dire la nature, l'organisation et les valeurs de cette Union librement décidée.

La Communauté Economique Européenne est morte en 1993 dans les textes. En réalité, l'Europe n'a jamais cessé d'être exclusivement économique. Pour marquer spectaculairement cette étape essentielle qui marquerait le début d'une Union politique et la fin de la Communauté Economique Européenne, seul un référendum européen, le même jour, pour tous les européens à la majorité simple du OUI ou du NON permettra de créer cette entité nouvelle que personnellement j'appelle de mes voeux.

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