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24/05/2007

Machiavélien mais pas machiavélique

 

Est-ce l'ambiance actuelle qui le suscite ? Elle donne envie de s'intéresser à la philosophie politique. Elle donne envie de lire ou de relire Machiavel. Le commentaire de Nicolas à propos du blog de Xavier Darcos tombait à pic. Je suis justement en train de relire "Le Prince". Et je cherche toujours désespérément les premières oeuvres du (futur) Général de Gaulle : "Le fil de l'épée" en particulier. On ne le trouve que d'occasion à 226 Euros ! Quand va-t-on se décider à rééditer ses études d'avant-guerre ? 

Mais c'est bien Machiavel qui écrit :

"Les hommes aimant selon leur gré et craignant selon le gré du prince, un prince sage doit se fonder sur ce qui lui est  propre, non pas sur ce qui est propre à autrui : il doit donc s'efforcer de fuir la haine."

On comprend pourquoi le livre de Machiavel fut évidemment tout de suite mis à l'index. Ce n'est pas tant qu'il ignore complètement Dieu dans son analyse du pouvoir des Princes. Ils n'étaient alors que de droit divin. Ce n'est pas tant qu'il approuve froidement les massacres perpétrés par César Borgia : "Car, des seigneurs qu'il avait dépouillés, il en tua autant qu'il put en atteindre et très peu nombreux furent ceux qui eurent la vie sauve". C'est bien parce que ce choix qu'il préconise entre l'amour et la crainte est sans doute une des phrases les plus antichrétiennes que l'on puisse écrire. L'amour ne libère pas, il rend dépendant, affirme Machiavel en prenant le contrepied de tout l'enseignement chrétien. Et c'est pour en dissuader le Prince et le condamner ainsi à la solitude du pouvoir tyrannique.

On en retrouve  l'echo dans les vers de Racine :

L'impatient Néron cesse de se contraindre ;
Las de se faire aimer, il veut se faire craindre.

On peut d'ailleurs inverser le propos : Las de se faire craindre, il veut se faire aimer. Quiconque a des responsabilités sait bien que les relations humaines ne sont plus les mêmes quand la hiérarchie s'en mêle, et qu'il faut faire des sacrifices. On s'en tire parfois en adoptant un comportement paternel qui allie l'affection et l'autorité. C'est plutôt mon penchant. Un non-choix ou un bon équilibre ?

21/05/2007

Les blogs de ministre

 

Il y a, ou peut-être il y avait, les blogs de François Fillon, d'Alain Juppé, de Xavier Darcos. D'autres encore, puisque presque tous les nouveaux ministres ont, avaient, leur blog. Que vont-ils en faire ? Xavier Darcos annonce l'arrêt du sien.

[..] J'ai aujourd'hui l'honneur de participer au Gouvernement. Il ne s'agit plus de commenter mais d'agir, pour mener à bien les projets de réforme voulus par le Président de la République.
Donc, pour quelque temps : adieu. Je vous dis merci de votre fidélité. [..]

Les autres restent en friche, ou se transforment en simple site de communiqués et discours officiels. Avant que Xavier Darcos ne devienne ministre, j'avais voulu lui écrire pour lui demander son avis sur ce sujet. Mais les commentaires sont désactivés, et l'adresse E-mail ne fonctionne pas. Dommage, voici ce courriel :

 

             Bonjour Monsieur Darcos,


Il semble que vous ayez bloqué les commentaires sur votre blog. C'est sans doute dommage même si je peux comprendre qu'un personnage public comme vous soit exposé à toutes sortes de réactions dont beaucoup ne seraient que du pur piratage.


Je voulais juste vous poser une question personnelle. Beaucoup d'hommes politiques, de députés, de maires, tiennent un blog. Il semblerait qu'une fois arrivé aux responsabilités les plus importantes, au gouvernement en particulier, il ne soit plus possible de le faire. Pensez-vous possible d'utiliser ce moyen de communication lorsque l'on est au gouvernement ? Il s'agirait bien entendu d'une expression personnelle du ministre, et pas seulement de son emploi du temps et de la référence aux différents discours prononcés à droite et à gauche. Autrement dit, utiliser le blog comme moyen d'expression personnelle. Cela permettrait, je pense, de compléter la communication actuelle par médias interposés, où il faut s'exprimer en 30 secondes sans aucune possibilité d'exprimer un peu de nuances.


    La rumeur vous rend ministrable. Je ne vous demande pas de le confirmer ou non. Mais si jamais vous le deveniez, que feriez vous de votre blog dont j'apprécie régulièrement la liberté ?
    Cordialement,

Xavier Darcos a répondu de lui-même à cette question : "Il ne s'agit plus de commenter mais d'agir" . Il doit pourtant bien savoir que communiquer est aussi une action. Dans son secteur de l'Education Nationale, il aura surement besoin un jour de vouloir parler directement aux élèves, aux professeurs, aux parents d'élèves. Il arrive bien qu'un ministre écrive des tribunes ou s'exprime dans la presse. Le ton un peu plus détendu et sans contrainte éditoriale des blogs leur donne un moyen complémentaire. Pourquoi l'abandonner ?

17:56 Publié dans Actualités, Blog, Société | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : Blog

18/05/2007

Les années 40

Il faut regarder sans crainte les années 40. Je veux dire les années 2040. C'est maintenant un devoir d'avenir qu'il faut remplir.

Le devoir de mémoire s'est accompli mercredi dernier pendant la cérémonie d'hommage aux 35 fusillés du Bois de Boulogne. Max Gallo a prononcé le discours qu'il fallait (je n'arrive malheureusement pas à le retrouver sur Internet). Parce que ces années 40 furent des années d'ombre et de lumière, la repentance comme la fausse gloriole sont deux faces d'un même refus d'assumer le passé.

Ces héros furent trahis par des Français. On ne fait pas de police sans indicateurs. Il faut lire les mémoires de Jacques Baumel pour le comprendre. C'est bien la Milice et les gestapistes français qui furent les plus dangereux. C'étaient parfois d'anciens policiers, ils connaissaient le pays. Cette collaboration policère fut sans doute plus meurtière encore  que  la Gestapo. A lire Jacques Baumel, on comprend que la Gestapo n'avait pas tant de moyens que cela. Les films donnent une image d'une organisation implacable, terriblement efficace, "à l'allemande" alors qu'elle était composée principalement de pauvres types. Leur bestialité n'aurait surement pas suffi à démanteler certains réseaux de Résistance sans la connaissance du terrain de leurs séides français.

Tout cela est bien connu, et depuis longtemps. Il n'y a pas de tabous à dévoiler, pas de vérités cachées. Assez de complaisance à se retourner sans arrêt vers ces années 40, il faut préparer maintenant les années 40 du XXIème siècle.

La cérémonie du Bois de Boulogne était belle et digne. Nicolas Sarkozy a pris ce jour-là une dimension de Président de la République qui assume le passé et tout le passé. Il fallait sans doute qu'une nouvelle génération accède aux affaires pour qu'on en finisse enfin avec cette période. En finir ne veut pas dire oublier, mais en retenir les leçons. Les leçons c'était de prendre Hitler pour un successeur un peu rustre de Guillaume II. C'était de le voir avec les lunettes du passé sans comprendre son caractère radicalement nouveau et terrifiant.

On a amplement rempli notre devoir de mémoire. Aujourd'hui, il faut regarder le monde tel qu'il est et remplir notre devoir d'avenir. Une génération nous sépare des nouvelles années 40, ce n'est pas trop pour les construire dès maintenant.

16/05/2007

Tu t'es encore ruiné au Casino !

medium_Bigarreau.jpgIl faut prendre tous ses jours de congés avant la fin Mai, sinon l'on perd ses droits et même une prime. J'ai donc passé ma journée en régularisation forcée. Pur paradoxe par rapport au slogan de Nicolas -Travailler plus pour gagner plus - Sarkozy, dont j'ai pu suivre l'intronisation. Cette première journée est à la hauteur de la France, et la cérémonie à la cascade du Bois de Boulogne restera dans nos mémoires.

Retour au quotidien. Et comme je suis là, ce sera mon tour d'aller faire les courses. Mon épouse a beau m'enjoindre de ne plus aller au Casino tellement on s'y ruine, je n'ai pas pu résister. Non, ce n'est pas le démon du jeu, mais en cette dernière journée où la paresse nous sera rétribuée, je ne pouvais  faire autrement que de célébrer le moindre effort, d'aller au plus proche, et donc à ce fameux Casino.

On n'est jamais déçu chez Casino. Admirez ces bigarreaux à 15,10€ le Kilo, et même à 17,24€ en barquette. Comme beaucoup de mari, je ne suis pas très doué pour repérer les prix, mais là, ça valait vraiment le coup d'une photo et même d'une petite note.

Il sont complètement cinglés ! Décidément,  rien ne va plus...

13/05/2007

Pourquoi je ne serai jamais Président de la République

En 1944, on demandait au Général De Gaulle ce qu'il pensait des résistants.  "Ils ont besoin de se reposer". A ses yeux leur héroïsme ne leur donnait aucun droit particulier à participer au nouveau pouvoir. Et surtout ils ne voulait rien leur devoir. Il était leur chef, ils lui devraient tout et lui ne leur devrait rien. Plus tard, il mettra Georges Pompidou en position de lui succéder, un Pompidou qui n'avait pourtant aucun état de service dans la Résistance.

De la même manière François Mitterrand ne récompensa jamais Claude Estier de sa longue fidélité. Il sut aussi surmonter son aversion personnelle pour nommer Michel Rocard à Matignon en 1988. C'est le signe d'un grand politique ou d'une grande indifférence aux sentiments - comme on voudra. On a vu aussi comment, au contraire, Jacques Chirac n'a jamais pu se résoudre à nommer Sarkozy Premier Ministre alors que toutes les circonstances politiques l'y incitaient.

C'est à lui maintenant d'être ingrat, et ce gouvernement resséré fera beaucoup de déçus. On dit même que Brice Hortefeux, un autre ami de 30 ans, pourrait ne pas en faire partie. Ils se sont dévoués pour leur candidat, depuis des mois et parfois des années. Ils pensent légitimement à un poste prestigieux qui leur permettra de faire, ou de paraître - comme vous voudrez. Ce peut être parfois de la cruauté, c'est aussi la nécessité politique, mais certains n'auront rien.

Par humanité ou par faiblesse - comme vous voudrez - je suis incapable de faire ces sacrifices. Je ne serai jamais Président de la République.

09/05/2007

Internet n'a rien changé

     Ce n'est pas cette fois-ci qu'Internet aura changé la donne. Il n'y aura pas eu d'Etienne Chouard. Cette élection voit le retour  de la politique traditionnelle avec la participation massive et physique des citoyens-électeurs aux meetings de campagne comme aux deux tours de scrutin. Beaucoup comparent cette élection à celle de 1981 ou même de 1965, c'est dire une époque bien ancienne. Comme je pense que la politique et les élections au suffrage universel sont plus importants que le Web, 2.0 ou non, je me suis réjoui de ce retour de la participation.

    L'élection présidentielle française est une élection, dont le premier tour à la proportionnelle intégrale, permet de sélectionner les deux postulants au deuxième tour, qui désignera le vainqueur final. 12 candidats ont droit à un temps de parole équivalent. A l'évidence, certains ne sont là que pour les subsides ( 800 00 Euros par candidat n'ayant pas atteint la barre des 5%) ou pour un accès subventionné aux médias nationaux, sans aucune ambition présidentielle réelle. Mais il serait injuste d'en préjuger : ils ont donc droit au même traitement que les "gros" candidats. Beaucoup parient sur Internet comme contre-pouvoir au système médiatico-politique. Il a très bien joué ce rôle lors du référendum européen, où l'ensemble de la presse et des "élites" étaient manifestement à contre-courant de l'expression de beaucoup de Français. La démonstration en a été faite lors du vote qui a suivi.

    Il se trouve que cette fois-ci le vote correspond à la thématique et aux débats qui ont animé les médias traditionnels. Les chiffres sont là, alors que les manoeuvres souterraines et les complots ne sont jamais démontrés. On se contentera des faits, c'est plus simple et plus sûr. Tout ça ne condamne pas Internet en tant qu'expression démocratique. Les centaines de milliers de voix qui s'y expriment forment une garantie supplémentaire et un garde-fou contre toute tentative de confiscation. Il faut juste se réjouir du retour à la réalité des modes d'expression traditionnelles, peut-être sous la pression d'Internet et du souvenir cuisant du référendum européen.

    François Bayrou a hurlé au complot médiatique qui aurait préempté le choix des Français en imposant le duel Sego-Sarko. Il a rapidement trouvé un soutien dans la blogosphère qui garde la nostalgie d'un candidat "anti-système" qui aurait été SON candidat. Quand celui-ci a commencé à grimper dans les sondages, il retrouva vite le chemin des médias traditionnels qu'il accusait quelques semaines auparavant. Il finit par un vrai succès dans les urnes. Succès qu'il est en train de gaspiller dans sa logique de pouvoir personnel sur un parti qu'il préfère réduit à sa dévotion plutôt que rassemblé, mais partagé avec d'autres. On le reverra dans 5 ans dans une démarche anti établissement pas si éloigné que ça de celle de Le Pen.

    J'ai été très interessé par la démocratie participative de Ségolène Royal. Il semble bien qu'elle s'en soit servie comme d'un piédestal à sa candidature bien plus que de base à un programme qu'elle n'a cessé d'improviser au fur et à mesure de sa campagne. Le désir d'avenir n'est jamais né. Il y a peut-être un problème de fond dans cet échec . On a vu aussi les limites de cette méthode à l'occasion des émissions de TF1 "J'ai une question à vous poser".

    Internet est un contre-pouvoir, un de plus qui vient s'ajouter aux autres. C'est un contre-pouvoir d'expression, de réaction, de protestation et de vigilance. Certains veulent y voir un 5ème pouvoir tout en lui refusant d'ailleurs de participer à des compétitions électorales qualifiées de stérile. Dès que les médias se prennent pour un quatrième pouvoir, ils perdent du même coup tout leur sens de canal d'expression, perdent toute crédibilité, sans rien gagner en terme de pouvoir agissant. Une fois de plus le referendum européen en est l'illustration. Internet tomberait dans le même piège en se prenant pour un cinquième pouvoir. Il est heureux que ces élections n'ait pas permis de donner corps à cette illusion.

    Finissons sur notre nouveau Président. Comme chacun le sait, il se repose et réfléchit sur le yacht de Vincent Bolloré. J'ai trouvé tout à fait bienvenu qu'il se donne  quelques jours de calme après une telle tension. Mais comment peut-on être aussi désinvolte après avoir montré un tel professionalisme tout au long de cette campagne ? Comme je ne crois pas à une quelconque provocation, je mettrais ça sous le compte de la bêtise, tout simplement. On a tous ces moments là, et Nicolas Sarkozy aussi. Mais il va falloir qu'il comprenne rapidement que les vacances d'un Président, c'est à Brégançon (où l'on s'emmerde royalement présidentiellement paraît-il) ou dans la maison de campagne. Sinon, on est plus discret : ça s'apprend aussi.

04/05/2007

De l'efficacité : A vaincre sans péril... (2)

Participer quand même au jeu du pouvoir


Ils ont évacué la question des fins et refusent de donner sens à leurs projets ; nous voilà en tous cas renseignés sur la stratégie des hommes de pouvoir.

Quant à nous, et quelle que soit leur nature, nos projets cherchent à oeuvrer pour le bien commun, le progrès de l'entreprise, ou l'avancement de nos idées. Ils ont tous en commun de vouloir façonner notre environnement, plutôt que de suivre un courant. Tôt ou tard se posera la question de la position de pouvoir qui pourrait être la plus efficace pour mener à bien ces projets. C'est là que la leçon chinoise nous sera précieuse. N'étant pas naturellement disposé et compétent pour cette stratégie "à la chinoise", nous devons combattre cette nature contraire. L'homme de pouvoir, à l'inverse, peut traiter sa nature profonde exactement de la même manière que le système dans lequel il cherche à s'insérer. Aucun effort ne lui sera nécessaire, il dispose d'un avantage qui pourrait être décisif.

C'est là que nous devons renforcer la confiance qu'à naturellement l'homme de pouvoir dans notre naïveté et notre maladresse. Proclamant bruyamment notre mépris pour ces manoeuvres indignes de notre condition, nous pouvons compenser notre handicap en étant certain des intentions du concurrent. Les médiocres à ce jeu sont tellement certains d'être les seuls à connaîttre "le dessous des cartes" qu'ils n'imaginent même pas que d'autres, qui paraissent désintéressés, prennent quand même le temps d'y jeter un coup d'oeil. Nous sommes renseignés et ils sont trop certains de leur victoire pour prendre la peine de l'être. C'est par là que nous pouvons compenser notre handicap face aux médiocres.

Arrivés peut-être aux niveaux les plus élevés, nous n'aurons plus aucune chance face aux vrais professionnels. Mais ceux-là auront compris qu'ils ne peuvent plus se contenter de tourner à vide pour une conquête du pouvoir sans objet. Du coup, ils doivent aussi jouer dans un domaine qui ne leur est pas familier. Ce seront alors les circonstances qui pourront décider du choix, en tenant compte, quand même, de la criticité ou de la réalité du projet à mettre en oeuvre. Pour un poste prestigieux et décoratif, il ne sera plus la peine de concourir. A d'autres, plus denses, il peut arriver que des gens porteur d'une ambition qui ne soit pas que personnelle finissent par l'emporter.


Vendre


Sauf à en avoir le goût, on se doute bien que ce n'est pas dans ce domaine que l'on pourra le mieux tirer partie de notre stratégie chinoise.

Dans mon métier, dans le vôtre aussi, il faut vendre. Si ce n'est pas vous, c'est une entité de votre entreprise qui en est chargée. Et vous ne vivez que si les chiffres sont bons. Quelle que soit la qualité technique d'une gamme, elle doit être vendue.

J'ai vécu ces réponses à appel d'offres où toute l'équipe sait bien qu'elle n'a aucune chance, mais il faut répondre quand même, pour l'honneur. J'ai aussi vécu des réponses de principe où l'on sait déjà que l'on a gagné. Il faut également répondre, mais les jeux sont faits. La victoire alors, est certaine, elle est aussi facile. Nous voilà en pleine stratégie chinoise. C'est que, en réalité, la décision a déjà été prise en amont. Grâce à ce travail d'accompagnement du client, on a su guider et orienter sa demande dans un sens qui nous est favorable. Suivant en cela les leçons des stratèges chinois, on aura pris soin d'accompagner uniquement, et non pas de chercher à imposer sans subtilité des choix techniques vraiment trop éloignés des préoccupations de notre client.

"Sans qu'on le cherche, on obtient le résultat. Le bon stratège intervient en amont du processus, il a su repérer les facteurs qui lui étaient favorables alors qu'ils ne s'étaient pas encore actualisés et, par là a su faire évoluer la situation dans le sens qui lui convenait. Cette idée d'une inéluctabilité des processus, et donc du succès de qui sait en profiter, se retrouve dans toute la pensée chinoise. Il n'y aura même pas à chercher ce résultat, du seul aménagement des conditions favorables l'effet découle ensuite naturellement et devient irrésistible."

On constate parfois qu'un appel d'offres est fait pour HP, ou IBM ou pour Sun. S'il est écrit pour, il y a de bonnes chances qu'il ait été inspiré par. Les dés sont pipés parce que cette intervention en amont du processus a pu être menée à bien. Par une information et un contact auprès des bonnes personnes, le choix est déjà opéré. Les arguments des uns et des autres, y compris les aspects financiers ne pèseront pas lourd face à ce travail de préparation et d'infléchissement. Comme les offres techniques seront probablement équivalentes, un choix rationnel est impossible. C'est donc sur un autre terrain que se jouera la décision. Et cette décision, nous aurons pris soin de l'accompagner dès le départ. Plutôt que de jeter toutes nos forces dans une bataille aléatoire, nous aurons préparé ensemble un terrain favorable à nos desseins partagé avec le client.

"Si infime que soit le point de départ, par accentuation progressive, on aboutit aux résultats les plus décisifs. A la différence de l'action qui toujours est ponctuelle, la transformation s'opère sur tous les points de l'ensemble concerné. Son effet par conséquent est diffus, ambiant, jamais cantonné. Au meilleur stratège on ne songe pas à dresser de statue. Car il a su si bien faire évoluer la situation dans le sens souhaité, en intervenant en amont et de façon progressive, qu'il a rendu la victoire "facile" et qu'on ne songe pas à l'en louer."


Revenant à nos techniques de management, dans notre environnement occidental, on prendra soin, au contraire de louer le stratège et de le féliciter pour la victoire en tant que telle, mais aussi pour l'économie de moyens qui a permis de dégager des ressources pour d'autres projets trop consommateurs.


Une stratégie chinoise de sauvegarde de notre planète


Enfin il est un dernier domaine, et celui-là vital, pour lequel, la pensée chinoise est clairement supérieure à la nôtre. Ecoutons François Jullien :

"A la figure d'Héraclès, lui qu'a célébré la Grèce, comme l'homme des travaux périlleux et coûteux, le héros du ponos, la Chine offrirait un équivalent dans la figure de Yu le Grand. Au temps du déluge, alors que les eaux recouvraient la terre et que les monstres l'occupaient, que les hommes ne savaient plus ou aller, le Grand Yu creuse le lit des rivièreset, conduisant l'eau jusqu'à la mer, rendit la terre habitable. Mais justement, précise Mencius, pour évacuer l'eau, Yu la fit écouler par où "cela ne lui causait pas d'embarras" en s'aidant de la pente et sans peiner, et c'est en quoi il nous donne une leçon. Ce que je déteste chez les gens prétendument avisés, c'est qu'ils ne cessent de forer et de forcer, qu'ils font violence à la nature et finissent par s'embarrasser. Or même pour mettre un terme au déluge, le Grand Yu n'a pas forcé, il a tenu compte de la situation, (le relief s'inclinait vers la mer), il s'est appuyé sur la propension - sans affronter. "


Impossible et surtout inutile de tirer sur la plante pour la faire grandir. Il faut préparer le terrain et laisser opérer les forces de la nature. Héraclès, Hercule détournait les fleuves pour nettoyer les écuries d'Augias. C'est ainsi que nous, occidentaux, avons pris l'habitude de violenter la nature. Le Grand Yu ne détourne pas les fleuves, il les canalise et utilise la force naturelle de leurs courants. A l'heure où la Chine moderne est en train de concourir sur le terrain économique des occidentaux, et pour le défi écologique qui nous attend, c'est à notre tour de prendre des leçons du stratège chinois

 


03/05/2007

De l'efficacité : A vaincre sans péril... (1)

 

 ...on triomphe sans gloire.

medium_François_Jullien.jpgLà où Corneille ironise, le stratège chinois se réjouit en secret d'une victoire discrète. Et s'il a pu vaincre sans combattre il aura su être pleinenement efficace." C'était gagné d'avance comme on dit, une fois l'engagement conclu, et pour en réduire le mérite. Mais c'est justement décerner là, à son insu, le plus grand des éloges. C'est parce que le mérite est si complet que la réussite en paraît naturelle et qu'il passe donc inaperçu." . C'est une des leçons du "Traité de l'efficacité" de François Jullien. Voilà quelque temps que je remarque cet ouvrage parmi les listes de livres conseillés sur différents sites ou blogs. Ce qui me surprend plus c'est de le trouver en référence de technique de management. A le lire attentivement, j'y trouve une approche stimulante dans un certain nombre de domaines, mais ce n'est surement pas un modèle que je défendrais en ce qui concerne le gouvernement des hommes dans l'entreprise ou à l'échelle de la nation.


Construire un modèle, ou tirer partie du processus 

A l'occidentale, notre action est déterminée par un "modèle que nous avons conçu, que nous projetons sur le monde et dont nous faisons un plan à exécuter ; nous choisissons d'intervenir dans le monde et de donner forme à la réalité.". Le stratège chinois "est porté à concentrer son attention sur le cours des choses, tel qu'il s'y trouve engagé pour en déceler la cohérence et profiter de son évolution." Quand nous cherchons à agir sur le monde, la pensée et "l'action" chinoise cherche à lire une situation dont elle tirera partie pour profiter de son évolution. C'est ainsi qu'au lieu de lancer toutes ses forces dans une bataille meurtrière et risquée, le général chinois ne livrera cette bataille qu'avec la certitude de l'emporter. Et ce n'est certainement pas cette bataille qui aura créé la décision. Celle-ci a déjà construite en amont par une série d'adaptation au processus que l'on ne cherchera pas à violenter mais à déchiffrer. Il ne s'agit plus alors que de saisir l'occasion et remporter une victoire facile.

Parfois même, il n'y aura pas de bataille. Que l'on songe à la guerre du Vietnam qui fut perdue par les Etats-Unis plus que gagné par les Vietnamiens. Les Américains n'avaient plus la volonté de remporter cette guerre. Ils étaient minés de l'intérieur par une jeunesse et une opinion qui n'en voulaient plus. Ce n'est même pas une manipulation du camp adverse qui a créé cette défaite morale. Mais le commandement vietnamien a su tirer partie du cours des choses et attendre patiemment que l'ennemi s'épuise de lui-même, tout en évitant obstinément de livrer une bataille frontale qu'il aurait perdue à coup sûr.

Par cet exemple réussi, on voit que l'efficacité chinoise, ce non-agir n'est pas un renoncement ou un désintérêt pour le monde, mais une voie qui nous apprend comment s'y conduire pour réussir. Cette voie n'est pas une méthode à l'occidentale, c'est un chemin à suivre, qui existe déjà, qui n'est pas à tracer et qui nous mène inéluctablement au succès.

Y a-t-il eu manipulation de la jeunesse américaine ? Peut-être, mais dans ce cas celle-ci a été forcément discrète. Elle n'a fait que donner une coloration anti-guerre du Vietnam à un mouvement général de contestation qui portait en même temps bien d'autres aspirations.


Théorie du pouvoir absolu

Manipulation et persuasion, filet et secret, nous voilà à l'extrême pointe de la pensée chinoise de l'efficacité. Mais comme nous le rappelle François Jullien "dans ce désert d'humanité, toute subjectivité est exclue, ou plutôt elle est négative ; il y a bien une intimité de l'autre mais celle-ci n'est bonne qu'à être débusquée. On n'imagine pas par exemple, qu'elle puisse se livre d'elle-même, éprise qu'elle serait de sincérité ; on n'envisage même pas  que l'autre dise simplement ce qu'il pense. C'est pourquoi la parole est d'abord conçue comme un piège pour capter la parole de l'autre et qu'on ouvre ou qu'on ferme tour à tour pour le forcer à se dévoiler."

Cette pensée trouve son aboutissement dans une théorie du pouvoir absolu et "l'illusion entretenue par le peuple sur son propre intérêt : conduit par le désir des récompenses et la peur des châtiments, tout sujet croit suivre son profit personnel sans se rendre compte qu'il travaille seulement à conforter le pouvoir de son oppresseur."

"Si tout converge  sur le prince et le pousse en avant, le prince lui-même se tient discret, il a renoncé à toute préoccupation de gloire, il a même renoncé à sa propre individualité. En parfait maniplulateur, il se dissout dans sa manipulation ; et à traiter les autres en automates, lui aussi devient un automate."


Chine USA

Que faire de cette pensée dans notre monde moderne ? Sans porter de jugements de valeur, quand on parle d'efficacité, on est bien en droit de s'intéresser aux résultats.


Des Etats-Unis, les vaincus du Vietnam, on souligne aussi, souvent avec envie, comment ils ont su tirer partie d'une géographie favorable. Un espace immense et pas de voisins qui puissent les menacer sérieusement. Ce n'est pas le Mexique qui fut obligé de céder les régions comprises entre le Texas et la Californie, ni encore moins le Canada qui faillit être privé d'ouverture sur l'Océan Pacifique qui auraient pu menacer son hégémonie sur le continent Nord-Américain. Les Américains ont ainsi pu consacrer toutes leurs forces au développement de leur territoire sans, comme nous européens, disperser leur forces par des guerres fratricides ou par la conquête d'empires éphémères.


L'analogie est frappante avec la Chine. Comme les Etats-Unis, les Chinois ont disposé, depuis des siècles, d'un territoire immense sans voisins qui puissent les concurrencer. Seuls envahisseurs, les Mongols s'assimilèrent aussi vite que les Vikings chez nous. Kubilai Khan que rencontrait Marco Polo était le petit fils de Gengis Khan le grand conquérant, ce n'était déjà plus un mongol, mais un empereur chinois. Avec ces atouts géographiques, une population nombreuse et habile, on ne peut qu'être frappé par l'inefficcacité chinoise. Le bilan final est désastreux. Après les traités inégaux, imposés par les occidentaux,  la Chine subira l'humiliation d'être envahi, ravagé, violé par le Japon ; un pays 25 fois plus petit et 10 fois moins peuplé. On ne peut pas aller beaucoup plus loin dans le désastre et dans l'échec. 

C'est que l'efficacité dont on parle est entièrement tourné vers elle-même et la conquête ou le maintien d'une position de pouvoir, sans volonté aucune d'influence sur le réel. A force d'attendre le moment favorable, celui-ci ne vient jamais et le chasseur à l'affût s'endort pour sa sieste. On suppose aussi et sans en déterminer la cause ni en prouver l'existence, un cours des choses, l'inéluctabilité d'un processus, dont il faut tirer partie. En ce qui concerne l'action on ne voit pas comment celle-ci pourrait être autonome par rapport aux différents acteurs. Quand ceux-ci ne sont plus que des spectateurs, attentifs dans le meilleur des cas, l'action s'arrête et il ne se passe plus rien. Avec tous ses atouts la Chine s'est finalement transformée en un Royaume de l'immobile. En tous cas elle est tombée dans le piège de sa pensée.

A vaincre sans péril on triomphe sans gloire. Tant qu'à évoquer le vieux Corneille, et cette comparaison rabâchée entre les hommes tels qu'ils sont et les hommes tels qu'ils devraient être, on trouvera facilement des généraux pour s'écarter des périls, il y en aura moins pour dédaigner la gloire. A force d'analyser, de s'informer et d'attendre le moment propice, on finit par ne plus agir. Tel qui se voyait comme un tigre tapi dans les broussailles prêt à bondir au moment opportun, s'endort au soleil comme un lion paresseux.


En France et dans l'entreprise

Il est étonnant de voir comment ce traité de l'efficacité a pu prendre place parmi ceux qui s'intéressent aux techniques de management. Tout y est contraire à l'action, au mouvement, à la croissance, au business plan. Il n'y est question que de luttes de pouvoir dans un environnement de courtisans qui rêvent de se ménager la meilleure place dans un système qu'il ne s'agit surtout pas de chercher à améliorer.

Facile de voir comme notre ancien Président défend cette vision chinoise d'une société fragile et complexe dont il faut respecter les équilibres et que l'on ne peut réformer que par petites touches prudentes. L'exemple français montre aussi comment cette pensée sert trop souvent d'excuse à l'immobilisme paresseux au service des avantages acquis.

Facile aussi de voir à l'oeuvre cette efficacité dans le monde de l'entreprise. Quand tel poste a déjà été pourvu par des manoeuvres de couloir avant que l'annonce officielle de son ouverture ne fasse concourir quelques naïfs mal informés. Ils sont reçus poliment et aggravent leur cas en croyant toujours en leur chance quand la promotion a déjà été discutée entre initiés. Ceux-là n'auront effectivement pas à combattre, puisqu'ils ont déjà gagné la bataille sans la disputer. Mais où est cette politique qui devrait s'intéresser au bien commun ? Non c'est bien la politique dans l'entreprise où l'énergie des dirigeants et de ceux qui aspirent à l'être est entièrement consacré à la conquête et la distribution des postes.


Que faire de cette pensée où tout serait à rejeter ? Je propose de regarder demain quels sont les domaines où nous pouvons au contraire tirer partie de la leçon chinoise.




02/05/2007

Massacre à la tronçonneuse

Comme nous y venons régulièrement, les enfants l'appelent "La taille d'Alençon". Elle s'est répandue partout. C'est cette manie, que l'on a en France, de tailler les arbres au carré. C'est à croire que d'anciens coiffeurs de l'armée ont été embauchés par les municipalités : Vous me raserez tout ça et je ne veux pas voir un poil qui dépasse. 

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Alençon est connue pour être la  capitale de la dentelle. C'est moins en finesse que l'on risque d'y organiser bientôt des concours de taille à la tronçonneuse. On s'acharne surtout contre les tilleuls et  les platanes. Amputés tous les ans, on ne leur laisse que des moignons qui finissent par enfler jusquà ces horribles verrues.

 

 

 

 

 

Heureusement quelques spécimens se cachent encore le long de routes moins exposées aux barbares.  Mais je ne vais sûrement pas vous dire où, de peur qu'un employé municipal ou même un motard ne vienne guillotiner  ces derniers sujets libres.

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