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05/11/2007

La mondialisation de Facebook ( et de Google )

 

Facebook a tout d'un projet Open Source

Reprenant, de manière plus sérieuse, cette définition du graphe social d'après Mark Zuckerberg :

“C’est l’ensemble des relations de toutes les personnes dans le monde. Il y en a un seul et il comprend tout le monde. Personne ne le possède. Ce que nous essayons de faire c’est de le modeler modéliser, de représenter exactement le monde réel en en dressant la carte (to mirror the real world by mapping it out).”

Et si l'on considérait Facebook en tant que réseau social, sous l'angle du développement, dans le sens de développer une application, écrire du code. On parle ici de la comparaison avec des projets "Open Source" basés sur la contribution de volontaires à la création, l'amélioration et l'ajout de fonctionnalités à un programme ou un ensemble de programmes. Et si j'ai bien compris, Facebook doit son succès à la multitude d'applications qui peuvent être construites au-dessus de son API. Et si j'ai bien compris aussi, la nouveauté de Facebook était d'insuffler de la vie là où les autres ( LinkedIn, Viadeo, ..) se contentent de cartographier un ensemble de relations statiques.

Vous avez compris : d'un point de vue développeur, les LinkedIn, Viadeo et consorts sont juste des plates-formes déclaratives, tandis que Facebook vous offre la possibilité d'écrire votre propre code à travers ses API. La déclaration de Zuckerberg est assez surprenante de ce point de vue, car sa description du graphe social est une description purement statique qui, justement, peut s'appliquer aux réseaux sociaux "traditionnels", alors que l'originalité de Facebook est d'offrir une plate-forme dynamique. Il ne s'agit pas uniquement de répertorier ses amis ou relations, mais à tout instant de faire vivre ce réseau en y intégrant ses activités : un nouveau billet sur son blog, des photos sur Flickr que je viens de déposer, etc..

Si l'on considère Facebook comme une application, c'est une application en perpétuel mouvement, comme la vie, écrite par des millions de développeurs, et en langage naturel, qui plus est. On n'est pas loin d'avoir modélisé une partie du monde réel ( soyons moins mégalo que Mark Zuckerberg ) dans une application informatique écrite en langage naturel. On n'est pas loin du Graal de l'informatique.

Sauf qu'il y a un MAIS

De manière comparable à n'importe quel projet Open Source, les contributeurs sont guidés par une double motivation

  • Se rendre visible en démontrant ses capacités de tous ordres : sociales,  professionnelles, artistiques, ..
  • En tirer bénéfice sur le plan professionnel

Là où ça se gâte, c'est quand on lit les conditions d'utilisation ( traduites par Jean-Marie le Ray )  :

"En transférant votre Contenu utilisateur où que ce soit sur le site, automatiquement vous accordez, déclarez et garantissez que vous avez le droit d'accorder à la Société ( the company ) une licence - irrévocable, perpétuelle, non exclusive, transférable, libre de droits, mondiale (assortie du droit de sous-licencier) - d'utiliser, de copier, d'exécuter et d'afficher publiquement, de reformater, de traduire, d'extraire (en tout ou en partie) et de distribuer ce Contenu utilisateur à quelque fin que ce soit, en relation avec le site ou avec sa promotion, ainsi que de mettre au point des produits dérivés et d'incorporer tel Contenu dans d'autres produits, de même que vous accordez et autorisez l'exploitation de sous-licences sur lesdits produits. À tout moment, vous pouvez retirer votre Contenu utilisateur du site. Si vous choisissez de le faire, la licence accordée ci-dessus s'éteindra automatiquement, même si vous reconnaissez que la Société peut archiver et conserver des copies de votre Contenu utilisateur."

Utiliser, copier, modifier, redistribuer : tout ça rappelle furieusement le mode de fonctionnement de type GPL. J'ai le droit d'utiliser le logiciel. En échange de quoi, mes modifications sont mises à disposition de la communauté. Sauf que ce n'est pas de la communauté dont parle Facebook dans ses conditions d'utilisation, mais bien de la société, ( the company ) c'est-à-dire de l'entité capitalistique qu'elle incarne. Il s'agit là d'un détournement caractérisé de l'esprit de l'Open Source. Les contributions volontaires sont mises, tout aussi volontairement que dans le modèle "Open Source", à la disposition d'une structure capitalistique en tout point comparable à l'ogre Microsoft. Mais Facebook, comme Google a compris qu'il était vain de chercher à reproduire un modèle périmé de logiciel sous licence, développé par des équipes internes. La dimension mondiale, dynamique et en perpétuel mouvement de ces logiciels impose de recourir à la participation de tous les contributeurs. Le logiciel "fait maison", à la Microsoft, ne peut plus lutter contre la contribution sans cesse renouvelée des développeurs de projet de type "Open Source". Ce n'est même plus un modèle économique, ni la volonté de tirer partie d'une force gratuite, volontaire, potentiellement infinie qui fait la supériorité du modèle. C'est que ce logiciel est représentatif d'une portion du monde réel en perpétuel construction, qu'une entreprise - de quelque puissance qu'elle puisse être - est structurellement incapable de modéliser.

Pour la mondialisation de Facebook ( et de Google )

Facebook, comme Google d'ailleurs, s'arroge le droit de monopoliser les droits d'utilisation commerciale de toutes ces contributions. Car c'est nous qui fournissons l'information. Facebook comme Google ne fournissent que des plates-formes qui permettent de les exploiter ( pas grand chose, finalement ). C'est déjà pas mal, mais surement pas suffisant pour se donner le droit de capturer toute cette propriété intellectuelle et sociale au profit de quelques Km² de la Silicon Valley. Je ne sais pas si l'on a déjà vu un tel accaparement de la contribution de millions d'individus au profit de si peu . Autant le dire, je ne suis pas de ceux qui admirent cet exploit capitalistique. Et si je me réjouis de l'inventivité de ces entreprises, je m'effraie de la société de surveillance qui est en train de se mettre en place devant nos yeux admiratifs dans le pays du "Patriot Act". Les services rendus ont tout des caractéristiques d'un service public à la française au niveau mondial. Je sais bien que cette notion de service public a été tellement détournée au profit d'intérêts catégoriels qu'elle a peu de chance de séduire dans sa version française. Je sais bien que les intérêts financiers et surtout politiques sont tellement énormes que cette notion de Software As A Service PUBLIC n'est pas prête de s'imposer. Et puis, de toutes façons, on ne va pas reproduire les tentatives pathétiques et vouées à l'échec comme le Géoportail. Il s'agit plutôt de réfléchir à une nationalisation mondialisation de ces services. Dans le même esprit que ce qui a été fait à la Libération, il s'agirait de rendre à la communauté mondiale ce qui lui appartient de fait. Pas de pub, mais des services financés par la communauté au profit de tous. Qui aurait parié sur l'avenir des projets "Open Source" face à la logique capitalistique des entreprises de type Microsoft. Et pourtant le modèle a démontré sa capacité d'innovation et de résistance. Nous sommes aujourd'hui dans la même situation. Les alternatives sont comparables, à l'échelle mondiale. Et le combat dépasse de beaucoup la simple évolution de logiciels informatiques. Il s'agit de toute la connaissance du monde, de la carte dynamique des relations sociales et d'autres services que nous n'imaginons pas encore.

Dans cette bataille des réseaux sociaux, Google vient de répliquer avec son initiative " Open Social". On comprendra que je ne m'intéresse pas du tout à ce combat de prédateurs. En revanche, via Olivier Ertzscheid, je trouve cette idée :

"if Google proposes an OpenSocial API, it will get adopted in seconds, if some unknown entity propose the very same API, nobody will notice it. What is happening is that Google is quickly becoming the globally recognized entity in charge or defining the evolution of the Web: Google is quickly taking the role of W3C that, according to Wikipedia, is “the main international standards organization for the World Wide Web (abbreviated WWW or W3).”

Il faut aller plus loin. Que ce rôle, de facto, de normalisation de Google comme de Facebook, soit reconnu et que donc, ces entreprise deviennent la propriété de tous et non pas de quelques individus de la Silicon Valley. Jamais autant de vrai pouvoir n'a été concentré aux mains de si peu de persoonnes vivant en consanguinité sur une portion de territoire aussi exigüe. Quel que soit leur talent, il est grand, ces entreprises sont guidées par une culture et un environnement beaucoup trop fermée pour être capable de servir les aspirations d'une population beaucoup plus multiforme. Cette situation n'est donc  pas tenable à moyen terme. Faute de nouveau vocabulaire, on est bien obligé d'employer l'ancien. Et qu'on se rassure si nécessaire, je n'oublie rien des méfaits des diverses expériences collectivistes. La véritable mondialisation devra pourtant passer par l'appropriation collective des ces moyens d'information, au niveau mondial. Je ne sais pas si le W3C, ou l'ONU ou l'UNESCO est la bonne structure pour cela. Il est probable qu'il faudra inventer un modèle nouveau qui ne stérilise pas toute la souplesse et l'inventivité dont font preuve les structures capitalistiques. Ce combat est de même nature que celui qui a été mené par Richard Stallman en son temps, avec le succès que l'on sait. Il est tout aussi utopique, tout aussi nécessaire et tout aussi réalisable.

Commentaires

René,

Pensée intéressante ... sauf qu'il y a un MAIS. Il y en a même plusieurs : autant que les dollars que gagnent ces entreprises, et elles en gagnent énormément. Donc au final ça fait beaucoup de mais, entre votre idée (que donc, ces entreprise deviennent la propriété de tous...) et la réalité. Car si les US sont le pays du grand rêve américain, c'est surtout celui d'un double dicton : business is business, and time is money :-)
Jean-Marie

Écrit par : Jean-Marie Le Ray | 05/11/2007

Je rêve un peu, vous l'avez compris. A vrai dire, je n'attends rien du côté des US qui ont tout à y perdre, et je connais bien les entreprises américaines pour y travailler. Elles font leur boulot dans le contexte qui est le leur, mais qui va s'éloigner de plus en plus d'une demande de plus en plus diversifiée. Autrement dit, ce modèle californien ne peut pas, par définition, répondre à des demandes planétaires.
Je me souviens aussi la rébellion des utilisateurs de Digg http://pisani.blog.lemonde.fr/2007/05/14/la-rebellion-digg-les-faits/ ou comme quoi les utilisateurs, nous, ont beaucoup plus de pouvoir que ce qu'ils imaginent.
Rien n'est définitivement écrit ; surtout dans ce domaine.

Écrit par : René | 06/11/2007

ah oui, internet c'est parti comme une network decentralize' mais aujour'hui elle est en train de devenir de plus en plus centralize'.
Lei (read?!?) Fact: the entire Internet could be served from Google machines http://www.gnuband.org/2007/06/26/fact_the_entire_internet_could_be_served_from_google_machines/

Bonsoir! ;)

Écrit par : paolo | 06/11/2007

le grand MAIS imposé par facebook reste son traitement des informations personnelles qui une fois ds leur serveur n'ont plus de personnelles que le nom........

Écrit par : pierre | 20/12/2007

j'ai entendu parlé de ces histoire de securite sur facebook, c est quand meme abusif...le systeme a l americaine quoi

Écrit par : grillo | 21/12/2007

qu est ce que tu veux dire?

Écrit par : seb | 17/01/2008

il ne faut pas oublier que la discrimination est toujours un fait d'actualité et ce aussi bien sur le web que ds la vie...
on a vu ça avec facebook, des employeurs qui se renseignaient de maniere peu scrupuleuse sur la vie privee de leurs employes en se balladant sur facebook.... :/
c'est surement pr cela que maintenant certains sites de recrutement mettent en place des reseaux permettant l'anonymat a l'utilisateur tout en lui laissant la possibilite d'uploader cv , consulter les offres d'emploi etc
on a vu ça recemment avec le reseau social des jeudis.com
d'ailleurs ils ne se genent pas pr baser leur communication la dessus, etant donné que c'est l'une des plus grosses failles des reseaux tels que facebook , lesjeudis.com proposent leur alternative

Écrit par : pierre | 22/01/2008

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