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18/02/2008

La Shoah en CM2

C'était à la fin des années 60. Contrairement à ce que l'on affirme aujourd'hui, l'histoire de l'extermination des juifs était enseignée, même si elle n'était pas nommée comme aujourd'hui, Holocauste puis Shoah.

J'ai lu le Journal d'Anne Frank en classe de 6ème. Je peux témoigner que beaucoup de mes camarades, si ce n'est tous, le lisait également. Pour nous, l'antisémitisme est un sentiment qui n'existait pas. Aujourd'hui encore, c'est quelque chose que je ne COMPRENDS pas dans le sens fort du terme. C'est à dire qu'il m'est tout à fait étranger et proprement incompréhensible. Si l'antisémitisme persistait sans doute chez certains adultes, il était refoulé ; et c'est  mieux ainsi. Pour autant, j'ai su dès le CM2, et sans doute avant, que cette perversion existe, ainsi que ses conséquences effroyables.

L'antisémitisme que l'on croyait à jamais extirpé n'est pas mort. Sa renaissance a même coïncidé avec les injonctions sur le devoir de mémoire, en particulier lors de la diffusion du feuilleton Holocauste. Il est triste de constater que ce "devoir de mémoire" ne sert à rien, pire encore, est sans doute "contre-productif". Comme le dit Alain Finkielkraut : "Le temps est révolu où la mémoire de la Shoah protégeait les Juifs de l’antisémitisme. Aujourd’hui, elle les y expose. Plus on en parle et plus ça énerve". L'obsession mémorielle a même des effets pervers, à se focaliser sur un passé qui ne nous apprend pas à déchiffrer le présent.

On répète les analyses d'Hannah Arendt sur la banalité du mal  et l'industrialisation nécessaire au massacre de masse.

Hannah Arendt ne pouvait pas le savoir, mais depuis, le Cambodge et le Rwanda nous ont appris qu'un génocide n'avait nullement besoin d'une administration moderne ni d'un niveau de développement industriel pour être "efficace". On massacre autant et aussi vite à la machette. Qu'on pense aussi aux horreurs plus récentes encore en Guinée Bissau et au Libéria. Alors, le génocide est devenu impossible en Europe, réservé à l'Afrique ou à l'Extrême Orient ? Toujours pas, puisque le partitionnement de l'ex Yougoslavie a donné lieu à des débuts de génocide en plein coeur de l'Europe.

Il ne s'agit pas ici de se livrer à une compétition victimaire particulièrement obscène, mais de constater que si la Shoah crée une fracture par son caractère premier, elle n'est pas restée singulière. Avec tout le respect du aux victimes du passé, ce qui nous intéresse avant tout est de pouvoir distinguer, comprendre et agir contre des agissements génocidaires du même ordre tout en étant chaque fois spécifiques.

Je n'ai pas de réponse à ces questions, mais quelques certitudes. L'initiative de Nicolas Sarkozy pousse au paroxisme un devoir de mémoire et d'émotion dont l'histoire récente nous montre l'inefficacité si ce n'est la nocivité. Bonne conscience pour les adultes, aveuglement des enfants.

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