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28/04/2008

Elkabbach devrait lire Bossuet

Il y a l'information financière et boursière. Quelques minutes ou même quelques secondes d'avance peuvent faire la différence. On peut comprendre l'importance d'être le premier et des investissements que cela nécessite. Des décisions sont prises à partir de ces informations, des décisions qui peuvent engager plusieurs milliards.

Il y a des informations stratégiques qui alimentent les gouvernements. Chaque pays entretient des services de renseignement pour ça. Avoir la bonne information au bon moment est évidemment un avantage qui peut être décisif.

Et puis il y a l'information qui nous arrive tous les jours, et maintenant de façon continue. Une information liquide pour sa capacité à prendre toutes les formes qui la portent et surtout pour parce qu'elle s'écoule comme un flot au passage duquel peu de sédiments survivent, déjà noyées par la vague suivante. C'est l'information ordinaire, que l'on trouve partout, sans valeur intrinsèque car disponible en mille endroits.

Il y avait naguère une culture du scoop que l'on peut sans doute comprendre. Si vous êtes un journal quotidien et que vous "sortez une info" que n'ont pas les autres, vous gardez un avantage pendant toute une journée. A l'heure des radios et des télévisions d'information continue, à l'heure d'Internet, cet avantage n'est plus que de quelques minutes. Autrement dit, il n'existe plus. Quand on cherche une information sur Internet, elle n'est pas classée par ordre d'apparition dans le temps, mais par ordre d'influence et de popularité de celui qui l'émet.

Le vrai scoop c'est d'avoir en direct telle personnalité qui s'exprimera sur votre média. Cette personnalité n'étant pas douée d'ubiquité ne pourra être que sur votre média à ce moment-là, et pas ailleurs. Vous avez une exclusivité qui ne peut pas être cassée.

Jean-Pierre Elkabbach croit encore qu'annoncer la mort de Pascal Sevran cinq minutes avant les autres lui donnera un avantage. Il aurait du penser que :

  • Si j'écoute Europe1 à ce moment-là, je n'écoute pas RTL et je ne sais donc pas qu'il est le premier à l'annoncer. Une primauté qui d'ailleurs m'indiffère.
  • Si l'information est vraie, j'aurais la même partout ailleurs dans les minutes qui suivent
  • Comme l'information est fausse, mon degré de confiance envers Europe1 va être sérieusement écorné

Tout à perdre et rien à gagner pour une radio généraliste comme Europe1 dans ce type de faux scoop :

  • Le principal atout des médias institutionnels réside dans le savoir-faire et l'expérience accumulée par leur rédaction face à l'amateurisme supposé, au manque de temps et de ressources matérielles des internautes et des bloggeurs
  • Ces médias auraient donc tout intérêt à jouer la carte de la qualité, de la réflexion et de l'analyse, portées par des signatures qui restent connues et souvent respectées
  • La course au people sera toujours perdu par plus trash que vous

Le summum est atteint quand le même Elkabbach donne une interview à La Croix le 11 avril, pour enjoindre 10 jours après ses journalistes d'Europe1 d'annoncer cette pseudo mort de Pascal Sevran.

Extrait de cette interview titrée : Face à la peopolisation de la presse, Jean-Pierre Elkabbach contre-attaque en créant un comité d'éthique à Europe1:

La Croix : Pourquoi voulez-vous créer un comité d’éthique au sein d’Europe 1 ?

Jean-Pierre Elkabbach : Il ne s’agit pas pour nous de donner des leçons, de nous opposer au progrès, mais de nous interroger : les nouvelles technologies posent des problèmes inédits à notre métier. Si elles permettent d’élargir l’offre à la planète et de favoriser comme jamais l’accès à l’information pour tous, elles s’accompagnent par ailleurs d’une suspicion : quelle est la part du vrai et du faux, de l’annonce et du ragot, du savoir et de l’opinion ?
Une information lancée sur le Net peut être reprise par tous les médias hexagonaux, voire internationaux. À l’ère de l’immédiateté, de l’apparence, de la dictature de l’émotion, la contagion est générale.

La Croix : Et qui, selon vous, empoisonne le système ?

Jean-Pierre Elkabbach : Des sites qui, pour exister, pour faire un coup, pour nuire à un adversaire, lancent des rumeurs, des fausses informations, des ragots, des nouvelles non vérifiées.

La revue Commentaire fête ses 30 ans. Elle se porte bien, merci pour elle, visant le haut de gamme et surtout la différence. Voici ce qu'en dit Jean-Claude Casanova dans une interview à Nonfiction.fr :

"Vous m’avez demandé au début : qu’est-ce qui distingue une revue ? La presse ne peut pas fournir ce que nous proposons. La page du Monde, c’est environ 10 000 signes, or nous proposons des articles plus longs, entre 25 000 et 50 000 signes. D’autre part, on ne trouve pas en France, de magazines à haut niveau intellectuel comme ceux qui existent depuis longtemps dans le monde anglo-américain"

Et plus loin, parlant de son goût des citations, celle-ci de Bossuet : "Dieu se moque de ceux qui se plaignent tous les jours des effets dont ils sont les causes"

Jean-Pierre Elkabbach devrait lire Commentaire, et Bossuet !

Commentaires

>Quand on cherche une information sur Internet, elle n'est pas classée par ordre d'apparition dans le temps, mais par ordre d'influence et de popularité de celui qui l'émet.
Désolé de vous contredire, René, ce que vous affirmez ici est faux. Les bons moteurs de recherches offrent la possibilité de trouver par "ordre d'apparition dans le temps": passez par "Advanced Search" sur Google, par exemple, et vous filtrerez les résultats par ordre chronologique.

Écrit par : Scheiro | 28/04/2008

Bonsoir Scheiro,
Personnellement, je ne sais pas demander à Google de me classer les résultats par ordre chronologique. Dans la recherche avancée, je sais demander une page apparue dans les dernières 24 heures, dans les 7 derniers jours, etc..
Lorsque je demande : dans les dernières 24 heures, le premier résultat n'est pas le plus récent dans cet espace de temps.

De toutes façons, peu de gens utilisent les fonctions avancées ou les syntaxes de recherche fines. Je continue donc à penser qu'être le premier à quelques minutes près à sortir une information n'apporte aucun bénéfice. On voit bien en revanche quels peuvent en être les ravages en terme de crédibilité pour Europe1 et son patron.

Écrit par : René | 29/04/2008

C'est vrai, René, on ne peut pas parler de véritable classement chronologique, mais on peut étalonner les recherches par périodes sur Google et sur Yahoo. Mais, comme vous le dites, peu de gens utilisent les fonctions avancées des moteurs de recherche, pire, la plupart ne dépasse pas la 1ère page.
Pour ce qui est de la crédibilité des médias fr., je pense qu'il y a longtemps que la question ne se pose plus, sachant que - tout médias confondus - il est peut probable qu'un évènement soit correctement traité. Il faut en passer le plus souvent par les médias étrangers. Cette affaire sur Europe1 est donc insignifiante: elle s'inscrit dans une liste, qui répertorie le manque de déontologie des journalistes et leurs faiblesses professionnelles, tellement longue que ça me semble sans importance.

Écrit par : Scheiro | 01/05/2008

Sans aller chercher midi à quatorze heures dans cet intéressant échange, il est clair qu'annoncer le décès d'une personne parfaitement en vie, Google ou pas Google, relève de l'imbécilité la plus totale ou du désir de nuire le plus noir.

En l'espèce, je penche pour la première approche. A croire que Elkabbach, l'initiateur de l'"osons" (déjà célèbre en son temps), avance en reculant en commettant des bourdes que ne renierait pas un jeune saute-ruisseau fraîchement engagé chez Ici Police...

Écrit par : Cath | 03/05/2008

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