Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

27/11/2007

A propos du rapport Olivennes

    La numérisation de la musique, de l'image et de l'écrit menace les distributeurs des objets qui portaient ces oeuvres. Ce sont eux qui crient le plus fort, un de leur représentant, Denis Olivennes a proposé des mesures de filtrage, de marquage, d'avertissement et de sanction contre le téléchargement. Dans le débat en cours, je voudrais juste apporter quelques réflexions à propos de cette question:

  1. Nous assistons à la mort du droit d'auteur tel qu'il a été défini par Beaumarchais au XVIIIème siècle. A ce propos, on oublie souvent de remarquer que ce droit d'auteur proclame la propriété littéraire attachée au livre, mais aussi et surtout en ce qui concerne Beaumarchais à la représentation théâtrale. L'oeuvre n'est plus vendue une fois pour toutes, mais génère des droits d'auteur à chaque représentation. Le théâtre n'existe que s'il est représenté, et pourtant dès cette époque, le texte qui n'est qu'immatériel par rapport à la représentation vivante a réussi à faire valoir ses droits. Un droit qui se prolonge aujourd'hui encore à travers des sociétés d'auteur comme la SACEM.
  2. A la même époque, Condorcet défendait une position très "2.0" en affirmant que les idées et leur expression étaient faites pour être diffusées gratuitement et contribuer au progrès de l'humanité. On ne s'appauvrit pas en diffusant une idée : elle n'est pas perdue pour son auteur qui peut même l'enrichir par les contributions de ses lecteurs.
  3. La création littéraire est peu menacée par la dématérialisation. Elle dispose avec le livre d'un objet autonome, à très longue durée de vie, facilement transportable et qui ne tombe pas en panne. Toutes qualités dont on ne voit pas aujourd'hui d'équivalent sous la forme électronique.
  4. Le cinéma peut garder également un avantage par une diffusion dans des salles de grande qualité acoustique et visuelle, quasiment impossible à reproduire chez soi. La séance de cinéma est également assortie de tout un contexte de séduction, de sortie, et de moments partagés dont on ne peut pas trouver d'équivalent chez soi. De plus un film, comme un livre est rarement vu ou lu plus d'une fois ou deux.
  5. Ce n'est évidemment pas le cas de la musique qui s'écoute de très nombreuses fois et dont le format électronique est équivalent au format matériel sous forme de CD. C'est bien pour ça que c'est la musique qui cristallise tous les débats autour du téléchargement et de la dématérialisation. Il n'y a aucun avantage et aucune différence entre le CD que j'achète et le MP3 que je télécharge. Mis à part des éventuels bonus et surtout un meilleur encodage : une piste intéressante.
  6. Autant le droit d'auteur est ancien, autant la question des droits musicaux est récente. Jusquà l'apparition et la large diffusion du disque, la musique n'avait pas d'autre support que l'intermédiaire de la partition. Des partitions qui représentaient une source de revenus non négligeable, mais réservé à un public restreint de musiciens, dont le volume n'avait rien à voir avec l'explosion des années 60.
  7. L'opulence ( c'est le moins qu'on puisse dire ) de l'industrie musicale et de certains créateurs est donc relativement récente. Eille correspond aux révolutions, technique du disque vinyle, musicale des Beatles, et des moeurs symbolisée par mai 68. Il en reste encore quelques survivants comme les Rolling Stones ou Johnny Hallyday. Un modèle et une culture dont les patrons de l'industrie musicale ont toujours la nostalgie, qui a bercé leur adolescence et qu'ils tentent de reproduire indéfiniment avec son cortège de fric et de défonce. Le modèle "Sex and drugs and Rock'n Roll" and Money.
  8. Le disque est mort, remplacé par le CD qui a encore amplifié le volume d'affaires. Pas de chance, la révolution technique qui suit le CD met tout par terre en supprimant à terme des intermédiaires devenus inutiles.

Des études tendent à démontrer qu'il n'y a pas "de relation directe entre le partage de fichiers poste-à-poste et les ventes de CD au Canada. L’analyse de toute la population du Canada ne révèle aucune relation, positive ou négative, entre le nombre de fichiers téléchargés à partir de réseaux poste-à-poste et le nombre de CD vendus. Autrement dit, nous ne trouvons aucun élément probant qui laisse croire que l’effet net du partage de fichiers poste-à-poste sur les ventes de CD est soit positif, soit négatif, pour l’ensemble du Canada."  Elle prouve que le CD résiste mieux que prévu. Néanmoins d'après Jacques Attali : "La consommation payante de musique enregistrée continue de s’effondrer : elle a baissé de 20% dans les 9 premiers mois de 2007, et de moitié en cinq ans." Par ailleurs :

  1. Ce document "comporte l’analyse de données d’enquête canadiennes et les résultats sont représentatifs de la population de Canadiens âgés de quinze ans et plus."
  2. Je ne connais pas d'adolescent qui achète de la musique. Ils n'en ont d'ailleurs pas les moyens, quand on leur offre un CD, il nous prenne pour des extra-terrestres.
  3. Les habitudes de consommation ne changent pas si vite, et beaucoup d'adultes sont réticents au "piratage"
  4. Je ne vois pas comment un support payant pourrait résister bien longtemps face à une offre  gratuite équivalente

Ce n'est donc qu'une affaire de temps, et je ne donne pas 5 ans avant la fin de l'industrie du CD tel que nous la connaissons. ( Rendez-vous en 2012 ). Le problème est bien dans l'équivalence de l'offre. Il n'y a peut-être une porte de sortie dont Labosonic donne un bon exemple : "Le 30 octobre dernier, est sorti  le nouvel album de Saul Williams. Le système de commercialisation est radicalement différent, puisque le site de l'artiste propose l'intégralité de l'album en téléchargement libre, mais avec une restriction de format, la qualité sonore sonore étant limitée à un fichier MP3 de qualité moyenne. L'utilisateur payera s'il désire un format de meilleure qualité sonore (MP3 mieux encodé ou FLAC)."

Nous sommes donc en face de 2 types d'offre : Une gratuite et médiocre, une payante avec toute la qualité musicale. C'est peu-être une issue possible à la crise actuelle. (Même si je ne m'explique pas comment on pourra empêcher la rediffusion du format de meilleure qualité. Je ne m'y connais pas assez en encodage pour en discuter.)

Au fond le CD est assez comparable au livre de poche : On a l'intégralité du contenu à un prix abordable. Pour avoir mieux, il faut, soit acheter des équipements d'écoute de haute qualité ( les équipements HI-FI ), ou des éditions plus luxueuses avec un appareil critique de qualité ( La Pléiade par exemple ). Le CD représentait un bon compromis, abordable pour les classes moyennes. On sait que cette classe moyenne est menacée par la paupérisation d'un côté et  la richesse toujours plus extravagante de la classe dominante de l'autre :

"Tout semble indiquer que ce noyau central, idéalement situé aux environs de 2 000 euros de salaire mensuel, doit faire face à un vrai malaise et connaît, comme par capillarité, la remontée de difficultés qui, jusqu’à présent, ne concernaient que les sans-diplôme, les non-qualifiés, les classes populaires. A la manière d’un sucre dressé au fond d’une tasse, la partie supérieure semble toujours indemne, mais l’érosion continue de la partie immergée la promet à une déliquescence prochaine."

La crise du CD comme symptome de la crise des classes moyennes, de la segmentation de l'offre entre le hard discount et les magasins de luxe ? En tous cas, l'analogie est frappante. Comme dit toujours Jacques Attali : "plus le virtuel est gratuit, plus le réel prend de la valeur." Et au milieu ? Entre une offre musicale à bas prix, et des concerts vivants à 500 Euros, il est à craindre qu'il n'y ait plus rien.

25/11/2007

23 and me, et moi, et moi, émoi

Nous allons pouvoir connaître notre avenir. Notre avenir médical en tous cas. C'était un rêve - ou un cauchemar -. C'est maintenant possible avec "23 and me", 23 étant notre nombre de chromosomes. Et moi, et vous, qui avons maintenant  la possibilité théorique de connaître nos prédispositions à telle ou telle maladie, le risque d'attraper un cancer ou au contraire une bonne résistance aux accidents cardio-vasculaires. Il suffira de fournir un échantillon de salive. Pour 1000 dollars, "23 and me" analyse vos gènes et vous dresse une cartographie de vos risques médicaux.

En fait, je connais très bien mon avenir. A 53 ans, il m'en reste 30. Je fais le bravache, comme ça, mais voilà une phrase qui n'est pas si facile à écrire froidement, et encore moins à regarder en face. En ce qui concerne ma santé et mon avenir, je suis très autruche. Mais c'est mon affaire après tout.

Sauf que beaucoup de gens s'intéressent à moi : une pensée qui devrait me consoler d'un avenir dont il faut bien admettre qu'il se rétrécit. On a tellement d'amis. Nos banquiers, assureurs, employeurs sont surement très intéressés par les risques qu'ils prennent en pariant sur notre longévité.

Ce que l'on peut savoir, aurons-nous le droit de l'ignorer ? Aurons-nous encore le droit de prendre des risques pour notre santé, pour les finances de la Sécu, alors que mon génotype me dit que j'ai intérêt à faire un footing tous les matins ? Un intérêt qui risque de se tranformer en devoir.

D'autres qui ont le courage de regarder leur avenir seront "contents" de savoir qu'ils ont un fort risque cancéreux et prendront des mesures d'hygiène pour retarder et peut-être déjouer le pronostic. Ils pourraient se sentir en droit de ne plus financer la santé de ceux qui ne prennent aucune précaution.

Nous n'en sommes qu'au début, et si nous savons que certaines maladies comme la chorée de Huntington ont une cause génétique clairement identifiée, on est loin de tout savoir sur le sujet, et la génétique ne contient pas tout notre destin. Tout ça demande des capacités de calcul gigantesque, l'alliance de l'industrie informatique et de la biologie génétique.

23 and me a été fondée par Anne Wojcicki, plus connue sous le nom de Madame Google, depuis son mariage avec Serguei Brin, l'un des 2 fondateurs. On ne sera donc pas étonné de l'intérêt de Google qui pourra faire profiter "23 and me" de ses capacités de calcul, et qui en saura encore plus sur nous, jusqu'au coeur de nos chromosomes.

Via Affordance, et le très long article de Wired qui dit tout sur la question.

20/11/2007

Pour le vote parlementaire du Traité de Lisbonne

    L'Europe se bâtit depuis 50 ans suivant les principes de Jean Monnet, l'anti de Gaulle. Elle se bâtit par accumulation d'accords particuliers qui, petit à petit, ont créé une Union Européenne des réglements, des quotas laitiers, et de niveau maximum en décibels des tondeuses à gazon. J'ai regretté que le projet de constitution européenne entérine cette Europe des petits pas en lui donnant le caractère solennel et fondateur d'une Constitution. On a raté l'occasion de changer de dimension, de se dégager des contingences pratiques pour définir un vrai projet qui dise ce qu'est l'Europe, quelles sont ses valeurs et son projet. Au lieu de cela, on a voulu donné la force et le prestige d'une constitution à des accords techniques de circonstance.

    Et pourtant, j'ai voté Oui. Sans enthousiasme, mais en prenant conscience que cet accord résultait d'un compromis. La vision que j'exprime plus haut est très française, elle est loin d'être partagée par les autres pays, qui sont plutôt satisfaits de la construction actuelle à la Jean Monnet.  Cette vision française cherche à profiter du poids de l'Union Européenne au service d'un nouveau pôle de puissance qui viendrait équilibrer les super-puissances actuelles et futures. La Constitution de 2005 est une fausse constitution et un vrai traité. On pouvait donc la considérer comme une étape qui pourrait être dépassée, contrairement à une vraie Constitution dont l'objectif est d'établir des principes pour une très longue durée.

    Maintenant que l'on connait le résultat du référendum de 2005, que faire et que penser du Traité de Lisbonne, de sa soumission au vote du Parlement dont le résultat sera très certainement contraire ? A lire les quelques réactions actuelles, je suis une fois de plus frappé du caractère franco-français des analyses qui ne prennent tout simplement pas en compte la dimension évidemment européenne du Traité de Lisbonne.

    Mettons-nous à la place de nos partenaires qui ont voté Oui au Traité constitutionnel. Pour faire simple, on va dire l'Allemagne.

    Je suis l'Allemagne. Après le Non de la France au référendum, j'attends les élections présidentielles françaises, car je sais que Chirac n'a plus les moyens politiques de faire évoluer la situation. Pendant ces 2 ans d'attente, j'observe qu'aucun projet n'a vu le jour : aucun contre-traité, aucune contre-proposition, que l'on aurait pu discuter. J'observe aussi qu'aucun des candidats à l'élection présidentielle n'a présenté de propositions alternatives. Par conséquent, je suis dans une situation où je dispose d'un texte et de la légitimité de mon Oui à ce texte. Un Oui tout aussi légitime et respectable que le Non de la France : En 2007, 18 pays ont voté pour le Oui, représentant les 2/3 de la population européenne. Je n'ai donc qu'une seule base de travail, le Traité,  et un rapport de forces favorable au Oui. Par ailleurs, une Europe amputée de la France est gravement blessée et peut-être condamnée. Ce n'est pas mon intérêt ni celui de l'Europe. Négocions. Négocions avec la France. Négocions sur les seules bases existantes, à savoir ce traité, mon obligation de respecter le Oui de mes concitoyens à ce traité, et l'absence de propositions de la France.

    De mon point de vue d'Allemagne, il n'est donc pas question de modifier l'esprit et le fond d'un Traité, approuvé par les 2/3 des Européens, pour faire plaisir à une France qui n'a même pas présenté de projet alternatif. Je n'ai pas non plus de mandat pour modifier profondément un texte qui a été approuvé par un vote légitime de mon peuple ou de ses représentants. Je n'ai donc pas le droit de le faire, et le rapport de forces ne m'y incite pas. Un toilettage du texte suffira à sauver la face de chacun, en échange de l'assurance que la France votera ce "nouveau" texte ; c'est à dire en échange d'un vote au Parlement français. Ce qui fut fait à Lisbonne. Comme je suis magnanime, je laisse le nouveau petit coq français chanter une victoire qui n'est pas la sienne.

    La vérité est que la France n'a pas eu les moyens ni la volonté de construire un autre projet. Aucun des candidats à l'élection présidentielle n'a proposé quoi que que ce soit dans ce sens. Elle s'est mise dans une position où elle n'a eu qu'à se soumettre ou se démettre.

Revenons en France :

  1. Le candidat Sarkozy a clairement énoncé qu'il re-négocierait un Traité et le soumettrait au vote du Parlement. Il a été élu.
  2. Il a effectivement "re-négocié" le Traité suivant ces bases.
  3. Une majorité parlementaire a été également élue en approuvant cette proposition.
  4. Cela fait donc 2 votes au suffrage universel qui prennent en compte ces propositions clairement exposées.
  5. Le Parlement est légalement apte à ratifier ce Traité.
  6. Un vote par référendum est biaisé par des considérations extérieures à la question. Le référendum était aussi un référendum entre les anti-Chirac et les pro-Chirac ( Il y en avait ? ). Un nouveau référendum serait également un référendum pro ou anti-Sarkozy. Je ne retiens pas cet argument, car un vote parlementaire est également biaisé, dans le sens où les parlementaires sont tout autant influencés par leur dépendance vis à vis du pouvoir exécutif et de ses moyens de coercition, à travers les inverstitures et toute une gamme de moyens de pression. Le Parlement et ses quelques centaines de membres est plus facilement manipulable que le suffrage universel.

Face à cet état de fait, quelques arguments :

  1. La France a voté Non à 54,67% lors du référendum du 29 mai 2005.
  2. Le Président comme les parlementaires sont élus par le suffrage universel, qui a donc une légitimité supérieure au vote indirect des parlementaires, puisque ce vote populaire en est la source.
  3. On élit un candidat, comme une majorité, en tant que représentant d'un compromis acceptable, en tous cas le moins mauvais, de ce que l'on souhaiterait réellement. On n'élit pas pas un candidat, en bloc, avec toutes ses propositions. En ce sens, si Sarkozy a été élu, rien n'autorise à dire que sa proposition à propos du Traité Européen est également majoritaire. Je ne retiens pas non plus cet argument. La démocratie ne se limite pas au suffrage universel et elle s'exprime quotidiennement par les opinions et les manifestations d'opposition. Pour prendre un exemple historique, on se souvient que François Mitterand retirât son projet d'étatisation de l'école privée face à des manifestations vigoureuses des partisans de l'école privée. Il comprit qu'il blessait gravement les convictions de ce qui n'était qu'une minorité politique et électorale, mais que pour autant, il outrepassait le mandat pour lequel il avait été élu. L'actualité montre que la question des régimes spéciaux se heurte également à une opposition vigoureuse ( même si l'on peut contester les moyens ). Un compromis sera trouvé entre un programme annoncé et la défense d'intérêts légitimes, qui exprimera le rapport de forces entre ces deux expressions démocratiques. On ne constate rien d'équivalent à propos du Traité Européen.
  4. Un vote du Parlement, presque certainement positif, constitue en fait un déni démocratique face à un vote de type référendaire dont le résultat négatif est quasiment aussi certain

    On peut se prêter au jeu stérile de refaire l'histoire. Le candidat Sarkozy aurait pu ne rien dire et re-négocier quand même : Il aurait trahi ses électeurs.

    Il pourrait re-soumettre au référendum un traité non-modifié ( Il n'a aucun moyen d'imposer un nouveau texte ). Dans ce cas, il s'expose à coup sûr à un vote négatif. On ne met pas au référendum un texte dont on est presque certain qu'il sera refusé. Donc, il serait obligé de ne rien faire, ni référendum, ni autre expression légale. Il bloquerait délibérément l'Union Européenne. Faute de solutions, l'Europe ne pourrait que se geler ou se déliter dans un processus ou chacun reprend ses billes. Il n'est pas impossible aussi que l'Europe se disloque en blocs du Oui, du Non, d'intérêts divergents qui ne tarderaient pas se transformer en rivalités, pour ne pas dire pire. Qui peut prendre cette responsabilité ?

    Le candidat Sarkozy a donc proposé la seule issue politiquement raisonnable, dont on ne se cachera pas qu'elle constitue une violation du vote référendaire du 29 mai 2005. Il prend acte de l'inaction de la France. Une France qui n'a pas été capable de proposer une autre solution à travers des candidats représentant une force visible et représentative aux élections présidentielles. Une force visible en France et un petit peu convaincante au niveau de l'Europe. Rien de tout cela n'a vu le jour.

Il prend acte de la supériorité de fait de l'Union Européenne par rapport au vote référendaire du 29 mai.

    Voilà un fait scandaleux, mais qui n'est pas vraiment nouveau. Pour en revenir à François Mitterand, on se souvient comment il fit abolir la peine de mort face à une opinion majoritairement opposée ( et qui l'est peut-être encore ). Qui le lui reproche ?  La France est une et indivisible. Quel que soit un désir hypothétique des Corses ou des Bretons, un vote populaire pour leur retrait de la République serait considéré comme illégal.

    La France du Non est minoritaire en Europe. Elle peut toujours sortir de l'Europe, mais elle n'a aucun moyen de modifier le contenu d'un texte qui a été approuvé par une majorité d'autres pays. Elle ne peut pas imposer une volonté qui n'est même pas exprimée clairement, et qui ne se traduit pas par une représentation politique identifiée. Elle a juste un pouvoir de blocage.

    Il n'ya pas d'autres politiques possibles alors. Si, mais deux seulement : Sortir de l'Union Européenne, ou se donner le mal de définir, de proposer et de convaincre nos partenaires qu'un autre texte est possible. On ne voit aujourd'hui pas l'ombre du commencement de ce type d'action. Un action qui, néanmoins, reste ouverte et possible avec l'approbation du Traité de Lisbonne. Celui-ci ne constitue qu'une étape dans la construction européenne.

    Démocratie contre Union Européenne  ? Oui. Les partisans d'un nouveau référendum doivent aller au bout de leur logique qui est un blocage et sans doute une désagrégation de l'Europe. Les partisans du vote parlementaire doivent aller au bout de leur logique qui est un forçage de l'expression du référendum. Ce forçage ayant été largement, mais pas totalement, validé par 2 élections successives. Les rapports de force comme le respect de l'expression démocratique des autres pays ne laissent pas de place à d'autres alternatives pour l'instant. Je soutiens le vote parlementaire. Le débat est ouvert.

17/11/2007

Match de Foot - Le Pen 3 : France 0

 

Soiré télé hier soir avec le film sur René Bousquet joué par Daniel Prévost. Assez décevant de mon point de vue, mais une réplique m'a frappé. " La police allemande n'avait que 2400 hommes ". Je ne sais pas si ce chiffre est exact, mais il donne une idée de l'impuissance de la Gestapo à contrôler un pays de 40 millions d'habitants sans la collaboration plus qu'active d'hommes comme Bousquet.

Fin du film. Je zappe sur TF1. C'est la fin du match "amical" France-Maroc. Et ces sifflets. On n'entend que ça. Dès que la France touche le ballon, elle est sifflée. Je lis sur Yahoo que :

"Dans un Stade de France garni du rouge marocain et vibrant aux phases offensives des joueurs d'Henri Michel, la France ensuite  été régulièrement malmenée jusqu'au but de Nasri à la 76e minute."

On n'ose pas parler des sifflets évidemment. Que la communauté marocaine encourage son équipe de coeur est plutôt sympathique. Qu'elle siffle l'équipe de France à Saint-Denis n'est pas fait pour arranger les choses.

Pendant ce temps Le Pen tient son congrès du Front National pour se faire réélire à la soviétique pour la 18ème fois : En voilà un qui va se réjouir.

Bousquet et ces sifflets : ça fait beaucoup pour une triste soirée.

A la fin du match, les commentateurs : " C'était un beau match. J'espère que vous avez passé une bonne soirée ". Non

16/11/2007

Les labours de Novembre

20 ans déjà que ces matins brumeux de novembre ressemblent à tous les autres mois. 20 ans que je n'ai pas planté ma charrrue dans la terre fumante.

Il faut partir avant le lever du soleil pour commencer le labour à la nuit finissante. Si tout va bien la brouillard sera là aussi et quand il se lève et perce, ce soleil rasant est à peine voilé par le pare-brise sale, car c'est un tracteur. 

Maintenant que le jour se lève, il faut s'appliquer encore plus à tirer droit.

Une voiture pourrait ralentir..

Rentrer dans le sillon légèrement de l'extérieur pour compenser le mouvement inverse de la charrue quand tout l'attelage glissera dans le fond du sillon. Mordre un peu dans le labour lorsque l'on arrive sur la veine d'argile car la charrue tend à s'écarter dans l'effort de soulever une terre plus lourde. On ne s'ennuie jamais quand on laboure. Chaque coup est un défi où la perfection de la ligne droite et de la profondeur doit être maintenue d'un bout à l'autre. L'écart doit être rectifié, mais pas trop vite en coupant d'un seul coup le serpentement, car c'est la correction qui ne s'effacera plus. A peine a-t-on fini que d'autres erreurs apparaissent que l'on n'a pas vu naître en gommant doucement la précédente.

Il arrive que l'on réussisse une longue suite de coups bien droits. Je pense alors au Parthénon en incurvant les lignes pour parfaire l'illusion de la rectitude. Cet architecture à coups de charrue ne sera que pour moi. Inutile car il n'y a pas de gain de rendement que je puisse espérer de mon application. 

On doit croiser le sens des labours d'une année sur l'autre. Mais je laboure toujours en perpendiculaire de la route, que l'on puisse en jouir. Car une voiture pourrait ralentir, et même s'arrêter pour admirer la perfection du trait. Mais seules les mouettes suivent mon tracé, au festin des vers de terre que la charrue surprend.  

17:12 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (0)

12/11/2007

Show me the way to the next whisky bar

Well, show me the way
To the next whisky bar
Oh, don't ask why
Oh, don't ask why


For if we don't find
The next whisky bar
I tell you we must die
I tell you we must die
I tell you, I tell you
I tell you we must die


Oh, moon of Alabama
We now must say goodbye
We've lost our good old mama
And must have whisky, oh, you know why


Well, show me the way
To the next little girl
Oh, don't ask why
Oh, don't ask why


For if we don't find
The next little girl
I tell you we must die
I tell you we must die
I tell you, I tell you
I tell you we must die


Oh, moon of Alabama...

 

 

Alabama Song, la chanson de Kurt Weill et Bertold Brecht reprise par les Doors en 1967 avait déjà 40 ans. Elle paraît avoir été écrite pour les Fitzgerald. Zelda naquit à Montgomery en Alabama. On retrouve cette chanson de nouveau 40 ans plus tard sous la forme du roman de Gilles Leroy ( Prix Goncourt ) qui en porte le titre. Et c'est la même histoire de whisky et de petites filles. J'ai été attiré par ce livre grâce à la chronique de François Busnel dans l'Express :

"Souvenez-vous, la rumeur a couru tout l'été: Sarkozy raflera le prix Goncourt. Eh bien, c'est fait! Mais pas vraiment comme on s'y attendait. Certes, les jurés Goncourt ont eu la bonne idée de contrer dès sa parution l'exercice de courtisanerie littéraire de Yasmina Reza, L'Aube le soir ou la nuit (Flammarion), récit d'une année passée à côtoyer le futur président. Exit Sarkozy? Non. Car en couronnant Alabama Song (Mercure de France), de Gilles Leroy (dont L'Express a dit tout le bien que l'on pouvait en penser dans cette chronique le 11 octobre dernier), ils consacrent les valeurs mêmes du sarkozysme triomphant: en effet, Fitzgerald (héros de ce Goncourt 2007) est bel et bien la figure qui obsède notre président, des fastes mondains qu'il orchestra aux ruptures sentimentales qu'il vécut. "

Sarkozy en Fitzgerald, c'est un peu fort. Voilà qui m'intriguait et m'a fait découvrir le livre de Gilles Leroy. Merci à François Busnel. Pour le reste, c'est à se demander si on a lu le même livre. Parce que la fête, les dollars et le bling-bling n'y sont évoqués qu'avec l'amertune d'une vaincue. C'est de Zelda dont il s'agit dans ces souvenirs imaginaires de la rencontre, la vie et la mort des Fitzgerald. En voici quelques brillants, qui ne sont pas en toc, assurément. Et c'est le style qui fait l'oeuvre :

 "L'uniforme de chez Brooks était d'une propreté irréprochable, la pliure du pantalon laissait imaginer bien du talent. On nous payait des fortunes pour des publicités où tout notre effort consistait à arriver à l'heure, dessoülés, souriants et propres. C'est nous qui avons inventé la célébrité et surtout son commerce.

Les roues côté abîme semblaient perdre contact avec le bitume - mais moi, quelle adhérence avais-je encore avec ce monde ? Et pour ceux qui ont perdu l'amour, le spectacle des amants est une torture qu'ils nient en crachant dessus ou en s'en moquant. Vous n'êtes pas mariée ma jeune dame. Vous avez signé un contrat publicitaire.

Puis ce gros lard est entré dans notre vie. L'amateur de corridas et de sensations fortes. Zelda, voici Lewis. Lewis O'Connor ( Mais pourquoi ne s'appellet-il pas Hemingway ? ) L'écrivaillon aime saisir les couilles du taureau... Ca doit l'impressionner, ou l''exciter, lui qui n'en a pas. A moins qu'il ne préfère les couilles du torero, qui sont tout de même celles que l'on voit le mieux, ensachés dans la culotte moulante, or et rose.

Je suis enfermée derrière deux capitons : celui des murs de l'asile, et celui de ma graisse.

L'homme délicat, si tatillon naguère et doué d'un odorat soupçonneux, s'accomode aujourd'hui des bras de n'importe quelle grognasse à l'encolure cerné de gris. Les hommes : d'eux mêmes, ils disent qu'ils sont "tourmentés", et c'est si élégant, si romantique, le signe de leur distinction supérieure. De nous, à peine nous déraillons, ils disent que nous sommes hystériques, schizophréniques - bonnes à enfermer, c'est sûr.

La seule hygiène de vie qui vaille, c'est l'excès, l'extrême. C'est se consumer avec panache en donnant tout de soi."

Les Fitzgerald furent les premières rock stars, et comme Jim Morrison et bien d'autres, ils tombèrent dans le panneau qu'ils avaient eux-mêmes tendu. Vivre à l'excès est le cliché le plus répandu chez des artistes. Un cliché qui se prolonge jusqu'à aujourd'hui, dans le désir de "choquer le bourgeois", un bourgeois qui lit les caprices de Britney Spears dans Closer chez son coiffeur. C'est que la vie artistique se doit d'être en rupture avec le ronron des gens ordinaires. Une tradition qui n'est pas si ancienne et que l'on peut dater des Scènes de la Vie de Bohème dont Puccini tirera son opéra. La préface de ce livre vaut une lecture, en donnant toutes les clés d'une attitude encore contemporaine :

"Beaucoup de jeunes gens ont pris au sérieux les déclamations faites à propos des artistes et des poëtes malheureux. Les noms de Gilbert, de Malfilâtre, de Chatterton, de Moreau, ont été trop souvent, trop imprudemment, et surtout trop inutilement jetés en l’air. On a fait de la tombe de ces infortunés une chaire du haut de laquelle on prêchait le martyre de l’art et de la poésie.

Adieu, trop inféconde terre,
Fléaux humains, soleil glacé !
Comme un fantôme solitaire,
Inaperçu j’aurai passé.

Ce chant désespéré de Victor Escousse, asphyxié par l’orgueil que lui avait inoculé un triomphe factice, est devenu un certain temps la Marseillaise des volontaires de l’art, qui allaient s’inscrire au martyrologe de la médiocrité.

Car toutes ces funèbres apothéoses, ce Requiem louangeur, ayant tout l’attrait de l’abîme pour les esprits faibles et les vanités ambitieuses, beaucoup, subissant cette fatale attraction, ont pensé que la fatalité était la moitié du génie ; beaucoup ont rêvé ce lit d’hôpital où mourut Gilbert, espérant qu’ils y deviendraient poëtes comme il le devint un quart d’heure avant de mourir, et croyant que c’était là une étape obligée pour arriver à la gloire."

On ne sait plus qui sont ces Gilbert, Malfiâtre et Victor Escousse. Mais on sait bien comment la défonce reste un ingrédient obligatoire pour tous ceux qui rêvent de célébrité. On y voit une espèce de passage obligé, de l'incompréhension de l'artiste incompris avant une gloire reconnue. L'audace, la nouveauté, la créativité doivent elles être d'abord incomprises ?  Oui car c'est souvent le signe de l'originalité. Oui, mais pas trop longtemps, car alors il ne reste plus que l'épate stérile.

On reconnait une oeuvre quand nous lisons cette phrase où tous les mots sont à leur place, des phrases qui s'enchaînent sans couture pour exprimer une idée ou développer une intrigue. Et nous voyons ce tableau qui révèle ce que nous n'aurions jamais vu sans lui. La musique ne ressemble à rien de la nature, et fait pourtant résonner tout un jeu d'émotions et de sensations. Toute oeuvre d'art frôle une certaine perfection qui paraît donnée. Elle doit pour cela cacher tous ses essais, ses gommages et ses ratés. L'échafaudage doit être démonté. Un échafaudage que nous ne voyons pas mais que nous sommes bien incapables de reconstituer quand nous essayons à notre tour de créer une oeuvre. Si d'aventure nous y parvenions, nous serions encore les seuls à ne pas en jouir. Nous verrions toujours  l'effort d'une création imparfaite là où le public ignorant de nos coups de pinceaux voit le tableau fini. Le magicien concentré sur la réussite de son truc est le seul à ne pas voir la table flotter dans l'air. Il s'inquiète de la solidité de ses ficelles. Dieu s'ennuie qui ne peut s'émerveiller de rien.

Notre échec à produire de telles oeuvres paraît lié à la platitude du quotidien. Si nous sommes impuissants c'est de rester dans la norme et le réglement, pour ne pas dire l'embrigadement de tous les sens.  Sortir de son quotidien est très facile : le whisky, la drogue et le sexe en sont des moyens très surs. Il semblerait alors que ces deux mondes communiquent et vivent en symbiose. Pas de création sans déréglements qui sont eux-mêmes source de l'oeuvre. On ne s'étonnera pas que cette image soit née en même temps qu'un romantisme tardif, qui célèbre l'artiste inspiré des dieux, rompant avec tous les carcans du classicisme et ne se fie qu'à son propre génie. Il vole sans effort de ses ailes de géant, plane au dessus du médiocre de nos vies condammnées à la chaîne de la production économique. C'est à ce moment là que s'est imposée l'image de l'artiste qui n'a pas d'horaires, pas de patrons et n'a de comptes à rendre à personne.

Fitzgerald fut une star qui finît mal. Un cliché qui perdure aujourd'hui dans le domaine musical principalement. C'est que de tous les arts, la musique est le plus immédiat. La littérature comme la peinture ne sont pas accessibles dans l'instant. Pour les goûter pleinement, il faut passer par une phase de déchiffrement qui s'apparente à la reconstruction de l'échafaudage qui a permis la construction de l'oeuvre. Celui-ci ne peut pas être entièrement caché. Nous avons des pensées et nous voyons le monde. Leurs représentations artistiques ne nous sont pas totalement incompréhensibles. Il n'y a pas de musique dans la nature. Pourtant et à cause de ça, une musique nous parvient instantanément sans aucune médiation ni explication. La musique est un art proprement extra-terrestre où il n'y a rien à comprendre et tout à jouir. Une musique contemporaine intellectualisée et construite n'attire d'ailleurs que certains érudits capables de déchiffrer ces hiéroglyphes sonores. Il n'est pas étonnant que les musiciens populaires aient conservé leur statut d'idoles.

L'idole et son "grand style" est censé dépasser le lot commun par une vie libérée de toutes nos contraintes. "Sex and drugs and rock'n roll". On a oublié money, qui est le plus important, car c'est bien sûr cet hommage à la vie la plus bourgeoise qui constitue le fond d'une telle attitude. Le roman de Gilles Leroy raconte cette épopée truquée dès le départ, de la célébrité et de son commerce. Car tout se vole ici : "Tu sais, Bébé, on la vendra bien mieux ta nouvelle, si mon nom apparaît. Le patron du magazine y tient. Il offre une rallonge de cinq cents dollars si je signe avec toi". C'est Scott Fitzgerald qui pompe les oeuvres de Zelda. Et lui même se fera sucer ( dans tous les sens du terme ) par ce Lewis O'Connor alias Ernest Hemingway. Tout ça finira par l'écriture à la chaîne de scénarios hollywoodiens qui ne seront jamais tournés. 

Zelda vivait et voyait l'envers du décor. Mais elle n'a jamais été considéré par son mari comme une véritable artiste. L'aurait-elle été qu'il ne lui aurait pas laissé sa chance. Traitée comme une groupie elle avait juste le droit d'aller picoler backstage. On ne peut pas s'empêcher de penser au destin parallèle et plus proche de nous de Marianne Faithful qui fut la petite amie de Mick Jagger pendant quelques années. Le temps de plonger dans l'héroïne et de se faire dépecer. Il a fallu qu'elle menace les Stones d'un procès pour que les droits de "Sister Morphine" lui soit reversés. Une sister morphine qui lui finançait son héroïne lors des années d'addiction. C'est bien plus tard que son nom fut enfin crédité sur les enregistrements des Stones. 

Que reste-t-il de Fitzgerald alors au delà du bling-bling ? Qui croirait que Cioran eut pu s'intéresser à lui ? Ce n'est ni Gatsby, ni Tendre est la nuit qui l'intéresse. Ce n'est pas le succès, mais la cassure,  Crack Up : une série d'articles autobiographiques où Fitzgerald décrit sa faillite. Un texte qui semble démontrer que Fitzgerald n'était pas dupe de la comédie du succès et de la déchéance si communément jouée aujourd'hui. Gilles Leroy a écrit le Crack Up de Zelda.

Nous voilà bien loin de Sarkozy qui n'apparaît ne savoir que se vautrer dans le succès. Mais qui sait vraiment ? 

09/11/2007

Non à la réforme

Bloqués hier soir en arrivant à la Gare du Nord, les voyageurs ne sont plus en voiture "silence". On dégaine les portables pour prévenir la famille d'un blocage dont on ne peut pas encore prédire l'issue. Mais la SNCF fait des progrès de communication. Elle annonce clairement qu'une manifestation d'étudiants bloque la voie pour une durée indéterminée.

Les étudiants se veulent solidaires de la fonction publique. Une solidarité qui n'a pas l'air partagé dans ce TGV ni par cette voiture de moins en moins "silence" et de plus en plus débridée. Chacun rappelle sa famille : Connard de Julliard. Oui ils en parlent aux infos. Font chier ces étudiants.. 

On nous annonce maintenant 1 heure de retard et donc de blocage. Nous sommes à 100m de la gare, mais les portes sont verrouillées. Impossible de sortir. Quand enfin nous pouvons arriver à quai, c'est pour rester coincé dans l'embouteillage de queue de manifestation.

C'est donc reparti avec l'UNEF et son patron Bruno Julliard. Ce jeune homme était déjà vieux en 1980. Il appelle ses maigres troupes à rejoindre les mouvements de grève qui s'amorcent. Ca fait partie de leur formation. Ils s'entraînent à la lutte pour conserver des avantages acquis qu'ils n'ont pas encore, et défendre une pré-retraite à laquelle ils rêvent déjà. N'étant pas fluidifiés par les enveloppes de l'UIMM, ils ont peu de moyens. Ils n'ont donc qu'une seule bannière, une seule pancarte et un seul slogan que l'on se transmet depuis 30 ans, au nom des éclatants succès de notre Université.

Non à la réforme. Quelle réforme ? Peu importe. Non à la réforme !

07/11/2007

La longue traîne de l'édition

Je suis bloggeur donc j'écris, et si j'écris j'aurais un jour ou l'autre, envie d'aller plus loin, jusqu'au livre. Ou peut-être, je ne suis pas bloggeur mais je rêve quand même d'écrire un chef d'oeuvre. Mais voilà, je n'ai peut-être pas ce talent et à coup sûr pas de piston. Pourquoi se lancer dans ce travail d'écriture alors que j'ai 0% de chances d'en voir une réalisation matérielle. C'est que la fabrication d'un livre est une industrie où il faut faire avec les coûts d'édition, de fabrication, de distribution, de publicité et même de destruction des invendus.

Alors les éditeurs trient, c'est bien normal, en prenant en compte des facteurs économiques. Ils ne trient pas beaucoup d'ailleurs : 727 romans pour la dernière rentrée littéraire : c'est beaucoup trop. Sait-on qu'un kioskier peut avoir jusqu'à 2000 titres de journaux en vente. Il ignore lui-même ce qu'il vend : c'est ridicule.

Des amis ont racheté une librairie-papeterie-point de presse à Cluny. La réception, déballage, étalage puis retour des invendus est une charge considérable.

Tout ça ne marche pas bien, est à bout de souffle.

Un éditeur est surtout un conseiller littéraire. C'est le coeur de son métier, mais qui doit composer avec les contraintes économiques. Sur Internet il n'y a plus de barrières économiques.  Vous avez écrit un livre, mais comme tout écrivain, vous avez besoin de conseils, d'encouragements, de corrections et de critiques : Il faudrait supprimer ce paragraphe - au contraire développer ce chapitre - ce personnage n'a pas de consistance - ..

Vous avez écrit un livre, et c'est vous, non plus l'éditeur, qui allez le publier. Sur Internet bien sûr. Vous avez écrit un livre, et peut-être êtes vous prêt à payer 1000 Euros pour une fiche de lecture comprenant quelques conseils écrits. Peut-être êtes vous prêt à payer plus pour une aide personnalisée. L'éditeur redevient un conseiller littéraire dégagé des questions de fabrication. Il peut alors vendre un service de quelques milliers d'Euros multipliés par le très grand nombre des auteurs amateurs. Elle est pas belle ma longue traîne ?

9ccc331a25f81bffabdee5b87704d558.jpg

 

Bloggeur ou pas bloggeur, j'ai toujours la volonté d'écrire mon livre. Je mets mon-chef-d'oeuvre.pdf sur mon site. Il sera chargé 80 fois et peut-être lu 3 fois. Peu importe, j'aurais été au bout de mon talent, aurais appris beaucoup lors de ce travail et laissé une oeuvre. Quand à mon éditeur, il a pu créer des emplois de conseiller littéraire et il est revenu à son métier d'origine. Au milieu de toutes ces oeuvres, comme avant, mais mieux qu'avant, quelques unes auront encore les honneurs de l'édition papier.

16:05 Publié dans Web | Lien permanent | Commentaires (2)

05/11/2007

La mondialisation de Facebook ( et de Google )

 

Facebook a tout d'un projet Open Source

Reprenant, de manière plus sérieuse, cette définition du graphe social d'après Mark Zuckerberg :

“C’est l’ensemble des relations de toutes les personnes dans le monde. Il y en a un seul et il comprend tout le monde. Personne ne le possède. Ce que nous essayons de faire c’est de le modeler modéliser, de représenter exactement le monde réel en en dressant la carte (to mirror the real world by mapping it out).”

Et si l'on considérait Facebook en tant que réseau social, sous l'angle du développement, dans le sens de développer une application, écrire du code. On parle ici de la comparaison avec des projets "Open Source" basés sur la contribution de volontaires à la création, l'amélioration et l'ajout de fonctionnalités à un programme ou un ensemble de programmes. Et si j'ai bien compris, Facebook doit son succès à la multitude d'applications qui peuvent être construites au-dessus de son API. Et si j'ai bien compris aussi, la nouveauté de Facebook était d'insuffler de la vie là où les autres ( LinkedIn, Viadeo, ..) se contentent de cartographier un ensemble de relations statiques.

Vous avez compris : d'un point de vue développeur, les LinkedIn, Viadeo et consorts sont juste des plates-formes déclaratives, tandis que Facebook vous offre la possibilité d'écrire votre propre code à travers ses API. La déclaration de Zuckerberg est assez surprenante de ce point de vue, car sa description du graphe social est une description purement statique qui, justement, peut s'appliquer aux réseaux sociaux "traditionnels", alors que l'originalité de Facebook est d'offrir une plate-forme dynamique. Il ne s'agit pas uniquement de répertorier ses amis ou relations, mais à tout instant de faire vivre ce réseau en y intégrant ses activités : un nouveau billet sur son blog, des photos sur Flickr que je viens de déposer, etc..

Si l'on considère Facebook comme une application, c'est une application en perpétuel mouvement, comme la vie, écrite par des millions de développeurs, et en langage naturel, qui plus est. On n'est pas loin d'avoir modélisé une partie du monde réel ( soyons moins mégalo que Mark Zuckerberg ) dans une application informatique écrite en langage naturel. On n'est pas loin du Graal de l'informatique.

Sauf qu'il y a un MAIS

De manière comparable à n'importe quel projet Open Source, les contributeurs sont guidés par une double motivation

  • Se rendre visible en démontrant ses capacités de tous ordres : sociales,  professionnelles, artistiques, ..
  • En tirer bénéfice sur le plan professionnel

Là où ça se gâte, c'est quand on lit les conditions d'utilisation ( traduites par Jean-Marie le Ray )  :

"En transférant votre Contenu utilisateur où que ce soit sur le site, automatiquement vous accordez, déclarez et garantissez que vous avez le droit d'accorder à la Société ( the company ) une licence - irrévocable, perpétuelle, non exclusive, transférable, libre de droits, mondiale (assortie du droit de sous-licencier) - d'utiliser, de copier, d'exécuter et d'afficher publiquement, de reformater, de traduire, d'extraire (en tout ou en partie) et de distribuer ce Contenu utilisateur à quelque fin que ce soit, en relation avec le site ou avec sa promotion, ainsi que de mettre au point des produits dérivés et d'incorporer tel Contenu dans d'autres produits, de même que vous accordez et autorisez l'exploitation de sous-licences sur lesdits produits. À tout moment, vous pouvez retirer votre Contenu utilisateur du site. Si vous choisissez de le faire, la licence accordée ci-dessus s'éteindra automatiquement, même si vous reconnaissez que la Société peut archiver et conserver des copies de votre Contenu utilisateur."

Utiliser, copier, modifier, redistribuer : tout ça rappelle furieusement le mode de fonctionnement de type GPL. J'ai le droit d'utiliser le logiciel. En échange de quoi, mes modifications sont mises à disposition de la communauté. Sauf que ce n'est pas de la communauté dont parle Facebook dans ses conditions d'utilisation, mais bien de la société, ( the company ) c'est-à-dire de l'entité capitalistique qu'elle incarne. Il s'agit là d'un détournement caractérisé de l'esprit de l'Open Source. Les contributions volontaires sont mises, tout aussi volontairement que dans le modèle "Open Source", à la disposition d'une structure capitalistique en tout point comparable à l'ogre Microsoft. Mais Facebook, comme Google a compris qu'il était vain de chercher à reproduire un modèle périmé de logiciel sous licence, développé par des équipes internes. La dimension mondiale, dynamique et en perpétuel mouvement de ces logiciels impose de recourir à la participation de tous les contributeurs. Le logiciel "fait maison", à la Microsoft, ne peut plus lutter contre la contribution sans cesse renouvelée des développeurs de projet de type "Open Source". Ce n'est même plus un modèle économique, ni la volonté de tirer partie d'une force gratuite, volontaire, potentiellement infinie qui fait la supériorité du modèle. C'est que ce logiciel est représentatif d'une portion du monde réel en perpétuel construction, qu'une entreprise - de quelque puissance qu'elle puisse être - est structurellement incapable de modéliser.

Pour la mondialisation de Facebook ( et de Google )

Facebook, comme Google d'ailleurs, s'arroge le droit de monopoliser les droits d'utilisation commerciale de toutes ces contributions. Car c'est nous qui fournissons l'information. Facebook comme Google ne fournissent que des plates-formes qui permettent de les exploiter ( pas grand chose, finalement ). C'est déjà pas mal, mais surement pas suffisant pour se donner le droit de capturer toute cette propriété intellectuelle et sociale au profit de quelques Km² de la Silicon Valley. Je ne sais pas si l'on a déjà vu un tel accaparement de la contribution de millions d'individus au profit de si peu . Autant le dire, je ne suis pas de ceux qui admirent cet exploit capitalistique. Et si je me réjouis de l'inventivité de ces entreprises, je m'effraie de la société de surveillance qui est en train de se mettre en place devant nos yeux admiratifs dans le pays du "Patriot Act". Les services rendus ont tout des caractéristiques d'un service public à la française au niveau mondial. Je sais bien que cette notion de service public a été tellement détournée au profit d'intérêts catégoriels qu'elle a peu de chance de séduire dans sa version française. Je sais bien que les intérêts financiers et surtout politiques sont tellement énormes que cette notion de Software As A Service PUBLIC n'est pas prête de s'imposer. Et puis, de toutes façons, on ne va pas reproduire les tentatives pathétiques et vouées à l'échec comme le Géoportail. Il s'agit plutôt de réfléchir à une nationalisation mondialisation de ces services. Dans le même esprit que ce qui a été fait à la Libération, il s'agirait de rendre à la communauté mondiale ce qui lui appartient de fait. Pas de pub, mais des services financés par la communauté au profit de tous. Qui aurait parié sur l'avenir des projets "Open Source" face à la logique capitalistique des entreprises de type Microsoft. Et pourtant le modèle a démontré sa capacité d'innovation et de résistance. Nous sommes aujourd'hui dans la même situation. Les alternatives sont comparables, à l'échelle mondiale. Et le combat dépasse de beaucoup la simple évolution de logiciels informatiques. Il s'agit de toute la connaissance du monde, de la carte dynamique des relations sociales et d'autres services que nous n'imaginons pas encore.

Dans cette bataille des réseaux sociaux, Google vient de répliquer avec son initiative " Open Social". On comprendra que je ne m'intéresse pas du tout à ce combat de prédateurs. En revanche, via Olivier Ertzscheid, je trouve cette idée :

"if Google proposes an OpenSocial API, it will get adopted in seconds, if some unknown entity propose the very same API, nobody will notice it. What is happening is that Google is quickly becoming the globally recognized entity in charge or defining the evolution of the Web: Google is quickly taking the role of W3C that, according to Wikipedia, is “the main international standards organization for the World Wide Web (abbreviated WWW or W3).”

Il faut aller plus loin. Que ce rôle, de facto, de normalisation de Google comme de Facebook, soit reconnu et que donc, ces entreprise deviennent la propriété de tous et non pas de quelques individus de la Silicon Valley. Jamais autant de vrai pouvoir n'a été concentré aux mains de si peu de persoonnes vivant en consanguinité sur une portion de territoire aussi exigüe. Quel que soit leur talent, il est grand, ces entreprises sont guidées par une culture et un environnement beaucoup trop fermée pour être capable de servir les aspirations d'une population beaucoup plus multiforme. Cette situation n'est donc  pas tenable à moyen terme. Faute de nouveau vocabulaire, on est bien obligé d'employer l'ancien. Et qu'on se rassure si nécessaire, je n'oublie rien des méfaits des diverses expériences collectivistes. La véritable mondialisation devra pourtant passer par l'appropriation collective des ces moyens d'information, au niveau mondial. Je ne sais pas si le W3C, ou l'ONU ou l'UNESCO est la bonne structure pour cela. Il est probable qu'il faudra inventer un modèle nouveau qui ne stérilise pas toute la souplesse et l'inventivité dont font preuve les structures capitalistiques. Ce combat est de même nature que celui qui a été mené par Richard Stallman en son temps, avec le succès que l'on sait. Il est tout aussi utopique, tout aussi nécessaire et tout aussi réalisable.