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28/03/2008

Max Weber à l'Elysée

Sur Internet, il faut nager à contre courant, c'est une question d'hygiène. Comme Nicolas Sarkozy va remonter la vague des sondages, grâce à - sublime, forcément sublime – Carla, il est urgent de rappeler ce qu'en disait Max Weber ( 1864-1920 ). Le célèbre sociologue allemand était aussi prophète à sa façon.

"En effet, bien que, ou plutôt parce que la puissance est le moyen inévitable de la politique, et qu'en conséquence le désir de pouvoir est une de ses forces motrices, il ne peut y avoir de caricature plus ruineuse de la politique que celle du matamore qui joue avec le pouvoir à la manière d'un parvenu, ou encore Narcisse vaniteux de son pouvoir, bref tout adorateur du pouvoir comme tel. Certes le simple politicien de la puissance, à qui l'on porte aussi chez nous un culte plein de ferveur, peut faire grand effet, mais tout cela se perd dans le vide et dans l'absurde. Ceux qui critiquent la « politique de puissance » ont entièrement raison sur ce point. Le soudain effondrement moral de certains représentants typiques de cette attitude nous a permis d'être les témoins de la faiblesse et de l'impuissance qui se dissimulent derrière certains gestes pleins d'arrogance, mais parfaitement vides. Une pareille politique n'est jamais que le produit d'un esprit blasé, souverainement superficiel et médiocre, fermé à toute signification de la vie humaine ; rien n'est d'ailleurs plus éloigné de la conscience du tragique qu'on trouve dans toute action et tout particulièrement dans l'action politique que cette mentalité" ( Politische Schriften )

C'est en prenant le sillage de DirtyDenys que je cite Max Weber pour faire le point sur notre Président. La très brillante note de Denys nous montre que la pensée de Max Weber irrigue au delà du domaine traditionnel de la sociologie, en nous peignant un Philippe Lucas (ex-entraîneur de Laure Manaudou), naguère seul maître à bord de son centre d'entraînement, mais n'ayant plus barre sur sa nageuse vedette, et devenuchef charismatique qui perd la tête.

La donna é mobile

De Raphael à Picasso, de Titien à Dali, 90 portraits de femmes qui n'en font qu'une. Ca n'a pas l'air très connu en France, mais beaucoup vu par ailleurs.

Le titre de l'oeuvre, le nom de l'artiste pour chaque portrait est ici.

L'oeuvre video, car c'en est une, est

 

 

26/03/2008

A vos masques

Le pseudonyme a toujours été utilisé en littérature. De Stendhal à Julien Gracq en passant par Aragon, il ne masque rien, puisque tout le monde sait de qui il s'agit. Le plus souvent, c'est un apprêtement pour un nom dissonant ou par trop prosaïque quand on s'occupe de style. Julien Gracq a quand même plus de gueule que Louis Poirier.

fbff2a0a517b00286ed2aa4a16d217d8.jpgA la limite du pseudonyme et de l'anonyme, on trouve  l'auteur d'Histoire d'O. Voilà un roman érotique signé Pauline Réage qui a longtemps soulevé l'excitation. On aurait bien aimé, que derrière ce prénom féminin, se cache un auteur respectable de l'Académie Française, un François Mauriac par exemple, qui aurait jeté sa gourme et ses principes. Double mystère puisque derrière la simple lettre qui désigne l'héroïne, il y a peut-être encore un personnage connu. Ou alors cet O tout nu pourrait symboliser quelque orifice féminin et le plaisir de s'y fondre. Le héros s'appelle René, comme moi ; un prénom guère porteur de fantasmes. C'est en tous cas comme ça que je le vis. Mais c'est le privilège de l'âge de s'accepter, y compris par le prénom d'un arrière-grand père dont on m'a affublé.

Pauline Réage est un pseudonyme qui resta longtemps anonyme. Il aura fallu 40 ans pour que l'on sache avec certitude qui se cachait derrière. C'était donc Dominique Aury qui cotoyait Jean Paulhan à la NRF et lui adressait ce roman en guise de déclaration. Ca se savait depuis longtemps dans les cercles littéraires. On rêvait encore d'un nom plus croustillant dans les milieux moins informés.

L'histoire d'O a perdu beaucoup de son pouvoir de fascination depuis qu'on en connait les secrets. C'est souvent comme ça quand le mystère se révèle après une trop longue attente. La réponse est moins excitante que la question. C'est aussi la clé du succès de certaines sociétés plus ou moins fermées comme les francs-maçons. Ca fait vendre les hebdomadaires qui révèlent deux fois par an "le pouvoir secret des francs-maçons". Quant à moi, j'imagine qu'on s'y ennuie aussi solennellement que dans n'importe quelle réunion de service d'une entreprise française, avec les mêmes jeux de pouvoir qui se cachent derrière le prétexte des sujets à traiter.

Madame Solario est moins connue que O. Curieux roman que je n'ai jamais fini faute de pouvoir incarner les personnages, y accrocher un pays, une époque. On ne sait toujours pas qui en est l'auteur, qui semble définitivement inaccessible comme le livre, qu'on dirait écrit d'un autre monde.

Romain Gary avait du succès avec des ouvrages jugés populaires et faciles par la critique. Il voulut être lu pour un genre littéraire nouveau pour lui, sans les préjugés à la fois politiques et littéraires qu'on lui collait. Sa "Vie devant soi" sous le nom d'Emile Ajar lui valut un deuxième prix Goncourt. Elle ne dura que 5 ans avant l'unique mort de toutes ses identités.

Il y a encore le pseudonyme utilisé par un auteur qui veut distinguer son activité littéraire d'une image déjà connue pour d'autres raisons. Soit qu'il ne veuille pas mélanger les genres, soit qu'il tienne à être apprécié par son oeuvre uniquement, sans que la célébrité acquise par ailleurs biaise le jugement. On se souvient peut-être d'Edgard Faure qui signait ses romans policiers Edgar Sanday ( sans "d" ). Il aimait  raconter ses souvenirs de la IVème République quand, Premier Ministre, il faisait porter sa serviette et son chapeau par un jeune attaché de cabinet nommé Valéry Giscard d'Estaing. Lui aussi s'est piqué de littérature. Il aurait été plus sage de prendre un pseudonyme pour signer son roman "Le Passage". Il eut le courage de le signer ; ce qui lui valut d'être humilié deux fois, à la sortie du livre, et lors de ce discours de "réception"  à  l'Académie française :

"Votre roman, Le Passage, est d’une nature plus déroutante. Par son genre même qui n’est pas coutumier aux puissants du monde. Certes, Disraeli, en Angleterre, l’avait pratiqué avant d’être hissé à la première place. Ce roman montre, là encore, votre goût d’être un homme comme les autres, qui chante sa chansonnette si cela lui plaît. Mais, là encore, vous ne serez pas épargné. Dans Le Figaro littéraire — décidément, ce journal ne vous aura pas délivré beaucoup de douceurs —, un article jugeait votre livre sans indulgence. Renaud Matignon comparait irrespectueusement son auteur à « un Maupassant qui aurait fait la connaissance de la comtesse de Ségur, ou à un Grand Meaulnes qui aurait croisé Bécassine ».

Rassurez-vous, Monsieur, vous n’êtes pas le premier de nos protecteurs à avoir reçu de la critique des volées de bois vert. Richelieu lui-même, pour sa tragédie de Mirame, et Bonaparte, pour son roman Clisson et Eugénie, furent descendus en flammes. Quant à nous, Dieu sait que nous avons eu notre part d’éreintements. Aussi notre compassion vous est-elle acquise. L’Académie est douce aux grands blessés de la critique."

Et sur Internet alors ? Il y aurait beaucoup de choses à dire. Ca tombe bien, d'autres le font, comme cette étude de Dominique Cardon que l'on trouve sur Internetactu. L'identité, désormais numérique, multiplie les combinaisons. Dominique Cardon en identifie cinq :

"Le paravent. Les participants ne sont visibles aux autres qu’à travers un moteur de recherche fonctionnant sur des critères objectifs. Ils restent “cachés” derrière des catégories qui les décrivent et ne se dévoilent réellement qu’au cas par cas dans l’interaction avec la personne de leur choix.

Le clair-obscur. Les participants rendent visibles leur intimité, leur quotidien et leur vie sociale, mais ils s’adressent principalement à un réseau social de proches et sont difficilement accessibles pour les autres.

Le phare. Les participants rendent visibles de nombreux traits de leur identité, leurs goûts et leurs productions et sont facilement accessibles à tous.

Le post-it. Les participants rendent visibles leur disponibilité et leur présence en multipliant les indices contextuels, mais ils réservent cet accès à un cercle relationnel restreint (Twitter, Dodgeball).

La lanterna magica. Les participants prennent la forme d’avatars qu’ils personnalisent en découplant leur identité réelle de celle qu’ils endossent dans le monde virtuel (Second Life)."

Sur Internet, le plus étrange est ce désir de reconnaissance qui se combine souvent avec les anonymats. En général, se cachent des vedettes qui ne supportent plus la célébrité, ou qui veulent être reconnus à des moments choisis par eux, comme un phare que l'on voit par intermittence. Sauf qu'ils n'éclairent pas d'eux-mêmes, ils sont éclairés par d'autres qui contrôlent le mécanisme. 

Sur Internet se cachent des inconnus qui veulent être reconnus sans être identifiés. Je ne sais plus quel blogueur célèbre se vantait d'être le seul à contrôler son image, le seul à connaître toutes ses identités. J'ai eu envie de lui répondre que c'est le moins qu'on puisse attendre d'une personnalité pas complètement schizophrène.  Mais il explique aussi qu'il défend autant d'idées contradictoires qu'il a d'identités différentes. Ne sachant plus à qui répondre, j'ai préféré rester muet.

21/03/2008

Sylvie Noachovitch, Nicolas Princen, Olivier Martinez : A qui le tour ?

Quoi de commun entre ces trois personnages ?  A des titres divers, ils excitent la blogosphère.

Sylvie Noachovitch, s'estimant diffamée par une accusation de propos racistes qu'elle aurait tenus lors d'un dîner a enjoint un bloggeur de retirer une note rapportant cet écho.

Nicolas Princen a été chargé par l'Elysée d'observer tout ce qui se dit sur la Toile, de traquer les fausses rumeurs et de déjouer toute désinformation à l'encontre du Président.

Suivant les termes d'Eric de Presse Citron, "Olivier Martinez, attaque systématiquement tous les sites qui diffusent ce "scoop" disant en substance qu'il serait de nouveau (ou pas) avec une chanteuse australienne connue avec laquelle il fut, puis ne fut plus, etc..."

 

En ce qui me concerne, j'ai eu l'occasion de défendre Sylvie Noachovitch dans la protection de sa vie privée. Je ne vois rien de choquant à ce que Nicolas Sarkozy s'intéresse à ce qu'on dit de lui sur Internet et à y défendre son point de vue si besoin. Je trouve la réaction d'Olivier Martinez tout à fait disproportionnée et scandaleuse s'agissant "de la publication d'un lien dans Fuzz, (il n'y a même pas un extrait de l'article) renvoyant sur une rumeur publiée dans un blog people."

 

Quoi de commun entre ces trois personnages ? Ils ont couverts d'injures et de crachats par une partie trop visible de cette même blogosphère.

L'acteur qui se plaint de Fuzz fait l'objet d'une chaîne débile consistant à affirmer qu'on ne l'aime pas : je m'exprime en périphrase pour ne pas citer le texte de cette chaîne et y participer, même en la dénonçant. Comme le dit Delphine Dumont : "Ces névrosés qui ont trouvé une super tête de Turc, c'est pitoyable et je devrais y rester indifférente, mais ça salit Internet, mon Internet que j'aime tellement, qui est si riche potentiellement, si porteur d'espoirs..."

Ou encore ( via Olivier Schmidt-Chevalier ) ces injures de type raciste adressées à Nicolas Princen, trouvées chez Pierre Chantelois ( qui cite le commentaire, ce n'est pas ce qu'écrit Pierre Chantelois ) :

« Admirons le rebondi pré-turgescent des bajoues, l’ovale prognate du menton chauve, le lobe étriqué des esgourdes, le pif en pied de porc, l’œil torve à la vinaigrette rancie, la coupe de douilles version légion étrangère, le col noué comme celui d’un pendu cherchant sa corde, la denture reniflant le signal, la glotte en crotte de peanshire, la béatitude vidocquienne HEC en +…Heureusement sur le Net, nous n’en avons pas l’odeur. Il y a fort à parier que les remugles exhalant du personnage forceraient une ouverture prolongée des portes et fenêtres; ce qui n’est pas, aujourd’hui, de saison ».

On parle parfois de l'ubiquité du Web. Je ne sais pas, mais ce genre de propos me rappelle plutôt une certaine presse des années 30 et 40 et son plus célèbre titre : Je suis partout, ou encore certains éditoriaux de la presse communiste des années 50. Ce qui me désole dans cette course au People, au ragot, au Web poubelle c'est que je n'en comprends pas les motivations. Il y a toujours eu et il y aura toujours une presse poubelle, une télé poubelle. Ils ont des contraintes économiques, ils ont besoin de pub. Comme l'a si brillamment dit Patrick Le Lay, c'est même sa raison d'être. Pour ces blogs, ces commentaires, il n'y a pas de revenu, pas de contrainte économique pour nous en tant qu'amateur qui ne vivons pas de cette activité. En revanche, il n'y a plus dans la presse écrite ces tombereaux d'injures que l'on pouvait lire avant guerre. Que ceci réaparaisse sur un média comme le Web est désolant, et de plus totalement irresponsable. Ce sont des gens dignes comme Eric qui risquent de payer pour ces dérives.

A propos de la mission de Nicolas Princen, Versac affirme que "surveiller tout le Web est impossible". S'agissant d'une expression publique et libre, il ne s'agit pas de surveiller, ce qui sous-entend une activité cachée, mais juste d'observer. Mais en plus, Versac a tort. C'est TRES FACILE d'observer ce Web là. Par nature, il se répète, dit la même chose et s'en vante. C'est donc l'image consternante que risque d'en rapporter Nicolas Princen. C'est l'image qu'en donne quotidiennement la presse dite sérieuse. C'est l'image qu'on donne à d'autres qui se réjouissent encore de pouvoir s'exprimer sans contrainte d'aucune sorte, si ce n'est le respect du droit et de l'image des personnes.

18/03/2008

George Bush légalise la torture

Tout le monde se passionne pour les élections américaines. George Bush fait déjà partie de l'histoire, il n'intéresse plus personne. On ne comprend pas l'Amérique qui a voté Bush et on déteste le personnage. Sans illusion aucune, c'est à peine si l'on parle du veto qu'il vient d'opposer à une loi votée par le Congrès américain interdisant les "interrogatoires poussés".

Tout vient du 11 septembre, bien sûr. En tant que Français, j'ai du mal à comprendre le traumatisme consécutif à l'attentat contre les tours. Le dialogue avec mon ami Nicolas de Rauglaudre à propos du livre de René Girard : Achever Clausewitz m'a donné une piste.

Clausewitz et la première guerre mondiale

L'envers de la fameuse formule "La guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens" est représentée par la théorie de la montée aux extrêmes. Selon Clausewitz, la guerre "parfaite" visant à la mise hors de combat de l'adversaire, voire à son anéantissement, se caractérise par la mobilisation croissante de tous les moyens pour parvenir à l'objectif. L'adversaire est obligé de réagir à cette montée en puissance s'il ne veut pas être vaincu. Il répondra donc par un accroissement similaire de ses moyens, franchira un palier supplémentaire, s'il veut reprendre l'avantage. Et ainsi de suite. L'archétype de la guerre ne peut que monter aux extrêmes des moyens de chaque combattant. Cette violence pure, Clausewitz souligne qu'elle peut et d'ailleurs qu'elle doit rester contrôler par le pouvoir politique qui, seul, décide et tente de réaliser ses buts de guerre.

La première guerre mondiale a représenté l'archétype de cette montée aux extrêmes sans contrôle politique réel. A l'évidence, du côté français, les buts de guerre n'étaient pas en proportion du gigantesque massacre. Joffre ne rendait plus compte au gouvernement. Il finît par être écarté, mais c'était trop tard, et la logique de la violence extrême était devenue inarrêtable. Du côté allemand, c'est le Grand Etat Major qui avait pris le pouvoir politique par une interprétation falsifiée des théories de Clausewitz.

Raymon Aron qui observait la guerre froide la décrivait comme "paix impossible, guerre improbable". L'arme atomique par ses capacités d'anéantissement définitif et réciproque rendait impossible une montée aux extrêmes. C'est d'ailleurs ce qui s'est passé, mais il n'était plus là pour le voir puisqu'il disparut en 1983, six ans avant la chute du mur de Berlin. Il n'est plus là non plus pour penser le terrorisme et le 11 septembre. Après lui, René Girard cherche à achever Clausewitz.

 

Le 11 septembre

René Girard est français, mais il vit en Amérique. Il peut mieux comprendre leurs sentiments. Et si le 11 septembre était comparable au coup de pistolet de Sarajevo : un événement mineur au regard de la survie d'une nation mais qui a dégénéré. L'attitude de Bush est finalement assez comparable à l'escalade aveugle des gouvernements de 1914. Mais lui n'a pas trouvé en face, une entité nationale bien identifiée. D'où la mythification d'Al Quaida auquel on a associé un territoire : l'Afghanistan ( c'est en partie vrai ) et même des alliés : l'Irak ( c'est une imposture ).


L'Amérique de Bush était prête à monter aux extrêmes, mais cet ennemi insaisissable n'est pas de nature à entrer en résonance avec ce type de violence. Ces guerres d'Afghanistan et d'Irak finiront par une retraite déguisée, car elle ne peuvent pas être gagnées contre un ennemi qui n'est pas là.

 

L'Amérique torture

Il est une autre guerre beaucoup plus inquiétante. C'est la chasse mondiale à tout individu qui peut avoir des liens avec Al Quaida. Dans cette guerre de nature policière, mais qui utilise des moyens militaires, c'est le Patriot Act, c'est le recours "légalisé" à la torture, qui font tomber l'Amérique dans le piège pourtant bien connu du couple terrorisme-répression policière. C'est ce recours qui illustre l'escalade de la violence : Aux attentats suicide, on oppose la torture.


Que Al Quaida est réussi à faire de la plus grande démocratie du monde, un état où l'on revendique la torture, passe presque inaperçu. C'est pourtant là à mon avis que se situe le plus grand danger. D'une part on sait que ça ne sert à rien, mais surtout George Bush aura été le Président de la torture. Il n'avait pas besoin de cela pour ternir encore son mandat. Pendant un temps, il a sans doute représenté fidèlement une certaine Amérique traumatisée. Il ne représente plus rien, et les trois candidats à la Présidence, d'autres encore comme le sénateur Ted Kennedy  ont condamné "l'un des actes les plus honteux" de la présidence de George Bush.

 

Nouvelles violences

On n'en a pas fini avec la violence. D'après René Girard :

"Il semble que nous ne parvenions pas à penser le pire et c’est à cela que peut nous aider Clausewitz. Il y a aujourd’hui trois questions terrifiantes : l’écologique avec la raréfaction des ressources naturelles, la militaire avec l’accroissement des forces de destruction nucléaire et celle des manipulations biologiques. Aux États-Unis, l’écologie est sous-estimée par les républicains qui la considèrent comme une manoeuvre contre la liberté économique. La fin du communisme a déchaîné le capitalisme. Si la concurrence économique est positive, elle peut aussi se transformer en guerre. La vie économique n’est pas libérable totalement. Par exemple, aux États-Unis, les meilleurs spécialistes de l’industrie atomique sont susceptibles de mettre leur talent au service d’officines privées au nom de la libre entreprise, alors qu’en France l’État et son administration sont encore un facteur de sécurité de par le contrôle qu’ils exercent sur ce type d’activité."

14/03/2008

Le Père Desbois et la Shoah par balles

Le Père Desbois consacre sa vie à recueillir les derniers témoignages de la Shoah par balles. Pendant l'occupation nazie, en Pologne, en Ukraine, en Biélorussie et dans les pays baltes, les Einsatzgruppen fusillèrent plus d'un million de juifs. A cela il faut ajouter les tziganes, membres du Komintern ou toute autre population devant être anéantie.

Les victimes étaient rassemblées par train ou camion. Elles creusaient leur propre fosse avant d'être fusillées. Les cadavres étaient ensuite recouverts de terre. Cela se passait en 1941-1942, dans les territoires de l'Union Soviétique occupés, principalement en Ukraine. Les derniers témoins ont maintenant 80 ans. C'étaient des enfants à l'époque du massacre.

Le Père Desbois va voir sur place ces témoins. Il les interroge sur ce qu'ils ont vu. En retrait, il écoute les récits de cette vieille dame. C'était une enfant de 10 ans. Elle "tassait" les cadavres dans la fosse. Quant tout était recouvert, le sang continuait à suinter du charnier pendant des jours entiers.

Depuis plus de 60 ans, les gens ne parlent pas. Ils ne parlent pas parce que personne ne les interroge. Dans ces pays, le communisme a fermé les bouches. On craint encore le retour du KGB. Ils parlent au Père Desbois parce que c'est un prêtre catholique étranger qui recueille cette parole qui ne sera bientôt plus.

Le Père Desbois écoute sans émotion apparente, il ne met pas en scène son indignation. Il n'est pas là pour le devoir de mémoire : une expression qu'il n'aime pas, tout comme Simone Veil. C'est aujourd'hui que les fosses communes sont aux portes des villages ukrainiens. On s'en approche, des os et des crânes sont visibles ça et là : on est parfois pouchassé par un chien qui en a fait son repère. Certains recherchent encore les dents en or qui auraient pu ne pas être arrachées. Il n'y a plus de signes de la présence des juifs dans ces régions anéanties par les bourreaux nazis. On ne peut rien bâtir dans ces confins de l'Europe tant que ces cadavres ne reposeront pas en paix, nous dit le Père Desbois.

C'était mercredi soir sur FR3.

P.S. si vous cherchez dans Google : "Desbois Shoah" 

La première entrée est un site négationniste : Tout sauf Sarkozy : Association nationale pour la défense des valeurs républicaines.

Le Père Desbois y ait traité de "pronocrate mémoriel". Peut-on faire quelque chose pour que Google ne référence plus ce site ?

07/03/2008

Caissière, ça mène à tout à condition d'en sortir

Acrimed, observatoire des médias, publie une étude formidable sur la manière dont les médias traitent de Anna Sam. Anna est caissière, et son blog : Les tribulations d'une caissière, s'est retrouvé propulsé en tête des classements.

« Une caissière fait recette grâce à un blog à succès » (20 minutes.fr, le 6 janvier)." C'est tout ce qui intéresse les médias, de la vie d'Anna. C'est le fait d'être devenue connue, presque une star, qui va publier un livre : une caissière qui sait écrire, et qui n'est plus caissière. Elle s'en est sortie, ce qui n'est pas le cas des 170 000 autres, dont le blog d'Anna décrit la vie quotidienne.

On s'intéresse à Anna pour ce qu'elle n'est plus. Le fond de ce qu'elle a vécu, ce qu'elle raconte n'a pas d'intérêt. Ce qui est intéressant, c'est l'ascension médiatique et sociale qu'elle symbolise.

On ne l'interroge pas sur les conditions de vie de toute une profession. Les salaires, les horaires, les petits chefs, les clients : bon d'accord, mais ce qui fait rêver c'est la belle histoire de celle qui aura eu le talent et sans doute un peu de chance pour en sortir. Car il s'agit d'en sortir et sûrement pas de se préoccuper des 170 000 autres qui n'ont pas cette belle histoire à raconter.

Mine de rien, l'histoire d'Anna en dit long sur les médias. Mais ils ne font que refléter la disparition de toute analyse sociale au profit de la montée en épingle de quelques réussites individuelles visibles.

04/03/2008

To rock or not to rock : Keith Richards pose pour Vuitton

Le vieux forban fait de la pub maintenant. Voilà le genre de nouvelles qui me réjouit. J'imagine son rire carnassier quand il a été approché pour cette campagne. Après Catherine Deneuve, classique, Gorbatchev, pas tellement vendeur, Vuitton va rimer avec Satisfaction.

Il paraît que David Bowie a fait de la pub pour Vittel. Du rock à l'eau plate, c'est vraiment n'importe quoi. La campagne est passée inaperçue, évidemment. Celle-là sera forcément un succès. Tous les ex-fans des sixties au portefeuille et au ventre rembourré ( ce n'est mon cas ni pour l'un ni pour l'autre ) vont pouvoir réconcilier les goûts de leur jeunesse avec leur nouveau statut social.

Keith Richards a toujours eu le cynisme en bandoulière, il pourra le mettre dans son sac Vuitton et ré-interpréter "Papa's Got a brand new bag", le standard de James Brown.


82ba753d1cc4bb2e0f2777b1cc365af5.jpgLa photo Vuitton. On distingue un crâne sur la table de nuit. To rock or not to rock ? Ca n'a jamais été une question pour Keith - Hamlet - Richards.

La tête de mort est d'ailleurs très tendance, elle ressuscite si l'on peut dire :

"Le crâne humain ne fait plus peur. Plusieurs marques de luxe (Dior, Fendi) l'ont utilisé dans leurs récentes collections, apposant ce sourire de mort sur des foulards, maillots de bain, sacs et bijoux.

Chez Damien Hirst, figure incontournable de l'art conceptuel, l'image prend une tournure particulièrement provocante: l'une de ses récentes créations représente un faux crâne humain incrusté de 8'601 diamants et d'une pierre rose pâle de 55 carats de chez Bentley & Skinner. Prix: 125 millions de francs pour ce symbole ultime de la collision entre l'imagerie macabre et l'univers futile du strass et du bling-bling.
Comment expliquer cet engouement? «Comme le tatouage, la tête de mort exprime une revendication de liberté, qui se retrouve d'ailleurs dans le regain d'intérêt pour les Harley-Davidson», relève Stefan Fraenkel, observateur de tendances
( quel beau métier : N.D.L.A ) à l'Ecole hôtelière de Lausanne."

Ce crâne est-il celui de son père ? On sait que Keith Richards laisse courir la rumeur qu'il en aurait sniffé les cendres. Il n'a d'ailleurs arrêté l'héroïne qu'après s'être réconcilié avec son père qu'il n'avait pas vu pendant 25 ans. Etonnante histoire.

 

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Mais, revenons à la métaphysique, sujet à peine moins futile. Vous souvenez-vous de Rancé, celui de la Vie de Rancé écrite par Chateaubriand ? Armand-Jean Le Bouthillier de Rancé vivait sous Louis XIV une vie moins qu'austère comme tant d'autres religieux de l'époque. Amoureux fou de la duchesse de Montbazon, il fut le dernier de ses innombrables amants. La légende dit qu'il ne se sépara plus du crâne de sa maîtresse pour l'emporter jusqu'à la Trappe. C'est en effet là qu'il finît sa vie, à refonder l'ordre monastique dans une discipline de dépouillement extrême. On ne saura pas si le souvenir de sa maîtresse posé sur son bureau lui inspirait des sentiments de contrition ou de nostalgie.

Des sentiments qu'on imagine mal chez le roi du riff.

03/03/2008

Deux découvertes en deux bonds : Jean-Claude Michéa, un discours de Bob Kennedy

Vagabondant sur des blogs, j'arrive chez Jean-Baptiste Rudelle qui publie peu mais bien. Il commente un livre de Jean-Claude Michéa, L'empire du moindre mal. Il y a deux heures encore, je ne connaissais pas l'auteur ni donc ce livre.

ab3bf25c3f7df188906714065facb7f7.jpegJean-Baptiste Rudelle en dégage une idée qui éclaire l'impasse actuelle de la Gauche. Conformément à ses traditions comme à ses convictions, la droite défend une politique de défense des intérêts privés et d'une fiscalité modérée contre une gauche plus favorable au renforcement de la place de l'Etat. Jusque là tout va bien. Mais l'affaire se gâte lorqu'il s'agit des questions d'immigration et de sécurité. La gauche "généreuse" qui défend une politique d'intégration et de régularisation "(ce qui ne peut qu’encourager de nouveaux candidats à l’immigration) défend objectivement les intérêts des plus riches." De même quand il s'agit de l'insécurité qui touche d'abord les quartiers populaires où la droite est très à l'aise pour préconiser une politique répressive contraire aux valeurs traditionnelles de la gauche mais qui peut séduire les habitants de ces quartiers, exaspérés par cette insécurité.

Bref, la Gauche est dans un cul-de-sac intellectuel. La Droite aussi d'ailleurs, mais elle s'en fiche. Droite comme Gauche sont dans la même impasse. Mais la Droite qui accepte le modèle actuel, ou s'y résigne, a l'avantage de défendre une politique d'adaptation à une réalité que chacun constate, quand la Gauche est dans l'impossibilité de choisir entre cette réalité qu'elle refuse et une alternative qu'elle n'a pas ( encore ?? ) conceptualisée.

Jean-Baptiste Rudelle m'avait déjà mis sur la piste du livre de Valérie Charolles : Libéralisme contre Capitalisme. Je n'ai pas eu à le regretter. Il est toujours temps de  le lire.

Je vais donc me procurer le livre de Jean-Claude Michéa qui semble éclairer quelques pistes. A la recherche d'autres références, voici une interview de Jean-Claude Michéa sur le site de Marianne, et cette citation magnifique de Bob Kennedy, extraite de L'empire du moindre mal :

 

 

Le 18 mars 1968, quelques semaines avant son assassinat, Bob Kennedy prononçait, à l'Université du Kansas, le discours suivant : « Notre PIB prend en compte, dans ses calculs, la pollution de l'air, la publicité pour le tabac et les courses des ambulances qui ramassent les blessés sur nos routes. Il comptabilise les systèmes de sécurité que nous installons pour protéger nos habitations et le coût des prisons où nous enfermons ceux qui réussissent à les forcer. Il intègre la destruction de nos forêts de séquoias ainsi que leur remplacement par un urbanisme tentaculaire et chaotique. Il comprend la production du napalm, des armes nucléaires et des voitures blindées de la police destinées à réprimer des émeutes dans nos villes. Il comptabilise la fabrication du fusil Whitman et du couteau Speck, ainsi que les programmes de télévision qui glorifient la violence dans le but de vendre les jouets correspondants à nos enfants. En revanche, le PIB ne tient pas compte de la santé de nos enfants, de la qualité de leur instruction, ni de la gaieté de leurs jeux. Il ne mesure pas la beauté de notre poésie ou la solidité de nos mariages. Il ne songe pas à évaluer la qualité de nos débats politiques ou l'intégrité de nos représentants. Il ne prend pas en considération notre courage, notre sagesse ou notre culture. Il ne dit rien de notre sens de la compassion ou du dévouement envers notre pays. En un mot, le PIB mesure tout, sauf ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue »Quarante ans après, on aurait évidemment le plus grand mal à trouver, en France, un(e) représentant(e) de la Gauche ou de l'Extrême gauche capable de formuler une critique aussi radicale de l'idéologie de la Croissance.

C'était ça aussi l'esprit de 1968...

Un bond chez Jean-Baptiste, un rebond à la mémoire de Bob Kennedy, c'est Internet comme je l'aime.