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05/09/2007

Web 2.0 : L'important c'est de participer

     Andrew Keen l'auteur de  "The Cult of the Amateur" est un malin. Il attaque de front le Web 2.0 en vantant les mérites de la presse traditionnelle. Bien joué, la blogosphère se défend et les médias papiers lui tirent le tapis rouge.

    Francis Pisani comme Xavier de Mazenod lui répondent de manière un peu plus sérieuse et argumentée que les diatribes caricaturales que l'on peut lire dans cette interview à Libération (pointée par Xavier).

    Dans ce type de débat, je m'étonne toujours que l'on analyse le phénomène Web 2.0, Blogs et consorts, de la même manière que les médias traditionnels : c'est à dire du côté de l'aval, de qu'on peut y trouver en tant que lecteur, auditeur, spectateur. La nouveauté du Web 2.0 est évidemment du côté des créateurs et non des consommateurs. C'est même ce qui en fait sa caractéristique. Dans le read/write Web, c'est le write qui est intéressant et nouveau. Le read n'est  pas nouveau (depuis Gutemberg à peu près) et il peut être décevant. Quoi de neuf dans cette constatation ?

    L'écriture sur le Web, c'est de l'écrit traditionnel, du texte. C'est aussi de l'image, du son et tout ce que l'on pourra imaginer dans le futur en terme d'expression. Dans ce sens là, quand j'écris sur le Web, je passe forcément par une passe de lecture sur ce même Web et sur toute autre source de mon choix. Comme je lis dans le but de créer quelque chose, ma lecture n'est plus passive et inattentive, mais au contraire guidée par mon projet créatif. Quelle que soit la qualité finale de ce projet, quel que soit l'intérêt de mon billet sur mon blog, j'aurais de toutes façons, moi l'auteur, appris quelque chose au passage et souvent progressé dans mon moyen d'expression. Tout l'intérêt est donc dans cette phase de création et non dans le résultat final où il sera facile de trouver beaucoup de médiocrité, mais pas uniquement.

    En critiquant l'objet, Andrew Keen passe à côté du sujet. Car c'est ce processus de création, démultiplié par le nombre des acteurs, qui fait que chacun d'entre eux y a trouvé un moyen d'épanouissement et de progression. Dans ce cas, si la création est primordiale et le résultat secondaire, pourquoi le Web et pourquoi publier cette création, si l'objet en lui-même n'est pas le plus intéressant ?

    Quelques créateurs ont toujours eu suffisamment confiance dans leur talent, voire leur génie, pour se passer de public identifiable. De Saint-Simon à Lautréamont,  nombreux sont les écrivains qui, volontairement ou non, n'ont pas trouvé de public de leur vivant et qui bâtirent leur oeuvre sans en recevoir le moindre écho. Aucun obstacle ne peut arrêter de telles forces créatrices et aucune aide ne leur est nécessaire. On pourra trouver leurs contemporains sur le Web 2.0 ou ailleurs. Ce n'est pas leur problème et il n'est pas fait pour eux, même s'ils peuvent s'y trouver aussi.

    Comme le dit la phrase célèbre, "le blog engage des conversations". Si cette conversation n'a pas toujours lieu dans la pratique, elle est toujours présente dans l'intention. Nous, les amateurs, tels que les dénigrent Andrew Keen, avons besoin de cet aiguillon de la conversation et de la critique pour faire l'effort de construire un texte, ou toute autre forme d'expression. Je peux écrire un blog pour moi tout seul, en forme de journal, tel qu'il s'en est tenu depuis des siècles. Il se trouve que je ne le faisais pas, que ça ne m'intéresse pas et que ça risque de tourner vers une introspection stérile et "narcissique". Quelle que soit l'étendue de mon public, de quelques dizaines à plusieurs milliers pour certains, ce public me tire vers un haut que je ne ferais pas l'effort d'atteindre sans lui. On discute de la dimension du haut et de sa qualité statique, quand tout l'intérêt est dans le mouvement. Comme par ailleurs, il n'y a plus de barrières techniques, financières, éditoriales à l'expression de chacun sur ce read/write Web, n'importe qui peut désormais atteindre un public souvent minuscule mais potentiellement innombrable.

    Si l'on ne veut pas participer en tant qu'acteur au Web 2.0, je ne comprends toujours pas ce qu'on peut y perdre en tant que lecteur. 727 romans pour cette rentrée littéraire, 54 de plus que l'année dernière. Comme quoi, l'édition traditionnelle n'a pas l'air de souffrir de l'arrivée d'autres moyens d'expression. Toujours dans cette interview à Libération il paraît que " L’éthique de l’amateur est si dominante que l’expertise, le talent et le savoir perdent du terrain". Il n'y a pas d'éthique de l'amateur dans le sens où il serait incompétent. Le talent et l'expertise se détectent très vite comme toujours. Ce qui est nouveau est en effet une éthique du désintéressement et de la gratuité. Certains hébergent de la publicité. C'est leur affaire, en tous cas ce n'est pas une nécessité économique comme pour les médias traditionnels. 

    Tout ça se résume en une discussion entre les tenants d'un système clos où ce qui s'ajoute d'un côté ne peut que se payer d'un autre. Andrew Keen c'est le Lavoisier du Web "Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme". En pire évidemment.

    J'ai du mal à voir les pertes, je vois beaucoup de gains et la transformation est continuelle. FInalement c'est  le Web 2.0 qui redonne une jeunesse à l'olympisme, "l'important c'est de participer"

11:45 Publié dans Blog, Web | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

La peur... L'hostilité et les réticences ont bien souvent une seule cause, la peur. Dans ce cas, j'imagine que c'est la perte de contrôle et le côté "infini" des aspects collaboratifs. Un commentaire en amène un autre et puis une chaîne se déclenche. Ou encore une entreprise fait un faux pas et hop, les eaux bouillonnantes de la blogosphère se déclenchent. La réalité est tout autre. Les auteurs, même amateurs se censurent et se contrôlent en réalité beaucoup plus qu'on ne peut l'imaginer car le souci de qualité (puisque c'est bien souvent la passion qui les motive et rien d'autre) les entraine comme tu l'a décris à vouloir plus, mieux. L'audience d'internet est un challenge et la mutlitude des sites une motivation.
Comme pour toutes les peurs, la clef est la discussion, la compréhension, l'immersion et le partage. C'est probablement la plus grande avancée que nous apportera du reste internet. La possibilité de nous exprimer, d'expliquer ses doutes, d'obtenir des informations et de se confronter aux autres. Alors tout comme toi, je n'y vois vraiment, mais alors vraiment aucune perte ;-)

Écrit par : sandrine szabo | 06/09/2007

Ton commentaire est très éclairant.
Si en effet je continue à penser qu'il n'y a pas de pertes de contenu, il y a bien une perte d'exclusivité, et comme tu le soulignes, une perte de contrôle pour tous ceux qui détenaient jusque là l'exclusivité de la parole.

Écrit par : René | 07/09/2007

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