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13/09/2007

Petites questions philosophiques

 

Première question

Je ne connaissais pas Philosophie Magazine dont j'achète le dernier numéro à l'occasion d'un déplacement en clientèle. L'ayant malheureusement oublié dans le train, je cite de mémoire ce petit test philosophique.

Un dictateur a trouvé un nouveau moyen de faire mourir ses prisonniers. Il les enferme dans une ancienne mine désaffectée où les malheureux sont enchaînés sur les rails qui servaient au transport du charbon. Ils sont assassinés par des trains que l'on envoie pour les écraser.

Voici les questions:

Vous êtes dans la mine à côté d'une commande d'aiguillage. Personne ne vous voit et vous pourrez sortir de la mine sans encombre. Le train est devant un aiguillage qui est en position de guider le train vers la voie où sont enchaînées cinq condamnés. En actionnant la commande d'aiguillage, vous pouvez diriger le train vers l'autre voie sur laquelle il n'y en a qu'un seul.

  1. Actionnez-vous la commande pour diriger le train vers la victime unique en échange des cinq autres qui seront tuées si vous ne faites rien ?
  2. Dans la même configuration, vous êtes au-dessus de la voie où sont enchaînées les cinq victimes. Personne ne vous voit et vous pouvez pousser un autre prisonnier sur cette voie. Il sera tué, mais son corps arrêtera le train. Vous sauverez ainsi la vie des cinq prisonniers.

Dans les deux cas de figure, que faites-vous ?

La majorité des gens questionnés actionne l'aiguillage pour sauver les cinq prisonniers. Par contre, ils sont plus qu'une minorité à pousser le prisonnier de la deuxième question.

Voici ma réponse

Je ne sacrifierais pas une vie contre cinq. Tout simplement parce que je refuse de participer à un système qui me contraint à faire ce type de "Choix de Sophie". Faire un choix implique que j'accepte de penser que ce choix est possible voire valide. Mais il n'y a pas de choix possibles entre deux incarnations du mal, tout comme en mathématiques 1 fois l'infini n'est pas inférieur à 5 fois l'infini. En faisant ce choix, je participe et me rend complice de ce mal. On le voit bien avec la deuxième question qui pose le même dilemne, mais en soulignant la participation active au crime.

Mais si je suis un général et que je dois sacrifier 10 000 hommes pour en sauver 50 000, gagner la bataille et peut-être sauver mon pays, je le ferais. De même, j'enverrais le GIGN à l'assaut de cet avion détourné par des terroristes qui menacent d'exécuter tous les passagers. Je prends la responsabilité délibérée de les envoyer, au risque de leurs vies, peut-être de certains otages et certainement des terroristes, pour sauver le maximum de passagers.

La réponse n'est donc pas universelle et dépend de la situation. Dans le cas de la mine, je ne veux pas entrer dans un système absolument pervers et mauvais où l'illusion de pouvoir le corriger me rendra complice actif de ce système.  En tant que Général ou Ministre, j'ai un vrai pouvoir de décision par rapport à un système imparfait. Je dois me soucier de l'intérêt général qui dépasse les vies individuelles et qui ne sont pas considérés dans ce cas comme des fins.

Et vous quelle est votre réponse ?

 

Deuxième question

En nettement moins tragique, voici un autre test (via haha.nu ) qui, d'après Freud, illustre nos priorités 

5 événements se produisent simultanément chez vous :

  1. Le téléphone sonne
  2. Le bébé pleure
  3. Quelqu'un vous appelle et frappe à la porte
  4. Vos vêtements sèchent dehors et une grosse pluie d'orage est sur le point de les tremper de nouveau
  5. Vous avez oublié le robinet dans la cusine qui commence à être inondée

Dans quel ordre allez-vous régler ces différents problèmes ?

Indice : Chaque événement symbolise une part importante de votre vie. Qui ferme d'abord le robinet ?  

Réponse dans le commentaire qui suit

13:20 Publié dans Philo | Lien permanent | Commentaires (5)

Commentaires

1. Le téléphone symbolise le travail
2. Le bébé symbolise la famille
3. L'appel à la porte, les amis
4. Les vêtements, l'argent
5. Le robinet, le sexe

L'ordre dans lequel vous traitez les problèmes représente vos priorités dans la vie

Écrit par : René | 13/09/2007

Second problème : zut alors, j'avais commencé par le robinet, puis par le bébé !!!

Premier problème : passer à un méta-niveau, c'est sans doute nécessaire comme tu le fais. Rester dans l'alternative empêche de chercher d'autres choix et d'autres actions possibles, comme le sabotage du train, le sabotage de l'aiguillage (puisqu'on a la main dessus) ou l'assassinat du dictateur. De plus, si le train s'oriente vers l'unique prisonnier, cela empêchera-t-il le dictateur d'exécuter les 5 ensuite, s'il le veut.
Et puis, il y a aussi la possibilité de se jeter soi-même sous le train pour le coincer... plutôt que de pousser un prisonnier innocent. Donc un appel à la réflexion et au discernement. Le philosophe engagé, quoi !
La différence entre les généraux d'autrefois (avant la guerre 14-18) et ceux d'aujourd'hui, c'est qu'autrefois ils n'hésitaient pas à risquer leur peau (penser à Bonaparte à Grenoble, ou à Turenne sur ses remparts), tandis qu'aujourd'hui, l'état major reste à des milliers de Km du théâtre des opérations, essaie de protéger ses soldats et n'a pas de scrupules à massacrer des civils.

Écrit par : Nicorazon | 14/09/2007

En fait je soupçonne Freud ( si c'est bien lui ) d'avoir un peu manipulé le test. Il est évident qu'il faut d'abord fermer le robinet. C'est quand même beaucoup plus embêtant d'être inondé que laisser sonner le téléphone, pleurer le bébé, etc. D'autant que fermer le robinet prend une demi-seconde. Comme par hasard, c'est donc le robinet qui représente le sexe, et ça tombe bien pour illustrer les idées de Freud. Il y a donc un test dans le test pour voir ceux qui choisissent de fermer le robinet et qui s'en justifient.

Le "zut alors" est très significatif...

A bientôt pour la prochaine séance

Sigmund

Écrit par : René | 18/09/2007

> Je ne sacrifierais pas une vie contre cinq.
Moi si, et d'autant plus volontiers si c'est la votre vu que pour vous 5 morts (dont je pourrais être) c'est pareil qu'un seul ce qui prouve que vous êtes devenu néfaste pour la survie de l'humanité.

Deuxième point : votre mémoire concernant ce test est défaillante et pas un de vos lecteurs sur ce blog n'a compris la situation.

En effet si on pousse une personne de plus sur les rails et qu'il stoppe le train qui doit tuer les cinq prisonniers, alors on sauve SIX personnes : les 5 qui devaient être écrasés PLUS celui qui est tout seul sur la voie où n'est PAS allé le train.

Le test c'est :
dois-je sauver CINQ personne contre UNE en suivant les instructions d'un système criminel mais qui m'exonère de ma responsabilité
OU BIEN
dois-je sauver SIX personnes contre UNE en PRENANT la responsabilité de devenir criminel ?

Écrit par : Jean LEROUX | 24/09/2007

@Jean
Le choix de Sophie, d'après le livre de William Styron, c'est ce choix impossible où Sophie doit choisir entre lequel de ses enfants sera envoyé tout de suite à la chambre à gaz. L'autre sera épargné
Peut-on choisir et se donner le droit de vie ou de mort sur l'un de ses enfants ?
Peut-on choisir, même si le SS vous somme de choisir entre 2 enfants d'un côté et un seul de l'autre ?
Et même entre 1 contre 5 ?
Vous croyez être encore libre de sauver l'essentiel et de compter le nombre de morts.
En fait ce choix vous force à entrer dans un système où l'on COMPTE les victimes.
Reprenant vos propres termes :
"dois-je sauver CINQ personne contre UNE en suivant les instructions d'un système criminel mais qui m'exonère de ma responsabilité
OU BIEN
dois-je sauver SIX personnes contre UNE en PRENANT la responsabilité de devenir criminel ?"

Si vous rentrez dans cette comptabilité, vous espérez influer sur un système qui vous dépasse. Car évidemment, la logique de ce système fera que tout le monde sera exécuté : ceux que vous aurez choisi et ceux que vous croyez sauver.
Par là, vous acceptez le fait que l'on puisse choisir, et que ce choix est légitime.
A la fin, et l'histoire nous l'enseigne, vous serez toujours dupe. Vous n'aurez rien changé, et à votre corps défendant, vous devenez acteur de ce système foncièrement pervers.

Votre réponse est utilitariste et optimiste en pensant pouvoir encore sauver quelques condamnés. C'est respectable, mais je pense que l'on ne peut pas MODERER un système nazi. On ne peut que le combattre de l'extérieur sans jamais y entrer.

Votre choix est respectable, mais le mien aussi. Et je ne pense pas être devenu néfaste pour la survie de l'humanité en le prenant.

Écrit par : René | 24/09/2007

Les commentaires sont fermés.