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28/09/2007

L'enfant prodigue, de Benoit XVI à Sartre

On connait l'histoire :  Le jeune fils réclame sa part d'héritage à son Père. Il fait la fête et gaspille tout. Il se retrouve obligé de garder des porcs ( sans doute la tâche la plus basse dans l'esprit des juifs de l'époque du Christ ). Le voilà qui se décide à rentrer chez son Père en espérant y être mieux traité. Mais c'est un grand festin de joie qui accueille l'enfant prodigue, tant la joie du Père est grande de retrouver son fils.

La parabole illustre le pardon inépuisable du Père et donc de Dieu, y compris à l'égard de ceux qui ont cru pouvoir se séparer de lui. C'est Benoît XVI dans son livre très savant - Jésus de Nazareth - qui attire mon attention sur l'autre frère. Livre très savant mais aussi très étonnant, car il ne masque rien des difficultés et des ambiguïtés de certains textes.

12db492ccd0dde101b72c8d9506b57a9.jpgC'est le grand oublié de cette histoire : le frère aîné. Benoit XVI préfère d'ailleurs parler de la parabole des deux frères. Car le frère aîné en revenant de son travail aux champs, entendit la musique et les danses de la fête. La suite vaut d'être cité en entier :

"Il appela un des serviteurs, et lui demanda ce que c'était. Ce serviteur lui dit: Ton frère est de retour, et, parce qu'il l'a retrouvé en bonne santé, ton père a tué le veau gras. Il se mit en colère, et ne voulut pas entrer. Son père sortit, et le pria d'entrer. Mais il répondit à son père: Voici, il y a tant d'années que je te sers, sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m'as donné un chevreau pour que je festoie avec mes amis. Et quand ton fils est arrivé, celui qui a mangé ton bien avec des prostituées, c'est pour lui que tu as tué le veau gras! Mon enfant, lui dit le père, tu es toujours avec moi, et tout ce que j'ai est à toi; mais il fallait bien s'égayer et se réjouir, parce que ton frère que voici était mort et qu'il est revenu à la vie, parce qu'il était perdu et qu'il est retrouvé."

On fait la fête pour le retour de l'enfant prodigue pendant que l'autre n'a même pas fini sa journée à trimer dans les champs. Rien n'est perdu pour la "brebis égarée", c'est entendu, et la parabole enseigne le pardon infini du Père. Benoit XVI s'attarde sur le fils aîné, mal aimé des commentateurs et souvent condamné pour pharisaïsme. Il en fait même un personnage aussi important que le fils prodigue, non pas en le condamnant pour sa jalousie, mais plutôt en le plaignant de n'avoir pas  compris sa chance et son bonheur de vivre auprès du Père. Et d'ailleurs "tout ce qui est à moi est à toi" lui dit le Père.

bce76a08f8bf52f6092bbd6d860f6eec.jpgJe ne sais pas si Sartre, athée radical, aurait aimé être embarqué dans cette histoire, mais  "l'homme est condamné à être libre" nous dit-il. Tout comme Adam et Eve,  l'enfant prodigue a voulu goûter à l'arbre de la connaissance du bien et du mal, au monde extérieur. Il s'est condamné à être libre. Le voilà obligé de se débrouiller "avec les nombres que les dés lui ont consentis". Pas si mal son tirage d'ailleurs, mais il flambe, gaspille et perd tout, jusqu'à sa liberté nouvellement gagnée. Les chrétiens diront que c'est une fausse liberté et que c'est l'autre frère qui connaît la vraie liberté tout en ne reconnaissant  pas sa chance. 

On l'imagine bien, travaillant dans l'ombre, pendant que son frère plus brillant a goûté aux plaisirs du monde avec la sécurité du retour assuré au bercail. Lui aura toujours fait  "son devoir" en enrageant de ne pas avoir le courage de tenter l'aventure extérieure. Il ne comprend pas la joie d'être aimé par le Père et d'entrer dans son intimité, nous dit Benoit XVI.

Joie bien austère, on en conviendra, car on tue le veau gras pour le retour du fils prodigue alors que lui est toujours aux champs ; on n'a même pas pensé à le prévenir. Ca ne donne pas envie de connaître ce paradis-là.

Et moi, j'aime bien festoyer avec mes amis.

18:21 Publié dans Livre, Philo | Lien permanent | Commentaires (0)

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